{"id":8931,"date":"2015-08-09T23:59:23","date_gmt":"2015-08-09T21:59:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-le-grand-basculement-reactionnaire\/"},"modified":"2023-06-23T23:20:21","modified_gmt":"2023-06-23T21:20:21","slug":"article-le-grand-basculement-reactionnaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8931","title":{"rendered":"Le grand basculement r\u00e9actionnaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;espace public, intellectuel et m\u00e9diatique conna\u00eet un basculement, sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis les ann\u00e9es 50, vers la pens\u00e9e d&#8217;extr\u00eame droite. Amorc\u00e9e avec le tournant lib\u00e9ral et conservateur des ann\u00e9es 80, la d\u00e9rive id\u00e9ologique actuelle est d\u2019une autre gravit\u00e9. <\/p>\n<p><em>Extrait du num\u00e9ro d&#8217;hiver de <em>Regards<\/em>, rubrique &#8220;Enqu\u00eate intellectuelle&#8221;. <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/regards-le-numero-d-ete\">Le num\u00e9ro d&#8217;\u00e9t\u00e9<\/a> est en kiosque.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<\/p>\n<p>Journal pourtant r\u00e9put\u00e9 s\u00e9rieux, le quotidien <em>Le Monde<\/em> titrait, il y a peu, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2014\/10\/18\/polemique-zemmour-vichy-une-collaboration-active-et-lamentable_4508542_823448.html\">sur une <em>\u00ab pol\u00e9mique \u00bb<\/em> entre \u00c9ric Zemmour et Robert Paxton<\/a>. Maladresse \u00e9ditoriale ou faute intellectuelle et politique, peu importe : comment n&#8217;\u00eatre pas stup\u00e9fait que l&#8217;on puisse mettre sur un m\u00eame plan, voire sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9, la figure d&#8217;un historien internationalement reconnu et celle d&#8217;un \u00e9ditorialiste, reconnu, au mieux, des lecteurs du Figaro et de quelques spectateurs d&#8217;i>T\u00e9l\u00e9 ? Et, donc, que l&#8217;on puisse accorder \u00e0 \u00c9ric Zemmour tout ce dont il r\u00eave, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un intellectuel ? Le succ\u00e8s \u00e9ditorial du <em>Suicide fran\u00e7ais<\/em> doit-il valoir argument, et reconnaissance intellectuelle ?<\/p>\n<p>Depuis les Lumi\u00e8res, un intellectuel se d\u00e9finit par sa r\u00e9solution \u00e0 mettre en \u0153uvre un savoir rationnel, mais autonome \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la raison d&#8217;\u00c9tat. Et \u00e0 adresser au public des propositions critiques qui pr\u00e9tendent tout, sauf parler au nom de l&#8217;opinion ou du peuple. \u00c0 cette aune, \u00c9ric Zemmour n&#8217;est pas un intellectuel. Mais c&#8217;est justement contre cette tradition des Lumi\u00e8res que Zemmour s&#8217;inscrit. Tout au contraire, Robert Paxton avait su, en son temps, s&#8217;adresser au public pour lever le voile sur ce refoul\u00e9 socio-historique que repr\u00e9sentait l&#8217;histoire de la collaboration de l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais avec le r\u00e9gime nazi. Il mettait au d\u00e9fi une opinion encore r\u00e9ticente \u00e0 s&#8217;approprier la face la plus obscure de sa propre histoire. Et contestait l&#8217;autorit\u00e9 de la raison d&#8217;\u00c9tat qui effa\u00e7ait, raturait, r\u00e9\u00e9crivait tout ce qui troublait ou entachait une pr\u00e9tendue &#8220;identit\u00e9 fran\u00e7aise&#8221;, r\u00e9put\u00e9e homog\u00e8ne et pure dans sa version r\u00e9publicaine. <\/p>\n<h2>Un deuxi\u00e8me temps de la r\u00e9volution conservatrice<\/h2>\n<p>Tout ceci serait de peu d&#8217;importance, si ce conflit n&#8217;\u00e9tait l&#8217;exemple le plus frappant d&#8217;une lente \u00e9rosion structurelle de l&#8217;espace public et intellectuel. L&#8217;apparition d&#8217;id\u00e9ologues r\u00e9actionnaires au premier plan de la sc\u00e8ne publique n&#8217;est pensable que sur fond de r\u00e9volution conservatrice, telle que d\u00e9crite par Pierre Bourdieu, puis par Didier Eribon[[<em>Contre-feux<\/em>, tomes 1 et 2, de Pierre Bourdieu, Liber-Raisons d&#8217;agir. Et <em>D&#8217;une r\u00e9volution conservatrice et de ses effets sur la gauche fran\u00e7aise<\/em>, de Didier Eribon, \u00c9d. L\u00e9o Scheer.]]. Les dispositifs id\u00e9ologiques du tournant r\u00e9actionnaire des ann\u00e9es 2000-2010 prolongent la r\u00e9volution n\u00e9o-lib\u00e9rale des ann\u00e9es 1980-1990. Aux &#8220;intellectuels m\u00e9diatiques&#8221; d\u2019alors succ\u00e8dent les \u00e9ditorialistes d\u2019aujourd\u2019hui. Les Fran\u00e7ois Furet, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Pierre Rosanvallon ont laiss\u00e9 la place aux figures d&#8217;\u00c9lisabeth L\u00e9vy, Henri Guaino, Philippe Cohen. Les premiers se regroupaient autour de la Fondation Saint-Simon, v\u00e9ritable &#8220;think tank&#8221; visant \u00e0 inspirer une politique n\u00e9olib\u00e9rale \u00e0 la gauche de gouvernement. Et prenaient leurs r\u00e9f\u00e9rences intellectuelles chez les plus conservateurs et les plus acad\u00e9miques des universitaires, comme Raymond Aron. Les seconds, auxquels on peut agr\u00e9ger \u00c9ric Zemmour, Natacha Polony, se sont d&#8217;abord retrouv\u00e9s autour de la Fondation Marc Bloch, en visant \u00e0 inspirer, \u00e0 la gauche comme \u00e0 la droite, une politique souverainiste-r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>Le d\u00e9placement id\u00e9ologique n\u2019est pas neutre : l&#8217;id\u00e9ologie nationale-r\u00e9publicaine se construit contre l&#8217;id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale. Mais l\u2019une et l\u2019autre ont en commun leur opposition \u00e0 la pens\u00e9e critique, qu\u2019elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la lutte des classes, ou encore aux conflictualit\u00e9s entre dominants et domin\u00e9s, gouvernants et gouvern\u00e9s. Toutes deux s&#8217;entendent \u00e0 r\u00e9cuser le clivage gauche \/ droite. L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale tend \u00e0 nier la pertinence du clivage de classes, l\u2019id\u00e9ologie nationale-r\u00e9publicaine, elle, tend d\u00e9sormais \u00e0 lui substituer le clivage nationaux \/ non-nationaux Or, on le sait depuis les travaux de l\u2019historien Zeev Sternhell, cette n\u00e9gation est une pr\u00e9misse fondatrice d&#8217;une pens\u00e9e fascisto\u00efde[[<em>Ni droite ni gauche. L&#8217;id\u00e9ologie fasciste en France<\/em>, de Zeev Sternhell, Folio-Gallimard.]]. Enfin, il faut ajouter que c&#8217;est ce glissement qui affecte le vote d&#8217;une partie des classes populaires, comme l&#8217;a montr\u00e9 Didier Eribon dans <em>Retour \u00e0 Reims<\/em>. L&#8217;abandon, par la gauche de gouvernement, des classes populaires et du discours de classe qui structurait leur imaginaire politique a contribu\u00e9 \u00e0 reformer un vote de classe qui se portait autrefois vers le Parti communiste, et cette fois en faveur du Front national. Ce vote est d\u00e9sormais ancr\u00e9 dans une coh\u00e9rence culturelle, qui agr\u00e8ge humiliation de classe, ressentiment contre la gauche socialiste, hostilit\u00e9 envers les populations immigr\u00e9es[[Il faut noter que, si Didier Eribon \u00e9voque \u00e9videmment l&#8217;homophobie ordinaire des classes populaires, il se garde d&#8217; y rapporter le vote en faveur de l&#8217;extr\u00eame-droite ; si cette homophobie culturelle reste pr\u00e9gnante, elle ne se traduit pas en terme de mobilisation comme on l&#8217;a vu avec la Manif pour Tous, dont les rangs \u00e9taient, de mani\u00e8re \u00e9crasante, constitu\u00e9s d&#8217;une population blanche, bourgeoise et catholique.]]. <\/p>\n<p>C&#8217;est sur ce terrain que prosp\u00e8rent les analyses de Christophe Guilluy. Le g\u00e9ographe m\u00e9diatique n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 opposer, \u00e0 la mani\u00e8re de Maurras, deux France, l&#8217;une p\u00e9riph\u00e9rique et <em>\u00ab r\u00e9elle \u00bb<\/em>, l\u2019autre centrale et <em>\u00ab privil\u00e9gi\u00e9e \u00bb<\/em>. Variante moderne du &#8220;eux&#8221; et du &#8220;nous&#8221; qui brouille plus que jamais les pistes. Au lieu de rassembler les couches populaires, ce &#8220;nous&#8221; les divise : les immigr\u00e9s de la banlieue sont class\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des &#8220;favoris\u00e9s&#8221; de la France m\u00e9tropolitaine, quand les ouvriers &#8220;natifs&#8221; de la p\u00e9riph\u00e9rie sont renvoy\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9favoris\u00e9s. Dans ces analyses, l\u2019exploitation et la domination s\u2019effacent. Reste le ressentiment des seconds \u00e0 l\u2019encontre des premiers. <\/p>\n<h2>La lib\u00e9ration d&#8217;une parole essentialiste et raciste<\/h2>\n<p>Ainsi, la question de l&#8217;identit\u00e9, et notamment de l&#8217;identit\u00e9 nationale, occupe une place organisatrice dans le d\u00e9bat aujourd&#8217;hui, domin\u00e9 par les id\u00e9ologues r\u00e9actionnaires. Avec, en son coeur, la tentative de suturer trois grandes blessures narcissiques, qui constituent autant de refoul\u00e9s historiques de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : la Collaboration (et notamment le rapport aux Juifs), la Guerre d&#8217;Alg\u00e9rie (et notamment le rapport aux populations maghr\u00e9bines immigr\u00e9es), Mai 68 enfin (qui allia gr\u00e8ves ouvri\u00e8res et d\u00e9buts de la r\u00e9volution sexuelle pour les femmes et les homosexuels). Comme tout refoul\u00e9, ces blessures ressurgissent au travers de compromis linguistiques euph\u00e9mis\u00e9s, donnant lieu, par la suite, \u00e0 une lib\u00e9ration progressive d&#8217;une parole violemment essentialiste et raciste (qu&#8217;il s&#8217;agisse d\u2019antis\u00e9mitisme, de misogynie, d&#8217;homophobie, de racisme de classe). Il est significatif que l&#8217;on emploie aujourd&#8217;hui le terme de \u00ab citoyens musulmans \u00bb pour parler des populations immigr\u00e9es, expression dont il faut rappeler qu&#8217;elle provient du vocabulaire officiel de l\u2019administration coloniale en Alg\u00e9rie[[Cf. <em>1962, Comment l&#8217;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne a transform\u00e9 la France<\/em> (Payot) de Todd Shepard. Todd Shepard pr\u00e9pare actuellement un livre, qui montre combien la question alg\u00e9rienne a, par ailleurs, continu\u00e9 de travailler l&#8217;inconscient de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne, notamment au travers du prisme de la question sexuelle (<em>La France le sexe et &#8220;les arabes&#8221;, de 1962 \u00e0 1979<\/em>, \u00e0 para\u00eetre chez Payot). On ne s&#8217;\u00e9tonnera pas, d\u00e8s lors, que la figure sexuelle du &#8220;gar\u00e7on arabe&#8221;, occupe obsessionnellement les discours comme ceux d&#8217;Eric Zemmour, Pascal Bruckner ou Renaud Camus, qui ne cessent de d\u00e9noncer, par exemple, une d\u00e9virilisation du m\u00e2le blanc fran\u00e7ais ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, occidental. Et l&#8217;on pourrait bien \u00e9videmment comparer cette panique sexuelle et morale \u00e0 celle qui s&#8217;empare des hommes blancs am\u00e9ricains, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9voquer la place et la visibilit\u00e9 des hommes afro-am\u00e9ricains dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tasunienne.]]. <\/p>\n<p>Il est utile, pour expliquer ce basculement dans une id\u00e9ologie d&#8217;extr\u00eame droite, de faire un d\u00e9tour par l&#8217;histoire intellectuelle europ\u00e9enne des ann\u00e9es 30. Et de revenir \u00e0 l&#8217;exemple du philosophe allemand Martin Heidegger. Pierre Bourdieu a mis \u00e0 jour la mani\u00e8re dont Heidegger pratiquait un discours antis\u00e9mite et contre-r\u00e9volutionnaire dans les termes les plus sophistiqu\u00e9s de la philosophie la plus pure[[<em>L&#8217;Ontologie politique de Martin Heidegger<\/em>, de Pierre Bourdieu, Minuit.]]. Tout en puisant, d&#8217;une autre main, au creuset du discours le plus populiste (contre les Juifs, la S\u00e9curit\u00e9 sociale, la politique du logement, etc.). Pour finir par exprimer ouvertement ses pulsions r\u00e9actionnaires dans son adh\u00e9sion politique au national-socialisme[[On peut consulter aujourd&#8217;hui le livre de Peter Trawny, <em>Heidegger et l\u2019antis\u00e9mitisme, Sur les &#8220;Cahiers noirs&#8221;<\/em>, qui revient sur les expressions d&#8217;antis\u00e9mitisme les plus effarantes qui peuplent les \u00e9crits intimes d&#8217;Heidegger.]]. Jacques Derrida ou Marl\u00e8ne Zarader avaient d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, dans <em>Heidegger et la question<\/em> ou <em>La dette impens\u00e9e<\/em>, combien les questions de l&#8217;histoire, du destin de la nation allemande, d&#8217;une identit\u00e9 intellectuelle europ\u00e9enne homog\u00e8ne \u00e0 elle-m\u00eame, jouaient un r\u00f4le organisateur dans la pens\u00e9e heideggerienne. Poursuivant cette logique d&#8217;exclusion de toute forme d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui voudrait que l&#8217;identit\u00e9 europ\u00e9enne n&#8217;ait pour seules racines que l&#8217;h\u00e9ritage grec et chr\u00e9tien, Heidegger se voyait contraint, pour ainsi dire, de biffer, raturer l&#8217;h\u00e9ritage intellectuel du juda\u00efsme dans l&#8217;histoire de l&#8217;Occident. <\/p>\n<p>On pourrait ajouter, avec le m\u00e9di\u00e9viste Alain de Lib\u00e9ra, qu&#8217;Heidegger a, comme tant d&#8217;autres, \u00e9galement pass\u00e9 sous silence l&#8217;h\u00e9ritage des traducteurs et des intellectuels musulmans form\u00e9s \u00e0 la lecture du Coran, et dont on il faut r\u00e9affirmer l\u2019importance dans la transmission de l&#8217;h\u00e9ritage grec en Europe[[Alain de Libera : <em>Le don de l&#8217;Islam \u00e0 l&#8217;Occident<\/em> (Maisonneuve et Larose), ainsi que <em>Les Grecs, les Arabes et nous : Enqu\u00eate sur l&#8217;islamophobie savante<\/em> (Fayard).]]. Ce sont ces m\u00eames biffures, ces m\u00eames ratures qui structurent \u00e0 nouveau le discours r\u00e9actionnaire, sur un mode \u00e9videmment moins sophistiqu\u00e9 que chez Heidegger. Les vaticinations hebdomadaires de Finkielkraut et Zemmour sur l&#8217;identit\u00e9, l&#8217;histoire et la civilisation fran\u00e7aise et europ\u00e9enne, inspir\u00e9es par Renaud Camus, n&#8217;en sont jamais qu&#8217;une p\u00e2le copie.<\/p>\n<h2>L&#8217;\u00e9trange coalition des r\u00e9actionnaires<\/h2>\n<p>On sait combien Renaud Camus impr\u00e8gne aujourd&#8217;hui la rh\u00e9torique d&#8217;un Zemmour sur le &#8220;Grand remplacement&#8221;, euph\u00e9misation d&#8217;un racisme ordinaire qui d\u00e9voilerait le grand complot visant \u00e0 effacer la race blanche par les indig\u00e8nes. Renaud Camus joue, dans la constitution de cet espace de pens\u00e9e r\u00e9actionnaire, un r\u00f4le d\u00e9terminant et central. En 2000, alors que la publication de son journal, <em>La Campagne de France<\/em>, r\u00e9v\u00e9lait des propos antis\u00e9mites \u00e0 peine voil\u00e9s (sur le nombre de journalistes juifs \u00e0 France Culture notamment), on vit les r\u00e9seaux \u00e9ditoriaux et m\u00e9diatiques de la pens\u00e9e lib\u00e9rale et r\u00e9actionnaire se mobiliser, au nom du lib\u00e9ralisme et du pluralisme, pour d\u00e9fendre l&#8217;ind\u00e9fendable. <\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, \u00c9lisabeth L\u00e9vy d\u00e9fendra les spectacles de Dieudonn\u00e9 au nom de la lutte contre l&#8217;anti-politiquement correct[[Dans son journal en ligne, Renaud Camus (aux entr\u00e9es en date du mois de mai 2013) relate l&#8217;existence de soir\u00e9es r\u00e9unissant Alain Finkielkraut, Elisabeth L\u00e9vy, Paul-Marie Couteaux, Richard Millet, Charles Consigny, ou encore Robert M\u00e9nard. Tous ces individus, pris \u00e0 l&#8217;\u00e9tat isol\u00e9s, partagent, outre leur d\u00e9testation de l&#8217;Islam, une pr\u00e9tention commune \u00e0 l&#8217;originalit\u00e9, la provocation vaguement esth\u00e8te ou distingu\u00e9e qui feraient d&#8217;eux de nouveaux dandys, quand ils n&#8217;ont \u00e9videmment pas le d\u00e9but de g\u00e9nie d&#8217;un Baudelaire ou m\u00eame d&#8217;un Godard. Godard qui, aujourd&#8217;hui, dans une sorte de surench\u00e8re ou de provocation esth\u00e8te qui s&#8217;emballe, en vient \u00e0 &#8220;esp\u00e9rer&#8221; une victoire du Front national.]]. \u00c9tranges alliances, o\u00f9 au nom de l&#8217;identit\u00e9 culturelle fran\u00e7aise et de l&#8217;amour de la R\u00e9publique, des &#8220;intellectuels&#8221; juifs, mais homophobes ou islamophobes, se solidarisent d&#8217; &#8220;\u00e9crivains&#8221; ou d&#8217; &#8220;artistes&#8221; homosexuels ou musulmans, mais antis\u00e9mites. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de r\u00e9assigner chacun \u00e0 ses appartenances sociales, culturelles, religieuses ou sexuelles, mais de relever l\u2019instrumentalisation de ces appartenances pour renvoyer chacun au devoir de les sacrifier sur l\u2019autel d\u2019une identit\u00e9 nationale ou r\u00e9publicaine. C&#8217;\u00e9tait pourtant l&#8217;une des derni\u00e8res le\u00e7ons politiques d&#8217;Hannah Arendt, dont il arrive \u00e0 ces &#8220;intellectuels&#8221; r\u00e9actionnaires de se r\u00e9clamer: ne jamais s&#8217;attacher \u00e0 ses propres appartenances, mais ne rien en renier, s&#8217;il s&#8217;agit de les sacrifier au nom de l&#8217;identit\u00e9 nationale et de r\u00e9cuser les valeurs d&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de justice sociale [10]. <\/p>\n<p>Il est grand temps de r\u00e9affirmer, de mani\u00e8re offensive, les valeurs d&#8217;une pens\u00e9e authentiquement critique et de gauche. Bref, d&#8217;appeler de ses v\u0153ux, en th\u00e9orie et en pratique, la venue de ce que Jacques Derrida nommait des termes \u00e9nigmatiques de <em>\u00ab nouvelles Lumi\u00e8res \u00bb<\/em>, de <em>\u00ab d\u00e9mocratie \u00e0 venir \u00bb<\/em> ou de <em>\u00ab nouvelle Internationale \u00bb<\/em>.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8931 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/neoreacs-3a1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/neoreacs-3a1-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"neoreacs.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;espace public, intellectuel et m\u00e9diatique conna\u00eet un basculement, sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis les ann\u00e9es 50, vers la pens\u00e9e d&#8217;extr\u00eame droite. Amorc\u00e9e avec le tournant lib\u00e9ral et conservateur des ann\u00e9es 80, la d\u00e9rive id\u00e9ologique actuelle est d\u2019une autre gravit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":22319,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[473,355],"class_list":["post-8931","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-antisemitisme","tag-extreme-droite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8931"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8931\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/22319"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}