{"id":879,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/scenes879\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"scenes879","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=879","title":{"rendered":"Sc\u00e8nes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Dast\u00e9 successeur Benoin<strong> Le th\u00e9\u00e2tre public est en crise, c&#8217;est connu. Moins que certains le disent. Autant que l&#8217;est la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Jean Vilar disait: &#8221; Faites une bonne soci\u00e9t\u00e9, je vous ferai du bon th\u00e9\u00e2tre &#8220;. Ce n&#8217;\u00e9tait pas se d\u00e9fausser. La place et le r\u00f4le du th\u00e9\u00e2tre sont en d\u00e9bat. V\u00e9rification par le cinquantenaire de la Com\u00e9die de Saint-Etienne. <\/strong><\/p>\n<p>Les gens de th\u00e9\u00e2tre sont en col\u00e8re et ils le disent. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Catherine Trautmann, le SYNDEAC, qui regroupe l&#8217;essentiel des th\u00e9\u00e2tres du secteur subventionn\u00e9, \u00e9crit: &#8221; Nul ne doit \u00eatre dupe ! Il ne s&#8217;agit que de la pratique de vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs imm\u00e9diats, \u00e0 savoir les exp\u00e9dients d&#8217;une gestion pragmatique de la p\u00e9nurie &#8220;. R\u00e9duction du budget, red\u00e9ploiement des cr\u00e9dits, cons\u00e9quences des d\u00e9concentrations en r\u00e9gions et absence d&#8217;une v\u00e9ritable politique culturelle, tels sont les griefs de la profession, et cela apr\u00e8s cinq exercices de r\u00e9duction budg\u00e9taire et l&#8217;apparition de nombreux dysfonctionnements dans l&#8217;institution. Depuis le Festival d&#8217;Avignon 97, colloques, d\u00e9bats et tables rondes se multiplient pour repenser le statut et le fonctionnement des institutions th\u00e9\u00e2trales afin qu&#8217;elles puissent r\u00e9pondre aux d\u00e9fis du temps. En novembre 1997, une coordination nationale des metteurs en sc\u00e8ne organise un colloque \u00e0 Brest: &#8221; Pour une refondation du th\u00e9\u00e2tre public &#8220;. Quand Jacques Blanc, directeur du th\u00e9\u00e2tre du Quartz, puissance invitante, d\u00e9clare: &#8221; Les r\u00e9f\u00e9rents du temps Vilar\/Malraux ne sont plus op\u00e9rationnels. On n&#8217;a pas fini de faire le travail de deuil. Il nous faut l&#8217;achever et nous construire une autre histoire &#8220;, il fut loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9. Les 16 et 17 d\u00e9cembre 1997, \u00e0 l&#8217;occasion du 50e anniversaire de la cr\u00e9ation du Centre dramatique de Saint-Etienne, une table ronde r\u00e9unissait \u00e0 la Com\u00e9die de Saint-Etienne quelques acteurs ou garants d&#8217;un v\u00e9ritable service public (Robert Abirached, Daniel Benoin, Hubert Gignoux). Il s&#8217;agissait de d\u00e9finir, l\u00e0 o\u00f9 Jean Dast\u00e9 avait donn\u00e9 ses lettres de noblesse au th\u00e9\u00e2tre public, quelques pistes pour un nouveau manifeste et de s&#8217;interroger sur le sens et la forme \u00e0 donner \u00e0 la n\u00e9cessaire \u00e9volution de sa mission. On \u00e9tait ainsi invit\u00e9 \u00e0 mettre en perspective la situation d&#8217;aujourd&#8217;hui, ses questions, ses inqui\u00e9tudes, et de revenir sur la formidable histoire du th\u00e9\u00e2tre populaire et de la d\u00e9centralisation qui marque profond\u00e9ment le th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais et ses structures.<\/p>\n<p> <strong> Un apr\u00e8s-guerre marqu\u00e9 par la grande aventure de la d\u00e9centralisation <\/strong><\/p>\n<p>Tout commence dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du XXe si\u00e8cle en marge de l&#8217;affirmation et de la mont\u00e9e de la classe ouvri\u00e8re, du syndicalisme, des premiers combats du socialisme. D\u00e8s 1895, dans le sillage des exp\u00e9riences artistiques et parisiennes d&#8217;Antoine et de Lugn\u00e9 Po\u00eb, Maurice Pottecher cr\u00e9e \u00e0 Bussang le th\u00e9\u00e2tre du Peuple, en complicit\u00e9 avec Romain Rolland, le premier th\u00e9oricien du th\u00e9\u00e2tre populaire. D\u00e8s avant la guerre de 14, Firmin G\u00e9mier emm\u00e8ne son th\u00e9\u00e2tre ambulant sur les routes de France et c&#8217;est en 1920 que le premier Th\u00e9\u00e2tre national populaire est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Chaillot. Dans les ann\u00e9es 20, Jacques Copeau m\u00e8ne en Bourgogne l&#8217;exp\u00e9rience des &#8221; copiaus &#8220;, consid\u00e9r\u00e9e comme la source \u00e9thique et esth\u00e9tique de la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale apr\u00e8s la Lib\u00e9ration: aust\u00e9rit\u00e9, rigueur, vie quasi monacale de la troupe, esth\u00e9tique du &#8221; tr\u00e9teau nu &#8220;, jeu stylis\u00e9 de l&#8217;acteur. Cette activit\u00e9 des &#8221; copiaus &#8220;, produisit une p\u00e9pini\u00e8re d&#8217;artistes qui cr\u00e9\u00e8rent des &#8221; Compagnies &#8221; tournant sur les routes de France. Leurs activit\u00e9s furent encourag\u00e9es par le Front Populaire, mais, jusqu&#8217;alors, aucune subvention d&#8217;Etat ne les aidait. On conna\u00eet les ambigu\u00eft\u00e9s de la r\u00e9cup\u00e9ration que fit, du moins dans ses d\u00e9buts, le r\u00e9gime de Vichy, de toutes ces activit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales en province, comme il le fit du travail du Cartel \u00e0 Paris, au nom d&#8217;un refus de la d\u00e9cadence, et de l&#8217;esprit de jouissance, qui expliquaient, selon P\u00e9tain, la d\u00e9faite. A la sortie de la guerre, et pour certains d&#8217;entre eux, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par la R\u00e9sistance, des hommes comme Jean Vilar, Hubert Gignoux, ou Jean Dast\u00e9 \u00e9taient pr\u00eats pour la grande aventure de la d\u00e9centralisation. Celle-ci put avoir lieu gr\u00e2ce \u00e0 la rencontre de ces artistes avec une grande dame de la direction des Arts et des Lettres, Jeanne Laurent, et au d\u00e9sir de nombreux maires de villes de province souhaitant renouer avec la vie th\u00e9\u00e2trale. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en 1947, Jean Dast\u00e9 signe avec Jeanne Laurent \u00e0 la mairie de Saint-Etienne un contrat qui faisait de la Com\u00e9die un Centre dramatique (1). Il s&#8217;installe avec sa troupe dans le grenier de l&#8217;Ecole des Mines, loue pour chaque spectacle qu&#8217;il monte, quelques soir\u00e9es, le th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Eden, et parcourt toute la r\u00e9gion de Saint- Chamont \u00e0 Clermont-Ferrand et toutes les petites villes de la Haute-Loire. La recherche d&#8217;un nouveau public est sa pr\u00e9occupation essentielle. En 1947, Saint-Etienne est une ville industrielle: peu de bourgeois, peu d&#8217;intellectuels, beaucoup d&#8217;ouvriers. Jean Dast\u00e9 se place d&#8217;embl\u00e9e dans une perspective de d\u00e9mocratisation du th\u00e9\u00e2tre; n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;ailleurs inh\u00e9rente \u00e0 la survie de la troupe, la subvention ne couvrant que la moiti\u00e9 du budget. Il met en place un r\u00e9seau d&#8217;amis et de b\u00e9n\u00e9voles, s&#8217;appuie sur les bonnes volont\u00e9s locales, fixe \u00e0 un niveau bas le prix des places, va parler aux gens avec les com\u00e9diens, joue sur les places publiques des quartiers populaires.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;apr\u00e8s-68: mise en question du sens de la repr\u00e9sentation <\/strong><\/p>\n<p>Par tous les moyens, il cr\u00e9e des habitudes de th\u00e9\u00e2tre, suscite une demande, se bat contre les barri\u00e8res psychologiques, pratique une p\u00e9dagogie des spectacles, commen\u00e7ant par monter des oeuvres comiques faciles, faisant entrer petit \u00e0 petit \u00e0 son r\u00e9pertoire de grandes oeuvres classiques (Cervant\u00e8s, Moli\u00e8re) puis des oeuvres contemporaines (Brecht). Il pratique un th\u00e9\u00e2tre po\u00e9tique, jamais naturaliste, humaniste plus que politique, o\u00f9 les valeurs de justice, de paix et de fraternit\u00e9 dominent. Des valeurs qui trouvent un large \u00e9cho apr\u00e8s cinq ans de guerre. Sans aucun doute, la qualit\u00e9 de la pr\u00e9sence et du rayonnement de la Com\u00e9die de Saint-Etienne passe par ces rapports profonds pass\u00e9s avec le public. En 1947, il y eut 700 abonn\u00e9s, en 1948, 2500, en 1949, 5500, et 8000 en 1950. La progression est parlante.<\/p>\n<p>Jean Dast\u00e9 quitta la direction de la Com\u00e9die en 1971, \u00e0 cause de l&#8217;institutionnalisation et de l&#8217;alourdissement du Centre dramatique, mais aussi parce qu&#8217;\u00e0 la perspective humaniste des ann\u00e9es d&#8217;apr\u00e8s guerre, succ\u00e9dait, apr\u00e8s 1968, une p\u00e9riode o\u00f9 l&#8217;id\u00e9ologie, la mise en question du sens et de la repr\u00e9sentation deviennent les principales pr\u00e9occupations du th\u00e9\u00e2tre. Apr\u00e8s une direction par Pierre Vial qui connut des d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec le minist\u00e8re des Affaires culturelles et le maire, le ministre Michel Guy nomma une direction bic\u00e9phale: Guy Lauzin et Daniel Benoin qui, d\u00e8s la fin de 1978, assuma seul la direction de la Com\u00e9die..<\/p>\n<p><strong> Dast\u00e9 successeur Benoin <\/strong><\/p>\n<p>Directeur depuis vingt ans de la Com\u00e9die de Saint-Etienne, Daniel Benoin analyse continuit\u00e9 et ruptures pendant ces ann\u00e9es.<\/p>\n<p>En vingt, ans, qu&#8217;est-ce qui a chang\u00e9 ?<\/p>\n<p>Daniel Benoin: Il y a 20 ans, il y avait une dizaine de spectacles par an dont deux cr\u00e9ations. Aujourd&#8217;hui, 40 spectacles dont 7 cr\u00e9ations. Il y avait 150 repr\u00e9sentations; il y en a aujourd&#8217;hui 350. Quand je suis arriv\u00e9, on pouvait compter sur 5 800 spectateurs. Aujourd&#8217;hui, il y en a 13 000. Nous continuons \u00e0 mener une vraie politique de recherche et de fid\u00e9lisation du public. Mais il s&#8217;est, en 20 ans, consid\u00e9rablement transform\u00e9. C&#8217;\u00e9tait un public li\u00e9 \u00e0 des id\u00e9es de progr\u00e8s; qui pensait que demain serait mieux qu&#8217;aujourd&#8217;hui. Ils ont tendance aujourd&#8217;hui \u00e0 penser que demain sera pire et qu&#8217;on ne peut rien y faire. Globalement, c&#8217;est un public plus conservateur, notamment sur les formes th\u00e9\u00e2trales. Il prend moins de risques. Je suis convaincu que si le th\u00e9\u00e2tre ne redonne pas des valeurs d&#8217;espoir, on ne le retrouvera pas.<\/p>\n<p>Vous sentez-vous l&#8217;h\u00e9ritier des pionniers ?<\/p>\n<p>D. B.: J&#8217;ai une profonde admiration pour Jean Dast\u00e9. Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai compris bien des choses que je n&#8217;avais pas comprises au d\u00e9but. Quand je suis arriv\u00e9, je pensais que le metteur en sc\u00e8ne \u00e9tait le centre du th\u00e9\u00e2tre. Je suis s\u00fbr aujourd&#8217;hui que seule la communaut\u00e9 des hommes occupe cette place. Cela, Jean l&#8217;avait imm\u00e9diatement compris. Etre un pionnier au sortir de la guerre, voir le visage \u00e9bahi de gens qui d\u00e9couvrent pour la premi\u00e8re fois le th\u00e9\u00e2tre, cela devait donner une \u00e9nergie formidable. J&#8217;ai compris qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre au milieu de la cit\u00e9. Les gens qui y travaillaient \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e9taient l\u00e0 du temps de Jean. Ils m&#8217;ont transmis une histoire et cela m&#8217;a fait bouger. Aujourd&#8217;hui, r\u00e9p\u00e9ter cette histoire est impossible. Je ne me sens pas vraiment un &#8221; h\u00e9ritier &#8220;. Plut\u00f4t un &#8221; successeur &#8220;.n<\/p>\n<p>Propos recueillis par Sylviane Bernard-Gresh<\/p>\n<p>1. La Com\u00e9die de Saint-Etienne est le deuxi\u00e8me Centre dramatique cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la guerre; le premier, le Centre dramatique de l&#8217;Est, d&#8217;abord install\u00e9 \u00e0 Colmar, fut inaugur\u00e9 en janvier 1947.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-879","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=879"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/879\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}