{"id":8913,"date":"2015-07-16T12:01:17","date_gmt":"2015-07-16T10:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-alexis-tsipras-econduit-vers-le\/"},"modified":"2023-07-03T14:41:17","modified_gmt":"2023-07-03T12:41:17","slug":"article-alexis-tsipras-econduit-vers-le","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8913","title":{"rendered":"Alexis Tsipras \u00e9conduit vers le Grexit"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Accul\u00e9 par les cr\u00e9anciers \u00e0 un accord qui humilie son peuple et sera aussi d\u00e9sastreux que les pr\u00e9c\u00e9dents, le courageux premier ministre grec paye la non-pr\u00e9paration d&#8217;un Grexit\u2026 auquel les \u00e9v\u00e9nements le poussent d\u00e9sormais, mena\u00e7ant la coh\u00e9sion de Syriza.<\/p>\n<p>Seul Fran\u00e7ois Hollande, entre deux sorties auto-congratulatoires, a vu dans la signature de &#8220;l\u2019accord&#8221; entre Alexis Tsipras et l\u2019Eurogroupe, un <em>\u00ab \u00e9v\u00e9nement historique \u00bb<\/em> qui a permis de <em>\u00ab sauvegarder l\u2019ind\u00e9pendance \u00bb<\/em> de la Gr\u00e8ce et lui \u00e9viter toute <em>\u00ab humiliation \u00bb<\/em>. Il est bien seul en effet \u00e0 \u00e9pouser cette ligne fantaisiste. Le premier ministre grec, la mine d\u00e9faite, a reconnu que ce nouveau m\u00e9morandum \u00e9tait tr\u00e8s mauvais, qu\u2019il <em>\u00ab n\u2019y croyait pas \u00bb<\/em> et qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 par l\u2019Eurogroupe \u00e0 la suite d\u2019un chantage inoui : l\u2019accord ou le chaos g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie grecque.<\/p>\n<h2>Tsipras n&#8217;avait plus le choix<\/h2>\n<p>Angela Merkel a conc\u00e9d\u00e9 ce nouveau pr\u00eat l\u00e9onin \u00e0 Hollande du bout des l\u00e8vres et Wolfgang Scha\u00fcble continue de dire \u00e0 qui veut l\u2019entendre que la Gr\u00e8ce devrait quitter la zone euro. Le Fond mon\u00e9taire international (FMI) vient de publier un document qui sabre ce nouvel accord aust\u00e9ritaire qui ne pr\u00e9voit aucune remise de dette. Le FMI consid\u00e8re que sans le proverbial &#8220;haircut&#8221;, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 violente des derni\u00e8res ann\u00e9es et les privatisations n\u2019auront servi strictement \u00e0 rien. Les \u00e9conomistes de tout bord se d\u00e9cha\u00eenent contre ces mesures aussi stupides que cruelles ; les opinions europ\u00e9ennes, notamment \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux, d\u00e9noncent un coup d\u2019\u00c9tat et les Grecs, pourtant tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 l\u2019euro, commencent \u00e0 s\u00e9rieusement douter d\u2019une Union europ\u00e9enne qui les humilie, pille et colonise.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, pourquoi Tsipras a-t-il accept\u00e9 les termes d\u2019un arrangement aussi n\u00e9faste qu\u2019humiliant ? Lorsqu\u2019il s\u2019est rendu \u00e0 Bruxelles le week-end dernier, il n\u2019avait en fait pas le choix. La sortie de la zone euro, \u00e0 ce moment-l\u00e0, aurait plong\u00e9 la Gr\u00e8ce dans une situation \u00e9conomique et sociale catastrophique et al\u00e9atoire. Il n\u2019avait tout simplement pas de plan B sous la main. Le dirigeant de Syriza a commis depuis son \u00e9lection de co\u00fbteuses erreurs. Depuis janvier, il a parfois p\u00each\u00e9 par na\u00efvet\u00e9, mais il s\u2019est aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bon tacticien \u00e0 d\u2019autres moments. Il a pens\u00e9, \u00e0 tort, qu\u2019en faisant preuve de bonne volont\u00e9 au cours de n\u00e9gociations, il pourrait parvenir \u00e0 un accord &#8220;honn\u00eate&#8221; avec ses &#8220;partenaires&#8221; europ\u00e9ens. <\/p>\n<h2>Le contrat du r\u00e9f\u00e9rendum<\/h2>\n<p>Cet engagement constructif n\u2019a men\u00e9 \u00e0 absolument rien. Au contraire, pendant plus de six mois de tergiversation et d\u2019obstruction, l\u2019Eurogroupe a fini par pi\u00e9ger Tsipras. Le premier ministre a \u00e9galement pens\u00e9 que le &#8220;non&#8221; massif du r\u00e9f\u00e9rendum p\u00e8serait dans la balance, lui conf\u00e8rerait une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique qu\u2019il pourrait faire valoir devant l\u2019Eurogroupe. Les ministres des Finances europ\u00e9ens n\u2019en ont que faire des choix populaires ; pire, l\u2019organisation ce vote a suscit\u00e9 chez eux un d\u00e9sir de vengeance, mis \u00e0 ex\u00e9cution ce dernier weekend.<\/p>\n<p>Pourquoi Tsipras a-t-il, en apparence, &#8220;brad\u00e9&#8221; la victoire du r\u00e9f\u00e9rendum en pr\u00e9sentant \u00e0 Bruxelles un projet de m\u00e9morandum r\u00e9solument aust\u00e9ritaire ? Cette d\u00e9cision, incompr\u00e9hensible pour nombre de personnes \u00e0 gauche, est parfois qualifi\u00e9e de <em>\u00ab capitulation \u00bb<\/em>, voire de <em>\u00ab trahison \u00bb<\/em>. Un fait important n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 en dehors de la Gr\u00e8ce. Le mardi et le mercredi pr\u00e9c\u00e9dant le r\u00e9f\u00e9rendum, il r\u00e9gnait dans les cercles du pouvoir \u00e0 Ath\u00e8nes une atmosph\u00e8re de fin de r\u00e8gne. Le &#8220;oui&#8221; progressait rapidement dans le pays au point, comme l\u2019ont constat\u00e9 plusieurs sondages, d\u2019\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement en t\u00eate. Tsipras a alors renvers\u00e9 la tendance en r\u00e9p\u00e9tant que le &#8220;non&#8221; n\u2019impliquait pas une sortie de la Gr\u00e8ce de la zone euro, et en s\u2019engageant publiquement \u00e0 conclure un accord <em>\u00ab dans les 48 heures \u00bb<\/em> avec l\u2019Eurogroupe. Voici la base du contrat pass\u00e9 avec le peuple, et la cl\u00e9 pour comprendre sa d\u00e9marche ces derniers jours.<\/p>\n<h2>La \u00ab catastrophe \u00bb d&#8217;une sortie de l&#8217;euro<\/h2>\n<p>Pourquoi Alexis Tsipras n\u2019a-t-il pas jou\u00e9 la carte de la sortie le week-end des n\u00e9gociations \u00e0 Bruxelles quand il est apparu que les propositions de l\u2019Eurogroupe \u00e9taient encore plus dures que celles qu\u2019il avait mises sur la table ? D\u2019une part, Tsipras s\u2019est estim\u00e9 li\u00e9 par sa promesse de non sortie de la zone euro. D\u2019autre part, le gouvernement de Syriza n\u2019avait absolument pas pr\u00e9par\u00e9 cette rupture. Yanis Varoufakis l\u2019a reconnu : personne autour de lui n\u2019a, pendant les six premiers mois au pouvoir, s\u00e9rieusement consid\u00e9r\u00e9 le Grexit. Ce dernier \u00e9tait tellement impensable dimanche dernier que l\u2019\u00e9conomiste Costas Lapavistas, d\u00e9put\u00e9 de l\u2019aile gauche et partisan de la sortie, a conc\u00e9d\u00e9 lors d\u2019une r\u00e9union du groupe parlementaire que la sortie de la zone euro serait aujourd\u2019hui une \u00ab catastrophe \u00bb. Tsipras savait qu\u2019une telle d\u00e9cision, alors que l\u2019\u00e9conomie est exsangue et sans liquidit\u00e9, aurait provoqu\u00e9 le chaos g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le vote \u00e0 la Vouli portant sur le troisi\u00e8me m\u00e9morandum a incontestablement affaibli Alexis Tsipras : 32 d\u00e9put\u00e9s de Syriza (Plate-forme de gauche et KOE, courant mao\u00efste) ont vot\u00e9 contre et 6 se sont abstenus. Tsipras avait annonc\u00e9 qu\u2019il d\u00e9missionnerait s\u2019il n\u2019obtenait pas au moins le soutien de 121 d\u00e9put\u00e9s. 124 ont vot\u00e9 en faveur du plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Zoe Konstantopoulou, pr\u00e9sidente de la Chambre, Yanis Varoufakis, Nandia Valavani, vice-ministre de l\u2019\u00c9conomie, et deux autres ministres de la Plate-forme de gauche ont vot\u00e9 contre. Dans la majorit\u00e9 Syriza \/ ANEL, seulement 123 d\u00e9put\u00e9s sur 162 ont vot\u00e9 &#8220;oui&#8221; (pour une majorit\u00e9 de 151). <\/p>\n<h2>Tout concourt au Grexit<\/h2>\n<p>Affaibli, Tsipras n\u2019en demeure pas moins le personnage fort dans la phase politique qui s\u2019ouvre. Il est, \u00e0 plus d\u2019un titre incontournable : c\u2019est, de loin, l\u2019homme politique grec le plus populaire et respect\u00e9 du public. Ses supporteurs et adversaires le trouvent honn\u00eate et sinc\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 au sauvetage de l\u2019\u00e9conomie grecque. \u00c0 l\u2019exception de Zoe Konstantopoulou, aucun autre dirigeant de premier plan ne b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une telle affection populaire. En Gr\u00e8ce, on raconte que Tsipras pourrait se pr\u00e9senter demain contre son parti, il obtiendrait la majorit\u00e9 des voix.<\/p>\n<p>Cette popularit\u00e9 ne sera \u00e9videmment pas \u00e9ternelle, surtout quand les effets des mesures aust\u00e9ritaires commenceront \u00e0 \u00eatre ressentis par des Grecs davantage d\u00e9courag\u00e9s que mobilis\u00e9s. Architecte malgr\u00e9 lui de son propre \u00e9chec, Tsipras a n\u00e9anmoins l\u2019autorit\u00e9 pour mettre en \u0153uvre les mesures exig\u00e9es en \u00e9change d\u2019un nouveau pr\u00eat. La tactique des n\u00e9gociations a \u00e9chou\u00e9 et les mesures pr\u00e9conis\u00e9es vont davantage enfoncer la Gr\u00e8ce dans la r\u00e9cession et la pauvret\u00e9. \u00c0 moyen terme, les troubles sociaux et les tensions au sein de Syriza vont in\u00e9vitablement redoubler. Tout concourt \u00e0 ce que le gouvernement Tsipras adopte une nouvelle strat\u00e9gie : le Grexit. Les n\u00e9gociations avec l\u2019Eurogroupe ont \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec cinglant et la Gr\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement sacrifi\u00e9e par l\u2019hegemon allemand avec le concours actif de son alli\u00e9 fran\u00e7ais. En d\u2019autres termes, Tsipras a \u00e9t\u00e9 plus ou moins subtilement \u00e9conduit vers le Grexit. Ne pas en tirer les conclusions serait, pour lui et son parti, suicidaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Accul\u00e9 par les cr\u00e9anciers \u00e0 un accord qui humilie son peuple et sera aussi d\u00e9sastreux que les pr\u00e9c\u00e9dents, le courageux premier ministre grec paye la non-pr\u00e9paration d&#8217;un Grexit\u2026 auquel les \u00e9v\u00e9nements le poussent d\u00e9sormais, mena\u00e7ant la coh\u00e9sion de Syriza.<\/p>\n","protected":false},"author":1241,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[216],"tags":[420,478],"class_list":["post-8913","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-des-verites-desagreables-par-philippe-marliere","tag-grece","tag-syriza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8913","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1241"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8913"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8913\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8913"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8913"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8913"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}