{"id":8775,"date":"2015-06-05T10:17:15","date_gmt":"2015-06-05T08:17:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-2005-2015-qu-avons-nous-fait-de\/"},"modified":"2015-06-05T10:17:15","modified_gmt":"2015-06-05T08:17:15","slug":"article-2005-2015-qu-avons-nous-fait-de","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8775","title":{"rendered":"2005-2015 : qu\u2019avons-nous fait de ces dix ans ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Une d\u00e9cennie s&#8217;est \u00e9coul\u00e9e depuis le &#8220;non&#8221; au r\u00e9f\u00e9rendum sur le TCE. Commenc\u00e9e avec les plus grands espoirs, mais fond\u00e9e sur des malentendus et des manques, elle n&#8217;a pas eu de d\u00e9bouch\u00e9s politiques \u00e0 la hauteur. Bilan-anniversaire.<\/p>\n<p>Bizarrement, le soir du 29 mai 2005 ne fut pas un moment joyeux. Il tombait un crachin hors de saison sur la Bastille ; il avait suffi \u00e0 d\u00e9courager tout esprit de f\u00eate. Les caf\u00e9s s\u2019\u00e9taient faits accueillants pour les quelques centaines de badauds qui voulaient marquer le coup et qui, bien vite, sont rentr\u00e9s chez eux. On avait gagn\u00e9. Gagn\u00e9 quoi ? Gagn\u00e9 comment ?<\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;\u00e9tendard de l&#8217;antilib\u00e9ralisme<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Bien que la consultation portait sur un projet de constitution europ\u00e9enne, le d\u00e9bat ne se cristallisa pas essentiellement autour du projet europ\u00e9en. Certes, nous n\u2019\u00e9tions plus au temps du rejet de la CEE, mais dire que la r\u00e9orientation de l\u2019Europe obs\u00e9dait les esprits et polarisait les d\u00e9bats serait tr\u00e8s excessif. Nous \u00e9tions d\u2019abord mobilis\u00e9s contre le lib\u00e9ralisme et contents d\u2019avoir enfonc\u00e9 un coin dans le discours dominant. Le slogan qui courait sur toutes les l\u00e8vres n\u2019\u00e9tait-il pas une moquerie de la &#8220;concurrence libre et non fauss\u00e9e&#8221;, \u00e0 la fois danger et leurre. Cette bataille \u00e9tait un combat contre une doxa \u00e9conomique. Nous entendions bien ne pas laisser &#8220;inscrire dans le marbre d\u2019une constitution&#8221; ce contre quoi nous nous battions au quotidien. La mobilisation \u00e9tait, \u00e0 gauche, double : une proclamation antilib\u00e9rale et l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 nationale sur les grands choix politiques. Cette double matrice ne nous a plus quitt\u00e9s. Avec ses forces et ses faiblesses. <\/p>\n<p>Ainsi l\u2019antilib\u00e9ralisme rassembla sous le m\u00eame \u00e9tendard de nombreuses luttes, des forces tr\u00e8s diverses. La gauche d\u2019alternative fragment\u00e9e, tent\u00e9e par ses d\u00e9mons sectaires, \u00e9tait enfin r\u00e9unie sur un projet essentiel. L\u2019argent et ses logiques ne pouvaient avoir raison de tout, de notre soci\u00e9t\u00e9, de nos vies et de nos r\u00eaves. Forces politiques et syndicales issues du mouvement ouvrier ou nouveaux mouvements, notamment \u00e9cologique, se trouvaient ensemble, au coude \u00e0 coude dans ce combat. Jos\u00e9 Bov\u00e9, Marie-George Buffet, Cl\u00e9mentine Autain et Olivier Besancenot ensemble pour dire non : \u00e7a avait de la gueule et cela ressemblait \u00e0 notre peuple \u2013 un peu trop blanc\u2026 Ils lui donn\u00e8rent corps, visages et voix. <\/p>\n<p><strong><em>Les pi\u00e8ges de l&#8217;antilib\u00e9ralisme<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Nous \u00e9tions tellement heureux de cette unit\u00e9 si rare, que nous avons voulu l\u2019ancrer et structurer l\u2019espace militant autour de ce viatique. Ainsi sont n\u00e9s les collectifs antilib\u00e9raux. La fondation Copernic et son pr\u00e9sident d\u2019alors, Yves Salesse, prirent l\u2019initiative in\u00e9dite d\u2019un rassemblement par le bas prolongeant &#8220;les collectifs pour le non&#8221; qui avait fleuri le temps de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire. Avant m\u00eame le naufrage de la campagne de 2007, le parti pris exclusivement antilib\u00e9ral devint pourtant notre talon d\u2019Achille. La Ligue communiste, toujours soucieuse de s\u00e9parer le bon grain de l\u2019ivraie, se moquait de ce nouveau vocable, jug\u00e9 trop incertain pas assez anticapitaliste. <\/p>\n<p>D\u2019autres, dont l\u2019auteure de ces lignes, regrett\u00e8rent le prisme trop unilat\u00e9ralement \u00e9conomico-\u00e9conomique. De nombreux champs sociaux ne pouvaient \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s par cette seule entr\u00e9e. Ils furent, de fait d\u00e9laiss\u00e9s. Et avec eux, les acteurs engag\u00e9s autour de la culture, de la ville, d\u2019Internet, de l\u2019\u00e9cole, des migrants\u2026 Le mouvement antilib\u00e9ral n\u2019avait que peu de choses \u00e0 dire sur tous ces sujets qui travaillaient notre soci\u00e9t\u00e9. Rien depuis n\u2019est venu infirmer l\u2019\u00e9troitesse de la dynamique globale. La diversit\u00e9 sociale, politique, culturelle de la gauche de 2005 s\u2019est perdue en cours de route.<\/p>\n<p><strong><em>Une Europe sans les peuples ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La revendication de d\u00e9mocratie au sens plein, vrai et neuf, qui se lie \u00e0 la revendication de souverainet\u00e9 des peuples, avait une puissante r\u00e9sonance. L\u2019exigence venait du tr\u00e9fonds de l\u2019histoire nationale, elle ne pouvait qu\u2019\u00eatre entendue. La question n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas que nationale. La Gr\u00e8ce d\u2019Alexis Tsipras est confront\u00e9e tr\u00e8s exactement \u00e0 cette question : l\u2019Europe peut-elle \u00eatre non-d\u00e9mocratique ? Peut-elle se construire contre les peuples ? La question \u00e9tait redoutable. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue. Les r\u00e9ponses les plus diverses ont cohabit\u00e9 d\u00e8s 2005, au sein m\u00eame de la gauche entre les tenants d\u2019une sortie de l\u2019Euro, voire de l\u2019UE, et les partisans d\u2019une r\u00e9orientation europ\u00e9enne (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/europe-en-etre-ou-pas,7753\">&#8220;Durand-Balibar : Europe, en \u00eatre ou pas&#8221;<\/a>). Le refus de l\u2019Europe lib\u00e9rale s\u2019est parfois transform\u00e9 en refus de l\u2019Europe. Les cons\u00e9quences d\u00e9passent, et de loin, le seul sujet de l\u2019UE. <\/p>\n<p>Le d\u00e9bat court toujours et les mobilisations politiques sur le sujet europ\u00e9en en p\u00e2tissent. Les deux \u00e9lections europ\u00e9ennes n\u2019ont pas permis \u00e0 la gauche d\u2019engranger sur cette victoire de 2005. \u00c0 titre d\u2019exemple, le jeune Front de gauche ne r\u00e9unit que 6,05% des voix en 2009 et 6,33% en 2014. Plus grave, le FN est parvenu \u00e0 ravir cette campagne et \u00e0 faire du refus de l\u2019Europe l&#8217;un des ses identifiants les plus clairs \u2013 avec le rejet des immigr\u00e9s. <\/p>\n<p><strong><em>Une victoire en solitaires<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>On se souvient que cette victoire du &#8220;non&#8221;, nette et sans bavure, l\u2019a \u00e9t\u00e9 contre la quasi totalit\u00e9 des forces politiques et m\u00e9diatiques. La condescendance, le m\u00e9pris \u00e0 d\u00e9faut du silence entourait les militants du &#8220;non&#8221;. Qui \u00e9taient ces militants? Qui formait cette galaxie ? La place des syndicats dans ce mouvement ne fut pas une \u00e9vidence. FSU et SUD s\u2019engag\u00e8rent en tant que tels en faveur du &#8220;non&#8221; quand la CGT se d\u00e9chira au niveau conf\u00e9d\u00e9ral. <\/p>\n<p>De ce d\u00e9bat, t\u00e9moin de questions strat\u00e9giques plus amples, le premier syndicat ne s\u2019est toujours pas remis. La place essentielle des partis fut, elle, \u00e0 peine relativis\u00e9e. Le PCF crut sinc\u00e8rement au caract\u00e8re d\u00e9cisif de son attitude unitaire. Marie-George Buffet n\u2019avait-elle pas c\u00e9d\u00e9 du temps d\u2019antenne l\u00e9gale pour que d\u2019autres voix soient entendues ? Le PCF en tira des convictions qui l\u2019amen\u00e8rent vers les d\u00e9sastres \u00e9lectoraux de 2007. Puis le conduisirent \u00e0 vouloir, en 2008, un Front de gauche cartel d\u2019organisations politiques. L\u2019id\u00e9e que ce qui comptait \u00e9tait la diversit\u00e9 des sensibilit\u00e9s politiques et non la supr\u00e9matie d\u2019un groupe n\u2019a que bien peu perc\u00e9. <\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes de mobilisation de la soci\u00e9t\u00e9 furent l\u2019incompris de la victoire. \u00c9tienne Chouard reste la figure embl\u00e9matique d\u2019une mobilisation individuelle, citoyenne. Professeur de lyc\u00e9e, il tenait, ce qui n\u2019\u00e9tait pas banal, un blog. Ses arguments \u00e9tait partag\u00e9s, repris par milliers. Ce fut la premi\u00e8re campagne Internet. Regards y apporta sa contribution en inventant le premier tract num\u00e9rique avec la r\u00e9alisation d\u2019un DVD diffus\u00e9 aux arr\u00eats de bus \u00e0 des dizaines de milliers d\u2019exemplaires. L\u2019Humanit\u00e9, en publiant le texte int\u00e9gral du projet, inaugurait une mani\u00e8re neuve de faire de la politique\u2026 <em>Regards<\/em> inventait la premi\u00e8re &#8220;Une \u00e0 gratter&#8221;, introduisant de l\u2019humour et un jeu inattendu. Il y avait un foisonnement cr\u00e9atif. <\/p>\n<p><strong><em>Des \u00e9checs de toutes vari\u00e9t\u00e9s<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Tout cela fit une campagne joyeuse et audacieuse. Ce fut la base du succ\u00e8s. Qui l\u2019a bien mesur\u00e9 ? Marie George Buffet d\u00e9clarait r\u00e9cemment au <em>Monde<\/em> :<em> \u00ab On n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable, et j\u2019assume ma part de responsabilit\u00e9, de f\u00e9d\u00e9rer ces forces de gauche. On avait pourtant la mati\u00e8re pour cr\u00e9er une nouvelle dynamique. \u00bb \u00ab Les forces politiques se sont toutes recroquevill\u00e9es sur leurs propres ambitions et leur fonctionnement \u00bb,<\/em> ajoute l\u2019eurod\u00e9put\u00e9 \u00e9cologiste Jos\u00e9 Bov\u00e9.<\/p>\n<p>Signe de cette maldonne, les acteurs politiques du &#8220;non&#8221; au r\u00e9f\u00e9rendum, dans leur diversit\u00e9, ont tent\u00e9 bien des exp\u00e9riences. Mais toutes sont aujourd\u2019hui encalmin\u00e9es: NPA, Parti de gauche, Front de gauche, EELV ; frondeurs. Cela fait beaucoup. <\/p>\n<p>Quels sont peut-\u00eatre les points communs \u00e0 la racine de ces difficult\u00e9s ? J\u2019en retiens essentiellement trois, pr\u00e9sents d\u00e8s 2005:<br \/>\n\u2022\tMalgr\u00e9 quelques progr\u00e8s importants, comme la cr\u00e9ation du Parti de la gauche europ\u00e9enne (PGE) et la campagne pour pr\u00e9senter Alexis Tsipras \u00e0 la t\u00eate de la Commission europ\u00e9enne, nous ne pouvons que regretter la trop grande faiblesse d\u2019un projet politique alternatif pour l\u2019Europe, capable de lier d\u00e9mocratie et rupture avec les principes concurrentiels. Ce projet ne doit pas \u00eatre seulement un programme mais un sujet de mobilisation. Nous ne savons toujours pas le faire. La Gr\u00e8ce en sait quelque chose.<br \/>\n\u2022\tNotre discours \u00e9conomique est trop peu politique et social. Il souffre lui m\u00eame d\u2019un d\u00e9faut de r\u00e9flexion sur l\u2019au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9conomie susceptible de rouvrir le champ. Nous nous trouvons pris comme des hamsters dans la cage de la dette, sans porte de sortie.<br \/>\n\u2022\tEnfin, toutes les exp\u00e9riences politiques, des plus amples aux plus modestes sont rest\u00e9es enferr\u00e9es dans le champ politique institutionnel, cherchant \u00e0 rebattre les cartes avec les m\u00eames acteurs, les m\u00eames m\u00e9thodes d\u2019organisation, la m\u00eame repr\u00e9sentation du social. Fabius et Bartolone furent parmi les premiers \u00e0 l\u2019anticiper. Ils en tir\u00e8rent les cons\u00e9quences et, d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9, rentraient dans le rang en essayant de se faire pardonner. <\/p>\n<p>Tous les partis sont aujourd\u2019hui en rade. Et nous avec. Les le\u00e7ons d\u2019une victoire rest\u00e9e sans suite doivent \u00eatre retenues. C\u2019est \u00e0 ce prix que peut \u00eatre nous sortirons de l\u2019orni\u00e8re. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une d\u00e9cennie s&#8217;est \u00e9coul\u00e9e depuis le &#8220;non&#8221; au r\u00e9f\u00e9rendum sur le TCE. Commenc\u00e9e avec les plus grands espoirs, mais fond\u00e9e sur des malentendus et des manques, elle n&#8217;a pas eu de d\u00e9bouch\u00e9s politiques \u00e0 la hauteur. 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