{"id":912,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/urbanisme912\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"urbanisme912","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=912","title":{"rendered":"Urbanisme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Annie Fourcaut <\/p>\n<p>La politique de la ville, d\u00e9finie comme la g\u00e9n\u00e9ralisation du croisement de politiques sociales sp\u00e9cifiques (sociales, \u00e9ducatives, \u00e9conomiques) sur des territoires bien circonscrits, o\u00f9 habitent des populations jug\u00e9es dangereuses ou en danger, d\u00e9bute \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. Son histoire est donc courte et il est difficile d&#8217;en reconstituer la gen\u00e8se. Quelques jalons \u00e9mergent: les cit\u00e9s HBM avant 1914, le logement patronal dans le cadre du paternalisme, les cit\u00e9s-jardins de l&#8217;entre-deux-guerres, l&#8217;ordonnance du 11 octobre 1945 qui r\u00e9pond \u00e0 la p\u00e9nurie de logements. L&#8217;haussmannisation est d&#8217;abord une politique urbaine qui a pour but essentiel de r\u00e9soudre la crise de la ville-centre, diagnostiqu\u00e9e d\u00e8s 1820- 1840, et de l&#8217;adapter \u00e0 la r\u00e9volution industrielle. De m\u00eame, pendant les Trente glorieuses, la politique de la ville est une politique du logement. Le lien entre politique sociale et politique urbaine n&#8217;existe probablement \u00e0 cette \u00e9poque que pour les immigr\u00e9s, avec la construction des foyers Sonacotra. La croissance \u00e9vite de penser le social et l&#8217;urbain simultan\u00e9ment. La crise multiforme actuelle explique qu&#8217;on y revienne, les h\u00e9sitations des politiques de la ville s&#8217;expliquant par la nouveaut\u00e9 de la situation. Il y a quelques ant\u00e9c\u00e9dents. La naissance d&#8217;une politique de logement social (HBM) fond\u00e9e par la loi Siegfried de 1894, est li\u00e9e aussi \u00e0 un contexte de crise. La France \u00e9merge de la grande d\u00e9pression des ann\u00e9es 1880; elle est confront\u00e9e \u00e0 la mutation de son appareil industriel et \u00e0 l&#8217;exode rural. La classe ouvri\u00e8re est per\u00e7ue comme dangereuse, non int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 la fois \u00e0 cause des difficult\u00e9s d&#8217;apprentissage des normes industrielles, des probl\u00e8mes de logement et de la mont\u00e9e du syndicalisme. Paris est alors une grande ville industrielle o\u00f9 rien n&#8217;est pr\u00e9vu pour le logement des classes populaires. Il en va de m\u00eame dans la grande industrie, d&#8217;o\u00f9 les politiques paternalistes.<\/p>\n<p> <strong> Le logement social, une solution urbaine \u00e0 l&#8217;industrialisation <\/strong><\/p>\n<p>Le logement social est donc con\u00e7u comme une solution urbaine \u00e0 l&#8217;industrialisation du pays. Il est d&#8217;abord refus\u00e9 par les int\u00e9ress\u00e9s qui y voient des &#8221; casernes &#8221; auxquelles ils pr\u00e9f\u00e8rent leur &#8221; taudis &#8220;, comme disaient ceux qui n&#8217;y vivaient pas. Entre les deux guerres, la tendance s&#8217;inverse et la demande de logement social est forte mais les constructions ne suivent pas. Les soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;HBM logent alors l&#8217;\u00e9lite des classes populaires urbaines, ce qui explique sans doute une partie des difficult\u00e9s actuelles face \u00e0 des populations diff\u00e9rentes. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se retrouve dans les cit\u00e9s-jardins lanc\u00e9es \u00e0 l&#8217;initiative d&#8217;Henri Sellier, d\u00e9put\u00e9-maire SFIO de Suresnes. Entre les ann\u00e9es 20 et 30, les cit\u00e9s-jardins ont imit\u00e9 le mod\u00e8le anglais (pavillons-jardins-rues circulaires-places), mix\u00e9 les pavillons et l&#8217;habitat collectif, ou comport\u00e9 pour les derni\u00e8res seulement des immeubles collectifs. Elles ont des objectifs affirm\u00e9s de mixit\u00e9 sociale et op\u00e8rent un tri des populations en faveur de l&#8217;aristocratie ouvri\u00e8re et des employ\u00e9s des services urbains.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;\u00e9volution des lotissements des ann\u00e9es vingt <\/strong><\/p>\n<p>Le cas des lotissements d\u00e9fectueux des ann\u00e9es 20 est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. A Paris et dans sa banlieue, surindustrialis\u00e9s depuis la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la crise du logement est aigu\u00eb. Le secteur social est incapable d&#8217;offrir des logements en nombre suffisant et la r\u00e9ponse vient du march\u00e9 immobilier libre qui propose des parcelles de 400 m\u00e8tres carr\u00e9s vendues \u00e0 temp\u00e9rament sans am\u00e9nagement.500 000 \u00e0 600 000 ouvriers environ en acqui\u00e8rent dans la proche couronne, \u00e0 Stains, Malakoff, La Courneuve et en moyenne banlieue. Ils y construisent des pavillons. C&#8217;est un mouvement de masse. Les terrains n&#8217;ont ni eau, ni gaz, ni voirie, ni \u00e9lectricit\u00e9, ni ramassage d&#8217;ordures. Les &#8221; mal lotis &#8221; campent dans la boue. La situation provoque un vif d\u00e9bat d&#8217;opinion. Le p\u00e8re Lhande, un j\u00e9suite, m\u00e8ne une enqu\u00eate dans ces lotissements, o\u00f9 il voit la fin de la civilisation chr\u00e9tienne. Entre 1925 et 1936, l&#8217;id\u00e9e r\u00e8gne que les banlieusards vivent dans de telles conditions qu&#8217;une r\u00e9volution urbaine et bolchevique est aux portes de Paris. La peur provient, comme souvent, de la nouveaut\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. L&#8217;Etat, les \u00e9lus, les mal lotis finissent par &#8221; bricoler &#8221; des solutions pour am\u00e9nager ces terrains: loi Loucheur et loi Sarraut de 1928. Le probl\u00e8me ne sera totalement r\u00e9solu que dans les ann\u00e9es 1950-1960, ce qui montre la lenteur de la r\u00e9solution des crises urbaines. Aujourd&#8217;hui, ces petits pavillons sont tr\u00e8s pris\u00e9s et demand\u00e9s, alors qu&#8217;ils \u00e9taient un lieu stigmatis\u00e9, o\u00f9 r\u00e9gnaient, selon les observateurs ext\u00e9rieurs, la mis\u00e8re, la d\u00e9linquance, la tuberculose. La stigmatisation sociale d&#8217;un lieu l&#8217;est rarement pour toujours.<\/p>\n<p> <strong> Une urbanisation massive entre les ann\u00e9es 1950-1970  <\/strong><\/p>\n<p>La France n&#8217;a pas de m\u00e9moire des crises urbaines, ni des formes de leur r\u00e9solution, ph\u00e9nom\u00e8ne paradoxal dans un pays o\u00f9 80% des habitants sont citadins. Mais l&#8217;urbanisation massive s&#8217;est effectu\u00e9e entre les ann\u00e9es cinquante et soixante dix, alors qu&#8217;elle a eu lieu un si\u00e8cle avant en Angleterre et trois quarts de si\u00e8cle avant en Allemagne. La prise de conscience de l&#8217;urbanisation du pays et des transformations qu&#8217;elle implique se fait lentement. On oublie que la r\u00e9gion parisienne est une terre d&#8217;immigration depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, qu&#8217;elle s&#8217;est form\u00e9e de strates d&#8217;arriv\u00e9es successives, de crises urbaines successives, toutes surmont\u00e9es avec des moyens diff\u00e9rents. Ces rappels permettent de replacer la crise actuelle dans une chronologie et de comprendre qu&#8217;il n&#8217;y a pas de d\u00e9veloppement lin\u00e9aire en histoire urbaine.<\/p>\n<p>* Historienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Annie Fourcaut <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-912","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/912","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=912"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/912\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=912"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=912"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=912"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}