{"id":8957,"date":"2015-09-01T00:06:35","date_gmt":"2015-08-31T22:06:35","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-dimitris-papachristos-syriza-a\/"},"modified":"2015-09-01T00:06:35","modified_gmt":"2015-08-31T22:06:35","slug":"article-dimitris-papachristos-syriza-a","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8957","title":{"rendered":"Dimitris Papachristos : \u00ab Syriza a montr\u00e9 que l&#8217;Europe ne tient pas sur ses pieds \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">H\u00e9ros national, co-fondateur de Syriza, Dimitris Papachristos vit \u00ab un drame \u00bb avec la division du peuple grec. Il analyse les erreurs qui ont conduit Alexis Tsipras dans l&#8217;impasse et appelle les Grecs \u00e0 reprendre le chemin de la lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dimitris Papachristos est une figure historique de la Gr\u00e8ce depuis qu&#8217;en 1973, alors que les chars de la junte cherchaient \u00e0 \u00e9trangler la r\u00e9sistance \u00e0 la dictature des Colonels men\u00e9e par les \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole polytechnique, il chanta l&#8217;hymne national grec \u00e0 la radio. Sa voix est devenue le symbole de cette r\u00e9sistance. Il dirige aujourd&#8217;hui, avec Manolis Glezos, le magazine <em>Politis<\/em>. Ensemble, ils ont fond\u00e9 Syriza en 2004, et lui-m\u00eame a soutenu Alexis Tsipras tout en participant aux luttes dans le pays. <\/p>\n<p><strong>Regards. Quel regard portez-vous sur la situation grecque ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dimitris Papachristos.<\/strong> Des erreurs ont \u00e9t\u00e9 commises. Tout d&#8217;abord, l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, au moment de l&#8217;\u00e9lection du nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Syriza n&#8217;aurait pas d\u00fb prendre la voie des \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es en janvier 2015. Ensuite, il n&#8217;aurait pas non plus fallu choisir Prokopis Pavlopoulos comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en f\u00e9vrier alors que dans le pays, la tendance naturelle \u00e9tait \u00e0 la progression de la gauche. Puis, une fois au gouvernement, Syriza a sign\u00e9 le pr\u00e9-accord du 20 f\u00e9vrier avec l&#8217;Eurogroupe : il ne lui laissait aucune marge de man\u0153uvre. Toute la logique a ensuite conduit l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes. Comme le prouve la proposition de 47 pages, remises par Alexis Tsipras, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois consid\u00e9r\u00e9e comme une <em>\u00ab base de n\u00e9gociations \u00bb<\/em> par Jean-Claude Juncker et les autres, avant d&#8217;\u00eatre rejet\u00e9e. <\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Alexis Tsipras n&#8217;a pas compris que nous n&#8217;avions pas en face de nous l&#8217;Union europ\u00e9enne, mais l&#8217;Europe allemande \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Le gouvernement d&#8217;Alexis Tsipras n&#8217;a pas pris la mesure des v\u00e9ritables intentions des institutions europ\u00e9ennes ?<\/strong><\/p>\n<p>Le premier ministre lui-m\u00eame a reconnu que nous avions eu des illusions. Nous avons \u00e9t\u00e9 dup\u00e9s par ce qui nous \u00e9tait dit, par ces tapes dans le dos en guise de signes d&#8217;amiti\u00e9 quand, en r\u00e9alit\u00e9, le Hollandais [Jeroen Dijsselbloem, chef de l&#8217;Eurogroupe, ndlr] \u00e9tait le v\u00e9ritable chef d&#8217;orchestre. Les Europ\u00e9ens pensaient que nous allions nous jeter dans la gueule du loup. Alexis Tsipras n&#8217;a pas vu les dents : le syst\u00e8me capitaliste, la dette, les banques. Il n&#8217;a pas compris que nous n&#8217;avions pas en face de nous l&#8217;Union europ\u00e9enne, mais l&#8217;Europe allemande.<\/p>\n<p><strong>Mais Alexis Tsipras a sign\u00e9 l&#8217;accord&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Lui et son \u00e9quipe ont fini par n\u00e9gocier, le pistolet sur la tempe, et ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de d\u00e9clencher un r\u00e9f\u00e9rendum \u00e0 contretemps. Il aurait fallu le faire deux mois plus t\u00f4t. Le syst\u00e8me et Wolfgang Sch\u00e4uble [le ministre allemand des Finances, ndlr] exer\u00e7aient un chantage au grexit, mettant dans une situation de terreur le peuple grec et l&#8217;eurozone, en disant que c&#8217;\u00e9tait l&#8217;euro ou la faillite incontr\u00f4l\u00e9e. Le dilemme n&#8217;\u00e9tait pourtant pas euro ou drachme. Et le &#8220;non&#8221; grec le disait. Il d\u00e9passait d&#8217;ailleurs de loin les 62% obtenus ! C&#8217;\u00e9tait un non beaucoup plus grand\u2026<\/p>\n<p><strong>Pourquoi un &#8220;non&#8221; plus grand ?<\/strong><\/p>\n<p>Il commence \u00e0 Marathon. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, les Grecs pensaient ne pas pouvoir combattre car les Perses \u00e9taient beaucoup plus nombreux. Si nous n&#8217;avions pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 Thermopyles, toute l&#8217;Europe aurait \u00e9t\u00e9 perse ! Cette histoire s&#8217;est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de nombreuses fois. M\u00eame en 1821 [\u00e0 la fondation de la Gr\u00e8ce moderne, ndlr], apr\u00e8s trois-cents ann\u00e9es d&#8217;esclavage et de sainte-alliance europ\u00e9enne, les h\u00e9ros de la guerre d&#8217;ind\u00e9pendance grecque comme Kolokotronis ou Karaiskaskis se sont lanc\u00e9s dans la bataille avec ce mot d&#8217;ordre : <em>\u00ab La libert\u00e9 ou la mort. \u00bb<\/em> Ils se sont affront\u00e9s \u00e0 leurs agresseurs dans les conditions les plus difficiles. Les Grecs ne doivent donc pas avoir peur de dire non. Il n&#8217;aurait pas fallu dire non \u00e0 Hitler et \u00e0 Mussolini car nous \u00e9tions un petit peuple qui ne pouvait se battre ? Ils se sont battus, en plein hiver, dans la neige. Et les Italiens, bien plus forts, sont repartis en Albanie. Le probl\u00e8me, c&#8217;est qu&#8217;ensuite, nous avons syst\u00e9matiquement d\u00fb avoir recours \u00e0 des emprunts qui nous mettaient dans une situation de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab Le gouvernement grec a emp\u00each\u00e9 la r\u00e9alisation du dessein de Wolfgang Sch\u00e4uble : la mise en place d&#8217;une Europe \u00e0 deux vitesses \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Le gouvernement Syriza aurait-il pu inverser cette tendance ?<\/strong><\/p>\n<p>Quand le gouvernement de gauche a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en Gr\u00e8ce, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9vident que cela pouvait cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dent en Europe, et donc cr\u00e9er des probl\u00e8mes \u00e0 ceux qui refusent une r\u00e9orientation de l&#8217;Union europ\u00e9enne. C&#8217;est pourquoi ils ont continu\u00e9 \u00e0 faire de nous des cobayes, ils ont continu\u00e9 \u00e0 vouloir nous imposer le n\u00e9olib\u00e9ralisme et l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9. En 2010, je disais que si la Gr\u00e8ce \u00e9tait un laboratoire, elle pouvait le devenir pour le renversement et la rupture avec ce syst\u00e8me \u2013 qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec l&#8217;Union europ\u00e9enne, rien \u00e0 voir avec cette id\u00e9e d&#8217;apr\u00e8s-guerre selon laquelle il fallait favoriser l&#8217;unit\u00e9 en Europe, chasser toute nouvelle guerre, vivre en solidarit\u00e9 et en libert\u00e9 entre peuples. Nous avons r\u00e9sist\u00e9. Mais nous avons gouvern\u00e9 sur un autre terrain. Nous n&#8217;avons pas pr\u00e9par\u00e9 le peuple grec \u00e0 ce qui se produirait sans l&#8217;euro et avec la drachme. Les victoires ne sortent pas des urnes, mais des luttes, dans les rues, avec comme objectif, pour les peuples, de travailler ensemble sans peur. <\/p>\n<p><strong>Que retenir, tout de m\u00eame, de positif dans l&#8217;exp\u00e9rience de ce premier semestre 2015 ?<\/strong><\/p>\n<p>Si Syriza au pouvoir a fait deux bonnes choses, ce sont les suivantes. D&#8217;abord, il a mis en \u00e9vidence le mensonge et l&#8217;hypocrisie ; il a montr\u00e9 quels sont ceux qui utilisent les banquiers pour transposer leurs ordres. Ceux-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 terroris\u00e9s quand ils ont vu que l&#8217;axe Paris-Berlin \u00e9tait au bord de la rupture. Syriza a donc montr\u00e9 que l&#8217;Europe ne tient pas sur ses pieds. Toute sa structure est pourrie. Et la Gr\u00e8ce continue de faire peur. M\u00eame si le gouvernement a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de signer, il a emp\u00each\u00e9 la r\u00e9alisation du dessein poursuivi par Wolfgang Sch\u00e4uble depuis 1996 : la mise en place d&#8217;une Europe \u00e0 deux vitesses. Dans <a href=\" http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2015\/05\/31\/alexis-tsipras-l-europe-est-a-la-croisee-des-chemins_4644263_3234.html\">la tribune qu&#8217;il a publi\u00e9e dans Le Monde<\/a>, fin mai, Alexis Tsipras affirmait qu&#8217;il ne serait pas l&#8217;homme de la division de l&#8217;Europe. Il n&#8217;est jamais all\u00e9 \u00e0 la rupture. La deuxi\u00e8me chose positive concerne la politique \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la Gr\u00e8ce. Les partis qui ont sign\u00e9 les m\u00e9morandums n&#8217;ont plus d&#8217;influence dans la soci\u00e9t\u00e9 grecque au-del\u00e0 de leur propre entourage. Le &#8220;non&#8221; a d\u00e9pass\u00e9 Syriza. Malheureusement, par la suite, on a continu\u00e9 \u00e0 faire chanter le peuple grec. Et le gouvernement promet d&#8217;appliquer le nouvel accord mieux que les autres.<\/p>\n<p><em> <\/p>\n<h2>\u00ab La politique doit renouer avec la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne peut avoir que des citoyens actifs \u00bb<\/h2>\n<p> <\/em><\/p>\n<p><strong>Que faut-il faire maintenant ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut construire un front de lib\u00e9ration, national, de classe et patriotique, contre la nouvelle occupation \u00e9conomique que les Allemands nous imposent, non avec les armes de l&#8217;\u00e9poque \u2013 des tanks \u2013 mais avec celles d&#8217;aujourd&#8217;hui \u2013 les banques. Il faut \u00e9viter le danger de la division du peuple. C&#8217;est le drame que je redoute ! Et je ne suis pas le seul. Nous n&#8217;avons pas encore eu le temps de cr\u00e9er ce front. Mais nous devons le faire. <\/p>\n<p><strong>Avec Syriza ou avec Unit\u00e9 populaire ?<\/strong><\/p>\n<p>En ce moment, les divisions sont nombreuses. Le &#8220;non&#8221; du peuple a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 dans les bras du oui. Unit\u00e9 populaire ne peut pas g\u00e9rer le &#8220;non&#8221; ; Syriza ne peut pas g\u00e9rer le &#8220;oui&#8221;. La lutte ne se termine pas aux \u00e9lections. Je veux \u00eatre dans la rue avec les citoyens. Nous devrons \u00eatre dans la rue pour saigner pour l&#8217;ensemble de l&#8217;Europe. Manolis Glezos et moi avons fait Syriza. J&#8217;appartiens \u00e0 une gauche communiste qui n&#8217;a pas de relation avec le pass\u00e9 communiste de la v\u00e9rit\u00e9 absolue, du dogmatisme&#8230; mais qui revendique la d\u00e9mocratie directe, la citoyennet\u00e9 active, l&#8217;autogestion, la libert\u00e9, la justice et le respect de nos diff\u00e9rences. Nous devons ramener la R\u00e9volution fran\u00e7aise dans les donn\u00e9es d&#8217;aujourd&#8217;hui et faire \u00e9merger les nouvelles Lumi\u00e8res. La politique doit renouer avec la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne peut avoir que des citoyens actifs. La d\u00e9mocratie est un sac vide si tu ne le remplis pas ! Quand nous avons cr\u00e9\u00e9 Syriza, en 2004, nous l&#8217;avons fait avec des citoyens actifs, nous \u00e9tions ensemble, tous participaient. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque j&#8217;\u00e9tais candidat. Il faut rendre de nouveau les citoyens actifs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>H\u00e9ros national, co-fondateur de Syriza, Dimitris Papachristos vit \u00ab un drame \u00bb avec la division du peuple grec. Il analyse les erreurs qui ont conduit Alexis Tsipras dans l&#8217;impasse et appelle les Grecs \u00e0 reprendre le chemin de la lib\u00e9ration.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293,352,420,478],"class_list":["post-8957","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-entretien","tag-europe","tag-grece","tag-syriza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8957"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8957\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}