{"id":8796,"date":"2015-06-11T14:33:33","date_gmt":"2015-06-11T12:33:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-crise-financiere-le-retour\/"},"modified":"2023-07-03T14:34:03","modified_gmt":"2023-07-03T12:34:03","slug":"article-crise-financiere-le-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8796","title":{"rendered":"Crise financi\u00e8re : le retour ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le sc\u00e9nario noir d\u2019une nouvelle crise financi\u00e8re est le plus probable, sans que l\u2019on puisse en pr\u00e9dire la date. En effet, plut\u00f4t que de s\u2019attaquer en urgence \u00e0 ses causes, les dirigeants politiques pr\u00e9f\u00e8rent continuer de s\u2019en prendre aux droits sociaux.<\/p>\n<p>La perspective d\u2019une nouvelle crise financi\u00e8re refait surface. Le m\u00e9diatique \u00e9conomiste Marc Touati, ancien directeur de la recherche \u00e9conomique et financi\u00e8re des groupes Banques populaires et Natexis, <a href=\"http:\/\/www.boursorama.com\/actualites\/krach-de-2015-le-jour-d-apres-marc-touati-afc6a4a1c6798f89ca0eeaf209385820\">pr\u00e9dit un krach financier pour l\u2019automne prochain<\/a>. Patrick Artus, l\u2019actuel directeur de la recherche \u00e9conomique de Natixis <a href=\"http:\/\/cib.natixis.com\/flushdoc.aspx?id=80951\">craint que 2017 soit <em>\u00ab l\u2019ann\u00e9e d\u2019une crise financi\u00e8re \u00e9pouvantable \u00bb<\/em><\/a>. <\/p>\n<p>Cela pourrait bien, cependant, ne pas attendre encore deux ans, tant les d\u00e9clencheurs possibles sont nombreux. Cette fois ci, cela pourrait partir de la Chine, <a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/gadrey\/2015\/05\/22\/et-si-le-grand-plongeon-financier-partait-de-chine\/\">analyse Jean Gadrey<\/a>, qui compare le processus d\u2019explosion de la dette alimentant une gigantesque bulle immobili\u00e8re que connait ce pays \u00e0 celui qui a conduit \u00e0 la crise des subprimes aux \u00c9tats-Unis. <\/p>\n<p>\u00c0 moins que cela ne vienne de l\u2019irresponsable volont\u00e9 des dirigeants europ\u00e9ens et du FMI d\u2019obtenir, co\u00fbte que co\u00fbte, <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/grece-le-piege-tendu-par-les-creanciers-482395.html\">la reddition du gouvernement grec<\/a>. L\u2019absence d\u2019accord, un d\u00e9faut grec sur sa dette et une sortie de la Gr\u00e8ce de l\u2019euro font craindre la reproduction d\u2019un sc\u00e9nario comparable \u00e0 celui de la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008. Y compris, \u00e0 Barack Obama qui, le 8 juin lors de la r\u00e9union du G7, a press\u00e9 les Europ\u00e9ens de trouver un accord pour ne pas cr\u00e9er <em>\u00ab une volatilit\u00e9 indue \u00bb<\/em> sur les march\u00e9s financiers. Certes, le ministre <a href=\"http:\/\/www.rtl.fr\/actu\/politique\/il-n-y-a-pas-un-drame-pour-nous-a-voir-la-grece-sortir-de-l-euro-estime-michel-sapin-7778641212\">Michel Sapin minimise le danger financier<\/a> : \u00ab<em> Ce n&#8217;est pas grave financi\u00e8rement, ce n&#8217;est pas grave en termes d&#8217;activit\u00e9 \u00e9conomique. Par contre, ajoute-t-il, ce serait le projet europ\u00e9en qui serait mis en cause. \u00bb<\/em> Sans parler de la Gr\u00e8ce, dont monsieur Sapin se moque comme de l\u2019an quarante, la mise en cause du projet europ\u00e9en serait donc sans cons\u00e9quence sur la situation \u00e9conomique et financi\u00e8re de l\u2019Europe et du monde ? Le ministre des Finances le croit-il, lui-m\u00eame, une seconde? On aurait, en ce cas, touch\u00e9 le fond du &#8220;cr\u00e9tinisme&#8221; gouvernemental. <\/p>\n<p><strong><em>La faute aux Banques centrales ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En tout cas, Patrick Artus a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sign\u00e9 les responsables: ce sont les dirigeants des Banques centrales et les politiques d\u2019\u00e9missions massives de liquidit\u00e9s qu\u2019ils m\u00e8nent depuis les ann\u00e9es 1990. En quelques jours il vient de publier une demi-douzaine de notes (voir notamment <a href=\"http:\/\/cib.natixis.com\/flushdoc.aspx?id=85353\">&#8220;La \u00abdynamique infernale\u00bb de la politique mon\u00e9taire&#8221;<\/a> et <a href=\"http:\/\/cib.natixis.com\/flushdoc.aspx?id=85379 \">&#8220;Comment juger de l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une politique mon\u00e9taire expansionniste ?&#8221;<\/a> <\/p>\n<p><em>\u00ab La politique mon\u00e9taire des pays de l\u2019OCDE, <\/em> explique-t-il, <em>est prise dans une &#8220;dynamique infernale&#8221; qui conduit \u00e0 des crises financi\u00e8res de plus en plus graves. \u00bb<\/em> La m\u00e9canique est la suivante : la cr\u00e9ation mon\u00e9taire rapide conduit \u00e0 des bulles sur le prix des actifs. Loin de conduire \u00e0 des changements rapides de politique mon\u00e9taire, la hausse des prix des actifs sont au contraire consid\u00e9r\u00e9s comme un moyen de d\u00e9sendettement, de reprise de la consommation et des investissements. Les bulles continuent donc de gonfler jusqu\u2019\u00e0 \u00e9clater lorsque les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat remontent ou lorsqu\u2019un ralentissement \u00e9conomique se produit avant m\u00eame la remont\u00e9e des taux. <\/p>\n<p>La crise n\u2019entra\u00eene pas un assainissement par la survie darwinienne des meilleurs. Ce sont au contraire les entreprises les plus productives qui sont les plus fragiles financi\u00e8rement et qui trinquent le plus. Il y a destruction de capacit\u00e9s et perte de croissance potentielle. D\u2019o\u00f9 des politiques mon\u00e9taires encore plus expansionnistes pour sortir du marasme, qui conduisent \u00e0 des bulles plus importantes, entra\u00eenant une crise plus importante que la pr\u00e9c\u00e9dente. La crise de 2008 a \u00e9t\u00e9 plus grave que celle de 2000\/2001 et <em>\u00ab une crise financi\u00e8re encore plus grave que celle de 2008\/2009 (est) \u00e0 attendre dans le futur \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><strong><em>\u00ab Bo\u00eete de nuit \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Cette tentative d\u2019expliquer les crises financi\u00e8res par le laxisme des banquiers centraux, et plus globalement des politiciens, n\u2019est pas nouvelle. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mise en avant par le lib\u00e9ral Friedrich Hayek pour expliquer la crise de 1929. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019elle masque les causes et les responsabilit\u00e9s sociales essentielles. Il ne suffit pas de constater que l\u2019argent facile des banques centrales produit des bulles. Il faut expliquer pourquoi il sert \u00e0 des investissements sp\u00e9culatifs et financiers et pourquoi il est si peu utilis\u00e9 pour des investissements productifs mat\u00e9riels et humains et pour d\u00e9velopper les emplois et les r\u00e9mun\u00e9rations salariales. <\/p>\n<p>Pour Patrick Artus, la politique mon\u00e9taire est un mauvais substitut aux politiques \u00e9conomiques structurelles. Par quoi il faut entendre \u00e9videmment les r\u00e9formes de lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du travail et des march\u00e9s de biens et de services. L\u2019\u00e9conomiste de la banque Natixis laisse enti\u00e8rement de c\u00f4t\u00e9 la logique actionnariale des entreprises, le r\u00f4le des banques et de la finance et l\u2019instabilit\u00e9 fondamentale des march\u00e9s financiers. On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas que l\u2019explication de la crise financi\u00e8re annonc\u00e9e par le laxisme des banques centrales fasse flores dans les m\u00e9dias, via la m\u00e9taphore de la boite de nuit. <em>\u00ab Les march\u00e9s sont devenus une immense bo\u00eete de nuit,<\/em> <a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/idees-debats\/editos-analyses\/021112467074-les-marches-en-boite-de-nuit-1125517.php\">\u00e9crit, par exemple, l\u2019\u00e9ditorialiste des \u00c9chos, Guillaume Maujean<\/a>.<em> Pour \u00e9touffer la crise, DJ Mario a mis la musique \u00e0 fond et rempli les verres un peu plus que de raison. Les participants se sont enivr\u00e9s sans s&#8217;apercevoir que les portes de sortie se r\u00e9tr\u00e9cissaient. Et que tout le monde ne pourrait quitter les lieux quand minuit sonnera. La f\u00eate n&#8217;est pas tout \u00e0 fait finie en Europe. Les taux sont toujours bas, les places financi\u00e8res restent assez haut perch\u00e9es. Mais quand la fin de partie sera siffl\u00e9e, quand les derniers bols de punch seront retir\u00e9s, les mouvements de foule seront d&#8217;autant plus violents \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>\u00c9videmment si l\u2019on veut comprendre vraiment ce qui se passe et savoir ce qu\u2019il faudrait faire, il est indispensable de r\u00e9introduire les cha\u00eenons essentiels et manquants. <\/p>\n<p><strong><em>L\u2019oligopole bancaire<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Morin, professeur \u00e9m\u00e9rite de Sciences \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Toulouse et ancien membre du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Banque de France et du Conseil d\u2019analyse \u00e9conomique (CAE), place la domination des grandes banques multinationales au centre de l\u2019analyse. Ces grandes banques, explique-t-il dans son nouveau livre, L\u2019hydre mondiale. L\u2019oligopole bancaire), ce sont les vingt-huit banques que le G20 a lui-m\u00eame d\u00e9finies comme des banques syst\u00e9miques, c\u2019est-\u00e0-dire celles dont la faillite aurait des r\u00e9percussions en cha\u00eene entra\u00eenant une crise financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Ces banques ont pris cette dimension \u00e0 la faveur de la globalisation des march\u00e9s mon\u00e9taires et financiers dans les ann\u00e9es 1990. Parmi elles on compte notamment huit banques am\u00e9ricaines, seize europ\u00e9ennes (dont quatre britanniques, quatre fran\u00e7aises, deux suisses, et une allemande) et quatre asiatiques. Leur total de bilan est l\u2019\u00e9quivalent de la dette publique mondiale et quatorze d\u2019entre elles, qui en constituent si l\u2019on peut dire le noyau dur, produisent l\u2019essentiel des produits financiers d\u00e9riv\u00e9s. Non seulement ces banques occupent une position dominante, sur les march\u00e9s mon\u00e9taires et financiers du monde, mais depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, elles en abusent, ayant multipli\u00e9 entre elles les ententes \u00e0 caract\u00e8res frauduleux visant \u00e0 manipuler \u00e0 leur profit la formation des taux de change et des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, c\u2019est-\u00e0-dire les deux prix les plus essentiels de la finance, lib\u00e9ralis\u00e9s dans les ann\u00e9es 1970, et 1980 au d\u00e9triment de la souverainet\u00e9 des \u00c9tats. <\/p>\n<p>Les nouvelles r\u00e9gulations op\u00e9r\u00e9es apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2007\/2008 que les banques syst\u00e9miques ont provoqu\u00e9e, n\u2019ont entam\u00e9 en rien la puissance de l\u2019oligopole, juge Fran\u00e7ois Morin. Elles n\u2019ont pas modifi\u00e9 non plus fondamentalement leur logique financi\u00e8re et leur comportement. Leur grand exploit \u00e0 cette occasion est surtout d\u2019avoir pu transf\u00e9rer la plus grande partie de leur dette priv\u00e9e devenue toxique en dette publique. <\/p>\n<p>L\u2019oligopole bancaire reproduit ainsi les m\u00e9canismes qui ont entrain\u00e9 la crise pr\u00e9c\u00e9dente se nourrissant des politiques mon\u00e9taires laxistes des banques centrales incapables de leur imposer un changement de comportement. Une bulle des dettes souveraines gonfl\u00e9es notamment par les transferts r\u00e9alis\u00e9s s\u2019est toutefois ajout\u00e9e aux autres bulles d\u2019actifs.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, dit Fran\u00e7ois Morin, le sc\u00e9nario noir d\u2019une nouvelle crise financi\u00e8re est le plus probable sans que l\u2019on puisse en pr\u00e9dire la date. Elle pourrait \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019\u00e9clatement de la bulle obligataire (\u00e0 la suite du d\u00e9faut d\u2019un \u00c9tat) ou par celui de la bulle des march\u00e9s actions menac\u00e9e de plus en permanence par les d\u00e9rives du trading \u00e0 haute fr\u00e9quence, ou encore par la faillite d\u2019une banque syst\u00e9mique apr\u00e8s des sp\u00e9culations hasardeuses sur les march\u00e9s d\u00e9riv\u00e9s. Et cette crise risque fort d\u2019avoir des cons\u00e9quences encore plus graves que la pr\u00e9c\u00e9dente, compte tenu de la paralysie des \u00c9tats surendett\u00e9s par le traitement de la crise pass\u00e9e et rendus exsangues par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire. <\/p>\n<p>Il est temps plus que temps de d\u00e9manteler l\u2019oligopole bancaire mondial, conclut Fran\u00e7ois Morin. Non pas en essayant d\u2019introduire plus de concurrence entre ses membres, car cela n\u2019entamerait pas leur caract\u00e8re syst\u00e9mique. Il faut a minima \u00e9tablir une stricte s\u00e9paration des banques de d\u00e9p\u00f4ts et d\u2019investissement, et il faut surtout <em>\u00ab une r\u00e9forme du syst\u00e8me mon\u00e9taire et financier international qui redonnerait aux \u00c9tats une souverainet\u00e9 mon\u00e9taire \u00e0 travers la cr\u00e9ation d\u2019une monnaie commune \u00bb.<\/em> On en est \u00e9videmment tr\u00e8s loin tant domine le renoncement des responsables politiques, qui, somnambules, pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019attaquer aux droits sociaux, aux d\u00e9penses sociales et aux professions r\u00e9glement\u00e9es. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi il faut s\u2019attendre, h\u00e9las, \u00e0 une nouvelle crise financi\u00e8re.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8796 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/bm-crise-0dc.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/bm-crise-0dc-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"bm-crise.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sc\u00e9nario noir d\u2019une nouvelle crise financi\u00e8re est le plus probable, sans que l\u2019on puisse en pr\u00e9dire la date. 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