{"id":898,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/algerie898\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"algerie898","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=898","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Apr\u00e8s Boumediene, la fracture<strong>  La d\u00e9cennie 80 commence dans la r\u00e9pression et la mise au pas d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 jeune initi\u00e9e \u00e0 la turbulence par la politique populiste d&#8217;un dictateur &#8220;progressiste&#8221;. Elle bascule \u00e0 l&#8217;occasion de la r\u00e9volte de 1988 dans un &#8220;infitah&#8221;, &#8220;ouverture&#8221;, bien amorc\u00e9e mais encore sous haute surveillance. <\/strong><\/p>\n<p>Incontestablement, la p\u00e9riode qui s&#8217;\u00e9coule de 1989 \u00e0 1991 est une p\u00e9riode de profonds bouleversements: multiplication des associations \u00e0 caract\u00e8re politique et culturel, introduction de plus en plus importante d&#8217;outils m\u00e9diatiques donnant acc\u00e8s \u00e0 des manifestations culturelles inconnues jusqu&#8217;alors comme le march\u00e9 de la cassette vid\u00e9o, la t\u00e9l\u00e9vision par satellites, les concerts de pop musique et de ra\u00ef, les meetings politiques ou associatifs et la prolif\u00e9ration des associations f\u00e9minines (une vingtaine) qui se livrent \u00e0 un activisme vitaliste jamais connu auparavant. La presse \u00e9crite suit imm\u00e9diatement l&#8217;ouverture et des quotidiens font leur apparition, soit par le truchement de coop\u00e9ratives d&#8217;anciens journalistes, soit par des organes de partis politiques nouvellement constitu\u00e9s. De la dizaine de journaux &#8211; quotidiens et hebdomadaires confondus &#8211; du secteur public moribond, le champ m\u00e9diatique du journalisme professionnel explose avec la cr\u00e9ation d&#8217;une trentaine de journaux priv\u00e9s portant le nombre total de supports \u00e0 plus d&#8217;une cinquantaine. Les journaux de langue fran\u00e7aise se taillent la part du lion avec un tirage de loin le plus important. Un bilan dress\u00e9 \u00e0 la fin de 1992 \u00e0 partir des cr\u00e9ances de ces journaux fait appara\u00eetre le chiffre astronomique de plus d&#8217;une soixantaine d&#8217;imprimeurs qui tous, \u00e0 un degr\u00e9 ou un autre, parasitent l&#8217;Etat et ne paient pas leurs charges.<\/p>\n<p> <strong> Champ m\u00e9diatique, structures du culte, projets de syndicats et groupes de travail <\/strong><\/p>\n<p>Une campagne de sensibilisation aupr\u00e8s de l&#8217;opinion nationale et internationale va accr\u00e9diter ce qu&#8217;ils appellent censure et limitation du droit d&#8217;expression. Seule, la presse d&#8217;opinion islamiste fonctionne alors dans une quasi-autonomie de financement et de gestion. C&#8217;est dire si le journalisme dans une p\u00e9riode aussi critique pr\u00e9sente un paradoxe: autonomie et libert\u00e9 pour la presse islamiste et d\u00e9pendance de la presse d\u00e9mocratique aussi bien publique que priv\u00e9e vis \u00e0 vis des institutions de l&#8217;Etat. Autre secteur dans lequel se fait l&#8217;opinion: celui des structures du culte. A la fin de la d\u00e9cennie 80, plus de dix mille mosqu\u00e9es existent en Alg\u00e9rie dont les quatre cinqui\u00e8mes ne sont pas achev\u00e9es &#8211; il s&#8217;agit d&#8217;une v\u00e9ritable strat\u00e9gie juridique pour emp\u00eacher l&#8217;Etat de mettre la main sur ces lieux publics et en laisser la gestion \u00e0 la discr\u00e9tion des groupes activistes. Elles servent de lieu de culte, de lieux de rassemblement et de propagande et m\u00eame de centres d&#8217;\u00e9tat civil pour enregistrer les actes relevant de la seule comp\u00e9tence et autorit\u00e9 de l&#8217;Etat: mariages, d\u00e9c\u00e8s, naissances, etc. Elles passeront \u00e0 plus de quatorze mille en 1996, selon le chiffre officiel du minist\u00e8re des Affaires religieuses. Bien plus, comme pour r\u00e9pondre \u00e0 la d\u00e9ferlante d\u00e9mocratique qui a imm\u00e9diatement suivi le soul\u00e8vement populaire de 1988, les mosqu\u00e9es conqui\u00e8rent de force la rue transform\u00e9e en lieu de pri\u00e8re, et surtout, de d\u00e9monstration de rapports de force avec l&#8217;Etat alg\u00e9rien en d\u00e9composition, min\u00e9 par les luttes autour de l&#8217;accaparement de la rente. Manoeuvre tr\u00e8s habile pour discr\u00e9diter l&#8217;Etat et pour prouver que la soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;est plus g\u00e9rable autrement que par la force du rassemblement et de l&#8217;intimidation. Cependant les biblioth\u00e8ques municipales ferment leurs portes faute de cr\u00e9dits et d&#8217;encadrement, ainsi que les salles de cin\u00e9ma et de spectacles comme les th\u00e9\u00e2tres, les cercles de jeux, les caf\u00e9s et surtout les bistrots, voire certains restaurants, plus particuli\u00e8rement ceux des propri\u00e9taires qui refusaient de payer la d\u00eeme ou le &#8221; parrainage racket &#8221; (aussi bien islamiste que surtout mafieux). Contre ces d\u00e9monstrations de force et d&#8217;intimidation, il ne reste plus aux courants d\u00e9mocratiques divers et divis\u00e9s qu&#8217;\u00e0 organiser des marches de protestation. Nombre d&#8217;entre elles seront souvent harcel\u00e9es aussi bien par les autorit\u00e9s qui les craignent que par les partisans des d\u00e9fil\u00e9s paramilitaires tr\u00e8s structur\u00e9s du Front islamiste regroupant la mouvance, toutes tendances confondues. Des bandes de nervis sont lanc\u00e9es contre les marches pacifistes des d\u00e9mocrates. Nombre d&#8217;entre elles sont troubl\u00e9es par de graves incidents. Sur un autre front, la r\u00e9sistance s&#8217;organise dans les structures de l&#8217;appareil syndical toujours unique de l&#8217;UGTA. Dans les universit\u00e9s des regroupements d&#8217;intellectuels se forment autour de projets de syndicats autonomes et ind\u00e9pendants (comme les collectifs de coordination) et des groupes de travail dans de nombreux instituts animent des journ\u00e9es d&#8217;\u00e9tudes contre le fascisme et l&#8217;int\u00e9grisme. C&#8217;est le cas du comit\u00e9 national contre la torture cr\u00e9\u00e9 en 1988 (CNCT) qui \u00e0 ce jour encore n&#8217;a toujours pas re\u00e7u son agr\u00e9ment, et dont la plupart des membres fondateurs se sont exil\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Des soutiens financiers importants de l&#8217;ext\u00e9rieur pour la classe politique islamiste  <\/strong><\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les juristes et les avocats constituent avec des intellectuels des ligues des droits de l&#8217;Homme (il y en aura trois) et une section alg\u00e9rienne d&#8217;Amnesty international. Cependant, la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique cr\u00e9e plus tard des observatoires dont celui des droits de l&#8217;Homme, de la solidarit\u00e9 nationale, etc. De son c\u00f4t\u00e9, l&#8217;opposition d\u00e9mocratique initie des forums et des assises d&#8217;\u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux (FFS, RCD, Ettahadi, etc.) sans lieux de d\u00e9bats alors que les plus petits partis de la mouvance islamiste b\u00e9n\u00e9ficient de soutiens financiers importants, souvent occultes comme le r\u00e9v\u00e9lera la crise irakienne en 1991, occasion d&#8217;un grand ballet de la classe politique int\u00e9griste entre les capitales des fr\u00e8res ennemis (Arabie saoudite, Iran, pays du Golfe, etc.). Sur le plan \u00e9troitement culturel, cette fin de d\u00e9cennie 80 est marqu\u00e9e par la perte cruelle de deux des plus prestigieux hommes de lettres alg\u00e9riens incarnant la revendication d\u00e9mocratique et la justice sociale. Mouloud Mammeri meurt dans un accident de voiture en mars 1989. Kateb Yacine d\u00e9c\u00e8de \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger des suites d&#8217;une longue et terrible maladie. Il avait \u00e9t\u00e9 le premier inscrit sur les listes assassines de l&#8217;islamisme radical, cibl\u00e9e par une &#8221; fatwa &#8221; du propagandiste fondamentaliste \u00e9gyptien Ghazali. Kateb avait d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 le pays d\u00e8s 1986, pressentant, comme \u00e0 son habitude, les trag\u00e9dies \u00e0 venir. N&#8217;\u00e9tait-il pas ce po\u00e8te proph\u00e8te qui avait \u00e9crit d\u00e8s 1957 \u00e0 propos de l&#8217;Alg\u00e9rie: &#8221; &#8230; Dans ce pays de malheur o\u00f9 tous les dix ans le sang coule \u00e0 flot &#8221; ? Et le sang se mit \u00e0 couler \u00e0 torrents ! .<\/p>\n<p>* Universitaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-898","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=898"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/898\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}