{"id":917,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/roman917\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"roman917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=917","title":{"rendered":"Roman"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s l&#8217;Ann\u00e9e des chiens (1996), Anne Carri\u00e8re publie le deuxi\u00e8me roman de Sadek A\u00efssat, la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice. Naissance d&#8217;un \u00e9crivain alg\u00e9rien&#8230; <\/p>\n<p>Une cit\u00e9 qui porte trop bien son nom; une m\u00e8re, seule, qu&#8217;un mari a &#8221; oubli\u00e9e &#8221; en mourant, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame victime; deux fr\u00e8res dont l&#8217;un a disparu, parcourant un chemin initiatique dont il esp\u00e8re le mener \u00e0 l&#8217;imitation de son a\u00een\u00e9&#8230; Ces quelques lignes suffisent: Sadek A\u00efssat n&#8217;est pas un &#8221; narrateur &#8220;, comme beaucoup aujourd&#8217;hui, plus ou moins talentueux, mais un v\u00e9ritable romancier. Ce n&#8217;est pas &#8221; l&#8217;histoire &#8221; qui compte &#8211; de ce type d&#8217;histoires que l&#8217;on raconte aux petits pour les endormir et qui font aujourd&#8217;hui les listes de best-sellers &#8211; que les odeurs. Car s&#8217;il est un personnage central, dans la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice, c&#8217;est bien l&#8217;odeur, particuli\u00e8rement celle de la mort, rencontr\u00e9e \u00e0 tous les coins de rue et dont on sait, quand on ne la voit pas, qu&#8217;elle observe, pr\u00eate \u00e0 bondir.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;opacit\u00e9 du r\u00e9el para\u00eet \u00eatre sans fin <\/strong><\/p>\n<p>Sans doute passe-t-on le plus de temps avec Boualem, seul et qui approche &#8211; pense sa m\u00e8re &#8211; de l&#8217;\u00e2ge o\u00f9 il ne pourra plus se marier. C&#8217;est qu&#8217;il a beaucoup \u00e0 faire pour d\u00e9brouiller l&#8217;\u00e9cheveau de l&#8217;existence; la sienne propre, celle de son fr\u00e8re ou de sa m\u00e8re; celle de telle ou telle voisine. L&#8217;opacit\u00e9 du r\u00e9el para\u00eet \u00eatre sans fin, et la lumi\u00e8re du jour et son soleil chaud et aveuglant semblent r\u00e9pondre pr\u00e9sents uniquement pour barrer les pistes. Aussi, parfois, afin de gagner quelque tranquillit\u00e9, Boualem &#8221; ferme ses yeux dans sa t\u00eate &#8220;. Est-ce possible, quand on vit dans une cit\u00e9, &#8220;mouroir tranquille et discret&#8221;, emplie comme ailleurs des odeurs de mort et de haine et qu&#8217;on ne sait pas, en fin de compte, o\u00f9 est l&#8217;ennemi ?<\/p>\n<p> <strong> Des rep\u00e8res pour une esth\u00e9tique de la douleur <\/strong><\/p>\n<p>A peine a-t-on lu quelques pages qu&#8217;on se prend \u00e0 songer \u00e0 Camus. Cette id\u00e9e sit\u00f4t venue, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;Etranger est explicite (p.41). L&#8217;auteur de la Peste n&#8217;\u00e9tait pourtant pas dans le m\u00eame camp. Il s&#8217;agit donc d&#8217;une familiarit\u00e9 d&#8217;\u00e9criture. On pourrait tout autant penser \u00e0 Kafka, tous les personnages de la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice \u00e9tant en quelque sorte coupables puisqu&#8217;ils sont, en permanence, menac\u00e9s de mort sans qu&#8217;ils sachent pourquoi. Ces r\u00e9f\u00e9rences europ\u00e9ennes, toutefois, ne conviennent pas \u00e0 l&#8217;oeuvre de Sadek A\u00efssat, dont l&#8217;\u00e9criture, bien qu&#8217;universelle, a plus \u00e0 voir avec ses illustres devanciers Kateb Yacine, Mohamed Choukri et Mouloud Feraoun. C&#8217;est que son \u00e9criture est essentiellement faite d&#8217;images: &#8221; Comme l&#8217;eau d&#8217;un fleuve s&#8217;\u00e9coule en contournant les obstacles dans sa qu\u00eate des \u00e9tendues planes, le mouvement de sa pens\u00e9e a d\u00e9rout\u00e9 ses douleurs &#8221; (p.122). N&#8217;\u00e9tait cette froideur apparente de l&#8217;\u00e9criture, qui ne reproduit que trop bien l&#8217;incompr\u00e9hension face \u00e0 une condamnation \u00e0 mort taisant ses raisons, on pourrait qualifier le style de &#8221; flamboyant &#8220;. Malheureusement, seule la mort flamboie en l&#8217;occurrence et Hamid, qui esp\u00e9rait se poss\u00e9der lui-m\u00eame et ma\u00eetriser sa peur en imitant son fr\u00e8re id\u00e9alis\u00e9, le d\u00e9couvrira, en quelque sorte \u00e0 son insu: &#8221; Il voulait fuir la mort, sa propre mort. Sa fuite l&#8217;a men\u00e9 \u00e0 une autre. Il est entr\u00e9 dans la haine sans la conscience d&#8217;avoir choisi le visage de sa mort. Lui avait le sentiment d&#8217;avoir domestiqu\u00e9 sa peur &#8221; (p.146). Entre Boualem et Hamid, quelle diff\u00e9rence ? Seul le chemin &#8221; choisi &#8220;, peut-\u00eatre: Boualem est tortur\u00e9 en prison, sans savoir pourquoi, cependant que Hamid manie la kalachnikov, gagn\u00e9 par les furies d&#8217;un compagnon: &#8221; Il avait entendu le jeune homme dire je me sens mal, j&#8217;ai envie de sang, \u00e7a fait longtemps que je n&#8217;ai pas \u00e9gorg\u00e9 &#8221; (p.138). Bien s\u00fbr, en pleine trag\u00e9die alg\u00e9rienne, on peut prendre la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice pour un t\u00e9moignage venu de l&#8217;int\u00e9rieur. Mais c&#8217;est aussi beaucoup plus: un roman m\u00e9taphysique, d&#8217;une m\u00e9taphysique salutaire qui nous rappelle &#8211; \u00e0 nous tous &#8211; ce que nous sommes et ce que nous pouvons, par rapport \u00e0 quoi nous devons nous situer.n P. F.<\/p>\n<p> <strong> Sadek A\u00efssat, la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice, Anne Carri\u00e8re \u00e9d., 165 p., 98 F <\/strong><\/p>\n<p>1. Neuf \u00e9coles d&#8217;architectures fran\u00e7aises participent \u00e0 cette op\u00e9ration et accueillent chacune un \u00e9crivain: Jean-Claude Izzo intervient \u00e0 Marseille, Emmanuel Hocquard \u00e0 Bordeaux, Muriel Bloch \u00e0 Lille, H\u00e9l\u00e8ne Bleskine \u00e0 Nancy, Jean Rolin \u00e0 Saint-Etienne, Annie Leclerc \u00e0 Rennes, Herv\u00e9 Prudon \u00e0 Paris-La Villette et Leslie Kaplan \u00e0 Paris-Villemin.<\/p>\n<p>2. &#8221; Le moins est un plus &#8220;, expression de l&#8217;architecte allemand Mies van der Rohe, reprise notamment par l&#8217;Anglais Norman Foster, concepteur du Carr\u00e9 d&#8217;art de N\u00eemes.&#8221; Ce qui est petit est beau &#8220;, a \u00e9t\u00e9 dit par l&#8217;Am\u00e9ricain Franck Lloyd Wright.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s l&#8217;Ann\u00e9e des chiens (1996), Anne Carri\u00e8re publie le deuxi\u00e8me roman de Sadek A\u00efssat, la Cit\u00e9 du pr\u00e9cipice. 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