{"id":909,"date":"1998-04-01T00:00:00","date_gmt":"1998-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/regionales909\/"},"modified":"1998-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-03-31T22:00:00","slug":"regionales909","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=909","title":{"rendered":"R\u00e9gionales"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Didier Witkowski <\/p>\n<p>Voir aussi Le Front national ou le &#8221; ressentiment collectif &#8220;<strong> Juste apr\u00e8s le vote du 15 mars, point de vue d&#8217;un directeur d&#8217;\u00e9tudes de la Sofr\u00e8s sur l&#8217;abstention et les diff\u00e9rents comportements \u00e9lectoraux. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Ces \u00e9lections r\u00e9gionales repr\u00e9sentaient la premi\u00e8re \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale pour un gouvernement install\u00e9 depuis peu, neuf mois seulement. Que vous inspirent-elles ? <\/strong><\/p>\n<p>Les scores de la droite dans son ensemble restent stables (51,5% contre 51,6% en 1997) mais il faut souligner que si la gauche a gagn\u00e9 des r\u00e9gions et appara\u00eet donc comme le vainqueur de ces \u00e9lections, elle recule en voix: 40,9% contre 44,4% en 1997. En ce qui concerne l&#8217;ensemble PC-PS-Verts, le recul est m\u00eame plus accentu\u00e9 puisqu&#8217;il est de plus de 5 points, ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00fb en partie aux progr\u00e8s de l&#8217;extr\u00eame gauche (de 2,6% \u00e0 4,4%). C&#8217;est donc un succ\u00e8s mitig\u00e9 pour la gauche mais c&#8217;est tout de m\u00eame assez satisfaisant pour le gouvernement Jospin car il n&#8217;y a eu aucun vote de d\u00e9fiance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la gauche au pouvoir. Or, pr\u00e8s d&#8217;un an apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, on aurait pu s&#8217;attendre \u00e0 un recul plus s\u00e9rieux, comme la gauche l&#8217;avait douloureusement exp\u00e9riment\u00e9 en 1982, par exemple. Ce n&#8217;est pas le cas aujourd&#8217;hui, essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 la popularit\u00e9 du premier ministre, mais aussi gr\u00e2ce au manque de combativit\u00e9 de l&#8217;opposition qui est partie perdante dans cette \u00e9lection. Manifestement, la droite ne s&#8217;est pas davantage mobilis\u00e9e qu&#8217;en 1997 car elle savait qu&#8217;il ne lui \u00e9tait pas possible de garder autant de r\u00e9gions qu&#8217;en 1992. De plus, l&#8217;opposition a un probl\u00e8me de cr\u00e9dibilit\u00e9: pas de programme, pas d&#8217;analyse s\u00e9rieuse de la d\u00e9faite des l\u00e9gislatives, pas de renouvellement des dirigeants et un flottement id\u00e9ologique qui dure maintenant depuis plus d&#8217;un an, depuis l&#8217;\u00e9trange alliance de Madelin et de Seguin durant l&#8217;entre-deux-tours des l\u00e9gislatives, qui symbolise bien le d\u00e9sarroi de la droite et son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une doctrine coh\u00e9rente.<\/p>\n<p> <strong> Le taux d&#8217;abstention se situe \u00e0 41%. Vous para\u00eet-il alarmant ?  <\/strong><\/p>\n<p>Le taux d&#8217;abstention lors d&#8217;un scrutin local est toujours plus \u00e9lev\u00e9 que lors d&#8217;un scrutin national. L&#8217;abstention provient en partie de ce que les \u00e9lecteurs n&#8217;ont pas per\u00e7u d&#8217;enjeu national, et la campagne \u00e9lectorale ne les a pas persuad\u00e9s du contraire. Ajoutons le sentiment qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de sanction gouvernementale en jeu. Ce qui est pr\u00e9occupant est plut\u00f4t le fait que la r\u00e9gion n&#8217;ait pas cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9bat politique suffisant pour entra\u00eener une participation large. Ce n&#8217;est pas un \u00e9chec du civisme, c&#8217;est un \u00e9chec du th\u00e8me r\u00e9gional comme d\u00e9bat politique. Car cette \u00e9lection n&#8217;a pas non plus repr\u00e9sent\u00e9 un enjeu local assez fort pour susciter v\u00e9ritablement l&#8217;int\u00e9r\u00eat des \u00e9lecteurs. Le mode de scrutin est encore un obstacle. Particuli\u00e8rement stupide, il contribue \u00e0 \u00e9loigner les enjeux politiques des enjeux r\u00e9gionaux. La circonscription \u00e9lectorale d\u00e9partementale ne favorise pas l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un d\u00e9bat r\u00e9gional: des listes d\u00e9partementales peuvent susciter un affrontement politique au niveau du d\u00e9partement, pas de la r\u00e9gion. Les scrutins de liste ont pour effet d&#8217;\u00e9loigner l&#8217;\u00e9lu de l&#8217;\u00e9lecteur: les listes sont d\u00e9finies par les \u00e9tats-majors et les \u00e9lecteurs n&#8217;accordent d&#8217;attention qu&#8217;\u00e0 la t\u00eate de liste. Les majorit\u00e9s se font apr\u00e8s le scrutin, les \u00e9lecteurs ne contr\u00f4lent pas la majorit\u00e9 au conseil r\u00e9gional, ni m\u00eame les strat\u00e9gies individuelles des \u00e9lus, comme on le voit \u00e0 l&#8217;occasion des accords locaux avec le FN. Y a-t-il lieu de comparer avec l&#8217;abstention lors des l\u00e9gislatives de 1997 ( 32% environ) et des r\u00e9gionales de 1992 (31% environ) ? A mon avis, non. En 1992, les r\u00e9gionales \u00e9taient isol\u00e9es des autres \u00e9lections et comportaient un enjeu national: les socialistes au pouvoir \u00e9tant tr\u00e8s impopulaires, c&#8217;\u00e9tait une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1993, la participation \u00e9tait donc plus \u00e9lev\u00e9e. En 1986, les r\u00e9gionales co\u00efncidaient avec les l\u00e9gislatives, ce qui a &#8220;boost\u00e9&#8221; la participation r\u00e9gionale proprement dite. Nous avons vu cette ann\u00e9e le premier exemple d&#8217;\u00e9lections r\u00e9gionales \u00e0 enjeu r\u00e9gional.<\/p>\n<p> <strong> Comment interpr\u00e9tez-vous les comportements des diff\u00e9rents \u00e9lectorats ?  <\/strong><\/p>\n<p>Nous ne disposons pas pour l&#8217;instant de beaucoup d&#8217;\u00e9l\u00e9ments, en l&#8217;absence de sondages &#8220;sorties des urnes&#8221; ou post-\u00e9lectoraux. La gauche plurielle s&#8217;\u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e unie dans la majorit\u00e9 des cas, il est impossible de mesurer l&#8217;audience \u00e9lectorale de ses diverses composantes. La seule surprise vient de l&#8217;extr\u00eame gauche, qui traduit le m\u00e9contentement et la d\u00e9sorientation d&#8217;une partie de l&#8217;\u00e9lectorat de gauche, en particulier \u00e0 mon avis en ce qui concerne la gestion gouvernementale du mouvement des ch\u00f4meurs. Soulignons cependant que l&#8217;existence m\u00eame de listes unies de la gauche plurielle g\u00e9n\u00e8re naturellement un vote dissident plus important. Certains ressentent l&#8217;existence d&#8217;une liste unie de la majorit\u00e9 comme une institution, qui provoque un r\u00e9flexe anti-officiel. Un avertissement \u00e0 une gauche trop unie, trop contente d&#8217;elle-m\u00eame alors qu&#8217;il y a des questions sociales douloureuses pas encore trait\u00e9es par la gauche ? Quant \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite, il faut cesser d&#8217;en faire l&#8217;\u00e9v\u00e9nement de chaque scrutin. Avec 15% des suffrages exprim\u00e9s, le FN progresse un peu par rapport aux l\u00e9gislatives mais globalement son influence ne d\u00e9colle pas du 15%. Pourtant le mode de scrutin et l&#8217;absence d&#8217;enjeu national pouvaient lui \u00eatre plus favorables. Par ailleurs, les enqu\u00eates montrent un potentiel de vote occasionnel qui peut d\u00e9passer 30%, des gens qui &#8220;n&#8217;excluent pas de voter pour le FN un jour&#8221;. Malgr\u00e9 cela, il est toujours \u00e0 15%. L&#8217;abstention a sans doute jou\u00e9 car ce sont les cat\u00e9gories populaires faiblement ins\u00e9r\u00e9es socialement qui s&#8217;abstiennent le plus, et c&#8217;est la client\u00e8le \u00e9lectorale privil\u00e9gi\u00e9e du FN. En r\u00e9alit\u00e9, c&#8217;est son pouvoir de nuisance qui s&#8217;amplifie, d\u00fb \u00e0 deux ph\u00e9nom\u00e8nes distincts. D&#8217;une part son implantation locale plus solide, qui lui permet de peser dans des scrutins majoritaires \u00e0 deux tours. D&#8217;autre part, des facteurs institutionnels qui lui permettent d&#8217;avoir une influence bien sup\u00e9rieure \u00e0 son \u00e9tiage dans les urnes: le mode de scrutin r\u00e9gional \u00e0 la proportionnelle et les conditions de maintien aux seconds tours des municipales, bien trop favorables.<\/p>\n<p>* Directeur d&#8217;\u00e9tudes du d\u00e9partement politique de la Sofr\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Didier Witkowski <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-909","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/909","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=909"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/909\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=909"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=909"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=909"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}