{"id":897,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/algerie897\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"algerie897","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=897","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Youcef Hadj Ali <\/p>\n<p>Voir aussi Les signes de Lazhar Hakkar<strong> Ancien r\u00e9dacteur en chef du quotidien Alger R\u00e9publicain dans les ann\u00e9es 1991-1992, Youcef Hadj Ali d\u00e9nonce les courants de pens\u00e9e qui, en France, pr\u00f4nent le compromis de l&#8217;impossible pour le peuple alg\u00e9rien: n\u00e9gocier avec le FIS pour pr\u00e9parer son av\u00e8nement. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Le titre de votre livre Lettre aux Fran\u00e7ais qui n&#8217;ont d\u00e9cid\u00e9ment rien compris \u00e0 l&#8217;Alg\u00e9rie (Albin Michel) laisse clairement entendre que vous ne partagez pas les explications qui sont donn\u00e9es de France sur la crise alg\u00e9rienne. Que leur reprochez-vous ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Youcef Hadj Ali : <\/strong> Sur la crise alg\u00e9rienne, les m\u00e9dias fran\u00e7ais &#8211; principalement le Monde, Lib\u00e9ration, le Monde diplomatique &#8211; ont \u00e9t\u00e9 les vecteurs de la pens\u00e9e unique. Ils ont pronostiqu\u00e9 l&#8217;in\u00e9luctabilit\u00e9 du r\u00e9gime islamiste, l&#8217;\u00e9croulement de l&#8217;Etat, le chaos. Lors du dialogue national initi\u00e9 par les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes (1994-1995), ils ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la &#8221; soudanisation &#8221; du pays autrement dit &#8221; l&#8217;accouplement du sabre et du turban &#8220;. La veille de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, ils pr\u00e9disaient la guerre civile, l&#8217;\u00e9chec et au mieux un boycott g\u00e9n\u00e9ral. Aucune de leurs pr\u00e9visions ne s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e. L&#8217;\u00e9lite alg\u00e9rienne qui a pignon sur rue \u00e0 Paris n&#8217;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 leur d\u00e9route.<\/p>\n<p> <strong> Pour comprendre la crise, vous citez tout \u00e0 la fois le passage \u00e0 la modernit\u00e9 et la recherche d&#8217;une construction r\u00e9publicaine sur fond de vell\u00e9it\u00e9 de pouvoir de la part des islamistes. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Y. H. A.: <\/strong> Le mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rien (1962-1978) a port\u00e9 l&#8217;essentiel des valeurs modernes de ce si\u00e8cle. L&#8217;Alg\u00e9rie a int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 ses propres valeurs de civilisation ce que les pays occidentaux ont mis deux si\u00e8cles \u00e0 \u00e9laborer et \u00e0 dig\u00e9rer. Ce saut de l&#8217;Alg\u00e9rie dans son futur moderne a engendr\u00e9 des contradictions insoutenables, des secousses terribles qui paraissaient faire imploser les institutions. Il n&#8217;y a l\u00e0 rien d&#8217;extraordinaire. Les Fran\u00e7ais le savent bien. Un exemple: de 1789 \u00e0 1945, il s&#8217;est \u00e9coul\u00e9 un si\u00e8cle et demi avant que la France n&#8217;ait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e apte \u00e0 \u00e9tendre la citoyennet\u00e9 politique int\u00e9grale et certains grands acquis sociaux, que l&#8217;Alg\u00e9rie met pourtant en oeuvre d\u00e8s son ind\u00e9pendance. Cet \u00e9lan frontal et g\u00e9n\u00e9ral donn\u00e9 par l&#8217;Etat national alg\u00e9rien, \u00e0 peine constitu\u00e9, aux grandes valeurs modernes de ce si\u00e8cle, a fatalement lib\u00e9r\u00e9 les forces du conservatisme qui ont fait jonction avec l&#8217;id\u00e9ologie r\u00e9actionnaire des Fr\u00e8res Musulmans. C&#8217;est dans ces conditions que l&#8217;islamisme politique a pu s&#8217;\u00e9riger en alternative \u00e0 l&#8217;Etat-Nation alg\u00e9rien et \u00e0 ses grands choix de modernit\u00e9 et de progr\u00e8s.<\/p>\n<p> <strong> Les massacres sont relativement relat\u00e9s dans les m\u00e9dias fran\u00e7ais. Par l&#8217;\u00e9motion qu&#8217;ils suscitent, ils contribuent \u00e0 donner \u00e0 ce qui se passe en Alg\u00e9rie une connotation qui rend la mutation interne moins \u00e9vidente que ce que vous semblez dire. Faut-il comprendre qu&#8217;ils feraient \u00e9cran ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Y. H. A.: <\/strong> L&#8217;\u00e9motion provoqu\u00e9e par les massacres fait sans doute \u00e9cran \u00e0 la perception des bouleversements en cours dans la soci\u00e9t\u00e9. Mais l&#8217;\u00e9motion n&#8217;explique pas tout. C&#8217;est depuis 1992 que les bien-pensants popularisent l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un pays qui ne &#8221; bouge &#8221; pas, d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 et d&#8217;un Etat frapp\u00e9s d&#8217;immobilisme chronique. Cinq scrutins, en moins de deux ans, n&#8217;ont pas modifi\u00e9 l&#8217;opinion de paternalistes qui fonctionnent aux st\u00e9r\u00e9otypes, aux pr\u00e9jug\u00e9s et refusent d&#8217;admettre que l&#8217;Alg\u00e9rie est souveraine. Ils se trompent d&#8217;\u00e9poque en cherchant \u00e0 imposer \u00e0 l&#8217;Etat alg\u00e9rien la politique \u00e0 suivre. Ils renouent avec des pratiques n\u00e9o-colonialistes ornement\u00e9es d&#8217;oripeaux d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p> <strong> La d\u00e9claration de M. Liamine Zeroual concernant le d\u00e9clin du terrorisme est toujours discut\u00e9e. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Y. H. A.: <\/strong> Il est incontestable que le terrorisme a re\u00e7u des coups s\u00e9v\u00e8res mais &#8221; d\u00e9clin &#8221; ne signifie pas la fin. Voyez le temps mis par les Allemands et les Italiens pour liquider un terrorisme sans base sociale. Par rapport \u00e0 1994 &#8211; &#8221; l&#8217;ann\u00e9e terrible &#8221; &#8211; il ne frappe plus avec la m\u00eame aisance dans les centres urbains et les localit\u00e9s rurales qui ont pris en charge, sous le contr\u00f4le des autorit\u00e9s, leur propre d\u00e9fense. Le terrorisme islamiste ne peut plus pr\u00e9tendre renverser les institutions. Ce sont l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments d&#8217;explication de son basculement dans les attentats \u00e0 la voiture pi\u00e9g\u00e9e et le massacre de populations. Le fait m\u00eame que le terrorisme soit en recul le rend encore plus meurtrier. C&#8217;est parce qu&#8217;il est dans une phase de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence qu&#8217;il d\u00e9cuple de sauvagerie. Son \u00e9radication, malgr\u00e9 des avanc\u00e9es ind\u00e9niables, demandera du temps.<\/p>\n<p> <strong> Que pensez-vous des tentatives d&#8217;intervention europ\u00e9enne ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Y. H. A.: <\/strong> Certains milieux europ\u00e9ens traitent l&#8217;Alg\u00e9rie avec un m\u00e9pris et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 invraisemblables. Derni\u00e8rement, alors que Klaus Kinkel invitait l&#8217;Europe \u00e0 aider l&#8217;Alg\u00e9rie dans sa lutte contre le terrorisme, l&#8217;Union europ\u00e9enne envoyait \u00e0 Alger une tro\u00efka charg\u00e9e d&#8217;une mission: &#8221; s&#8217;informer &#8221; et frapp\u00e9e d&#8217;un interdit: motus et bouche cousue sur lutte antiterroriste ! Que l&#8217;Europe cesse d&#8217;abriter les r\u00e9seaux islamistes qui alimentent le terrorisme en Alg\u00e9rie et de vouloir recycler un parti qui a pris les armes contre le peuple et la R\u00e9publique. Que ceux qui refusent de n\u00e9gocier avec le terrorisme corse adoptent la m\u00eame d\u00e9marche quand il s&#8217;agit de l&#8217;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p> <strong> Comment imaginer un retour \u00e0 la stabilit\u00e9 politique ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Y. H. A.: <\/strong> Le pays est d\u00e9sormais dot\u00e9 d&#8217;institutions pluralistes. Dans l&#8217;imm\u00e9diat, la priorit\u00e9 est au retour \u00e0 la paix civile, \u00e0 la construction-reconstruction des institutions r\u00e9publicaines indispensables \u00e0 la stabilit\u00e9 politique et \u00e0 l&#8217;exercice de la d\u00e9mocratie. Le mouvement amorc\u00e9 avec les \u00e9lections ne peut pas \u00eatre confondu avec la d\u00e9mocratie. Il ne s&#8217;agit pas de parachever la d\u00e9mocratie mais de renforcer le d\u00e9but de ce processus, de faire en sorte que ce qui a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9 devienne irr\u00e9versible.<\/p>\n<p><strong> Les signes de Lazhar Hakkar <\/strong><\/p>\n<p>Le peintre alg\u00e9rien Lazhar Hakkar (n\u00e9 en 1945) exposait son oeuvre au Centre culturel alg\u00e9rien jusqu&#8217;au 22 f\u00e9vrier (1). Il pr\u00e9pare une autre exposition, qui aura lieu en avril \u00e0 l&#8217;Espace Richelieu sur les Champs-Elys\u00e9es. C&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;il montre son travail en France. Sa d\u00e9fiance envers l&#8217;abstraction n&#8217;emp\u00eache pas ses toiles d&#8217;\u00e9voluer vers une stricte \u00e9conomie de formes. Ses personnages, s&#8217;ils ne disparaissent pas, se font discrets.simples vapeurs, ils se r\u00e9duisent en rictus, voire en cris, pour finalement devenir signes.&#8221; Je n&#8217;imagine pas de peindre l&#8217;\u00eatre humain tel qu&#8217;il est. Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est ce qu&#8217;il pense, nous dit-il. Nous n&#8217;avons pas la force de p\u00e9n\u00e9trer en nous-m\u00eames. Ceux qui le peuvent sont ceux qui souffrent le plus.&#8221;<\/p>\n<p>Lazhar Hakkar, qui a suivi les cours des Beaux-Arts d&#8217;Alger de 1963 \u00e0 1968, est r\u00e9fugi\u00e9 en Tunisie depuis 1994, avec sa femme et sa fille. Ancien d\u00e9corateur dans une soci\u00e9t\u00e9 nationale alg\u00e9rienne, il tente plusieurs exp\u00e9riences artistiques internationales, mais c&#8217;est un voyage \u00e0 Moscou, en 1986, qui d\u00e9cidera de sa vocation de peintre.&#8221; J&#8217;ai vu des peintres lutter et se consacrer radicalement \u00e0 la peinture. J&#8217;ai alors d\u00e9cid\u00e9 de vivre par elle et surtout pour elle. M\u00eame si la vie est parfois dure, je ne regrette pas ma d\u00e9cision.&#8221; Ce peintre de la dur\u00e9e en fait sauter les ressorts; les aiguilles de ses montres sortent de leur cadran.&#8221; Mentir, n&#8217;est-ce pas une perte de temps ? Surtout le mensonge collectif. Chez nous, les gens sont face \u00e0 la mort. J&#8217;admire ces femmes alg\u00e9riennes qui restent.&#8221;<\/p>\n<p>Sa peinture et ses c\u00e9ramiques cultivent l&#8217;effacement des traces. Ainsi que des tapis orientaux qui s&#8217;effilochent, symboles de la m\u00e8re et de la chambre, ses toiles entra\u00eenent dans un mouvement de siphon o\u00f9 l&#8217;on d\u00e9couvre avec violence, sans m\u00e9diation, des signes dont il dit qu&#8217;ils &#8221; ne sont pas l\u00e0 artificiellement ou superficiellement, mais bien enracin\u00e9s dans le surmoi &#8220;. On a l\u00e0 une mati\u00e8re variable, des cris donc, le soleil, l&#8217;heure, des enfants \u00e0 terre &#8211; mortellement bless\u00e9s &#8211; qui enseignent un nouveau mode de lecture. L&#8217;artiste, pour s&#8217;accomplir, use d&#8217;un mat\u00e9riel personnel, fait de dessins aux teintes ocres et de rythmes pr\u00e9cipit\u00e9s. On pense \u00e0 cette oeuvre qu&#8217;il vient de l\u00e9guer \u00e0 Regards et o\u00f9 l&#8217;on voit une foule au premier plan, constitu\u00e9e de silhouettes fondues ensemble qui se d\u00e9litent vers le haut de la toile, puis scind\u00e9es en groupes de deux ou trois personnes&#8230;&#8221; J&#8217;aime cette toile, nous dit-il, car on peut la lire dans les deux sens. Si les personnages montent, on sait ce qu&#8217;ils vont \u00eatre, des solitudes ou des couples, et s&#8217;ils descendent, une masse informe, qui peut effrayer.&#8221; Dans d&#8217;autres tableaux, des coeurs bris\u00e9s et des motifs flottent sur un support absent. Cette peinture bouge comme un effet du temps, dispose ses empreintes en labyrinthe, s&#8217;offre au regard sous une apparence actuelle. Lazhar Hakkar, sur le chantier de sa peinture, trame un monde mobile d&#8217;o\u00f9 sourd l&#8217;histoire cruellement brouill\u00e9e des gens d&#8217;Alg\u00e9rie.n M. S.<\/p>\n<p>1.171, rue de la Croix-Nivert, 75015 Paris. T\u00e9l.: 01 45 54 95 31.<\/p>\n<p>Par Muriel Steinmetz<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Youcef Hadj Ali <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-897","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/897","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=897"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/897\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=897"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=897"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=897"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}