{"id":8795,"date":"2015-06-11T12:28:18","date_gmt":"2015-06-11T10:28:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-quelques-reflexions-sur-les\/"},"modified":"2015-06-11T12:28:18","modified_gmt":"2015-06-11T10:28:18","slug":"article-quelques-reflexions-sur-les","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8795","title":{"rendered":"Quelques r\u00e9flexions sur les r\u00e9voltes des peuples"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La profonde crise du syst\u00e8me, aussi d\u00e9sastreuse soit-elle, ne ferme pas le champ des possibles. Gustave Massiah envisage les conditions d&#8217;une convergence et d&#8217;une \u00ab\u00a0r\u00e9ponse mondiale \u00bb des mouvements sociaux et citoyens pour refonder le politique.<\/p>\n<p>Ing\u00e9nieur et \u00e9conomiste, figure du mouvement altermondialiste, membre du Conseil scientifique d&#8217;Attac-France et du Conseil international du Forum social mondial, Gustave Massiah est intervenu lors du Forum europ\u00e9en des alternatives des 30 et 31 mai derniers. Il a adapt\u00e9 pour <em>Regards<\/em> la contribution prononc\u00e9e \u00e0 cette occasion.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>Nous vivons une p\u00e9riode de bouleversements et d\u2019incertitudes. Une p\u00e9riode de fortes contradictions qui structurent le champ des possibles et qui confirme que l\u2019avenir n\u2019est pas pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9. Une partie des interrogations porte sur les formes du politique, sur les rapports entre les peuples, les mouvements et les partis. Je proposerai dans cette contribution trois r\u00e9flexions ; elles s\u2019appuient sur le processus des forums sociaux mondiaux qui se d\u00e9finit comme une tentative de convergence mondiale des mouvements sociaux et citoyens.<\/p>\n<p><strong><em>2008 et l\u2019\u00e9vidence de la crise<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00c0 partir de 2008, l\u2019\u00e9vidence d\u2019une crise du capitalisme s\u2019impose. Les forces dominantes ont engag\u00e9 une contre-offensive extr\u00eamement brutale qui a mis en difficult\u00e9 les forces anti-syst\u00e9miques. Mais, elles n\u2019ont pas r\u00e9solu leur probl\u00e8me, malgr\u00e9 des succ\u00e8s de court terme, elles ne sont pas sorties de la crise du syst\u00e8me.  <\/p>\n<p>La situation globale est caract\u00e9ris\u00e9e par de grandes contradictions. La dimension financi\u00e8re, la plus visible, est une cons\u00e9quence qui se traduit dans les crises ouvertes alimentaires, \u00e9nerg\u00e9tiques, climatiques, mon\u00e9taires, etc. La crise structurelle articule quatre grandes contradictions : \u00e9conomiques et sociales, celle des in\u00e9galit\u00e9s sociales et de la corruption ; \u00e9cologiques avec la mise en danger de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me plan\u00e9taire ; g\u00e9opolitiques avec la fin de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des \u00c9tats-Unis, la crise du Japon et de l\u2019Europe et la mont\u00e9e de nouvelles puissances ; id\u00e9ologiques avec l\u2019interpellation de la d\u00e9mocratie, les pouss\u00e9es x\u00e9nophobes et racistes ; politiques avec l\u2019interpellation des formes des pouvoirs.<\/p>\n<p>La caract\u00e9risation de la situation a \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9e au Forum social mondial de Bel\u00e9m, en 2009. Cette explicitation a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par une alliance de mouvements, les mouvements des femmes, les mouvements paysans, les mouvements \u00e9cologistes et les mouvements des peuples indig\u00e8nes amazoniens. Elle propose l\u2019approche d\u2019une triple crise embo\u00eet\u00e9e. Une crise qui marque l\u2019\u00e9puisement du n\u00e9olib\u00e9ralisme en tant que phase de la mondialisation capitaliste. Une crise du syst\u00e8me capitaliste lui-m\u00eame qui combine la contradiction sp\u00e9cifique du mode de production, celle entre capital et travail, et celle entre les modes productivistes et les contraintes de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me plan\u00e9taire. Une crise de civilisation qui d\u00e9coule de l\u2019interpellation des rapports entre l\u2019esp\u00e8ce humaine et la nature qui ont d\u00e9fini la modernit\u00e9 occidentale, depuis 1492, et qui ont marqu\u00e9 certains des fondements de la science contemporaine. <\/p>\n<p>Les Forums sociaux mondiaux ont aussi propos\u00e9 une d\u00e9marche strat\u00e9gique qui combine la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019urgence et la transformation structurelle. L\u2019urgence, c\u2019est de s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9gradation des conditions de vie des couches populaires, d\u00e9gradation port\u00e9e par les plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, les programmes d\u2019ajustement structurel au march\u00e9 mondial des capitaux. La transformation structurelle, c\u2019est la recherche d\u2019une alternative au syst\u00e8me dominant, au capitalisme.<\/p>\n<p>Les mouvements pr\u00e9conisent une rupture, celle de la transition sociale, \u00e9cologique, d\u00e9mocratique et g\u00e9opolitique. Ils mettent en avant de nouvelles conceptions, de nouvelles mani\u00e8res de produire et de consommer. Citons : les biens communs et les nouvelles formes de propri\u00e9t\u00e9, la lutte contre le patriarcat, le contr\u00f4le de la finance, la sortie du syst\u00e8me de la dette, le buen-vivir et la prosp\u00e9rit\u00e9 sans croissance, la r\u00e9invention de la d\u00e9mocratie, les responsabilit\u00e9s communes et diff\u00e9renci\u00e9es, les services publics fond\u00e9s sur les droits et la gratuit\u00e9. Il s\u2019agit de fonder l\u2019organisation des soci\u00e9t\u00e9s et du monde sur l\u2019acc\u00e8s aux droits pour tous et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits. <\/p>\n<p>Les mouvements sociaux sont confront\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la mondialisation. La bourgeoisie financi\u00e8re reste encore au pouvoir et la logique dominante reste celle de la financiarisation. Mais la mondialisation est en train d\u2019\u00e9voluer et ses contradictions augmentent. La strat\u00e9gie de l\u2019oligarchie dominante s\u2019est affin\u00e9e. La rationalit\u00e9 du march\u00e9 mondial des capitaux reste la r\u00e9f\u00e9rence unique et impos\u00e9e. Elle s\u2019accompagne d\u2019une strat\u00e9gie militaire et polici\u00e8re autour d\u2019une d\u00e9stabilisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Elle m\u00e8ne des offensives performantes avec la financiarisation de la Nature, le contr\u00f4le de la science et des technologies, l\u2019offensive id\u00e9ologique autour du march\u00e9 et de la guerre des civilisations. La tentative de cr\u00e9er un cadre institutionnel mondial unifi\u00e9 a \u00e9chou\u00e9. Il s\u2019ensuit une diff\u00e9renciation des situations suivant les r\u00e9gions du monde, une sorte de d\u00e9rive des continents. Chaque grande r\u00e9gion \u00e9volue avec des dynamiques propres. Les mouvements sociaux cherchent \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ces nouvelles situations et doivent red\u00e9finir une nouvelle forme de convergence mondiale des mouvements. <\/p>\n<p><strong><em>La situation europ\u00e9enne<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Dans un Forum europ\u00e9en des alternatives, notre principale pr\u00e9occupation doit \u00eatre celle de l\u2019unit\u00e9 du mouvement social europ\u00e9en autour de la d\u00e9finition d\u2019un projet alternatif europ\u00e9en. La diff\u00e9renciation de la mondialisation entre les r\u00e9gions du monde concerne aussi l\u2019Europe. La crise europ\u00e9enne s\u2019inscrit dans la crise globale. La crise europ\u00e9enne est sp\u00e9cifique sur le plan \u00e9conomique et sur le plan g\u00e9opolitique. En Europe m\u00eame, les situations se diff\u00e9rencient suivant les r\u00e9gions europ\u00e9ennes entre l\u2019Europe du Nord, l\u2019Europe du Sud, l\u2019Europe de l\u2019Est et la Grande-Bretagne. Les bourgeoisie europ\u00e9ennes r\u00e9pondent diff\u00e9remment \u00e0 la crise et s\u2019affrontent. Les mouvements sociaux en Europe doivent tenir compte de la strat\u00e9gie que mettent en \u0153uvre leurs bourgeoisies pour d\u00e9finir leur propre strat\u00e9gie. La convergence au niveau du mouvement social europ\u00e9en n\u2019est pas spontan\u00e9e et est, de ce fait, plus difficile.<\/p>\n<p>En Europe du Nord, et d\u2019abord en Allemagne, la strat\u00e9gie est de maintenir la place \u00e9conomique dans la mondialisation en renfor\u00e7ant leur industrie. Elle le fait dans le cadre de la cogestion en proposant en \u00e9change une relative augmentation des salaires. Le mouvement syndical allemand s\u2019inscrit dans cette cogestion. <\/p>\n<p>En Europe du Sud, la strat\u00e9gie de r\u00e9-industrialisation est plus difficile. La situation dans la concurrence internationale est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Le capitalisme, plus ax\u00e9 sur les services, est un capitalisme rentier avec des rapports complexes \u00e0 l\u2019Etat protecteur. Les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 p\u00e8sent plus violemment sur les couches sociales d\u00e9favoris\u00e9es particuli\u00e8rement sur celles qui ne sont pas en situation d\u2019emploi prot\u00e9g\u00e9. Le fonctionnement de la zone euro se traduit par des taux de 50% de ch\u00f4meurs chez les jeunes. Le mouvement social est plus fortement mobilis\u00e9 contre les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.  <\/p>\n<p>La France est dans une situation interm\u00e9diaire. La situation d\u00e9grad\u00e9e en France r\u00e9sulte de la duret\u00e9 de l\u2019affrontement avec le patronat qui sous-investit pour garder le contr\u00f4le et refuse toute concession avec les salari\u00e9s. Les patrons fran\u00e7ais jouent les affrontements au sein des couches populaires, entre salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s et pr\u00e9caires, entre centre-villes embourgeois\u00e9s, nouveaux habitants p\u00e9ri-urbains de la classe moyenne, et banlieues ghetto\u00efs\u00e9es.<\/p>\n<p>En Europe de l\u2019Est les bourgeoisies jouent une strat\u00e9gie d\u2019industrialisation &#8220;low-cost&#8221; pour attirer les multinationales. Ils p\u00e8sent pour l\u2019orientation n\u00e9olib\u00e9rale de l\u2019Europe et soutiennent le libre-\u00e9change avec ses trois dumpings : social, environnemental et fiscal.   <\/p>\n<p>En Grande-Bretagne, la strat\u00e9gie est toujours atlantiste : il s\u2019agit de coller aux \u00c9tats-Unis. La bourgeoisie anglaise joue l\u2019attractivit\u00e9 mon\u00e9taire et fiscale. \u00c0 la suite de la crise financi\u00e8re, leur probl\u00e8me est de g\u00e9rer l\u2019in\u00e9vitable r\u00e9duction de la taille financi\u00e8re de leur \u00e9conomie et notamment le poids de la City.<br \/>\nLa diff\u00e9renciation des situations p\u00e8se sur la d\u00e9finition d\u2019une position strat\u00e9gique commune aux mouvements sociaux et citoyens en Europe. L\u2019ambition est de d\u00e9finir   un projet europ\u00e9en alternatif qui se d\u00e9gagerait du projet europ\u00e9en dominant et de ses impasses et qui traduirait en termes politiques et culturels l\u2019unit\u00e9 du mouvement social europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Le mouvement social europ\u00e9en est confront\u00e9 \u00e0 trois d\u00e9fis principaux : le pr\u00e9cariat, les comp\u00e9tents, la x\u00e9nophobie. Il s\u2019agit de trois d\u00e9fis mondiaux qui prennent des formes sp\u00e9cifiques dans chaque r\u00e9gion du monde, notamment en Europe.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9fi concerne l\u2019indispensable et tr\u00e8s difficile alliance pour les luttes communes entre travailleurs non-pr\u00e9caires et les pr\u00e9caires. Il y a trente ans, les mouvements sociaux se d\u00e9finissaient \u00e0 partir des salari\u00e9s stables. Les pr\u00e9caires pouvaient penser qu\u2019ils pourraient \u00e0 terme \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans un syst\u00e8me social stable. Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019inverse, la pr\u00e9carit\u00e9 est l\u2019horizon des travailleurs stables. C\u2019est un d\u00e9fi social, culturel et id\u00e9ologique majeur. <\/p>\n<p>Le second d\u00e9fi concerne l\u2019alliance entre les classes populaires et les comp\u00e9tents. Il ne s\u2019agit pas de la discussion tr\u00e8s ancienne sur les classes moyennes. Il s\u2019agit de casser l\u2019alliance entre les actionnaires et les comp\u00e9tents qui est une condition constitutive de l\u2019oligarchie dominante. Elle est renforc\u00e9e par la scolarisation des soci\u00e9t\u00e9s et affaiblie par les dipl\u00f4m\u00e9s-ch\u00f4meurs. Elle traduit l\u2019\u00e9volution des rapports sociaux du fait de la liaison entre savoir et pouvoir. Elle est au centre des contradictions dans l\u2019\u00e9volution et le contr\u00f4le de la science et des technologies.  <\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me d\u00e9fi concerne la mont\u00e9e des id\u00e9ologies racistes et x\u00e9nophobes. Elles prolif\u00e8rent \u00e0 partir de la peur et des ins\u00e9curit\u00e9s sociales, \u00e9cologiques et civiques. Elles se traduisent dans la guerre aux migrants et dans les guerres civiles. En Europe, elles sont aliment\u00e9es par la dimension symbolique de la crise europ\u00e9enne et par le &#8220;d\u00e9senchantement&#8221; qui prolonge le basculement g\u00e9opolitique du monde. Comment penser son identit\u00e9 quand on sait qu\u2019on ne sera plus au centre du monde ? Il devient urgent de faire admettre qu\u2019on peut tr\u00e8s bien concevoir un monde sans centre du monde. <\/p>\n<p><strong><em>2011, la r\u00e9volte des peuples<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Depuis 2011, des mouvements massifs, quasi insurrectionnels, t\u00e9moignent de l\u2019exasp\u00e9ration des peuples. Les r\u00e9voltes des peuples ont un soubassement commun dans la compr\u00e9hension de la situation globale depuis 2008. Mais, ce n\u2019est pas sur cette analyse d\u2019ensemble que d\u00e9marrent les mouvements. L\u2019explosion part de questions inattendues et se prolonge. Elle semble ensuite refluer mais laisse des traces et surgit ailleurs. Que pouvons-nous apprendre de ces mouvements du point de vue du rapport au politique ? <\/p>\n<p>Ces mouvements se rattachent \u00e0 un nouveau cycle de luttes et de r\u00e9volutions qui a commenc\u00e9 en 2011, il y a moins de quatre ans \u00e0 Tunis, qui s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 l\u2019Egypte et au Moyen-Orient, a travers\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e et s\u2019est propag\u00e9 en Europe du Sud, en Espagne, au Portugal, en Gr\u00e8ce. Il a trouv\u00e9 un nouveau souffle en traversant l\u2019Atlantique \u00e0 travers les &#8220;occupy&#8221; Wall Street, London, Montr\u00e9al. Il a pris des formes plus larges dans de nombreux pays du monde, au Chili, au Canada, au S\u00e9n\u00e9gal, en Croatie, autour de la faillite des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation et de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019endettement de la jeunesse. Il rebondit \u00e0 partir des mobilisations en Inde, en Turquie, au Br\u00e9sil, au Mexique, \u00e0 Hong Kong\u2026  <\/p>\n<p>Ces mouvements montrent que la contre-offensive de l\u2019oligarchie dominante ne s\u2019est pas impos\u00e9e, m\u00eame si elle a marqu\u00e9 des points. Elle montre aussi que la seule r\u00e9ponse des peuples n\u2019est pas dans la droitisation des positions. Certes, la mont\u00e9e des courants fascistes, d\u2019extr\u00eame droite et populistes r\u00e9actionnaires est sensible. Elle prend d\u2019ailleurs des formes diff\u00e9rentes avec le n\u00e9o-conservatisme libertarien aux \u00c9tats-Unis, les diverses formes de national-socialisme en Europe, le djihadisme arm\u00e9 au Moyen-Orient. Dans plusieurs des nouveaux mouvements, la gauche classique est battue en br\u00e8che et des courants de droite paraissent quelquefois imposer leurs points de vue. Mais, il s\u2019agit bien de mouvements de contestation de l\u2019ordre dominant. On le retrouve dans les mots d\u2019ordre explicit\u00e9s depuis Tunis et compl\u00e9t\u00e9s par les autres mouvements. Il s\u2019agit d\u2019abord du refus de la mis\u00e8re sociale et des in\u00e9galit\u00e9s, du respect des libert\u00e9s, de la dignit\u00e9, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence \u00e9cologique et urgence sociale. D\u2019un mouvement \u00e0 l\u2019autre, il y a eu des affinements sur la d\u00e9nonciation de la corruption ; sur la revendication d\u2019une &#8220;d\u00e9mocratie r\u00e9elle&#8221; ; sur les contraintes \u00e9cologiques, l\u2019accaparement des terres et le contr\u00f4le des mati\u00e8res premi\u00e8res. <\/p>\n<p>Ces mouvements portent une r\u00e9ponse mondiale qui se traduit dans chaque pays en fonction des sp\u00e9cificit\u00e9s nationales. Ils montrent que les soci\u00e9t\u00e9s ont chang\u00e9 et qu\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s\u2019impose dans l\u2019espace public. Il ne s\u2019agit pas tant de la jeunesse d\u00e9finie comme une tranche d\u2019\u00e2ge que d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration culturelle qui s\u2019inscrit dans une situation et qui la transforme. La scolarisation des soci\u00e9t\u00e9s se traduit d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par l\u2019exode des cerveaux, de l\u2019autre par les ch\u00f4meurs dipl\u00f4m\u00e9s. Les migrations relient cette g\u00e9n\u00e9ration au monde et \u00e0 ses contradictions en termes de consommations, de cultures, de valeurs. Elles r\u00e9duisent l\u2019isolement et l\u2019enfermement des jeunesses. Les ch\u00f4meurs dipl\u00f4m\u00e9s construisent une nouvelle alliance de classes entre les enfants des couches populaires et ceux des couches moyennes. Les nouveaux mouvements \u00e9tudiants dans le monde marquent la faillite des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. D\u2019une part, le n\u00e9olib\u00e9ralisme a rompu la promesse de lier l\u2019\u00e9ducation au plein emploi et le lien entre le bien vivre et la consommation. <\/p>\n<p>Les r\u00e9voltes affirment un refus et la compr\u00e9hension de la rationalit\u00e9 dominante. Elles n\u2019opposent pas \u00e0 la complexit\u00e9 des situations des r\u00e9ponses simplistes. Les rapports de production n\u2019ont pas chang\u00e9 de nature, mais nous vivons des mutations li\u00e9es aux cultures qui portent les nouvelles technologies, particuli\u00e8rement le num\u00e9rique et les biotechnologies. Les modes de pens\u00e9e sont boulevers\u00e9s par la r\u00e9volution \u00e9cologique. La r\u00e9volution majeure des droits des femmes, au-del\u00e0 des r\u00e9actions violentes qui la rejettent, commence \u00e0 peine un bouleversement incroyable des soci\u00e9t\u00e9s. C\u2019est la r\u00e9invention de la d\u00e9mocratie qui est au c\u0153ur des mutations et des interrogations. La d\u00e9mocratie \u00e9conomique et sociale reste un pr\u00e9alable. Elle est \u00e0 inventer. Il est clair que la d\u00e9mocratie ne se r\u00e9sume pas au march\u00e9, mais il appara\u00eet aussi que l\u2019Etat ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir le contraire du march\u00e9 et \u00e0 garantir la d\u00e9mocratie. La d\u00e9mocratie culturelle et politique n\u00e9cessite la r\u00e9invention du politique. <\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9inventer le politique<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Dans tous les mouvements, une revendication s\u2019affirme : le rejet de la corruption. Le pouvoir \u00e9conomique et le pouvoir politique, \u00e0 travers leur complicit\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s comme les responsables de la crise. Ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9 c\u2019est la dictature du pouvoir financier et la &#8220;d\u00e9mocratie de basse intensit\u00e9&#8221; qui en r\u00e9sulte. La d\u00e9fiance par rapport aux partis et aux formes traditionnelles du politique avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e avec les indign\u00e9s espagnols (\u00ab vous ne nous repr\u00e9sentez pas \u00bb), les occupy (\u00ab vous \u00eates 1%, nous sommes 99% \u00bb). Cette d\u00e9fiance s\u2019exprime par la condamnation syst\u00e9matique de la corruption syst\u00e9mique. La fusion entre le politique et le financier corrompt structurellement la classe politique dans son ensemble. Le rejet de la corruption va au-del\u00e0 de la corruption financi\u00e8re ; il s\u2019agit de la corruption politique. Elle est visible dans les politiques impos\u00e9es et dans le m\u00e9lange des int\u00e9r\u00eats. Comment faire confiance quand ce sont les m\u00eames, avec parfois un autre visage, qui appliquent les m\u00eames politiques, celles du capitalisme financier. La subordination du politique au financier annule le politique. Elle remet en cause l\u2019autonomie de la classe politique et la confiance qui peut lui \u00eatre accord\u00e9e. <\/p>\n<p>Les mouvements n\u2019ont pas d\u00e9fini un nouveau syst\u00e8me politique. Mais ils en exp\u00e9rimentent un des pr\u00e9alables ; ils cherchent \u00e0 inventer une nouvelle culture politique. Leur approche enrichit la mani\u00e8re de relier les d\u00e9terminants des structurations sociales : les classes et les couches sociales, les religions, les r\u00e9f\u00e9rences nationales et culturelles, les appartenances de genre et d\u2019\u00e2ge, les migrations et les diasporas, les territoires. Elle exp\u00e9rimente de nouvelles formes d\u2019organisation \u00e0 travers la ma\u00eetrise des r\u00e9seaux num\u00e9riques et sociaux, l\u2019affirmation de l\u2019auto-organisation et de l\u2019horizontalit\u00e9. Elle tente de red\u00e9finir, dans les diff\u00e9rentes situations, des formes d\u2019autonomie entre les mouvements et les instances politiques. Elle recherche des mani\u00e8res de lier l\u2019individuel et le collectif. Elle se r\u00e9approprie l\u2019espace public. Elle interpelle les formes de repr\u00e9sentation et, notamment, les limites de la d\u00e9l\u00e9gation. Ce n\u2019est pas un changement du rapport au politique mais un processus de red\u00e9finition du politique.<\/p>\n<p>Ces mouvements sont spontan\u00e9s, radicaux, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Certains affirment que ces mouvements ont \u00e9chou\u00e9 parce qu\u2019ils n\u2019auraient pas de perspective ou de strat\u00e9gie et qu\u2019ils ne se sont pas dot\u00e9s d\u2019organisation. Cette critique m\u00e9rite d\u2019\u00eatre approfondie. Elle n\u2019est pas suffisante quand on sait que le plus vieux de ces mouvement a quatre ans. Les mouvements ne rejettent pas toutes les formes d\u2019organisation ; ils en exp\u00e9rimentent des nouvelles. Celles-ci ont d\u00e9montr\u00e9 leur int\u00e9r\u00eat dans l\u2019organisation des mobilisations, la r\u00e9activit\u00e9 aux situations et l\u2019expression de nouveaux imp\u00e9ratifs. La question des formes d\u2019organisation par rapport au pouvoir est \u00e0 l\u2019ordre du jour. Ce qui se passe avec Syriza, Podemos ou le Parti des gens ordinaires \u00e0 New Delhi, c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e9tape ; des organisations politiques qui se r\u00e9f\u00e8rent aux nouveaux mouvements et qui en sont, en partie, issues. Des organisations politiques qui se donnent comme objectif d\u2019arracher le politique au financier et qui refusent l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019alternatives. Ce ne sont pas encore compl\u00e8tement des nouvelles formes d\u2019organisation politique, mais elles assument que les partis doivent prendre leur part dans la r\u00e9invention du politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La profonde crise du syst\u00e8me, aussi d\u00e9sastreuse soit-elle, ne ferme pas le champ des possibles. Gustave Massiah envisage les conditions d&#8217;une convergence et d&#8217;une \u00ab\u00a0r\u00e9ponse mondiale \u00bb des mouvements sociaux et citoyens pour refonder le politique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[],"class_list":["post-8795","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}