{"id":8817,"date":"2015-06-18T07:36:45","date_gmt":"2015-06-18T05:36:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-pour-trotsky-le-fascisme-est-le\/"},"modified":"2023-06-23T23:20:03","modified_gmt":"2023-06-23T21:20:03","slug":"article-pour-trotsky-le-fascisme-est-le","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8817","title":{"rendered":"\u00ab Le fascisme, c&#8217;est le parti du d\u00e9sespoir contre-r\u00e9volutionnaire, disait Trotsky\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Syllepse publie un recueil de textes de L\u00e9on Trotsky, <em>Contre le fascisme (1922-1940)<\/em>. Deux de ses coordonnateurs, Robi Morder et Patrick Silberstein, expliquent la d\u00e9marche et l&#8217;int\u00e9r\u00eat de consid\u00e9rer l&#8217;\u00e9poque actuelle \u00e0 la lumi\u00e8re de ces textes.<\/p>\n<p>Agr\u00e9ment\u00e9 d&#8217;une postface d&#8217;Ernest Mandel sur <em>La th\u00e9orie du fascisme chez L\u00e9on Trotsky<\/em> et d&#8217;une introduction \u00e9rudite, <em>Contre le fascisme (1922-1940)<\/em> est une somme de 81 textes et plus de 900 pages qui comporte aussi plusieurs index (noms, g\u00e9ographique, th\u00e9matique) facilitent une lecture utile en ces temps troubl\u00e9s. Car derri\u00e8re le d\u00e9tour par les ann\u00e9es 1920 et 1930, c&#8217;est bien d&#8217;une lecture pour le temps pr\u00e9sent qu&#8217;il s&#8217;agit.<\/p>\n<p><strong>Regards. Pourquoi ce livre et pourquoi avoir sous-titr\u00e9 votre introduction &#8220;Derni\u00e8re station avant l&#8217;abattoir&#8221; ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9part, il s&#8217;agissait de r\u00e9\u00e9diter <em>Comment vaincre le fascisme<\/em>[[L\u00e9on Trotsky, Comment vaincre le fascisme (\u00c9crits sur l&#8217;Allemagne 1930-1933), \u00c9ditions de la Passion, 1982.]] de L\u00e9on Trotsky, livre \u00e9puis\u00e9. Et puis au fil de nos recherches, au regard de l&#8217;actualit\u00e9 de la question, de la lecture d&#8217;aujourd&#8217;hui qui est la n\u00f4tre, nous avons \u00e9t\u00e9 &#8220;emport\u00e9s&#8221; dans le projet. Au final, nous avons regroup\u00e9 81 textes qui recoupent la quasi totalit\u00e9 de ceux de Trotsky sur le fascisme et l&#8217;essentiel de ceux sur la guerre. Le livre aurait d&#8217;ailleurs pu s&#8217;intituler <em>Contre Le fascisme et la guerre<\/em>. Notre projet, c&#8217;est \u00e9videmment de mettre en relief ce qui peut nous servir aujourd&#8217;hui dans l&#8217;ensemble des r\u00e9flexions, des intuitions et des th\u00e9orisations de Trotsky sur le fascisme. D&#8217;un certain c\u00f4t\u00e9, il s&#8217;agit aussi de sortir Trotsky du &#8220;trotskysme&#8221;\u2026<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Nous ne sommes plus dans les ann\u00e9es 1930, et alors ? Le fascisme est un hydre-cam\u00e9l\u00e9on qui est bien de retour \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Vous insistez sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une d\u00e9finition minimum du fasciste, qu&#8217;entendez-vous par l\u00e0 ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est une recommandation de Zeev Sternhell qui indique qu&#8217;il faut d\u00e9gager le d\u00e9nominateur commun des mouvements se r\u00e9clamant du fascisme, mais aussi de ceux qui, tout en d\u00e9clinant la r\u00e9f\u00e9rence, font bel et bien partie de la famille. Disons qu&#8217;avec la concordance d&#8217;une solution autoritaire, d&#8217;une mise en avant du nationalisme et de la x\u00e9nophobie, du recours \u00e0 un homme providentiel et adoss\u00e9 \u00e0 des partis &#8220;de masse&#8221; (dans les conditions d&#8217;aujourd&#8217;hui) capable de mobiliser les perdus et les exclus pour les dresser les uns contre les autres, on a des \u00e9l\u00e9ments communs \u00e0 tous les fascismes.<br \/>\nIl y a une autre constance, c&#8217;est la volont\u00e9 d&#8217;\u00e9craser toutes les formes d&#8217;organisation populaire autonome et la liquidation de toutes les libert\u00e9s. Les fascismes de notre temps, comme ceux d&#8217;hier, sont capables de rencontrer des groupes humains auxquels ils redonnent un sens, un &#8220;but final&#8221;, est une r\u00e9alit\u00e9. C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 ce qu&#8217;il y a chez Trotsky en 1933, quand il \u00e9crit : <em>\u00ab Le d\u00e9sespoir les a fait se dresser, le fascisme leur a donn\u00e9 un drapeau. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p><strong>Peut-on comparer l&#8217;\u00e9poque actuelle et les ann\u00e9es trente ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les formations sociales ont chang\u00e9, la &#8220;poussi\u00e8re humaine&#8221; que les fascismes d&#8217;hier agr\u00e9geaient \u00e9taient la petite bourgeoisie ruin\u00e9e, les arm\u00e9es de ch\u00f4meurs, des jeunes et des intellectuels, des paysans dont la perspective \u00e9tait celle d&#8217;une prol\u00e9tarisation dans la mis\u00e8re. Ces couches ont en partie disparu, en tout cas leur place s&#8217;est fortement r\u00e9duite dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les salari\u00e9s constituent pr\u00e8s de 90% de la population active. Mais dans des conditions nouvelles, la crainte du d\u00e9classement existe dans l&#8217;encadrement, chez les jeunes, chez les salari\u00e9s dans les zones &#8220;rurbaines&#8221;, dans les petites entreprises. La pr\u00e9carit\u00e9 fragilise. Et si le prol\u00e9tariat moderne, le salariat dirons-nous, n&#8217;est pas capable d&#8217;agr\u00e9ger toutes ses composantes autour d&#8217;un projet et de pratiques progressistes, ce sera l&#8217;utopie r\u00e9actionnaire, nationaliste, x\u00e9nophobe qui appara\u00eetra alors comme &#8220;r\u00e9aliste&#8221;.<br \/>\nIl faut \u00e9galement se m\u00e9fier des d\u00e9finitions tellement strictes qu&#8217;elles n&#8217;ont plus aucune fonctionnalit\u00e9. Bien s\u00fbr que nous ne sommes plus dans les ann\u00e9es 1930, et alors ? Le fascisme est un hydre-cam\u00e9l\u00e9on qui est bien de retour.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab La victoire du fascisme est le fruit de la d\u00e9faite du mouvement ouvrier \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>La victoire fasciste des ann\u00e9es 1930 et parfois analys\u00e9e comme une r\u00e9ponse \u00e0 la menace r\u00e9volutionnaire, rien de tout cela aujourd&#8217;hui ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Cette objection, souvent entendue, appelle au moins deux remarques. En premier lieu, cette approche traduit une vision instrumentale du fascisme, comme s&#8217;il n&#8217;\u00e9tait que la simple projection de la volont\u00e9 de la classe dominante. La solution fasciste est plut\u00f4t un processus au cours duquel les partis bourgeois traditionnels font finalement appel aux partis fascistes, &#8220;en dernier recours&#8221; tout en s&#8217;en m\u00e9fiant et en croyant pouvoir les domestiquer,  mais, comme le disait Trotsky, les fascistes sont des \u00ab nu\u00e9es de criquets affam\u00e9s et voraces \u00bb qui exigent et obtiennent tout le pouvoir. L&#8217;arriv\u00e9e des fascistes italiens et des nazis allemands au pouvoir s&#8217;est faite dans le cadre de coalitions avec la droite &#8220;classique&#8221;. Dans l&#8217;ensemble, les observateurs de l&#8217;\u00e9poque \u00e9taient convaincus que les partis de la droite traditionnelle et les institutions maintiendraient en laisse les partis fascistes. <\/p>\n<p><strong>Alors que leur dynamique \u00e9tait \u00e0 la fois plus puissante et plus large ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me remarque, c&#8217;est justement que la victoire du fascisme n&#8217;est absolument pas la r\u00e9ponse bourgeoise \u00e0 une victoire possible du mouvement ouvrier. Au contraire, c&#8217;est le fruit de la d\u00e9faite de ce dernier. Le fascisme c&#8217;est le parti du <em>\u00ab d\u00e9sespoir contre-r\u00e9volutionnaire \u00bb<\/em>, disait Trotsky. Pour Clara Zetkin[[Clara Zetkin (1857-1933), figure historique du f\u00e9minisme, membre du SPD puis des Spartakistes et enfin du KPD.]], en 1923, le fascisme \u00e9tait une <em>\u00ab punition historique \u00bb<\/em> inflig\u00e9e au prol\u00e9tariat pour avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 parachever la R\u00e9volution russe. Si l&#8217;on consid\u00e8re l&#8217;ensemble des situations r\u00e9volutionnaires \u00e9puis\u00e9es ou manqu\u00e9es au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, il y a alors des raisons de s&#8217;inqui\u00e9ter et de redouter que faute d&#8217;une solution \u00e9mancipatrice, on assiste au retour de nouvelles barbaries. La mont\u00e9e en France du Front national en est une illustration. Il y en a beaucoup d&#8217;autres.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Trotsky a relev\u00e9 la dimension pl\u00e9b\u00e9ienne et de masse du fascisme \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Et le programme dans tout cela ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le flou des propositions, les contradictions, le m\u00e9lange de propositions lib\u00e9rales et anticapitalistes sont consubstantielles au fascisme. D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1930, Pierre Naville disait qu&#8217;il ne servait \u00e0 rien de passer son temps \u00e0 <em>\u00ab d\u00e9montrer \u00bb<\/em> que le programme de Fran\u00e7ois de La Rocque \u00e9tait inexistant. Trotsky le dit \u00e0 plusieurs reprises en examinant les \u00e9v\u00e9nements du f\u00e9vrier 1934. C&#8217;est justement l&#8217;absence de programme d\u00e9fini qui fait sa force. Wilhelm Reich[[Wilhelm Reich (1897-1957), exclu du KPD en 1933, auteur notamment de <em>La psychologie de masse du fascisme<\/em>.]] avec qui Trotsky a eu une correspondance dans les ann\u00e9es 1930, avait not\u00e9 que lorsqu&#8217;il posait la question sur le caract\u00e8re intenable du programme nazi \u00e0 force d&#8217;\u00eatre contradictoire, il obtenait alors la r\u00e9ponse suivante :<em> \u00ab Hitler trouvera la solution. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Le nazisme s&#8217;est nourri de contradictions qui lui ont permis de recruter ses soutiens dans diff\u00e9rentes classes sociales ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le parti d&#8217;Hitler, le NSDAP, est capable \u00e0 la fois de toucher des fonds des milieux d&#8217;affaires allemands et de soutenir la gr\u00e8ve des traminots \u00e0 Berlin en 1932. Le KPD, sous la houlette de Moscou a longtemps consid\u00e9r\u00e9 le mouvement hitl\u00e9rien comme une &#8220;simple&#8221; forme de r\u00e9action capitaliste, un instrument commode cr\u00e9\u00e9 par et pour la grande bourgeoisie. Trotsky au contraire, en observant les caract\u00e9ristiques propres au fascisme, a relev\u00e9 la dimension pl\u00e9b\u00e9ienne et de masse du fascisme. Ce dernier est non seulement issu de la petite bourgeoisie mais aussi du prol\u00e9tariat. Les mouvements fascistes sont capables d&#8217;une grande souplesse tactique, pour ne pas dire de contorsions \u00e9tonnantes. Quand Marine Le Pen soutient Syriza en Gr\u00e8ce contre<em> \u00ab le totalitarisme de l&#8217;Union europ\u00e9enne et de ses complices, les march\u00e9s financiers \u00bb<\/em>, cela provoque une certaine stupeur au sein m\u00eame des troupes frontistes.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab N&#8217;y a-t-il pas dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise une base pour un fascisme fran\u00e7ais ? \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Dans votre introduction vous revenez sur une partie de l&#8217;historiographie fran\u00e7aise qui fait du fascisme un ph\u00e9nom\u00e8ne ext\u00e9rieur \u00e0 la France.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui, nous sommes face \u00e0 un mythe fran\u00e7ais, celui d&#8217;une ext\u00e9riorit\u00e9 du fascisme \u00e0 la Fran\u00e7aise. Ren\u00e9 R\u00e9mond, qui fait autorit\u00e9 sur les historiens des droites fran\u00e7aises, ne voit dans les Croix de feu du colonel de La Rocque qu&#8217;une forme de <em>\u00ab scoutisme politique pour grandes personnes \u00bb.<\/em> Il ne per\u00e7oit dans le 6 f\u00e9vrier 34 que l&#8217;\u00e9chec des ligues et ne voit pas qu&#8217;elles ont pouss\u00e9 le pouvoir vers la droite, vers le bonapartisme, dit Trotsky. Face \u00e0 cette id\u00e9e de l&#8217;immunit\u00e9 fran\u00e7aise au fascisme, les travaux d&#8217;historiens comme Robert Paxton ou Zeev Sternhell ont eu bien du mal \u00e0 \u00e9merger. On pourrait ironiser avec \u00c9tienne Balibar quand il dit que <em>\u00ab le fascisme est donc quelque chose qu&#8217;on voit plut\u00f4t chez les autres \u00bb. <\/em> Mais ce d\u00e9bat historiographique n&#8217;est pas sans cons\u00e9quences politiques. Sur le pass\u00e9 d&#8217;abord, est-ce que le r\u00e9gime de Vichy n&#8217;a \u00e9t\u00e9 qu&#8217;un furoncle sur un corps sain ou n&#8217;y a-t-il pas plut\u00f4t dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise une base pour un fascisme fran\u00e7ais ? Si Trotsky n&#8217;a pu aller plus loin dans son analyse, Paxton montre bien la dynamique de Vichy d\u00e8s aout 1940. Le principal probl\u00e8me, au plan politique, c&#8217;est que cette conception de l&#8217;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 suppos\u00e9e au fascisme ne permet pas de comprendre l&#8217;irruption, le d\u00e9veloppement et la nature du Front national, au del\u00e0 de ses p\u00e9rip\u00e9ties familiales.<\/p>\n<p><strong>Trotsky insiste beaucoup sur le front unique comme moyen d&#8217;action contre le fascisme\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il faut rappeler que le front unique, ce n&#8217;est pas d&#8217;abord une question \u00e9lectorale, cet aspect est m\u00eame assez marginal chez Trotsky. Le Front unique, c&#8217;est assurer l&#8217;autod\u00e9fense face \u00e0 la violence et aux initatives de l&#8217;extr\u00eame droite. On peut le r\u00e9sumer par sa formule :<em> \u00ab Marcher s\u00e9par\u00e9ment, frapper ensemble \u00bb<\/em>. D&#8217;un certain point de vue, ce qu&#8217;on nous propose aujourd&#8217;hui c&#8217;est l&#8217;inverse : marcher ensemble, en r\u00e9alit\u00e9 derri\u00e8re le Parti socialiste, sans jamais frapper.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Tout de suite, Trotsky per\u00e7oit la monstruosit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 du nazisme \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Vous concluez ce recueil par les textes sur la guerre\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Pour Trotsky, l&#8217;articulation entre la victoire du nazisme et la perspective d&#8217;un nouveau conflit d\u00e9chirant l&#8217;Europe est presque imm\u00e9diate. D\u00e8s novembre 1933, il \u00e9crit que <em>\u00ab le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;armement de l&#8217;Allemagne d\u00e9termine le d\u00e9lai qui s\u00e9pare d&#8217;une nouvelle catastrophe europ\u00e9enne \u00bb<\/em>. Tout de suite, il per\u00e7oit la monstruosit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 du nazisme : <em>\u00ab Le fascisme allemand fera appara\u00eetre son a\u00een\u00e9 italien comme quasiment humain. \u00bb<\/em> Et surtout, il per\u00e7oit la place et la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&#8217;antis\u00e9mitisme nazi et annonce en 1938 <em>\u00ab le prochain d\u00e9veloppement de la r\u00e9action mondiale implique avec certitude l&#8217;extermination physique des Juifs \u00bb.<\/em><br \/>\nTout au long des ann\u00e9es 1930, sa pens\u00e9e \u00e9volue en particulier sur la question de la d\u00e9mocratie et des droits d\u00e9mocratiques. Ceux-ci ne sont pas pour lui seulement formels, ce qui est souvent une mani\u00e8re de dire qu&#8217;il n&#8217;y a pas grand chose \u00e0 garder, mais au contraire essentiels et doivent \u00eatre d\u00e9fendus de mani\u00e8re inconditionnelle. Une id\u00e9e centrale appara\u00eet alors\u2009 chez lui : <em>\u00ab\u2009Les ouvriers ont construit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la d\u00e9mocratie bourgeoise, en l\u2019utilisant tout en luttant contre elle, leurs bastions, leurs bases, leurs foyers de d\u00e9mocratie prol\u00e9tarienne. \u00bb<\/em> Si sa conception du front unique est celle d&#8217;une totale ind\u00e9pendance de classe, la d\u00e9fense des droits d\u00e9mocratiques se fait sans pr\u00e9alable sur la nature sociale ou politique des organisations. Par exemple, face au nazisme, il d\u00e9fend les \u00c9glises allemandes et le droit des croyants <em>\u00ab \u00e0 consommer leur opium \u00bb<\/em>. Il sugg\u00e8re aussi que les organisations ouvri\u00e8res prot\u00e8gent la franc-ma\u00e7onnerie. Sa conception dans une lettre de 1935 peut ainsi \u00eatre argument\u00e9e : <em>\u00ab Ce dont il s&#8217;agit avant tout, c&#8217;est d&#8217;une question de libert\u00e9 de conscience, donc d&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits \u00bb<\/em>. Ce qui l&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est comment traduire ses positions par des questions pratiques. Dans ces situations, il ne faut pas faire confiance \u00e0 la police et \u00e0 l&#8217;\u00c9tat et encore moins s&#8217;en remettre \u00e0 eux. Pour faire une analogie, apr\u00e8s le 7 janvier 2015, est-ce que les forces de gauche n&#8217;auraient pas d\u00fb proposer aux organisations de croyants d&#8217;assurer la s\u00e9curit\u00e9 des mosqu\u00e9es, des synagogues ?<\/p>\n<p><strong>Une position qui l&#8217;am\u00e8ne \u00e0 des conclusions sur l&#8217;intervention des \u00c9tats-Unis en ao\u00fbt 1940&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Oui tout \u00e0 fait, nous publions une lettre du 13 ao\u00fbt 1940, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 la toute fin de sa vie[[Trotsky a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 21 ao\u00fbt 1940 soit une semaine plus tard.]], qui s&#8217;intitule Comment d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie. Il dit explicitement qu&#8217;il faut renforcer la campagne contre les tendances pacifistes et que les \u00c9tats-Unis doivent intervenir sur le terrain europ\u00e9en et qu&#8217;il faut accompagner les masses sous les drapeaux tout en d\u00e9veloppant une <em>\u00ab politique militaire prol\u00e9tarienne \u00bb <\/em> autonome\u2026<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8817 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/trotsky-fascisme-home-3-f5d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/trotsky-fascisme-home-3-f5d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"trotsky-fascisme-home-3.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Syllepse publie un recueil de textes de L\u00e9on Trotsky, <em>Contre le fascisme (1922-1940)<\/em>. Deux de ses coordonnateurs, Robi Morder et Patrick Silberstein, expliquent la d\u00e9marche et l&#8217;int\u00e9r\u00eat de consid\u00e9rer l&#8217;\u00e9poque actuelle \u00e0 la lumi\u00e8re de ces textes.<\/p>\n","protected":false},"author":1097,"featured_media":22157,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293,355,346],"class_list":["post-8817","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-entretien","tag-extreme-droite","tag-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1097"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8817"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8817\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/22157"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}