{"id":915,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/edition915\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"edition915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=915","title":{"rendered":"Edition"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Litt\u00e9rature populaire par excellence, le polar voit grossir l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;auteurs qui s&#8217;y mettent et se multiplier le nombre de collections qui les accueillent. En cela, le roman policier ne fait que suivre une production de livres en pleine inflation. Ce n&#8217;est un bienfait ni pour les lecteurs et les auteurs ni, sans doute, pour les \u00e9diteurs. <\/p>\n<p>Cependant le march\u00e9, cet \u00eatre \u00e9minemment positif qui existe uniquement dans la mesure o\u00f9 il s&#8217;\u00e9tend, justement s&#8217;\u00e9tend, et en particulier le march\u00e9 de la culture, qui ne se limite plus \u00e0 Saint-Exup\u00e9ry et Mozart, mais annexe John Lee Hooker et la science-fiction, et la bande dessin\u00e9e, et le polar, et c\u00e6tera.&#8221; Nul besoin d&#8217;\u00eatre grand clerc pour r\u00e9aliser le caract\u00e8re pr\u00e9monitoire de cette phrase que Jean-Patrick Manchette \u00e9crivait en janvier 1980. Le march\u00e9, inexorablement, s&#8217;est \u00e9tendu, et de fa\u00e7on notable dans ce domaine de la litt\u00e9rature criminelle que Manchette pratiquait et chroniquait. Il est des chiffres qui ne trompent pas. De 471 polars parus en 1994, on est pass\u00e9 \u00e0 la publication de 660 titres en 1996&#8230;et 821 en 1997.&#8221; Romans: le polar a le vent en poupe &#8220;, annonce pour cette raison Livres Hebdo du 23 janvier, qui ajoute: &#8221; la production de romans policiers ( 27%) dope la production romanesque qui, \u00e0 4176 titres, a augment\u00e9 de 7,52%, \u00e0 peine plus que le reste de la production. Les autres secteurs de l&#8217;\u00e9dition de romans connaissent une \u00e9volution plus mod\u00e9r\u00e9e du nombre de nouveaut\u00e9s et de nouvelles \u00e9ditions. La production augmente de 6% pour les romans et nouvelles fran\u00e7ais et de 3% pour les romans fantastiques et de science-fiction. Tandis qu&#8217;elle stagne pour les romans et nouvelles \u00e9trangers.&#8221; Ainsi le polar dynamise le secteur de la litt\u00e9rature, et certains r\u00e9sultats de ventes en t\u00e9moignent. En 1997, avec un in\u00e9dit et deux r\u00e9\u00e9ditions en poche, Mary Higgins Clark se pla\u00e7ait en t\u00eate des gros succ\u00e8s avec 960 000 livres vendus. Toute nouveaut\u00e9 de James Ellroy demeure longtemps dans les tableaux des meilleures ventes. Et, en date du 1er mars 1998, les Rivi\u00e8res pourpres de Jean-Christophe Grang\u00e9 et Mordoc de Patricia Cornwell occupent respectivement la cinqui\u00e8me et la sixi\u00e8me place du Top Livres Hebdo-Journal du Dimanche. Cela est, bien s\u00fbr, positif, mais le d\u00e9ferlement des livres l&#8217;est-il pour autant ?<\/p>\n<p> <strong> Une inflation \u00e9ditoriale qui bute sur la stagnation de la demande  <\/strong><\/p>\n<p>Dans Livres Hebdo du 23 janvier, Fabrice Piault, notant qu&#8217;on est pass\u00e9 de 17 985 titres \u00e9dit\u00e9s en 1985 \u00e0 29 220 en 1997, s&#8217;interroge sur ce qu&#8217;il appelle &#8221; la fuite en avant &#8220;: &#8221; La production de livres s&#8217;envole inexorablement. Un signe du dynamisme de l&#8217;\u00e9dition fran\u00e7aise ? Certains le croyaient encore il y a quelques ann\u00e9es.(&#8230;) Mais aujourd&#8217;hui, il ne se trouve gu\u00e8re d&#8217;\u00e9diteurs pour se r\u00e9jouir d&#8217;une inflation \u00e9ditoriale qui bute sur la stagnation de la demande et l&#8217;inad\u00e9quation des circuits de vente &#8220;. Les ventes ont recul\u00e9, ce qui tend \u00e0 v\u00e9rifier que l&#8217;augmentation de la production n&#8217;est pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par un pouvoir d&#8217;achat accru, mais par la n\u00e9cessit\u00e9 de &#8220;faire tourner la machine&#8221; et de se &#8220;repositionner&#8221; sans cesse sur ce qu&#8217;on appelle des &#8220;cr\u00e9neaux porteurs&#8221;, interchangeables. Le livre est de plus en plus consid\u00e9r\u00e9 comme une marchandise pure et simple, dans un pays o\u00f9 la tradition \u00e9ditoriale et l&#8217;exception culturelle sont de plus en plus mises \u00e0 mal par la loi du march\u00e9, o\u00f9 la publication d&#8217;ouvrages, commerciaux ou non, est chaque jour davantage entre les mains de techniciens et de financiers, sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain.&#8221; Il y a donc un changement radical de la nature des livres, charg\u00e9s d\u00e9sormais de remplir des objectifs de rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme. L&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de la rotation des stocks et l&#8217;augmentation continuelle du nombre de titres ont pris le pas sur les politiques d&#8217;investissement \u00e0 long terme qui caract\u00e9risaient l&#8217;\u00e9conomie des grandes maisons d&#8217;\u00e9dition &#8220;, souligne Pascale Casanova, dans le Monde de l&#8217;\u00e9ducation de mars.<\/p>\n<p>Il faut donc plus de titres, plus vite tir\u00e9s et \u00e0 moins d&#8217;exemplaires, et, bien s\u00fbr, plus de b\u00e9n\u00e9fices imm\u00e9diats&#8230; Serait-ce pour d&#8217;aussi mercantiles raisons que le zapping productiviste des maisons d&#8217;\u00e9dition s&#8217;est pench\u00e9 sur ce polar que la plupart boudaient ou m\u00e9prisaient jusque l\u00e0 ? La r\u00e9ponse est \u00e0 nuancer. On compte aujourd&#8217;hui pas moins de soixante-dix collections, certaines en Bretagne ou en Corse. T\u00e9moignant forc\u00e9ment d&#8217;une certaine vitalit\u00e9, cette diversit\u00e9 est unique au monde. Et pas seulement la marque de l&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. De r\u00e9centes c\u00e9l\u00e9brations ont montr\u00e9 la p\u00e9rennit\u00e9 de certaines collections, leur ancrage dans le monde \u00e9ditorial et la fid\u00e9lit\u00e9 intacte de leur lectorat. Ainsi la S\u00e9rie Noire a f\u00eat\u00e9 ses cinquante ans en 1995, Rivages\/Noir ses dix ans en 1996, Le Masque ses soixante-dix ans en 1997. Et c&#8217;est cette ann\u00e9e au tour du Fleuve Noir (1) de souffler ses cinquante bougies, tandis que chez 10\/18 on c\u00e9l\u00e9brera quinze ans d&#8217;existence de la collection &#8221; Grands D\u00e9tectives &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Nouveaux talents et vieilles locomotives, le suspense a la cote <\/strong><\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ces &#8221; institutions &#8221; qui, chacune \u00e0 sa fa\u00e7on, ont d\u00e9broussaill\u00e9 le terrain et permis une connaissance vaste et \u00e9clectique du genre, des francs-tireurs passionn\u00e9s, souvent provinciaux, apportent leur pierre \u00e0 l&#8217;\u00e9difice; ainsi l&#8217;Atalante \u00e0 Nantes, Encrage \u00e0 Amiens, la Loupiote au Poir\u00e9-sur-Vie (Vend\u00e9e)&#8230; On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici du succ\u00e8s m\u00e9diatique des \u00e9ditions Baleine qui diversifient aujourd&#8217;hui leur production (s\u00e9rie de science-fiction, romans roses, collection &#8221; Tourisme et Polar &#8220;&#8230;). Mais un ph\u00e9nom\u00e8ne appara\u00eet clairement chez les \u00e9diteurs d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s, quelle que soit leur taille. Ceux qui n&#8217;en poss\u00e9daient pas se sont presque tous dot\u00e9s d&#8217;une collection de polars, avec souvent une pr\u00e9\u00e9minence du livre de poche.1997 a vu la cr\u00e9ation, parmi d&#8217;autres, de Babel\/Noir chez Actes Sud, de Sombres Climats, de l&#8217;Aube Noire, du Cabinet Noir aux Belles Lettres&#8230; La tendance se poursuit en ce d\u00e9but d&#8217;ann\u00e9e: le Seuil va lancer une collection noire d&#8217;in\u00e9dits en poche, et le mois de mars a vu l&#8217;apparition, chez l&#8217;exigeante maison le Serpent \u00e0 Plumes, d&#8217;un &#8221; Serpent Noir &#8221; qui se propose de &#8221; fouiner dans les recoins les plus sombres de la nature humaine &#8220;, avec des textes urbains en prise sur le r\u00e9el, pol\u00e9miques, caustiques et insolents, \u00e9crits par de jeunes auteurs, des &#8221; d\u00e9couvertes &#8220;. Les trois premiers textes, d&#8217;une N\u00e9o-Z\u00e9landaise, d&#8217;un Za\u00efrois et d&#8217;un Fran\u00e7ais, devraient se caract\u00e9riser par leur richesse de style, la marque habituelle de cet \u00e9diteur. Ailleurs encore, o\u00f9 un secteur polar existait d\u00e9j\u00e0, on choisit de le dynamiser pour, comme on le dit chez Flammarion, &#8221; am\u00e9liorer la position (de l&#8217;\u00e9diteur) dans le domaine du thriller et du roman policier &#8220;; ainsi la collection &#8221; Etat de choc &#8221; doit-elle \u00eatre refondue, et de nouveaux talents fran\u00e7ais r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de locomotives comme David Baldacci (Les pleins pouvoirs). Quant aux \u00e9ditions Laffont, elles ont cr\u00e9\u00e9 tout r\u00e9cemment un d\u00e9partement particulier au sein de la collection &#8221; Best Seller &#8220;, sp\u00e9cialement destin\u00e9 au suspense; le lancement, avec pr\u00e9sence d&#8217;auteurs am\u00e9ricains et tarifs pr\u00e9f\u00e9rentiels, s&#8217;est effectu\u00e9 ce mois de mars.<\/p>\n<p>Dans cette bataille concurrentielle, la surench\u00e8re est parfois de mise. Ainsi quand Albin Michel accompagne la jaquette des Rivi\u00e8res pourpres (polar psychopathe haletant, bien men\u00e9 m\u00eame si l&#8217;\u00e9criture en est un peu plate) d&#8217;un bandeau redondant (Sp\u00e9cial &#8221; sp\u00e9cial suspense &#8220;). La place est ch\u00e8re pour acc\u00e9der aux piles des tables des librairies, et ce but provoque parfois d&#8217;in\u00e9l\u00e9gantes attitudes, comme de republier un ancien livre d&#8217;un auteur simplement pour qu&#8217;il figure, telle une nouveaut\u00e9 et sans pr\u00e9cision du contraire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un v\u00e9ritable in\u00e9dit du m\u00eame. Les livres &#8221; \u00e0 10 F &#8221; ne sont pas rest\u00e9s non plus sur le bord du cr\u00e9neau.<\/p>\n<p> <strong> Du livre \u00e0 dix francs au &#8221; M\u00e9tropolice &#8220;, devinez la fin&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Les Mille et Une Nuits (avec un appareil critique toujours int\u00e9ressant) ont int\u00e9gr\u00e9 certains in\u00e9dits \u00e0 leur catalogue, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 un long texte de Hammett, et repris certains des Dix petits noirs qu&#8217;ils avaient publi\u00e9s il y a quatre ans. Mais c&#8217;est Librio (14 millions de volumes vendus depuis sa cr\u00e9ation en 1994) qui affiche les couleurs du genre, le jaune et le noir, avec les quatre premiers volumes de&#8230; Librio Noir. Parmi lesquels une agr\u00e9able surprise, deux recueils de nouvelles de Picouly et Izzo. Le but de l&#8217;\u00e9diteur, J&#8217;ai Lu, est de correspondre \u00e0 l&#8217;attente des grandes surfaces et d&#8217;un public peu fortun\u00e9, mais aussi de permettre \u00e0 des enseignants (de plus en plus conscients que le polar aide \u00e0 lire) d&#8217;en faire acheter et \u00e9tudier \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves. Parfois la d\u00e9fense d&#8217;une litt\u00e9rature populaire de qualit\u00e9 peut aller de pair avec des raisons plus mercantiles&#8230; Pour finir, m\u00eame si cette \u00e9num\u00e9ration est loin d&#8217;\u00eatre exhaustive, c&#8217;est le g\u00e9ant des clubs du livre, France-Loisirs, qui se lance dans l&#8217;ar\u00e8ne des pages blanches pour nuits noires. Si le club continue d&#8217;offrir des reprises de best-sellers anglo-saxons du crime, il modifie son orientation. Apr\u00e8s avoir commercialis\u00e9 un recueil de nouvelles polici\u00e8res fran\u00e7aises r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir d&#8217;un concours, il lance en juillet des &#8220;omnibus&#8221; de ma\u00eetres fran\u00e7ais du genre.\u00e7a commence avec trois recueils de trois romans de Manchette, Jonquet, Benacquista. Et c&#8217;est un indice \u00e9conomiquement fiable de ce que le polar fran\u00e7ais, dans ses valeurs s\u00fbres, est incontournable. M\u00eame les voyageurs du m\u00e9tro et du RER auront eu le loisir de le rencontrer, sous la forme de petits livres (&#8221; M\u00e9tropolice &#8220;) vendus sur les quais dans des distributeurs, 20 F l&#8217;un, entre barres de chocolats et paquets de chewing-gum. Une op\u00e9ration originale des \u00e9ditions de la Vo\u00fbte et de la soci\u00e9t\u00e9 S\u00e9lecta, en partenariat avec RTL et le Parisien&#8230; Comme quoi les id\u00e9es ne manquent pas, et que la mar\u00e9e noire peut continuer.<\/p>\n<p> <strong> Auteur, \u00e9diteur, libraire, public, le d\u00e9sir de jouer dans la cour dor\u00e9e <\/strong><\/p>\n<p>Le mot polar est donc sur toutes les l\u00e8vres, des projets et des manuscrits sur les bureaux de toutes les directions \u00e9ditoriales. Le temps serait donc venu &#8211; pour paraphraser un Chinois c\u00e9l\u00e8bre &#8211; que cent fleurs s&#8217;\u00e9panouissent et que cent \u00e9coles rivalisent. Du point de vue de la cr\u00e9ativit\u00e9, l&#8217;id\u00e9e s\u00e9duit. Mais est-ce le vrai ou le seul crit\u00e8re ? Fran\u00e7ois Gu\u00e9rif, \u00e9diteur de polars depuis vingt ans, de Red Label \u00e0 Rivages, se montre dubitatif: &#8221; Je ne suis pas s\u00fbr que le d\u00e9ferlement actuel soit un signe d&#8217;excellente sant\u00e9, pour la bonne raison que je ne pense pas que le lectorat du polar a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par deux ou trois comme l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 les publications. Ce lectorat a un peu augment\u00e9, mais la multiplication des parutions vient d&#8217;ailleurs. Les temps sont difficiles et un certain nombre d&#8217;\u00e9diteurs, \u00e0 la recherche d&#8217;un march\u00e9 porteur, se disent: tiens, le polar \u00e7a marche, donc on va en faire. Dire que, pour certains, il aurait \u00e9t\u00e9 absolument inenvisageable d&#8217;abriter une collection polici\u00e8re il y a quinze ans !&#8230;&#8221; L&#8217;inflation \u00e9ditoriale pose plusieurs probl\u00e8mes. Pour le lecteur d&#8217;abord. L&#8217;acheteur potentiel a ses propres limites financi\u00e8res; il ne conna\u00eet pas tout, ne peut ni tout acheter ni tout lire. Dans le Journal du Polar n\u00b03, Bruno Icher s&#8217;interroge: &#8221; Comment discerner, dans la pl\u00e9thorique production, les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque collection ? Il faut \u00eatre sacr\u00e9ment sp\u00e9cialiste pour savoir que telle collection publie plut\u00f4t des romans noirs, tandis que telle autre privil\u00e9gie des in\u00e9dits d&#8217;auteurs contemporains.&#8221; Et les auteurs ? Bien s\u00fbr, davantage de supports existent aujourd&#8217;hui et de plus en plus d&#8217;entre eux sont publi\u00e9s &#8211; le temps parfois d&#8217;un ou deux livres. Mais a-t-on le temps de bien s&#8217;en occuper ? Et l&#8217;on peut douter que l&#8217;accroissement des commandes faites aux auteurs corresponde \u00e0 un accroissement de leurs &#8221; \u00e0 valoir &#8221; (cette avance donn\u00e9e avant l&#8217;\u00e9criture du manuscrit), donc de leurs gains. Autre \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9: le libraire, oblig\u00e9 de plus en plus de jouer les cha\u00eenons manquants alors que c&#8217;est lui l&#8217;interm\u00e9diaire entre \u00e9diteurs et public. Confront\u00e9s \u00e0 des probl\u00e8mes de place et de tr\u00e9sorerie insurmontables, ils sont d\u00e9sormais satur\u00e9s. Autre effet pervers de ce d\u00e9ferlement et, fait plus grave, le travail d&#8217;\u00e9diteur n&#8217;est pas toujours accompli dans les r\u00e8gles de l&#8217;art.&#8221; Etre \u00e9diteur, \u00e7a ne signifie pas seulement acheter un livre, le faire traduire et le publier. C&#8217;est entretenir des contacts avec les auteurs, discuter des manuscrits, relire et corriger des textes, modifier des traductions&#8230; Tout cela est parfois p\u00e9nible, peu gratifiant, m\u00eame si c&#8217;est un m\u00e9tier passionnant.&#8221; (F. Gu\u00e9rif).<\/p>\n<p>Le polar peut donc para\u00eetre une poule aux oeufs d&#8217;or facile d&#8217;approche, une cour aux murs dor\u00e9s dans laquelle chacun a envie de jouer. La partie est en cours, et tant mieux si, dans cette floraison &#8211; o\u00f9, redisons-le, l&#8217;\u00e9conomie a plus qu&#8217;un mot \u00e0 dire &#8211; lecteurs et auteurs trouvent encore leur bonheur. Mais n\u00e9cessairement les maisons vont \u00e0 un moment, de par les r\u00e9sultats financiers de leurs collections, se poser la question de la p\u00e9rennit\u00e9 de ces derni\u00e8res&#8230;et pour certaines passer \u00e0 autre chose, plus imm\u00e9diatement b\u00e9n\u00e9fique.&#8221; Dans ce genre de situations, pronostique Claude Mespl\u00e8de, pr\u00e9sident de 813, l&#8217;Association des amis de la litt\u00e9rature polici\u00e8re, ceux qui resteront, ce seront les plus forts, ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 fait du bon travail et qui pour cela ont pignon sur rue. Et puis ceux qui occupent un cr\u00e9neau diff\u00e9rent des autres, original, avec un v\u00e9ritable projet \u00e9ditorial.&#8221; Parmi ceux-ci, la collection &#8221; Soul Fiction &#8221; chez L&#8217;Olivier (quatre titres par an) occupe une place de choix. Elle ne publie que des auteurs noirs d&#8217;une litt\u00e9rature de m\u00eame couleur, am\u00e9ricains, anglais, jama\u00efcains&#8230; Les livres, blacks dans l&#8217;\u00e2me, durs, violents, collent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale, d\u00e9crivent une \u00e9poque, un milieu et resituent l&#8217;oppression des Noirs. Largement ignor\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de leur parution originale, ces textes, pour la plupart d&#8217;une \u00e9criture superbe et forte, gorg\u00e9s de musique, de rythme et de tempo, trouvent aujourd&#8217;hui un \u00e9cho grandissant. L&#8217;amateur de romans noirs comme le citoyen antiraciste ne pourront que s&#8217;en r\u00e9jouir. Un jour ou l&#8217;autre, la mar\u00e9e va se retirer. Des naufrages sont \u00e0 pr\u00e9voir. Esp\u00e9rons que les pertes et les fracas toucheront surtout les opportunistes et les faiseurs. En tout cas, la pouss\u00e9e actuelle du polar aura attir\u00e9 (pour un temps) l&#8217;attention des m\u00e9dias sur le genre, permettant \u00e0 d&#8217;autres gens de d\u00e9couvrir le polar et de s&#8217;y attacher.&#8221; Et du boom actuel, il restera quelques auteurs qui ont du talent, le reste passera comme la ros\u00e9e sur l&#8217;herbe des champs &#8221; (Manchette).<\/p>\n<p>1. La collection polici\u00e8re du Fleuve noir, souvent d\u00e9cri\u00e9e, a accompli une v\u00e9ritable m\u00e9tamorphose et propose des in\u00e9dits fran\u00e7ais, allemands, autrichiens, italiens, canadiens, am\u00e9ricains de grande qualit\u00e9; elle lance par ailleurs &#8221; Nuit Grave &#8220;, une collection de &#8221; textes courts, \u00e9crits dans l&#8217;urgence, avec ferveur, qui parleront des pr\u00e9occupations d&#8217;aujourd&#8217;hui, de la d\u00e9sesp\u00e9rance sociale, voire existentielle &#8220;, vendus seulement 25 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Litt\u00e9rature populaire par excellence, le polar voit grossir l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;auteurs qui s&#8217;y mettent et se multiplier le nombre de collections qui les accueillent. En cela, le roman policier ne fait que suivre une production de livres en pleine inflation. Ce n&#8217;est un bienfait ni pour les lecteurs et les auteurs ni, sans doute, pour les \u00e9diteurs. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-915","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=915"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/915\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=915"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}