{"id":896,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/algerie896\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"algerie896","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=896","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Pas un week-end sans son meeting de solidarit\u00e9, pas une semaine sans son d\u00e9bat. Pas une semaine non plus sans une tuerie \u00e0 la Une des quotidiens alg\u00e9riens&#8230; Tandis que l&#8217;horreur nous \u00e9treint, la question nous taraude: que faire contre l&#8217;ennemi terroriste, contre l&#8217;obscurantisme islamique assassin ? <\/p>\n<p> <strong> Il suffisait d&#8217;\u00e9couter les amis d&#8217;Alg\u00e9rie. Ahmed Djebbar, par exemple: &#8221; Aujourd&#8217;hui, en Alg\u00e9rie, la soif de lire, d&#8217;apprendre et de d\u00e9couvrir est telle que la moindre exposition de livres est prise d&#8217;assaut par les lyc\u00e9ens et les \u00e9tudiants.&#8221;  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Ecouter les parents, les professeurs alg\u00e9riens pour savoir que nous pouvions aider \u00e0 \u00e9tancher cette &#8221; soif de lire &#8221; de nos amis de l&#8217;autre rive m\u00e9diterran\u00e9enne, aider \u00e0 b\u00e2tir ce pont du savoir entre les deux rives. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Regards a d\u00e9cid\u00e9 de se joindre \u00e0 l&#8217;Appel du Petit Prince, initi\u00e9 par la Jeunesse communiste, et de collecter des livres pour les lyc\u00e9es, les universit\u00e9s, les biblioth\u00e8ques. Avec l&#8217;Union des \u00e9tudiants communistes, notre journal s&#8217;engage \u00e0 faire parvenir en Alg\u00e9rie les documents de travail et les \u00e9crits qui font d\u00e9faut dans tous les domaines de la connaissance. A l&#8217;universit\u00e9 de Nanterre, \u00e0 Paris-VIII, \u00e0 Grenoble, des centaines de livres ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s tandis que les d\u00e9bats ouverts se multiplient. Les collectes peuvent \u00eatre effectu\u00e9es \u00e0 l&#8217;initiative de chacun &#8211; ou \u00e0 l&#8217;initiative collective. Elles peuvent \u00eatre soutenues par les recteurs, les universitaires connus ou anonymes, fran\u00e7ais ou alg\u00e9riens. Elles seront un signe vivant en direction d&#8217;Alger, Oran, des villes de la Mitidja, enfantant une solidarit\u00e9 active, de bon aloi, pour l&#8217;avenir du savoir. Les envois de livres, revues, th\u00e8ses s&#8217;effectueront \u00e0 partir de:  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> UEC, 4, rue G\u00eet le Coeur, Paris 6e ou de Regards, 15 rue Montmartre, Paris 1er <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Chaque mois Regards ouvrira ses colonnes \u00e0 des intellectuels alg\u00e9riens et chaque mois, renouvellera un voeu qui ne demande qu&#8217;\u00e0 \u00eatre exauc\u00e9: \u00eatre solidaire des Alg\u00e9riens debout. <\/strong><\/p>\n<p>Ayant eu \u00e0 diriger, pendant presque deux ans, diff\u00e9rents secteurs de l&#8217;Education nationale, j&#8217;ai pu mesurer l&#8217;effort qui \u00e9tait fait par l&#8217;Etat alg\u00e9rien pour assurer l&#8217;acc\u00e8s aux manuels pour les huit millions de gar\u00e7ons et de filles qui fr\u00e9quentent les \u00e9tablissements scolaires et pour les 300 000 \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes des diff\u00e9rentes institutions universitaires du pays. J&#8217;ai \u00e9galement pu mesurer les d\u00e9ficits dont souffrent ces \u00e9l\u00e8ves et ces \u00e9tudiants, en particulier dans l&#8217;actualisation des connaissances, dans les \u00e9changes avec l&#8217;ext\u00e9rieur et dans le domaine culturel. Avec la pression obscurantiste apparue d\u00e8s les ann\u00e9es 80 puis avec le d\u00e9veloppement du terrorisme et la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation \u00e9conomique et sociale \u00e0 partir des ann\u00e9es 90, ces d\u00e9ficits n&#8217;ont fait que s&#8217;aggraver. Pourtant, cela n&#8217;a pas entra\u00een\u00e9 un repli sur soi g\u00e9n\u00e9ral et un comportement d\u00e9faitiste de la soci\u00e9t\u00e9. On observe plut\u00f4t une sorte de r\u00e9sistance active dans les domaines de la connaissance et de la culture. Il faut savoir en effet qu&#8217;aujourd&#8217;hui, en Alg\u00e9rie, la soif de lire, d&#8217;apprendre et de d\u00e9couvrir est telle que la moindre exposition de livres est prise d&#8217;assaut par les lyc\u00e9ens et les \u00e9tudiants, la moindre conf\u00e9rence sur un sujet scientifique, historique ou litt\u00e9raire est assur\u00e9e de faire salle comble. En dehors de ces \u00e9v\u00e9nements qui sont devenus maintenant exceptionnels ou rares \u00e0 cause de la crise que traverse le pays, il y a les activit\u00e9s et les manifestations ordinaires, comme celles des centres culturels \u00e9trangers qui, d\u00e9j\u00e0 en 1993, n&#8217;arrivaient plus \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la forte demande des lyc\u00e9ens, des \u00e9tudiants et des enseignants, en livres, en revues et en activit\u00e9s culturelles. Pour toutes ces raisons, je consid\u00e8re que les initiatives, comme celle du Petit Prince, sont les bienvenues, non seulement pour leur contenu concret puisqu&#8217;il s&#8217;agit de r\u00e9colter des livres et des th\u00e8ses, mais aussi et surtout pour ce qu&#8217;elles repr\u00e9sentent comme d\u00e9marche solidaire d&#8217;une partie de la jeunesse de France en direction de cette jeunesse d&#8217;Alg\u00e9rie qui r\u00e9siste, au quotidien, en continuant tout simplement \u00e0 fr\u00e9quenter l&#8217;\u00e9cole et l&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Un affrontement qui a pour enjeux ce que la langue v\u00e9hicule comme savoir et culture <\/strong><\/p>\n<p>Pour les femmes et les hommes qui, en Alg\u00e9rie, et malgr\u00e9 les bombes, les assassinats et les massacres, veulent continuer \u00e0 vivre debout, la solidarit\u00e9 qui leur est exprim\u00e9e \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur rev\u00eat une tr\u00e8s grande importance, non seulement parce qu&#8217;elle leur donne le sentiment qu&#8217;ils ne sont plus isol\u00e9s, oubli\u00e9s ou abandonn\u00e9s, mais \u00e9galement parce qu&#8217;ils constatent que leur combat est aussi celui d&#8217;autres femmes et d&#8217;autres homme qui, comme eux, refusent l&#8217;obscurantisme, les in\u00e9galit\u00e9s et l&#8217;oppression sous toutes ses formes. Malgr\u00e9 leurs conditions de vie tr\u00e8s difficiles, ces Alg\u00e9riens, s&#8217;ils tendent les mains, ce n&#8217;est pas pour recevoir des couvertures ou du lait en poudre, mais pour sentir cette solidarit\u00e9. S&#8217;ils tendent l&#8217;oreille vers l&#8217;ext\u00e9rieur, ce n&#8217;est pas pour \u00e9couter les bonnes solutions qu&#8217;on leur sugg\u00e8re pour sortir de la crise, mais c&#8217;est pour entendre toutes ces voix fraternelles qui leur disent: restez debout, votre r\u00e9sistance a un sens. La plupart des analystes de la situation que traverse l&#8217;Alg\u00e9rie occultent une dimension fondamentale de cette crise: celle de la culture. Pourtant, en arri\u00e8re-fond des luttes politiques, des jeux politiciens et des violences sanglantes, un affrontement culturel s\u00e9rieux a lieu depuis deux d\u00e9cennies, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9, mais aussi dans la classe politique et les m\u00e9dias alg\u00e9riens. Contrairement \u00e0 ce qu&#8217;on a souvent dit et \u00e9crit en Alg\u00e9rie et ailleurs, cet affrontement n&#8217;a pas pour enjeu la langue, mais ce qu&#8217;elle v\u00e9hicule comme savoir et comme culture, et ce qu&#8217;elle exprime comme discours obscurantiste ou moderniste. L&#8217;enjeu est donc le futur citoyen alg\u00e9rien et son r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9. En ce sens, la lutte pour le savoir, \u00e0 travers toutes ses facettes, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 travers les sciences de la vie, la philosophie et l&#8217;histoire, est un aspect essentiel de la lutte non seulement contre la barbarie qui a d\u00e9ferl\u00e9 avec le terrorisme mais \u00e9galement contre les offensives id\u00e9ologiques et culturelles &#8221; pacifiques &#8221; qui contrarient les efforts faits, quotidiennement, dans la soci\u00e9t\u00e9 civile et dans les institutions du pays, pour pr\u00e9server, approfondir et d\u00e9velopper tout ce qui va dans le sens d&#8217;un Etat r\u00e9publicain et d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p> <strong> Dire, de mille mani\u00e8res, Non \u00e0 la barbarie et \u00e0 l&#8217;obscurantisme <\/strong><\/p>\n<p>Je suis optimiste parce que les \u00e9coles ouvrent leurs portes tous les matins aux huit millions de filles et de gar\u00e7ons et parce que, tous les matins, plus de 300 000 enseignants continuent de les accueillir malgr\u00e9 les assassinats et les bombes. Je suis optimiste aussi parce que de plus en plus de citoyens prennent conscience de l&#8217;enjeu v\u00e9ritable qui se cache derri\u00e8re les violences et les drames que conna\u00eet l&#8217;Alg\u00e9rie. Ils comprennent, de plus en plus, qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;une lutte pour le pouvoir comme on en voit tellement de par le monde, mais d&#8217;un combat d\u00e9cisif entre deux projets de soci\u00e9t\u00e9s: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 un projet obscurantiste, totalitaire, culturellement st\u00e9rilisant et, de l&#8217;autre, un projet r\u00e9publicain et d\u00e9mocratique, riche de ses diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s, de sa diversit\u00e9 culturelle et de son ouverture sur le monde. Je suis optimiste aussi parce que cette prise de conscience est de plus en plus celle de femmes alg\u00e9riennes qui s&#8217;engagent dans la lutte avec une vision claire des enjeux et avec une grande d\u00e9termination. Je suis enfin optimiste lorsque je vois tous ces actes de solidarit\u00e9 qui se d\u00e9veloppent, en France et ailleurs, et qui mobilisent de plus en plus de citoyens. J&#8217;ai eu l&#8217;occasion, ces derniers mois, de rencontrer des centaines de ces citoyens et je les ai entendus d&#8217;abord exprimer, de vive voix et avec \u00e9motion, leur souffrance pour ces enfants, ces femmes et ces vieillards assassin\u00e9s et mutil\u00e9s. Je les ai vus rendre hommage \u00e0 tous ces intellectuels et \u00e0 ces journalistes tu\u00e9s parce qu&#8217;ils s&#8217;\u00e9taient dress\u00e9s, par leurs \u00e9crits et par leurs propos, contre l&#8217;obscurantisme et contre la barbarie. Je les ai entendus dire aussi, et de mille mani\u00e8res, leur soutien pour tous ces anonymes qui, en Alg\u00e9rie, r\u00e9sistent au quotidien soit parce qu&#8217;ils sont conscients qu&#8217;ils d\u00e9fendent un projet de soci\u00e9t\u00e9, soit, tout simplement, parce que, en hommes et en femmes libres, ils ont voulu dire non \u00e0 la barbarie, \u00e0 l&#8217;obscurantisme et \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie qui les nourrit. C&#8217;est pour tout cela que, malgr\u00e9 tout, je reste optimiste pour l&#8217;avenir de mon pays..<\/p>\n<p>* Ma\u00eetre de conf\u00e9rence en math\u00e9matiques, Paris Sud, ancien ministre de l&#8217;Education nationale en Alg\u00e9rie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Pas un week-end sans son meeting de solidarit\u00e9, pas une semaine sans son d\u00e9bat. 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