{"id":910,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/droite910\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"droite910","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=910","title":{"rendered":"Droite"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Comme la gauche, la droite en France a plus de deux cents ans, puisque c&#8217;est \u00e0 l&#8217;automne 1789 que les partisans de l&#8217;Ancien R\u00e9gime ont pris l&#8217;habitude, \u00e0 la Constituante, de si\u00e9ger \u00e0 droite du pr\u00e9sident tandis que les &#8221; patriotes &#8221; s&#8217;installaient \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9. <\/p>\n<p>Au fil des ann\u00e9es, la droite a, bien s\u00fbr, \u00e9volu\u00e9 en fonction des changements \u00e9conomiques et socioculturels. Elle s&#8217;est diversifi\u00e9e. D\u00e8s 1954, l&#8217;historien Ren\u00e9 R\u00e9mond avait identifi\u00e9 trois grands courants. Les l\u00e9gitimistes ou traditionalistes, qui ont cru triompher sous la Restauration, r\u00eavent de reconstruire une France monarchique et catholique et une soci\u00e9t\u00e9 de type corporatif. Les &#8220;orl\u00e9anistes&#8221; ou lib\u00e9raux conservateurs, qui se sont d&#8217;abord identifi\u00e9s \u00e0 la monarchie de Louis-Philippe, acceptent au contraire l&#8217;h\u00e9ritage de 1789, la soci\u00e9t\u00e9 des individus libres et (th\u00e9oriquement) \u00e9gaux et le parlementarisme; mais ils se m\u00e9fient de la d\u00e9mocratie et leur attachement sans nuances \u00e0 la libert\u00e9 \u00e9conomique et au droit absolu de propri\u00e9t\u00e9 fait d&#8217;eux des d\u00e9fenseurs de l&#8217;ordre social. Enfin les &#8220;bonapartistes&#8221;, victorieux au milieu du XIXe si\u00e8cle, se veulent, eux, d\u00e9mocrates; mais, condamnant les luttes de classes et de partis au nom de l&#8217;int\u00e9r\u00eat national et de la grandeur de la France, ils pr\u00e9conisent un pouvoir fort, incarn\u00e9 par un homme que le peuple a &#8221; choisi &#8221; et auquel il peut renouveler sa confiance par le pl\u00e9biscite. On peut, avec Ren\u00e9 R\u00e9mond encore, suivre l&#8217;histoire de ces trois courants jusqu&#8217;en plein XXe si\u00e8cle. Le traditionalisme s&#8217;est incarn\u00e9 dans l&#8217;Action fran\u00e7aise de Charles Maurras. Il a inspir\u00e9 en partie le r\u00e9gime de Vichy. S&#8217;il a perdu ensuite beaucoup de son poids politique, il se manifeste encore avec force dans le domaine culturel: ainsi, \u00e0 l&#8217;occasion du bicentenaire d&#8217;une R\u00e9volution qu&#8217;il ex\u00e8cre. L'&#8221; orl\u00e9anisme&#8221;, renon\u00e7ant \u00e0 toute fid\u00e9lit\u00e9 dynastique, a surv\u00e9cu \u00e0 travers les &#8221; mod\u00e9r\u00e9s &#8221; de la troisi\u00e8me R\u00e9publique finissante, les &#8221; ind\u00e9pendants &#8221; de la Quatri\u00e8me et des d\u00e9buts de la Cinqui\u00e8me, le parti r\u00e9publicain des ann\u00e9es 1970 et 1980. Si le bonapartisme, en tant que tel, ne subsiste gu\u00e8re qu&#8217;en Corse, il a eu pour successeurs le nationalisme antiparlementaire de la &#8220;Belle \u00e9poque &#8220;, et les ligues de l&#8217;entre-deux-guerres, avec une tendance radicale influenc\u00e9e par le fascisme, une autre plus mod\u00e9r\u00e9e bien repr\u00e9sent\u00e9e par le PSF du colonel de La Rocque. Apr\u00e8s 1947, c&#8217;est le gaullisme qui a pris le relais de celle-ci. Un homme prestigieux, \u00e9lu du peuple, \u00e0 la t\u00eate du pays, un ex\u00e9cutif fort face au Parlement, l&#8217;union nationale contre les &#8221; partis &#8221; pour la grandeur de la France: ces principes ont \u00e9t\u00e9 ceux du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle comme chef du RPF, puis comme chef de l&#8217;Etat. Depuis une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es au moins, le tableau s&#8217;est brouill\u00e9. Entre droite classique et n\u00e9o-gaullisme, dont les bases sociales sont tr\u00e8s voisines, les points de vue se sont beaucoup rapproch\u00e9s dans une commune opposition \u00e0 la gauche victorieuse en 1981. La nature et le fonctionnement des institutions ne sont plus l&#8217;objet de v\u00e9ritables dissentiments: apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 en 1967 l'&#8221; exercice solitaire du pouvoir &#8220;, Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing a assum\u00e9 dans sa pl\u00e9nitude la fonction pr\u00e9sidentielle; Jacques Chirac, en 1995, souhaitait donner un plus grand r\u00f4le au Parlement. L&#8217;Europe a cess\u00e9 officiellement d&#8217;\u00eatre une pomme de discorde, de m\u00eame que les relations avec les Etats-Unis: on est tr\u00e8s loin de la d\u00e9nonciation, en d\u00e9cembre 1978, du &#8220;parti de l&#8217;\u00e9tranger &#8221; par le m\u00eame Jacques Chirac. Bien \u00e9loign\u00e9 d\u00e9sormais de la &#8221; troisi\u00e8me voie &#8221; du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle entre collectivisme et capitalisme sauvage, et des vell\u00e9it\u00e9s social-d\u00e9mocrates de son pr\u00e9sident \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, le RPR communie avec l&#8217;UDF dans l&#8217;adh\u00e9sion au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique.<\/p>\n<p> <strong> RPR-UDF, communion dans l&#8217;adh\u00e9sion au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est plut\u00f4t \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de chacune des deux formations que se manifestent des clivages tant\u00f4t masqu\u00e9s, tant\u00f4t tr\u00e8s visibles. A l&#8217;UDF, la tradition &#8221; d\u00e9mocrate chr\u00e9tienne &#8220;, attach\u00e9e \u00e0 une &#8221; \u00e9conomie sociale de march\u00e9 &#8220;, persiste dans l&#8217;une des deux principales composantes, Force d\u00e9mocrate de Fran\u00e7ois Bayrou, tandis qu&#8217;Alain Madelin, qui a pris la t\u00eate du Parti r\u00e9publicain rebaptis\u00e9 D\u00e9mocratie lib\u00e9rale, incarne un ultralib\u00e9ralisme \u00e0 l&#8217;anglo-saxonne auquel seule la crainte de mouvements populaires pour le maintien des acquis sociaux impose une certaine prudence. Au RPR, un certain volontarisme gaullien pr\u00f4n\u00e9 par Philippe S\u00e9guin a anim\u00e9 en 1995 la campagne pr\u00e9sidentielle de Jacques Chirac, qui affichait sa volont\u00e9 de r\u00e9duire la &#8221; fracture sociale &#8220;, alors que des hommes tels qu&#8217;Edouard Balladur et surtout Nicolas Sarkozy apparaissent plus proches d&#8217;Alain Madelin (pourtant chiraquien \u00e0 l&#8217;\u00e9poque). A l&#8217;\u00e9gard de la construction europ\u00e9enne, la droite lib\u00e9rale et le n\u00e9o-gaullisme ont connu l&#8217;une et l&#8217;autre en 1992 des dissensions internes qui ne sont pas encore vraiment apais\u00e9es: pour Maastricht, la majorit\u00e9 de l&#8217;UDF, mais aussi Jacques Chirac et Edouard Balladur; contre Maastricht, Philippe S\u00e9guin et Charles Pasqua, mais aussi Philippe de Villiers et sa future Union pour la France.<\/p>\n<p> <strong> Le FN, la s\u00e9duction par un discours de d\u00e9nonciation  <\/strong><\/p>\n<p>En fin de compte, seules des rivalit\u00e9s personnelles et la crainte de l&#8217;UDF de se voir absorb\u00e9e par un RPR plus structur\u00e9 et plus dynamique emp\u00eachent et emp\u00eacheront encore longtemps peut-\u00eatre les deux principales formations de la droite parlementaire de se fondre en un puissant parti conservateur s&#8217;appuyant sur la majorit\u00e9 des classes dirigeantes, des classes moyennes non salari\u00e9es et de la paysannerie, ainsi que sur une fraction non n\u00e9gligeable des cadres moyens, des employ\u00e9s et m\u00eame des ouvriers. C&#8217;est en revanche au sein d&#8217;une m\u00eame organisation que l&#8217;extr\u00eame droite a r\u00e9alis\u00e9 le rapprochement de ses deux principaux courants. Cr\u00e9\u00e9 en 1972, mais devenu une v\u00e9ritable force politique \u00e0 partir de 1984 seulement, le Front national a rassembl\u00e9 en effet une minorit\u00e9 de catholiques int\u00e9gristes, ve- nus du traditionalisme ou de l&#8217;Action fran\u00e7aise, et une majorit\u00e9 de nationalistes, souvent indiff\u00e9rents en mati\u00e8re religieuse, h\u00e9ritiers des ligues de l&#8217;entre-deux-guerres, du poujadisme des ann\u00e9es 50, d&#8217;un antigaullisme dirig\u00e9 contre l&#8217;homme qui a incarn\u00e9 la Lib\u00e9ration et men\u00e9 \u00e0 son terme la d\u00e9colonisation. Le parti de Jean-Marie Le Pen, longtemps groupusculaire, a tir\u00e9 sa force de l&#8217;impuissance de la gauche comme de la droite parlementaire \u00e0 venir \u00e0 bout de la d\u00e9pression \u00e9conomique et de la d\u00e9t\u00e9rioration sociale qui en r\u00e9sulte. Il est parvenu \u00e0 s\u00e9duire beaucoup de ceux qui s&#8217;estiment victimes d&#8217;une conjoncture longue tr\u00e8s difficile: chefs de petites entreprises, mais aussi employ\u00e9s et ouvriers atteints ou menac\u00e9s par le ch\u00f4mage. A ces \u00e9l\u00e9ments vuln\u00e9rables de la petite-bourgeoisie et des classes populaires, il d\u00e9signe un bouc \u00e9missaire: l&#8217;immigr\u00e9, responsable du sous-emploi et de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, menace pour l&#8217;identit\u00e9 nationale fran\u00e7aise. Il d\u00e9nonce aussi des coupables: tous les autres partis, incapables de prot\u00e9ger les Fran\u00e7ais contre l&#8217;invasion \u00e9trang\u00e8re et le mondialisme. Les &#8221; solutions &#8221; qu&#8217;il met en avant (&#8220;pr\u00e9f\u00e9rence nationale &#8221; en mati\u00e8re d&#8217;emploi, de logement, de protection sociale, refoulement des immigr\u00e9s non europ\u00e9ens, protectionnisme) entra\u00eeneraient \u00e0 la fois une d\u00e9rive r\u00e9pressive et l&#8217;isolement de la France avec les cons\u00e9quences qu&#8217;on imagine. Elles sont \u00e0 vrai dire totalement inapplicables. Mais c&#8217;est son discours de d\u00e9nonciation qui attire et parfois convainc quelque 15% des \u00e9lecteurs, peu conscients de ses implications politiques, sociales et \u00e9conomiques catastrophiques.<\/p>\n<p> <strong> Une crise du consensus autour des valeurs r\u00e9publicaines  <\/strong><\/p>\n<p>Tel quel, le Front national n&#8217;est certes pas en mesure de prendre le pouvoir. Mais, depuis le r\u00e9cent redressement de la gauche, son existence rend la droite parlementaire minoritaire. Que peut faire celle-ci ? S&#8217;allier ouvertement au FN d\u00e9tournerait d&#8217;elle une partie de son \u00e9lectorat. Adopter les th\u00e8mes du lep\u00e9nisme reviendrait \u00e0 lui donner raison, sans pour autant l&#8217;emp\u00eacher de prosp\u00e9rer. En 1986, un interdit global s&#8217;\u00e9tait accompagn\u00e9 d&#8217;accords r\u00e9gionaux, mais cette solution n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 reprise six ans plus tard. Le menace de perdre plusieurs r\u00e9gions au profit de la gauche conduira-t-elle \u00e0 l&#8217;adopter \u00e0 nouveau ? G\u00eanante pour le RPR et l&#8217;UDF, l&#8217;implantation durable du Front national a \u00e9galement affaibli la gauche, car elle s&#8217;est faite en partie \u00e0 son d\u00e9triment, dans les milieux d\u00e9favoris\u00e9s qui lui avaient fait confiance en 1978 et 1981. Elle est, au vrai, un sympt\u00f4me d&#8217;une crise du consensus autour des valeurs r\u00e9publicaines, fondement de la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise. Elle risque de durer tant qu&#8217;une partie de la population se sentira exclue de la soci\u00e9t\u00e9. C&#8217;est dire l&#8217;importance capitale de la r\u00e9ussite du projet \u00e9conomique, social et culturel des forces de progr\u00e8s..<\/p>\n<p>* Professeur honoraire \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Bourgogne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Comme la gauche, la droite en France a plus de deux cents ans, puisque c&#8217;est \u00e0 l&#8217;automne 1789 que les partisans de l&#8217;Ancien R\u00e9gime ont pris l&#8217;habitude, \u00e0 la Constituante, de si\u00e9ger \u00e0 droite du pr\u00e9sident tandis que les &#8221; patriotes &#8221; s&#8217;installaient \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-910","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/910","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=910"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/910\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}