{"id":9006,"date":"2015-09-22T00:08:33","date_gmt":"2015-09-21T22:08:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-accueil-des-migrants-un-fardeau\/"},"modified":"2023-06-23T23:20:31","modified_gmt":"2023-06-23T21:20:31","slug":"article-accueil-des-migrants-un-fardeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=9006","title":{"rendered":"Accueil des migrants : un fardeau \u00e9conomique, vraiment ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c9tudes \u00e9conomiques et pr\u00e9c\u00e9dents historiques montrent que l&#8217;arriv\u00e9e de nombreux migrants n&#8217;a pas d&#8217;effets n\u00e9gatifs sur le march\u00e9 du travail ni sur les finances publiques du pays d&#8217;accueil. Mais qu&#8217;elle est affaire de solidarit\u00e9 et de juste r\u00e9partition des richesses.<\/p>\n<p>L&#8217;immigration serait-elle le domaine par excellence dans lequel imaginaire et pr\u00e9jug\u00e9s l&#8217;emporteraient syst\u00e9matiquement sur la raison ? Depuis quarante ans, le d\u00e9bat public est charg\u00e9 d&#8217;id\u00e9es re\u00e7ues qui ont fini par structurer sa perception et imprimer leur marque aux politiques publiques. L\u2019irruption du FN n&#8217;y est pas pour rien. Le parti fond\u00e9 en 1972 construit tr\u00e8s t\u00f4t l&#8217;image d&#8217;une immigration comme &#8220;probl\u00e8me&#8221;, insistant sur le lien entre crise sociale naissante et pr\u00e9sence d&#8217;\u00e9trangers sur le sol national. Le slogan massue du FN de Fran\u00e7ois Duprat et Jean-Marie Le Pen, <em>\u00ab un million de ch\u00f4meurs, c&#8217;est un million d&#8217;immigr\u00e9s en trop \u00bb<\/em>, n&#8217;a pas fini d&#8217;irradier la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Depuis, l&#8217;argumentaire a gagn\u00e9 en audience. Sa logique reste inchang\u00e9e : la crise \u00e9conomique limiterait la capacit\u00e9 d&#8217;accueil du pays. Les nouveaux arrivants viendraient n\u00e9cessairement grossir les rangs des b\u00e9n\u00e9ficiaires de la protection sociale, occuper des emplois, aggravant les d\u00e9s\u00e9quilibres. Il faudrait restreindre l&#8217;immigration, si ce n&#8217;est fermer les fronti\u00e8res. La figure de l&#8217;\u00e9tranger qui se dessine \u00e0 travers ce discours n&#8217;apporte rien \u00e0 son pays d&#8217;accueil ; elle &#8220;profite&#8221;, &#8220;prend&#8221;, &#8220;re\u00e7oit&#8221;. En pleine crise des r\u00e9fugi\u00e9s, cette repr\u00e9sentation p\u00e8se de tout son poids. L&#8217;hypoth\u00e8se du co\u00fbt &#8220;insoutenable&#8221; de l&#8217;immigration n&#8217;est pourtant valid\u00e9e par aucune \u00e9tude s\u00e9rieuse.<\/p>\n<h2>Pas de lien entre immigration et ch\u00f4mage<\/h2>\n<p>La France compte 5,4 millions de ch\u00f4meurs, sans emploi ou en activit\u00e9 r\u00e9duite[[Demandeurs d&#8217;emploi des cat\u00e9gories A, B et C.]]. Comment accueillir un grand nombre de migrants sans aggraver la situation ? En r\u00e9ponse au printemps \u00e0 la proposition des quotas, Nicolas Sarkozy r\u00e9sumait l&#8217;id\u00e9e : <em>\u00ab La solidarit\u00e9 pour r\u00e9partir des dizaines de milliers de migrants pour lesquels nous n&#8217;avons pas d\u2019emplois en Europe, c\u2019est une folie. \u00bb<\/em> Et pourtant. <em>\u00ab Aux antipodes de cette perception, les \u00e9conomistes aboutissent, fait rare pour \u00eatre signal\u00e9, \u00e0 un relatif consensus sur une absence d\u2019effets marqu\u00e9s de l\u2019immigration sur le march\u00e9 du travail, aussi bien sur le taux de ch\u00f4mage que sur les salaires \u00bb<\/em>, soulignent Xavier Chojnicki et Lionel Ragot, professeurs \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Lille et de Nanterre, membres du Centre d&#8217;\u00e9tudes prospectives et d&#8217;information internationale (CEPII)[[Lire Chojnicki X., Ragot L., On entend dire que&#8230; L&#8217;immigration co\u00fbte cher \u00e0 la France, \u00e9ditions Eyrolles et Les \u00c9chos, Paris, 2012, 128 p.]].<\/p>\n<p>Pour aboutir \u00e0 cette conclusion, les deux chercheurs ont \u00e9pluch\u00e9 une litt\u00e9rature europ\u00e9enne et nord-am\u00e9ricaine abondante, qui s&#8217;est attach\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier les cons\u00e9quence de &#8220;chocs&#8221; migratoires sur les soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;accueil. L&#8217;arriv\u00e9e en Floride de 125.000 Cubains en 1980, de 910.000 rapatri\u00e9s d&#8217;Alg\u00e9rie en 1962, ou de 610.000 migrants russes en Isra\u00ebl en 1990-91, n&#8217;ont entra\u00een\u00e9 d&#8217;augmentation significative du ch\u00f4mage dans aucun des pays d&#8217;accueil. Ces r\u00e9sultats, surprenants de prime abord, tant nos esprits sont impr\u00e9gn\u00e9s des poncifs anti-migratoires, s&#8217;expliquent en fait ais\u00e9ment : L&#8217;immigration, pr\u00e9cisent les universitaires, <em>\u00ab ne se traduit pas par un partage du travail entre autochtones et immigr\u00e9s, comme on partagerait un g\u00e2teau en parts d\u2019autant plus petites que le nombre de convives est grand \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Dynamisation de l&#8217;\u00e9conomie, solde positif pour les finances publiques<\/h2>\n<p>En fait, l&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;une nouvelle population sur un territoire ne se traduit pas seulement par un accroissement de la demande d&#8217;emplois. Elle augmente en m\u00eame temps celle des biens et services, dynamise l&#8217;activit\u00e9. <em>\u00ab Les migrants cr\u00e9eraient en quelque sorte leur propre emploi \u00bb<\/em>, r\u00e9sument Xavier Chojnicki et Lionel Ragot. Et d&#8217;enfoncer le clou : <em>\u00ab Cet effet positif a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 dans une \u00e9tude r\u00e9cente des Nations unies sur la base de 74 pays (dont la France) sur la p\u00e9riode 1980 \u00e0 2005. Il en d\u00e9coule qu\u2019une hausse de 1% de la population active provenant de l\u2019immigration augmente le PIB \u00e9galement de 1%. Ainsi, l\u2019immigration peut \u00eatre per\u00e7ue comme un simple changement d\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00e9conomie d\u2019accueil \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Autre id\u00e9e re\u00e7ue : le poids suppos\u00e9 des migrants sur les finances publiques, en particulier sur la protection sociale. Dans son programme pr\u00e9sidentiel, Marine Le Pen \u00e9voquait une perte de 70 milliards d&#8217;euros pour le contribuable. Ici encore, les travaux de Xavier Chojnicki et Lionel Ragot infirment cette hypoth\u00e8se. Malgr\u00e9 une surrepr\u00e9sentation des \u00e9trangers dans les diff\u00e9rentes branches de protection sociale, li\u00e9e \u00e0 des caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques, les universitaires aboutissent \u00e0 une conclusion sans \u00e9quivoque : non seulement la contribution des \u00e9trangers aux finances publiques \u2013 \u00e0 travers le paiement des imp\u00f4ts, taxes et cotisations \u2013 est sensiblement sup\u00e9rieure aux prestations per\u00e7ues, mais une fermeture des fronti\u00e8res aboutirait \u00e0 une r\u00e9gression de la population totale d&#8217;environ 10 % \u00e0 l&#8217;horizon 2050, ainsi qu&#8217;\u00e0 un recul significatif du PIB.<\/p>\n<h2>\u00ab L\u2019Europe aurait largement les moyens d\u2019accueillir davantage de r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb<\/h2>\n<p>Les travaux des \u00e9conomistes contredisent donc frontalement l&#8217;argumentaire comptable des promoteurs d&#8217;une politique d&#8217;immigration restrictive. Pour quelle raison une croissance d\u00e9mographique par la natalit\u00e9 serait-elle per\u00e7ue de mani\u00e8re positive, voire comme un signe de puissance nationale, tandis que l&#8217;immigration serait affubl\u00e9e de tous les maux ? Dans les deux cas, c&#8217;est bien le sort r\u00e9serv\u00e9 aux nouveaux venus par leur soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;accueil, \u00e0 travers un r\u00e9gime et des politiques de r\u00e9partition des richesses plus ou moins justes, qui d\u00e9terminera la qualit\u00e9 de leurs conditions d&#8217;existence, et leurs possibilit\u00e9s effectives de participation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><em>\u00ab L\u2019Europe, qui d\u00e9tient le quart des richesses mondiales, aurait largement les moyens mat\u00e9riels d\u2019accueillir davantage de r\u00e9fugi\u00e9s,<\/em> confirme Thibault Gajdos, directeur de recherche au CNRS. <em>Elle ne le fait pas pour des raisons politiques. Les dirigeants europ\u00e9ens sont, en effet, convaincus que les citoyens ne l\u2019accepteront pas. C\u2019est en grande partie de leur faute. \u00bb<\/em> <em>\u00ab L\u2019ouverture de l\u2019Europe aux r\u00e9fugi\u00e9s implique \u00e0 court terme un changement de doctrine et de politique \u00e9conomique,<\/em> estime le philosophe \u00c9tienne Balibar. <em>On veut r\u00e9partir une charge commune entre des pays que les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de concurrence &#8220;non fauss\u00e9e&#8221; ont pouss\u00e9s vers l\u2019in\u00e9galit\u00e9. Il faut inverser la tendance n\u00e9olib\u00e9rale, augmenter le budget de l\u2019UE de fa\u00e7on significative (&#8230;), promouvoir la solidarit\u00e9 entre les \u00c9tats et construire en commun une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/em> Reste \u00e0 savoir si les gouvernements de l&#8217;UE auront la volont\u00e9 d&#8217;engager une telle mutation.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9006 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/migrants-fare5d0-b87.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/migrants-fare5d0-b87-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"migrants-fare5d0.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tudes \u00e9conomiques et pr\u00e9c\u00e9dents historiques montrent que l&#8217;arriv\u00e9e de nombreux migrants n&#8217;a pas d&#8217;effets n\u00e9gatifs sur le march\u00e9 du travail ni sur les finances publiques du pays d&#8217;accueil. 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