{"id":920,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/gadjo-dilo920\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"gadjo-dilo920","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=920","title":{"rendered":"Gadjo Dilo"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Tony Gatlif <\/p>\n<p><strong> Tony Gatlif, gitan n\u00e9 en Alg\u00e9rie, aime les rencontres. Ce sont elles qui ont fait de lui, dit-il, ce qu&#8217;il est: un homme passionn\u00e9 d&#8217;images qui met au service du cin\u00e9ma sa force de cr\u00e9ation. Il compose, dessine, \u00e9crit, filme. <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 la Terre au ventre, film sur la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie telle que l&#8217;a v\u00e9cue un petit gar\u00e7on, et interpr\u00e9t\u00e9 des r\u00f4les au cin\u00e9ma et au th\u00e9\u00e2tre &#8211; gr\u00e2ce \u00e0 une m\u00e9morable rencontre avec Michel Simon &#8211; Tony Gatlif a ressenti l&#8217;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de parler des Gitans. Il l&#8217;a fait \u00e0 travers trois films: les Princes, tourn\u00e9 en 1983 avec G\u00e9rard Darmon et Muse Dalbray, Latcho Drom, documentaire (1991-92), en qu\u00eate de toutes musiques tziganes existantes, pour finir avec Gadjo Dilo, film \u00e9tonnant de libert\u00e9 de ton et de style (1).<\/p>\n<p> <strong> Gadjo Dilo marque comme une avanc\u00e9e de votre cin\u00e9ma et de votre combat pour les Tziganes&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Tony Gatlif : <\/strong> Gadjo Dilo est l&#8217;aboutissement des films pr\u00e9c\u00e9dents. Tout avait commenc\u00e9 en 1981 avec Corre Gitano et le th\u00e9\u00e2tre andalou. Avec d&#8217;autres, on s&#8217;\u00e9tait dit qu&#8217;il fallait faire du th\u00e9\u00e2tre, du cin\u00e9ma, des disques pour dire l&#8217;histoire du peuple gitan. Aujourd&#8217;hui, alors que j&#8217;ai mis un terme \u00e0 ce travail, je me revendique clairement comme militant, pas militant \u00e0 la Karmitz des ann\u00e9es 60, mais plut\u00f4t comme peut l&#8217;\u00eatre un grand avocat. Il faut \u00eatre un grand avocat, je ne veux pas dire de g\u00e9nie mais qui conna\u00eet son dossier et sait ce qu&#8217;il veut d\u00e9fendre. C&#8217;est vrai que je ne me bats plus de la m\u00eame fa\u00e7on. Depuis Latcho Drom, je ne fais plus des films pour r\u00e9gler mes comptes avec des gens qui n&#8217;aimeront jamais ni les Tziganes ni les Arabes parce qu&#8217;ils auront toujours besoin de boucs \u00e9missaires. Je me bats pour l&#8217;image de ce peuple tzigane qui, depuis qu&#8217;il est arriv\u00e9 en Europe, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de tous les vices, de tous les p\u00e9ch\u00e9s. Je veux pr\u00e9server sa m\u00e9moire, le montrer tel qu&#8217;il est, l&#8217;aimer, dans des films les plus r\u00e9ussis possible pour qu&#8217;on les garde, pour qu&#8217;ils puissent \u00eatre d\u00e9couverts par quelques personnes qui, dans des ann\u00e9es, voudront peut-\u00eatre savoir ce qu&#8217;\u00e9tait ce peuple tzigane qui a disparu. Mais je ne veux surtout pas \u00eatre un donneur de le\u00e7ons. Je ne dis jamais au spectateur: vous ne connaissez pas les Tziganes, regardez comme ils sont. Jamais. Ce que j&#8217;aime, ce que j&#8217;ai toujours fait, c&#8217;est, non pas le prendre par la main, mais l&#8217;inviter \u00e0 entrer dans une maison, sans faire le m\u00e9nage.<\/p>\n<p> <strong> Contrairement \u00e0 ce que fait St\u00e9phane, &#8221; l&#8217;\u00e9tranger fou &#8221; qui, dans Gadjo Dilo, nettoie la maison du vieil Isidore, ce qui scandalise ce dernier ! De la rencontre de ces deux personnages, l&#8217;un jou\u00e9 par un jeune acteur professionnel, Romain Duris, l&#8217;autre par un vieux musicien de village, Isidore Nicola\u00ef, que vous avez &#8221; d\u00e9plac\u00e9 &#8221; de Transylvanie en Valachie pour les besoins du film, naissent des situations \u00e0 rebondissements multiples que partagent les femmes et les enfants de ce village perdu et que vous semblez saisir dans une approche documentaire. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> Gadjo Dilo est une fiction, tr\u00e8s \u00e9crite au d\u00e9part, travaill\u00e9e. Mais le sc\u00e9nario est devenu plus vivant, il s&#8217;est modifi\u00e9, je dirais presque qu&#8217;il m&#8217;a d\u00e9pass\u00e9. Je suis parti sur cette interrogation: &#8221; Qu&#8217;est-ce que le son provoque sur les gens ? &#8221; Par exemple, la musique, le chant ? Pourquoi tombe-t-on amoureux d&#8217;une voix ? Pourquoi des femmes sont-elles all\u00e9es au bord du suicide pour une voix comme celle de Tino Rossi ? Pourquoi, en tournant mon film pr\u00e9c\u00e9dent, Latcho Drom, un documentaire, suis-je, moi aussi, tomb\u00e9 amoureux de voix et, apr\u00e8s avoir retrouv\u00e9 les personnes \u00e0 qui elles appartenaient, c&#8217;\u00e9tait comme si je trouvais des parents ? Comment peut-on partir au bout du monde pour un chant, comme le fait ce jeune Parisien, ce Gadjo Dilo&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Qui, apr\u00e8s sa recherche et son immersion dans le monde tzigane et son histoire d&#8217;amour avec Sabina, la femme libre qu&#8217;interpr\u00e8te Rona Hartner, finit par d\u00e9truire toutes ces cassettes enregistr\u00e9es auxquelles il tenait tant. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> Dans tous mes films sur les Gitans, il y a pratiquement la m\u00eame fin, une fin dans laquelle surgit une v\u00e9rit\u00e9 forte qui est ma fa\u00e7on de dire: &#8221; \u00e7a n&#8217;existe pas qu&#8217;au cin\u00e9ma. Ce n&#8217;est pas l\u00e9ger. Cette histoire qu&#8217;on vous a racont\u00e9e, elle existe.&#8221; A la fin des Princes, les Tziganes, chass\u00e9s de leur HLM de banlieue, reprennent la route comme au Moyen Age. Dans Latcho Drom, apr\u00e8s avoir parcouru des milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 travers des routes, des gens, des peuples tziganes m\u00eal\u00e9s, des tziganes se retrouvent, en Espagne, devant un mur. Cette fois, je casse le r\u00eave gitan qui \u00e9tait la route. Gadjo Dilo est l&#8217;aboutissement des autres films, c&#8217;est pour cela qu&#8217;il y a cette libert\u00e9 d&#8217;expression, ces choses jet\u00e9es, ces id\u00e9es donn\u00e9es, tr\u00e8s r\u00e9elles parce que j&#8217;ai tourn\u00e9 avec des non-com\u00e9diens et, l\u00e0 aussi, je dis \u00e0 la fin que ce n&#8217;est pas du cin\u00e9ma, qu&#8217;il ne faut pas oublier que nous sommes dans une r\u00e9alit\u00e9 douloureuse. Et lorsque St\u00e9phane brise et enterre les cassettes, c&#8217;est ma fa\u00e7on de dire &#8221; nous qui sommes des artistes, qui voulons \u00eatre purs, nous faisons du commerce sans m\u00eame le vouloir parce que c&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;est la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;. Je m&#8217;int\u00e9resse, en ce moment, \u00e0 Solitude, une chanson de L\u00e9o Ferr\u00e9 mais les droits co\u00fbtent cent mille francs. C&#8217;est un non-sens par rapport \u00e0 la bataille que Ferr\u00e9 a men\u00e9e toute sa vie, avec ses tripes, par rapport \u00e0 ce que le texte dit.<\/p>\n<p> <strong> Vous \u00eates un artiste qui s&#8217;exprime aussi par la musique, l&#8217;\u00e9criture&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> J&#8217;aime beaucoup la musique et je la travaille, depuis les Princes. Mais je ne me consid\u00e8re pas comme musicien. Je fais de la musique uniquement pour servir mes films. Ce qui me passionne, c&#8217;est le cin\u00e9ma. C&#8217;est comme l&#8217;\u00e9criture: je pourrais \u00e9crire un livre, collaborer \u00e0 un journal, mais l&#8217;\u00e9criture ne m&#8217;int\u00e9resse que parce que j&#8217;\u00e9cris des images. Et c&#8217;est pareil pour le dessin: je dessine tr\u00e8s bien, mais personne ne le sait car ce sont mes plans, mes d\u00e9cors que je dessine. Le seul m\u00e9tier qui me pla\u00eet, c&#8217;est le cin\u00e9ma parce qu&#8217;il met tout \u00e7a ensemble.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez commenc\u00e9 par \u00eatre acteur. Pourquoi avez-vous cess\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> J&#8217;ai cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre acteur parce que j&#8217;ai cess\u00e9 d&#8217;aimer mon image, d&#8217;\u00eatre nombrilique par rapport \u00e0 mon image, et je me suis mis \u00e0 \u00e9crire. Maintenant je suis dans l&#8217;ombre, je fais mes films, discr\u00e8tement presque, car ce sont les films qui, v\u00e9ritablement, me passionnent.<\/p>\n<p> <strong> Vous tournez un nouveau film que vous montez en parall\u00e8le. S&#8217;agit-il toujours des Tziganes ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> Il y a en France &#8211; et en Europe aussi &#8211; des gens qui connaissent une vie aussi dure que les Tziganes, ceux qui sont dans la rue, pas seulement les SDF qui n&#8217;ont rien mais aussi ceux qui touchent le RMI. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est le RMI ? Un petit pansement de rien du tout. Il y a des priorit\u00e9s. Je pense qu&#8217;il se pr\u00e9pare des choses tr\u00e8s graves qui risquent de survenir, comme le mouvement de La Commune, des laiss\u00e9s-pour-compte, des ch\u00f4meurs beaucoup plus nombreux qu&#8217;on ne le dit, de la jeunesse des cit\u00e9s. C&#8217;est de cette jeunesse dont je veux parler dans ce film, du non-conformisme.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez vous-m\u00eame eu une jeunesse difficile, vous vous reconnaissez dans la jeunesse d&#8217;aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> T. G.: <\/strong> Elle conna\u00eet une situation beaucoup plus grave. Moi, je voulais cambrioler l&#8217;argent du monde, il en avait, puis, quand je suis devenu acteur, je voulais construire le monde, j&#8217;avais ma vie devant moi qui \u00e9tait un espoir. C&#8217;est quoi, aujourd&#8217;hui, l&#8217;espoir d&#8217;un jeune de dix-neuf ans qui habite une cit\u00e9 ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une d\u00e9charge ou d&#8217;un bidonville ? Il n&#8217;a rien.n<\/p>\n<p>1. Gadjo Dilo sort sur les \u00e9crans le 8 avril.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Tony Gatlif <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-920","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/920","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=920"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/920\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=920"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=920"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=920"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}