{"id":877,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/kerouac-burroughs-and-co877\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"kerouac-burroughs-and-co877","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=877","title":{"rendered":"Kerouac, Burroughs and Co"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>A lire<strong> Le mouvement &#8221; beat &#8221; des ann\u00e9es 50 n&#8217;est qu&#8217;une bande de copains. Mais si proche de la jeunesse d&#8217;alors qu&#8217;il en devient le porte-parole. Sans l&#8217;avoir pr\u00e9vu. <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9buts des ann\u00e9es 50, Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique. Tout va bien. Le maccarthysme prend son essor, la guerre de Cor\u00e9e aussi. On est fier d&#8217;\u00eatre Am\u00e9ricain. Les dix ann\u00e9es de la D\u00e9pression ne sont plus qu&#8217;un souvenir, la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e gr\u00e2ce aux valeureux GI, les premiers buildings de verre \u00e9tincellent, le capitalisme populaire est en pleine croissance, Eisenhower est pr\u00e9sident, oui, tout va bien. Ou presque. Parce que, d&#8217;un coup, il y a comme qui dirait des signes de malaise. Le rock&#8217;n roll d\u00e9boule, avec Bill Haley et Elvis Presley. Musique de sauvage, musique de n\u00e8gres, les gamins se tr\u00e9moussent comme des fous, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il leur arrive ? Brando fait un malheur dans l&#8217;Equip\u00e9e sauvage, les adolescents se prennent pour James Dean et, d&#8217;un air but\u00e9, revendiquent leur Fureur de vivre, les plus d\u00e9cha\u00een\u00e9s sont fiers d&#8217;\u00eatre de la Graine de violence et des Rebelles sans cause, la jeunesse \u00e9tait une \u00e9tape lumineuse et innocente, voil\u00e0 qu&#8217;elle devient un ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9. Quelle tristesse: tous des beatniks ! C&#8217;est tr\u00e8s curieux. Au d\u00e9part, et ma foi, \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e aussi bien, le mouvement &#8221; beat &#8220;, ce n&#8217;est qu&#8217;une bande de copains. Une toute petite bande. Une dizaine. Mais ce micro-groupuscule est \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence si parfaitement contemporain de la sensibilit\u00e9 diffuse des teen-agers du temps, si \u00e9tonnamment proche des aspirations jusqu&#8217;alors inarticul\u00e9es d&#8217;une jeunesse f\u00e2ch\u00e9e, et r\u00eaveuse, qu&#8217;il va devenir son porte-parole, sans du tout l&#8217;avoir pr\u00e9vu. Et, comme toujours, ce n&#8217;est pas sans malentendu.<\/p>\n<p> <strong> Fureur de vivre, Graine de violence, Rebelles sans cause <\/strong><\/p>\n<p>Le noyau, c&#8217;est Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs, et Neal Cassady. Trois \u00e9crivains, et une l\u00e9gende. Jack Kerouac, n\u00e9 en 1922, descend d&#8217;une famille d&#8217;\u00e9migr\u00e9s qu\u00e9b\u00e9cois en Nouvelle Angleterre, chez lui on n&#8217;est pas riche, on n&#8217;est pas cultiv\u00e9, et on parle le fran\u00e7ais des canuks. Il a une d\u00e9gaine de b\u00fbcheron, s&#8217;est plus int\u00e9ress\u00e9 au football qu&#8217;aux \u00e9tudes, s&#8217;est engag\u00e9 pendant la guerre sur un navire de la marine marchande, et alterne les crises de puritanisme d\u00e9pressif et celles d&#8217;\u00e9thylisme survolt\u00e9. Allen Ginsberg est le fils d&#8217;un professeur paisible et d&#8217;une po\u00e9tesse marxiste qui souffre de troubles mentaux, il a tout pour r\u00e9ussir brillamment \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9, il est brillant, agit\u00e9, et tourment\u00e9 par une homosexualit\u00e9 que l&#8217;\u00e9poque ne pousse pas \u00e0 assumer. William Burroughs, le plus vieux du groupe puisqu&#8217;au milieu des ann\u00e9es 50 il a la quarantaine, est le tr\u00e8s indigne rejeton d&#8217;une honorable famille d&#8217;industriels, dont le plus c\u00e9l\u00e8bre est son grand-p\u00e8re, qui a invent\u00e9 la machine \u00e0 calculer. Il est le plus &#8221; intellectuel &#8221; du groupe, il est, aussi, le plus port\u00e9 sur l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9. Ah ! Et c&#8217;est l\u00e0 que commence le malentendu.<\/p>\n<p> <strong> Kerouak, g\u00e9nie vagabond, d\u00e9chirures, \u00e9blouissement <\/strong><\/p>\n<p>Kerouac, Ginsberg, Burroughs, et leurs amis, vont faire na\u00eetre un mythe. Parce que Kerouac est li\u00e9 \u00e0 un dr\u00f4le d&#8217;ange blond arrogant, qui fait la une des journaux pour avoir tu\u00e9 un copain trop entreprenant \u00e0 son \u00e9gard; parce que Burroughs tue sa femme en jouant \u00e0 Guillaume Tell; parce qu&#8217;ils fr\u00e9quentent tous, initi\u00e9s par le grand Bill, des drogu\u00e9s et des prostitu\u00e9s; parce qu&#8217;ils zonent dans les bas-fonds; parce que Kerouac traverse l&#8217;Am\u00e9rique avec Neal Cassady, voleur sexy, pr\u00eat \u00e0 toutes les aventures, du moment qu&#8217;elles vont vite et de pr\u00e9f\u00e9rence droit dans le mur. Ils sont d\u00e9j\u00e0 une \u00e9pop\u00e9e avant m\u00eame d&#8217;\u00eatre c\u00e9l\u00e8bres. Parce qu&#8217;ils incarnent le bon vieux clich\u00e9, cher aux petits bourgeois, de l&#8217;artiste maudit. Si on y ajoute que Ginsberg d\u00e9cide un jour d&#8217;afficher son homosexualit\u00e9, au sens propre du terme, que Burroughs et lui carburent \u00e0 des substances toxiques destin\u00e9es \u00e0 leur ouvrir &#8221; les portes de la perception &#8220;, et qu&#8217;ils se suffisent de tr\u00e8s peu pour vivre, de pr\u00e9f\u00e9rence ailleurs, tout est en place pour qu&#8217;on c\u00e9l\u00e8bre leur &#8221; boh\u00e8me &#8221; en croyant c\u00e9l\u00e9brer leurs &#8221; po\u00e8mes &#8220;. C&#8217;est Kerouac qui baptise ce qui n&#8217;est pas un mouvement, mais le deviendra, en trouvant le mot &#8220;beat&#8221;. C&#8217;est quoi, beat ? S&#8217;y conjuguent deux sens: dans l&#8217;argot des laiss\u00e9s pour compte, cela signifie &#8220;fichu, ratiss\u00e9&#8221;, proche donc de &#8220;beaten&#8221;, battu. Tr\u00e8s bien. Les &#8220;beats&#8221; sont donc du c\u00f4t\u00e9 des perdants. C&#8217;est forc\u00e9ment sympathique, dans un pays o\u00f9 Dieu, la morale et le bon go\u00fbt exigent de r\u00e9ussir. Mais le &#8220;beat&#8221;, c&#8217;est aussi la pulsation de la batterie. Aussi, et surtout. Kerouac comme Ginsberg vont \u00e9crire des po\u00e8mes (et peu importe que Kerouac soit surtout l&#8217;auteur de &#8220;romans&#8221;), qui se disent, se scandent, s&#8217;improvisent, qui renouent avec la tradition orale du &#8220;pr\u00eacheur&#8221;, et du musicien.&#8221; Je veux \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un musicien de jazz qui souffle un long blues dans une jazz session d&#8217;un dimanche apr\u00e8s-midi.&#8221; Mais ce n&#8217;est pas tout.&#8221; Beat &#8220;, c&#8217;est aussi l&#8217;abr\u00e9viation de &#8221; beatific &#8220;, et c&#8217;est l&#8217;autre dimension du mouvement qui s&#8217;\u00e9nonce l\u00e0: la qu\u00eate mystique de l&#8217;illumination.<\/p>\n<p> <strong> Burroughs, au-del\u00e0 des portes de la perception <\/strong><\/p>\n<p>Kerouac, Ginsberg, Burroughs (m\u00eame s&#8217;il est \u00e0 vrai dire \u00e0 part), vont changer le paysage. Par leur image, d&#8217;abord, de r\u00e9volt\u00e9s, de jeunes hommes en col\u00e8re, qui refusent les conventions sociales et cherchent \u00e0 vivre la libert\u00e9 de leurs d\u00e9sirs. C&#8217;est cette image qui donnera naissance aux &#8220;beatniks&#8221;, dont l&#8217;\u00e9trange suffixe rappelle qu&#8217;on vivait alors le temps des spoutniks, de la guerre froide, de l&#8217;inqui\u00e9tude et des r\u00eaves scientifiques. Puis, plus profond\u00e9ment, par leurs \u00e9crits. Car ce qui appara\u00eet (ou r\u00e9appara\u00eet) avec eux, c&#8217;est la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;explorer l&#8217;espace, l&#8217;espace du dehors comme celui du dedans, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;abolir les fronti\u00e8res, qui est un des grands th\u00e8mes de l&#8217;imaginaire am\u00e9ricain (et dont le corollaire est, \u00e9videmment, l&#8217;angoisse devant l&#8217;\u00e9tranger). C&#8217;est la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;explorer la vie, de la br\u00fbler, de prendre tous les risques, pour parvenir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9sence sur cette terre, pour n&#8217;\u00eatre plus qu&#8217;une \u00e9tincelle divine: autre grande constante de l&#8217;imaginaire am\u00e9ricain, assez \u00e9tonnamment port\u00e9 sur le mysticisme. Les Beats proposent aux beatniks de tourner le dos au confort, \u00e0 l&#8217;argent, \u00e0 la carri\u00e8re, aux r\u00e8gles convenues, pour prendre la route. On the road. Pour se lib\u00e9rer des attaches, en n&#8217;\u00e9tant plus que disponibilit\u00e9. A ce qui surgit. Les Beats proposent aux beatniks d&#8217;essayer toutes les voies qui peuvent mener \u00e0 l&#8217;extase, \u00e0 devenir Dieu, ce qui n&#8217;est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de devenir un artiste. Kerouac dresse une liste des points essentiels \u00e0 respecter si on veut \u00eatre &#8220;beat&#8221;: &#8221; Carnets secrets, couverts de gribouillis et pages follement dactylographi\u00e9es, pour votre propre plaisir. Sourire \u00e0 tout, ouvert, \u00e0 l&#8217;\u00e9coute. Soyez amoureux de votre vie. Eliminez l&#8217;inhibition litt\u00e9raire, grammaticale et syntaxique. Comme Proust, soyez \u00e0 la recherche du joint perdu. On est constamment un g\u00e9nie.&#8221;<\/p>\n<p> <strong> Ginsberg, po\u00e8te- impricateur-proph\u00e8te d\u00e9sormais classique  <\/strong><\/p>\n<p>En 1957, Sur la route, de Kerouac, est un \u00e9v\u00e9nement. Martin Luther King a engag\u00e9 sa grande lutte non violente. Des \u00e9meutes raciales \u00e9clatent \u00e0 Little Rock. Ginsberg est accus\u00e9 &#8221; d&#8217;obsc\u00e9nit\u00e9 &#8221; pour son premier grand po\u00e8me Howl, et Burroughs pr\u00e9pare le Festin nu, qui sera interdit, en France, \u00e0 la vente aux mineurs. Kerouac va \u00e9crire quelques romans au lyrisme splendide, o\u00f9 il chante le vagabondage et les d\u00e9chirures et l&#8217;\u00e9blouissement. Ginsberg va s&#8217;affirmer comme un po\u00e8te-impricateur-proph\u00e8te, d\u00e9sormais classique, Burroughs va poursuivre une oeuvre indispensable, h\u00e9naurme, incroyablement inventive, &#8221; fondu d\u00e9cha\u00een\u00e9 sur un air de mambo &#8220;, port\u00e9 par la conviction que &#8221; c&#8217;est la soci\u00e9t\u00e9 dite normale dont la structure est pathologique. La premi\u00e8re des drogues hallucinog\u00e8nes, c&#8217;est le time &#8220;, et men\u00e9 par le d\u00e9sir de nous &#8221; d\u00e9programmer &#8220;. Par leurs vies l\u00e9gendaires et leurs oeuvres radicales, ils ont cristallis\u00e9 le d\u00e9sir d&#8217;une vie autre, chez les jeunes Am\u00e9ricains qui \u00e9touffaient entre la parano\u00efa anticommuniste, le puritanisme hyst\u00e9rique, et l&#8217;id\u00e9ologie de la r\u00e9ussite \u00e0 tout prix. En 1969, Kerouac meurt. Quelques mois apr\u00e8s, c&#8217;est Woodstock: les hippies ont pris la rel\u00e8ve des beatniks, la &#8221; g\u00e9n\u00e9ration hallucin\u00e9e &#8221; a fait place \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des n\u00e9cessaires utopies, la r\u00e9volte se politise. Sacr\u00e9e histoire. En 1997, Ginsberg et Burroughs sont morts. Il n&#8217;y a plus de beatniks, plus de hippies. Reste le beat: la pulsation sourde de l&#8217;aspiration \u00e0 ce que la vie devienne vivante. Pour tous.<\/p>\n<p><strong> A lire <\/strong><\/p>\n<p>Jack Kerouac,<\/p>\n<p>Sur la route, les Souterrains, les Clochards c\u00e9lestes, Vraie Blonde et autres, Vieil Ange de Minuit (Gallimard). Les Anges de la D\u00e9solation (Deno\u00ebl).<\/p>\n<p>Allen Ginsberg,<\/p>\n<p>Howl. Journaux. Kaddish, Christian Bourgois<\/p>\n<p>William Burroughs,<\/p>\n<p>le Festin nu, trad.(magnifique) d&#8217;E. Kahane, Gallimard, Trad. Mary Beach et Claude P\u00e9lieu-Washburn, Christian Bourgois. La Biographie de G\u00e9rald Nicosia, \u00e9d. Verticales.<\/p>\n<p>Alain Dister,<\/p>\n<p>la Beat generation, Gallimard-D\u00e9couvertes<\/p>\n<p>Joyce Johnson,<\/p>\n<p>Personnages secondaires. Trad. B. Matthieussent, 10\/18 (un t\u00e9moignage sur l&#8217;\u00e9poque et ses acteurs, par l&#8217;une des compagnes de Kerouac)<\/p>\n<p>Un long entretien avec Allen Ginsberg, par Jacques Dimet et Christian Kazandjian, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le sp\u00e9cial Tour du monde 93, suppl\u00e9ment de l&#8217;hebdomadaire R\u00e9volution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-877","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/877","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=877"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/877\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=877"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=877"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=877"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}