{"id":9017,"date":"2015-09-24T11:55:50","date_gmt":"2015-09-24T09:55:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-fernando-rosas-la-gauche-radicale\/"},"modified":"2023-07-03T14:41:17","modified_gmt":"2023-07-03T12:41:17","slug":"article-fernando-rosas-la-gauche-radicale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9017","title":{"rendered":"Fernando Rosas : \u00ab La gauche radicale portugaise est l&#8217;une des plus fortes en Europe \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dirigeant national du Bloc de gauche, Fernando Rosas analyse la situation politique du Portugal et expose les positions de son parti sur les alliances \u00e9lectorales, la lutte contre l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 et la sortie de l&#8217;euro.<\/p>\n<p>Le 4 octobre prochain, les Portugais \u00e9liront leurs d\u00e9put\u00e9s. Le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho (PSD et CDS-PP), au pouvoir depuis 2011, est en passe d\u2019\u00eatre reconduit. Il devance aujourd\u2019hui dans les sondages le PS qui, en charge entre 2009 et 2011, avait demand\u00e9 en 2010 l\u2019assistance financi\u00e8re de la Tro\u00efka. Partout o\u00f9 elle est intervenue, celle-cia impos\u00e9 des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 extr\u00eamement s\u00e9v\u00e8res : hausse des imp\u00f4ts (notamment de la TVA), baisse des salaires et des retraites, privatisations et pr\u00e9carisation sur le march\u00e9 du travail. <\/p>\n<p>Cette situation pose un d\u00e9fi \u00e0 une gauche radicale portugaise, forte mais \u00e9clat\u00e9e. J\u2019ai interrog\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 Fernando Rosas, l\u2019une des grandes figures du Bloc de gauche (Bloco de Esquerda), dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des cofondateurs en 1999. N\u00e9 en 1946, il a milit\u00e9 dans sa jeunesse au PC portugais \u2013 qu\u2019il a quitt\u00e9 en 1968 au moment de l\u2019intervention de l\u2019URSS en Tch\u00e9coslovaquie. Militant antifasciste, il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et emprisonn\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sous le r\u00e9gime de Salazar. Il a \u00e9t\u00e9 candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2001 pour le Bloc, et est devenu d\u00e9put\u00e9 entre 1999 et 2002 et entre 2005 et 2009. Historien, il enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 nouvelle de Lisbonne.<\/p>\n<p><strong>Philippe Marli\u00e8re. Pourrais-tu commencer par d\u00e9crire la situation sociale et politique au Portugal ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fernando Rosas.<\/strong> Nous avons eu quatre ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 violente. Le PIB a baiss\u00e9 de 6% et nous avons 300.000 ch\u00f4meurs suppl\u00e9mentaires, m\u00eame si les chiffres du ch\u00f4mage sont manipul\u00e9s par le gouvernement qui ne compte pas, par exemple, les demandeurs d\u2019emploi qui effectuent des stages. Depuis le d\u00e9but de la crise, 500.000 Portugais ont \u00e9migr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 c\u2019est un retour aux chiffres de l\u2019\u00e9migration des ann\u00e9es 70. C\u2019est presque 100.000 personnes qui quittent le pays chaque ann\u00e9e. C\u2019est une immigration qualifi\u00e9e, de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s sans emploi. Le ch\u00f4mage touche environ 40% de la jeunesse. C\u2019est une situation sociale marqu\u00e9e par la baisse r\u00e9elle des salaires et des retraites. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 a permis au capital de transf\u00e9rer le paiement de la dette des entreprises vers les salari\u00e9s. Nous avons une dette publique de 130% du PIB, \u00e9quivalente au budget national de la sant\u00e9. En plus de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui a diminu\u00e9 les salaires, les retraites et l\u2019aide sociale, nous sommes contraints de ne pas d\u00e9passer la barre des 3% de d\u00e9penses publiques impos\u00e9e par l\u2019Union europ\u00e9enne. Nous avons des contraintes financi\u00e8res qui vont nous emp\u00eacher de retrouver la croissance dans les vingt ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong>La situation portugaise n\u2019est pourtant pas celle de la Gr\u00e8ce\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La Commission europ\u00e9enne surveille nos finances, mais il est vrai que la Tro\u00efka n\u2019est plus pr\u00e9sente au Portugal [NDLR : depuis 2014]. Les budgets du gouvernement portugais sont ent\u00e9rin\u00e9s par l\u2019Union europ\u00e9enne, avant d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s au parlement portugais. Nous avons des obligations de la dette qui sont tr\u00e8s pesantes. Le gouvernement actuel pr\u00e9tend d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de la Tro\u00efka. Mais l\u2019ironie est que c\u2019est ce m\u00eame gouvernement qui, de mani\u00e8re z\u00e9l\u00e9e, a surpass\u00e9 les exigences de la Tro\u00efka. Ce sont eux les responsables de la terrible situation \u00e9conomique et sociale que vit notre pays. La droite au gouvernement dit qu\u2019on ne peut pas arr\u00eater les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, car le pays se retrouverait dans une situation identique \u00e0 celle de la Gr\u00e8ce. Les socialistes ont le m\u00eame programme, mais proposent une aust\u00e9rit\u00e9 plus <em>soft<\/em>. Le Parti socialiste (PS) ne parle pas de restructuration de la dette et il envisage de la rembourser int\u00e9gralement. Il n\u2019y a aucune volont\u00e9 chez les socialistes de s\u2019opposer au plan de remboursement pr\u00e9vu par l\u2019Union europ\u00e9enne. Le PS op\u00e8re dans le m\u00eame cadre aust\u00e9ritaire que la droite, ce qui va avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour lui.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab La gauche radicale repr\u00e9sente entre 15% et 20% des voix au Portugal. Nous avons l\u2019une des gauches radicales les plus fortes en Europe \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Comment les Portugais r\u00e9agissent-ils \u00e0 cette situation ?<\/strong><\/p>\n<p>Les sondages le soulignent : les \u00e9lecteurs pensent que les diff\u00e9rences politiques entre le PS et la droite sont tr\u00e8s minces. Les gens ne comprennent pas ce qui diff\u00e9rencie les deux camps. Le PS ne se risque pas \u00e0 adopter un discours un tant soit peu de gauche. On pouvait croire qu\u2019Ant\u00f3nio Costa, son nouveau secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, se positionnerait plus \u00e0 gauche. Ce n\u2019est pas du tout ce qui s\u2019est pass\u00e9. Le programme du PS va plus loin que la droite dans le domaine de la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du travail qui facilite davantage les licenciements. Les \u00e9conomistes du PS insistent encore plus que la droite sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019individualiser le contrat de travail entre patrons et employ\u00e9s ; contre le principe du contrat collectif.<\/p>\n<p><strong>En France le gouvernement Valls et son ministre des Finances Emmanuel Macron m\u00e8nent la m\u00eame politique\u2026 Puisque le PS n\u2019appara\u00eet pas comme un rempart contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, quelles perspectives cette situation ouvre-t-elle pour le Bloc de gauche ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 gauche, l\u2019alternative repose sur deux forces : le Parti communiste portugais (PCP) qui a une base solide de 9-10% et le Bloc de gauche qui a d\u00e9j\u00e0 eu environ 8%. Nous esp\u00e9rons avoir 5% des voix [NDLR : les derniers sondages le placent \u00e0 7-8%]. Avec d\u2019autres petits partis, la gauche radicale repr\u00e9sente entre 15% et 20% des voix au Portugal. Nous avons l\u2019une des gauches radicales les plus fortes en Europe.<\/p>\n<p><strong>Quand le Bloc de gauche s\u2019est constitu\u00e9 en 1999, on le d\u00e9signait souvent comme le parti des &#8220;causes fracturantes&#8221;, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il insistait sur les questions soci\u00e9tales, post-mat\u00e9rielles qui &#8220;fracturent&#8221; ou divisent la soci\u00e9t\u00e9 portugaise, comme l\u2019avortement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une image donn\u00e9e par la presse de droite, plut\u00f4t que la r\u00e9alit\u00e9. Ceci dit, il est vrai qu\u2019avec un PCP traditionnel sur les questions de m\u0153urs et soci\u00e9tales, c\u2019est le Bloc qui a trait\u00e9 en premier de questions de soci\u00e9t\u00e9 qui sont devenues aujourd\u2019hui consensuelles : la criminalisation du harc\u00e8lement sexuel ou de la violence domestique contre les femmes ; le mariage homosexuel ; le droit d\u2019adoption d\u2019enfants pour les couples gays ; la l\u00e9galisation des drogues douces, etc. Dans la vie parlementaire portugaise, aucun parti ne s\u2019occupait de ces th\u00e8mes avant l\u2019apparition du Bloc. Aujourd\u2019hui, le PS et le PCP reprennent ces propositions et ces politiques. Il est donc vrai que cela a contribu\u00e9 \u00e0 donner au Bloc un profil &#8220;soci\u00e9tal&#8221;. Mais ce n\u2019est pas en soi l\u2019objectif du Bloc de n\u2019\u00eatre seulement que le parti des &#8220;causes fracturantes&#8221;. Certains pr\u00e9disaient que le Bloc dispara\u00eetrait une fois que ces questions auraient \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es sur le plan l\u00e9gal. Quand Francisco Lou\u00e7\u00e3 a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Bloc [NDLR : Lou\u00e7\u00e3 fut le porte-parole du Bloc de gauche entre 1999 et 2012], il nous a en effet fallu un peu de temps pour trouver une formule de remplacement stable. Nous l\u2019avons trouv\u00e9e : c\u2019est une jeune femme, Catarina Martins, qui est la nouvelle porte-parole de notre parti. Nous avons une autre jeune femme brillante, Mariana Mort\u00e1gua \u00e0 Lisbonne, qui s\u2019est distingu\u00e9e en menant une enqu\u00eate parlementaire sur une affaire de corruption impliquant la banque Espirito Santo. L\u2019unit\u00e9 est donc retrouv\u00e9e dans le Bloc.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Nous sommes favorables \u00e0 des alliances \u00e9lectorales avec le PCP. Je pense qu\u2019un tel front \u00e9lectoral va se r\u00e9aliser \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>\u00c0 la diff\u00e9rence du Front de gauche, qui est un cartel de partis, le Bloc de gauche est un parti auquel on adh\u00e8re directement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Il existe des courants organis\u00e9s, mais l&#8217;affiliation au Bloc est individuelle. Les partis fondateurs du Bloc de gauche sont le Parti socialiste r\u00e9volutionnaire (PSR \u2013 trotskyste), l\u2019Union d\u00e9mocratique populaire (UDP \u2013 mao\u00efste), Politica XXI (d\u2019ex-membres du Parti communiste portugais) et Ruptura \/ FER (trotskyste).<\/p>\n<p><strong>Tu es issu de quel parti ?<\/strong><\/p>\n<p>Aucun. Je suis ind\u00e9pendant ! <em>(rires)<\/em><\/p>\n<p><strong>Sous le r\u00e9gime de Salazar, \u00e0 quel parti appartenais-tu ?<\/strong><\/p>\n<p>Le Mouvement pour la r\u00e9organisation du parti du prol\u00e9tariat (MRPP \u2013 mao\u00efste) qui existe toujours.<\/p>\n<p><strong>En France, le PCF est membre du Front de gauche. Mais au Portugal, le PCP n\u2019est pas dans une alliance avec vous. Il est d\u2019ailleurs associ\u00e9 au parti Vert ; les deux forment la Coalition d\u00e9mocratique unitaire (CDU). Qu\u2019est-ce qui emp\u00eache une telle alliance, et est-elle envisageable un jour ?<\/strong><\/p>\n<p>Le PCP a voulu freiner le d\u00e9veloppement du parti Vert. Ils ont donc fait alliance avec lui. Mais le probl\u00e8me est surtout la culture du PCP. Nous sommes en contact avec les communistes ; nous collaborons avec eux au parlement. Nous organisons de fr\u00e9quentes r\u00e9unions de direction. Mais il y a une culture sectaire tr\u00e8s forte au sein du PCP. Il a peur de la mont\u00e9e du Bloc, qui a d\u00e9pass\u00e9 le PCP en 2009. Il craint que son association avec le Bloc n\u2019incite des jeunes militants communistes \u00e0 nous rejoindre. Le PCP, surtout, continue de se penser comme le parti de l\u2019avant-garde des travailleurs et de la gauche portugaise. Le PCP a pour habitude d\u2019essayer de contr\u00f4ler toutes les initiatives unitaires \u00e0 gauche. Ce n\u2019est donc pas facile de travailler avec eux, mais nous sommes favorables \u00e0 des alliances \u00e9lectorales avec le PCP. Je pense qu\u2019un tel front \u00e9lectoral va se r\u00e9aliser un jour.<\/p>\n<p><strong>Mais il n\u2019y aura pas de fusion organique\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Non. \u00c7a, c\u2019est compliqu\u00e9. Il faut se souvenir que le PCP continue \u00e0 consid\u00e9rer que les PC nord-cor\u00e9en et chinois appartiennent au camp socialiste. \u00c7a veut dire que nous avons des conceptions tr\u00e8s diff\u00e9rentes de ce que constitue l\u2019id\u00e9e m\u00eame du socialisme. Le PCP n\u2019a jamais fait une critique de l\u2019exp\u00e9rience sovi\u00e9tique. Les plus anciens dirigeants de ce parti soutiennent tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 en URSS. Nous avons une conception diff\u00e9rente du socialisme, mais nous sommes proches sur le plan de la tactique.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la position que vous adoptez vis-\u00e0-vis du PS ? En Gr\u00e8ce, Syriza a remplac\u00e9 le PASOK qui a presque disparu. En France, le d\u00e9passement de la social-d\u00e9mocratie par la gauche radicale ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Est-ce que cela serait envisageable au Portugal ? Penses-tu que le Bloc doive, dans tous les cas de figure, refuser toute alliance \u00e9lectorale avec le PS ?<\/strong><\/p>\n<p>On pourrait imaginer des accords avec le PS \u00e0 une double condition : qu\u2019il revoie sa position sur la dette et sur le respect du pacte de stabilit\u00e9 europ\u00e9en. Si le PS accepte de revoir sa position sur ces deux points, le Bloc est pr\u00eat \u00e0 des accords avec le PS. \u00c7a, c\u2019est absolument clair.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab On ne peut pas mener de politique anti-aust\u00e9rit\u00e9 dans le cadre de l\u2019euro \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Un accord avec le PS, y compris au gouvernement ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous n\u2019excluons rien, \u00e0 condition, je l\u2019ai dit, que le PS accepte de revoir sa position sur la dette. Mais nous n\u2019en sommes pas l\u00e0 aujourd\u2019hui. Ce qui divise aujourd\u2019hui, c\u2019est la question de la ren\u00e9gociation de la dette. Les socialistes sont contre, y compris apr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 entre la Gr\u00e8ce et l\u2019Eurogroupe. Nous avons publiquement tir\u00e9 les conclusions de cet \u00e9pisode : premi\u00e8rement, on ne peut pas mener de politique anti-aust\u00e9rit\u00e9 dans le cadre de l\u2019euro. Deuxi\u00e8mement, l\u2019eurozone est une sorte de dictature qui n\u2019admet pas les choix d\u00e9mocratiques des pays europ\u00e9ens. Nous voulons donc ren\u00e9gocier la dette et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, nous serions pr\u00eats \u00e0 sortir de l\u2019euro. On ne fera pas l\u2019erreur d\u2019Alexis Tsipras qui est all\u00e9 aux n\u00e9gociations sans plan B. Mais nous ne voulons pas critiquer publiquement Syriza. Notre position officielle est que nous devons \u00eatre pr\u00eats \u00e0 sortir de l\u2019euro si les n\u00e9gociations sur la dette n\u2019aboutissent pas. Il faut pr\u00e9senter cet argument de mani\u00e8re tr\u00e8s p\u00e9dagogique car les Portugais sont tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 l\u2019Europe et \u00e0 l\u2019euro. Ainsi, on ne dit pas : <em>\u00ab Notre programme est la sortie de l\u2019euro \u00bb<\/em> ; on dit plut\u00f4t : <em>\u00ab Notre programme est de ren\u00e9gocier la dette \u00bb<\/em>. Si \u00e7a ne marche pas, on doit se pr\u00e9parer \u00e0 la sortie. Francisco Lou\u00e7\u00e3, qui est un \u00e9conomiste, travaille sur ce sc\u00e9nario ; nous sommes en train de faire des \u00e9tudes sur la question.<\/p>\n<p><strong>Le PCP a-t-il la m\u00eame position que vous sur cette question ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, m\u00eame s\u2019il ne d\u00e9fend pas ouvertement la sortie de l\u2019euro. Dans le peuple portugais, il y a cette repr\u00e9sentation un peu mythologique selon laquelle l\u2019euro et la prosp\u00e9rit\u00e9 sont li\u00e9s. Ceci dit, des camarades dans le Bloc h\u00e9sitent. La direction de notre parti est unanimement favorable \u00e0 ce nouveau sc\u00e9nario.<\/p>\n<p><strong>Le Bloc vient de proposer un r\u00e9f\u00e9rendum sur la Pacte de stabilit\u00e9\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Nous avons propos\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rendums sur tous les grands trait\u00e9s, parce que le peuple portugais n\u2019a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9 sur aucun trait\u00e9 important de l\u2019Union europ\u00e9enne : ni sur Maastricht, ni sur Lisbonne.<\/p>\n<p><strong>En d\u00e9pit du m\u00e9morandum, de la Tro\u00efka et de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, dirais-tu que les Portugais restent attach\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Tu vois, le salazarisme a signifi\u00e9 la mis\u00e8re et l\u2019oppression pour le peuple portugais. L\u2019Europe est ici tr\u00e8s associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie. Cette association entre Europe et d\u00e9mocratie nous oblige \u00e0 \u00eatre prudents.<\/p>\n<p><strong>Au sein du Bloc, existe-t-il un courant eurosceptique ?<\/strong><\/p>\n<p>La ligne du Bloc a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9fense d\u2019un europ\u00e9isme de gauche. Il y a encore un courant europ\u00e9iste tr\u00e8s fort dans le Bloc. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 notre ligne officielle jusqu\u2019\u00e0 la crise grecque. Depuis, nous pensons que cette position n\u2019est plus tenable, tant sur l\u2019euro que sur la question m\u00eame de l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne. La crise grecque nous a aid\u00e9s \u00e0 comprendre qu\u2019il y avait des impossibilit\u00e9s \u00e0 mener des politiques alternatives \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dans le cadre de l\u2019euro, et m\u00eame l\u2019impossibilit\u00e9 de la d\u00e9mocratie\u2026<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Tsipras n\u2019a jamais accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne parviendrait pas \u00e0 un accord \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Ce qu\u2019a fait Tsipras est d\u00e9cevant\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c\u2019est tr\u00e8s d\u00e9cevant, mais nous ne voulons pas l\u2019accabler publiquement. Nous pr\u00e9f\u00e9rons parler du chantage et de l\u2019attaque de l\u2019Eurogroupe. Le Bloc ne critique pas publiquement Tsipras. Dans nos discussions avec Syriza, nous leur avons demand\u00e9 : \u00ab \u00cates-vous pr\u00e9par\u00e9s, avez-vous un plan B pour vous sortir de l\u00e0 ? \u00bb Mais Tsipras n\u2019a jamais accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne parviendrait pas \u00e0 un accord. Syriza aurait d\u00fb se pr\u00e9parer, anticiper une sortie.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que Livre [&#8220;libre&#8221;], ce nouveau parti dirig\u00e9 par Rui Tavares [NDLR : eurod\u00e9put\u00e9 du Bloc de gauche entre 2009 et 2011 jusqu&#8217;\u00e0 sa d\u00e9fection au parti Vert], qui met en avant l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne et promeut des th\u00e8mes post-mat\u00e9riels ?<\/strong><\/p>\n<p>Certains de ses dirigeants viennent du Bloc. Ils pensent que le PS va repartir un peu \u00e0 gauche. Ils se font des illusions. Ils pensent pouvoir \u00eatre une force d\u2019appoint du PS au gouvernement. Ils sont dans une situation difficile selon les sondages. Ils auront du mal \u00e0 faire \u00e9lire un d\u00e9put\u00e9 car les \u00e9lecteurs mod\u00e9r\u00e9s vont pr\u00e9f\u00e9rer le PS \u00e0 un petit parti qui lui ressemble. Au Portugal, il n\u2019y a pas de vraie tradition socialiste, issue du mouvement ouvrier. Le PS est issu du radicalisme r\u00e9publicain.<\/p>\n<p><strong>Tu es un universitaire, un intellectuel, mais aussi un des membres fondateurs et dirigeants du Bloc de gauche. \u00c0 ce titre, tu as \u00e9t\u00e9 candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle pour le Bloc en 2001. \u00c7a a d\u00fb \u00eatre une exp\u00e9rience int\u00e9ressante. Quels souvenirs en gardes-tu ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un militant toute ma vie. Sous la dictature de Salazar, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 dans la clandestinit\u00e9, puis en prison pendant quatre ans, avant le 25 avril [1974]. Apr\u00e8s, j\u2019ai continu\u00e9 de militer. Je viens d\u2019une famille de militants. Il fallait un candidat en 2001, et j\u2019ai donc accept\u00e9 de remplir ce r\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>En tant qu\u2019historien, tu es un sp\u00e9cialiste du salazarisme ; sujet sur lequel tu as publi\u00e9 plusieurs ouvrages. Quel est ton th\u00e8me de recherche actuel ?<\/strong><\/p>\n<p>Je travaille en ce moment sur deux choses : une recherche comparative entre le salazarisme et les fascismes europ\u00e9ens. Je pr\u00e9pare un livre sur ce th\u00e8me. Je dirige \u00e9galement un projet de recherche sur les Portugais morts dans les camps de concentration allemands pendant la guerre, ainsi que sur ceux qui furent mobilis\u00e9s dans le Service du travail obligatoire dans l\u2019Allemagne nazie.<\/p>\n<p><em>Entretien r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Lisbonne le 30 juillet 2015.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9017 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/fernando-ros6078-4eb.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/fernando-ros6078-4eb-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"fernando-ros6078.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dirigeant national du Bloc de gauche, Fernando Rosas analyse la situation politique du Portugal et expose les positions de son parti sur les alliances \u00e9lectorales, la lutte contre l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 et la sortie de l&#8217;euro.<\/p>\n","protected":false},"author":1241,"featured_media":22425,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[216],"tags":[293,295,425],"class_list":["post-9017","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-des-verites-desagreables-par-philippe-marliere","tag-entretien","tag-nupes","tag-portugal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9017","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1241"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9017"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9017\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/22425"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9017"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9017"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9017"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}