{"id":874,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/collage874\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"collage874","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=874","title":{"rendered":"Collage"},"content":{"rendered":"<p>Cette chronique se faisait, si l&#8217;on ose dire, &#8221; dans la t\u00eate &#8220;, avant m\u00eame de s&#8217;\u00e9crire. Comme chaque mois: on pense \u00e0 un sujet, un autre vient, qui s&#8217;embo\u00eete avec, ou pas. Ce mois-ci, il allait \u00eatre question de ces quatre volumes d&#8217;un livre de l&#8217;historien Adolphe Dupront, le Mythe de croisade, une \u00e9tourdissante travers\u00e9e des si\u00e8cles, prenant le temps \u00e0 rebrousse-poil pour lire d&#8217;entr\u00e9e les traces laiss\u00e9es par la croisade dans les mentalit\u00e9s et les comportements m\u00eames des hommes jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, et n&#8217;en venir qu&#8217;\u00e0 la page 1291 \u00e0 la &#8221; physique &#8221; de ces croisades qui port\u00e8rent tout un peuple d&#8217;Occident vers J\u00e9rusalem et le tombeau du Christ. Livre admirable, bonheur de toutes pages, o\u00f9 l&#8217;on passe de Catherine de Sienne, &#8221; d\u00e9ployant (au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle) ses visions jusqu&#8217;\u00e0 la hantise &#8221; \u00e0 Don Quichotte, &#8221; prodigieux malade &#8220;. Cela dans une langue \u00e2pre, comme bruissant du choc des lances sur les \u00e9cus. C&#8217;est que Dupront n&#8217;est pas un embaumeur d&#8217;histoire: &#8221; Lorsqu&#8217;on touche \u00e0 la vie, \u00e9crit-il (page 432) qui peut avoir l&#8217;autorit\u00e9 de juger ? L&#8217;historien moins que quiconque, puisque son objet est de susciter la plus grande pr\u00e9sence de vie.&#8221; Cette &#8221; pr\u00e9sence de vie &#8220;, bien s\u00fbr, ramenait \u00e0 Michelet et \u00e0 ce &#8221; tableau de la France &#8221; qu&#8217;il publia en 1833 en t\u00eate du second volume de son Histoire de France. Venant \u00e0 parler des Pyr\u00e9n\u00e9es, il \u00e9crit ceci, qui, en quelques mots dit \u00e0 quel point il vivait l&#8217;histoire qu&#8217;il \u00e9crivait: &#8221; Ce n&#8217;est pas \u00e0 l&#8217;historien qu&#8217;il appartient de d\u00e9crire et d&#8217;expliquer les Pyr\u00e9n\u00e9es. Vienne la science de Cuvier et d&#8217;Elie de Beaumont, qu&#8217;ils racontent cette histoire ant\u00e9historique&#8230; Ils y \u00e9taient, eux, et moi je n&#8217;y \u00e9tais pas, quand la nature improvisa sa prodigieuse \u00e9pop\u00e9e g\u00e9ologique, quand la masse embras\u00e9e du globe souleva l&#8217;axe des Pyr\u00e9n\u00e9es, quand les monts se fendirent, et que la terre, dans la torture d&#8217;un titanique enfantement, poussa contre le ciel la noire et chauve Maladetta.&#8221;<\/p>\n<p>Ainsi s&#8217;agen\u00e7ait cette chronique, autour de l&#8217;histoire, et peut-\u00eatre y aurait-il eu deux films de Georges Rouquier, r\u00e9cemment revus, Farrebique et Biquefarre, de 1946 et 1984, sur une France rurale quittant le Moyen Age pour le vingti\u00e8me si\u00e8cle. Il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 se mettre \u00e0 la machine, \u00e0 d\u00e9velopper. Et puis est survenue la mort, \u00e0 soixante ans, de Fran\u00e7ois Hincker, camarade de tant de partages. Impossible d&#8217;\u00e9crire d&#8217;autre chose que de ce deuil. Impossible, aussi, de parler de lui. Mieux vaut lui laisser la parole, avec ses mots \u00e0 lui, son d\u00e9bit heurt\u00e9, jusque dans l&#8217;\u00e9criture. Il parle ici depuis le temps m\u00eame o\u00f9 il traversait ce qui pour lui \u00e9tait une \u00e9preuve, et peut-\u00eatre l&#8217;aurait-il dit autrement, plus tard, mais voil\u00e0&#8230; Au mois d&#8217;octobre 1981, il avait, dans un hebdomadaire, dit pourquoi il ne voulait plus rien avoir de commun avec ce parti auquel il avait donn\u00e9 tant de ses enthousiasmes. Je lui avais envoy\u00e9 un mot pour lui dire sans doute que, si j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 de le voir s&#8217;exprimer dans &#8221; l&#8217;autre presse &#8220;, je le comprenais et l&#8217;aimais toujours. Je re\u00e7us en retour, le 10 octobre, la lettre que voici :<\/p>\n<p> <strong> &#8221; Mon cher Emile, <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Ta lettre me fait un immense plaisir. Puisque, quant aux opinions, chacun peut se tromper &#8211; jamais totalement mais toujours un peu &#8211; il y a entre nous une chose au fond: oui, j&#8217;ai saut\u00e9 le pas, et me suis exprim\u00e9 publiquement. Ce que je refusais avec horreur fut \u00e9branl\u00e9 le jour m\u00eame o\u00f9 je mis les pieds dans une s\u00e9ance du CC: je sortais de la cellule, de la section, de la f\u00e9d\u00e9ration, de la NC o\u00f9 je me colletais au r\u00e9el, aux choses, aux hommes, \u00e0 la vie, et j&#8217;arrivais dans un monde clos, \u00e9gocentrique, fantasmatique. Mais tant que la politique \u00e9tait bonne, ou plut\u00f4t tant qu&#8217;elle allait dans le bon sens, je me disais: peut-\u00eatre est-ce au prix de la cl\u00f4ture qu&#8217;on paie la justesse, apr\u00e8s tout les savants ne quittent pas leur laboratoire et ne sont pas des mod\u00e8les d&#8217;humanit\u00e9.1977\/1978, \u00e7a portait un coup s\u00e9rieux \u00e0 la confiance dans la capacit\u00e9 d&#8217;intelligence, mais enfin&#8230; On \u00e9tait tout humble, on promettait d&#8217;\u00e9couter, de discuter, Vitry, le XXIIIe Congr\u00e8s, l&#8217;IRM, R\u00e9volution, Bobigny: gardons confiance encore. Et puis vint certain jour o\u00f9 je refusais de signer la p\u00e9tition sur l&#8217;Afghanistan, tout simplement parce que je n&#8217;\u00e9tais pas d&#8217;accord tant qu&#8217;on ne me convainquait pas et que j&#8217;ai toujours eu la faiblesse de penser qu&#8217;il ne fallait faire que ce dont on \u00e9tait convaincu. Et je m&#8217;entends dire: je ne te demande pas d&#8217;\u00eatre convaincu, je te demande de signer parce que tu es un dirigeant et que, quand un dirigeant ne signe pas, o\u00f9 va-t-on ? On regardera qui a sign\u00e9 et qui n&#8217;a pas sign\u00e9&#8230; Ce jour-l\u00e0 j&#8217;ai compris: comme jadis Staline et les divisions blind\u00e9es du pape, ils ne comprennent que les rapports de force. Or, le mode de fonctionnement du parti \u00e9tant tel que les rapports de force int\u00e9rieurs sont totalement inop\u00e9rants &#8211; j&#8217;\u00e9tais suffisamment pay\u00e9 comme ancien membre du CC pour savoir comment on fait pour emp\u00eacher que les pens\u00e9es divergentes aient quelque influence que ce f\u00fbt &#8211; ne restent que les rapports de force ext\u00e9rieurs, le Parti, Dieu merci, \u00e9tant immerg\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 globale. La Pologne m&#8217;a confirm\u00e9 dans cette certitude: si l&#8217;URSS avait son &#8221; Solidarit\u00e9 &#8220;, la face du monde en serait chang\u00e9e parce qu&#8217;alors il y aurait une petite chance pour que le PCUS devienne (ou redevienne) un v\u00e9ritable parti communiste: rien de tel que le vent du boulet pour r\u00e9veiller les morts. Je suis, avec ceux de &#8221; Rencontres communistes &#8220;, quasi exclu et cependant j&#8217;ai la certitude que ce que j&#8217;ai fait avec d&#8217;autres depuis six mois a \u00e9t\u00e9 plus efficace que ce que j&#8217;ai fait pendant vingt-sept ann\u00e9es auparavant: pour la premi\u00e8re fois, ils sont inquiets parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e7a ne peut pas se r\u00e9gler par les recettes \u00e9prouv\u00e9es en vertu de quoi on saucissonne, on compromet, on anesth\u00e9sie. C&#8217;est sans doute dans le court terme trop tard: les meilleurs sont d\u00e9j\u00e0 partis ou pr\u00eats de partir. Mais j&#8217;ai un optimisme historique: quand le mouvement communiste en France rena\u00eetra de son sommeil, apr\u00e8s ce qui s&#8217;est pass\u00e9, il ne pourra plus \u00eatre comme avant. Or, il rena\u00eetra; il est sur le sable comme un poisson, le PS de son c\u00f4t\u00e9 n&#8217;est pas un parti mais un appendice de l&#8217;Etat comme toujours quand un PS est au pouvoir; en m\u00eame temps, un h\u00e9ritage de militantisme et d&#8217;id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire ne peut pas se perdre si vite, d&#8217;autant plus qu&#8217;il vient quand m\u00eame de se passer quelque chose en France&#8230; Alors, comme disait la chanson, t&#8217;en fais pas, Nicolas&#8230; Mais il ne faut pas qu&#8217;alors revienne le temps d&#8217;un parti militaire et religieux. Relis l&#8217;exergue de mon bouquin, deux phrases de cet excellent Verret dans ses Dialogues p\u00e9dagogiques: pour qu&#8217;un million ne se trompe plus de v\u00e9rit\u00e9s, il faut, il faut absolument que s&#8217;affrontent la v\u00e9rit\u00e9 du moment et la contre-v\u00e9rit\u00e9, le pouvoir du moment et un contre-pouvoir. Il faut qu&#8217;il y ait quelque part quelqu&#8217;un qui puisse dire: je suis pas d&#8217;accord et que cela devienne quelque chose de mat\u00e9riel. Alors la v\u00e9rit\u00e9 et le pouvoir cessent d&#8217;\u00eatre vrais et puissants par un d\u00e9cret d&#8217;autorit\u00e9 mais le deviennent parce qu&#8217;ils sont reconnus comme tels, qu&#8217;ils auront \u00e9t\u00e9 capables de montrer que celui qui n&#8217;\u00e9tait pas d&#8217;accord avait tort. Je suis donc, je ne dis pas heureux, certes non, mais tout \u00e0 fait d\u00e9termin\u00e9.si je ne l&#8217;avais pas fait, j&#8217;aurais \u00e9t\u00e9 pour le coup tout \u00e0 fait malheureux. Je m&#8217;excuse de t&#8217;avoir inflig\u00e9 la lecture de mes hi\u00e9roglyphes qui t&#8217;auront rappel\u00e9 les beaux jours de la NC et en attendant de boire et de manger ensemble comme avant, parce que sinon ce serait la fin de tout, je t&#8217;embrasse ainsi que Luce de tout mon coeur. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Fran\u00e7ois &#8221;  <\/strong><\/p>\n<p>Dix-sept ans ont pass\u00e9. Il \u00e9tait dans cette lettre comme nous l&#8217;avions connu: pas m\u00eame de la rancoeur pour ce qu&#8217;on venait de lui faire subir, apr\u00e8s tant d&#8217;ann\u00e9es de fid\u00e9lit\u00e9. Simplement l&#8217;envie de continuer. Autrement. Ainsi s&#8217;en va une part de notre vie.<\/p>\n<p>1. Ivan Messac, Sens, Mus\u00e9e municipal.Jusqu&#8217;au 25 mai.<\/p>\n<p>2. Claude L\u00e9v\u00eaque, Nice, Villa Arson.Jusqu&#8217;au 23 mars .<\/p>\n<p>3. Claude L\u00e9v\u00eaque, Grenoble, quartier Villeneuve.Jusqu&#8217;au 15 mai.<\/p>\n<p>4. Bill Culbert, Ivry-sur-Seine, Galerie municipale.Du 6 mars au 5 avril.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette chronique se faisait, si l&#8217;on ose dire, &#8221; dans la t\u00eate &#8220;, avant m\u00eame de s&#8217;\u00e9crire. Comme chaque mois: on pense \u00e0 un sujet, un autre vient, qui s&#8217;embo\u00eete avec, ou pas. 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