{"id":8735,"date":"2015-05-27T11:07:57","date_gmt":"2015-05-27T09:07:57","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-50-nuances-de-rouge\/"},"modified":"2023-06-23T23:19:52","modified_gmt":"2023-06-23T21:19:52","slug":"article-50-nuances-de-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8735","title":{"rendered":"50 nuances de rouge"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Professeure de Lettres, Pascale Fautrier a publi\u00e9 son roman <em>Les Rouges<\/em> en 2014, la saga d&#8217;une &#8220;dynastie&#8221; familiale de gauche. Il sort ce mois-ci en \u00e9dition de poche. Une occasion de se plonger dans ce livre attachant.<\/p>\n<p>Tout le monde n\u2019a pas la chance d\u2019\u00eatre dans une famille o\u00f9 l\u2019on est communiste depuis\u2026 1789. Dans celle de Pascale Fautrier on a \u00e9t\u00e9 contin\u00fbment jacobin apr\u00e8s 1789, d\u00e9mocrate socialiste en 1848-1849, insurg\u00e9 en d\u00e9cembre 1851, communard avec Z\u00e9phirin Cam\u00e9linat, puis guesdiste, socialiste et communiste avec le m\u00eame Z\u00e9phirin, figure tot\u00e9mique de la saga familiale. Communiste, on l\u2019est \u00e0 fond, bouffeur de socialistes jusqu\u2019en 1934, antifasciste avant-guerre, r\u00e9sistant, stalinien \u00e0 100% puis \u00e0 100% critique avec Bernard, le p\u00e8re, brillant et intransigeant, jusqu\u2019\u00e0 la rupture avec le PCF, si douloureuse pour tant de communistes &#8220;fervents&#8221;.<\/p>\n<p>Tout cela se passe en Bourgogne, dans l\u2019Yonne, au pied de la basilique de V\u00e9zelay, o\u00f9 fut pr\u00each\u00e9e la premi\u00e8re croisade et d\u2019o\u00f9 partent encore les p\u00e8lerins de Compostelle, puis \u00e0 Migennes, ville cheminote et fief communiste, jusqu\u2019\u00e0 il y a peu. Dans cette famille enracin\u00e9e, on n\u2019a connu que le bleu de la Grande R\u00e9volution et le rouge de la r\u00e9volte ouvri\u00e8re. <\/p>\n<p><strong><em>H\u00e9ritage formidable, h\u00e9ritage \u00e9crasant<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Avec une telle continuit\u00e9 de m\u00e9moire, l\u2019histoire intime et l\u2019histoire tout court se chevauchent. Par h\u00e9ritage et transmission soigneusement entretenue, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, on finit par &#8220;\u00eatre&#8221; soi-m\u00eame le peuple, l\u2019univers ouvrier, le combat prol\u00e9tarien, le communisme comme architecture de valeurs, comme mode de vie et comme parti. H\u00e9ritage formidable, h\u00e9ritage \u00e9crasant qui donne toute sa singularit\u00e9 \u00e0 ce qui est, en m\u00eame temps, une histoire commune, pouvant se partager avec tant d\u2019autres.<\/p>\n<p>Pascale Fautrier a choisi une forme qui, \u00e0 elle seule, dit cette complexit\u00e9 et cette totalit\u00e9. Elle est la narratrice de la saga, mais sa voix est alternativement la sienne, celle de sa grand-m\u00e8re qui a lui a donn\u00e9 les mots et les images de ses racines, celle de ses a\u00efeux, celle de son p\u00e8re. Ce livre vaut d\u2019\u00eatre lu, car il raconte en m\u00eame temps l\u2019Histoire avec un grand &#8220;H&#8221;, des histoires particuli\u00e8res et une histoire personnelle, qui ne fait pas le tri entre le public et le priv\u00e9, le politique et l\u2019intime. Pour qui ne conna\u00eet pas l\u2019histoire, ce livre est un acte d\u2019\u00e9ducation populaire et une r\u00e9flexion sur l\u2019histoire, sur la politique, sur l\u2019engagement, sur une conviction qui peut fonctionner comme une foi. Pour qui la conna\u00eet un peu mieux, c\u2019est une mani\u00e8re originale de penser la dialectique redoutable de l\u2019individu et du collectif, de l\u2019\u00e9thique de la v\u00e9rit\u00e9 et des int\u00e9r\u00eats partisans.<\/p>\n<p><strong><em>Comment rester rouge ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>On n\u2019est pas oblig\u00e9 de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tout. On peut pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019\u00e9vocation d\u2019Antoine, le vigneron jacobin, ou de Z\u00e9phirin, le bronzier communard, plut\u00f4t que celle de &#8220;JC&#8221; \u2013 Jean-Christophe Cambad\u00e9lis \u2013 l\u2019\u00e9tudiant trotskyste et anticommuniste devenu un hi\u00e9rarque de la rue de Solferino. Mais dans tout le parcours, quel que soit le personnage central, il y a le d\u00e9sir, dans chaque membre de la lign\u00e9e, de rester fid\u00e8le \u00e0 un engagement d\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle et de totale libert\u00e9.<\/p>\n<p>Rouge, toujours, solidaire et libre, sans compter. Comment l\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui, apr\u00e8s tant de tensions, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de souffrance, d\u2019espoirs fulgurants et de rudes d\u00e9sillusions ? Pascale Fautrier avoue qu\u2019elle ne saurait le dire de fa\u00e7on simple. Continuer et \u00eatre fid\u00e8le, \u00e0 une couleur, \u00e0 une id\u00e9e, \u00e0 un parti pris ? Sans doute, mais pas de la m\u00eame mani\u00e8re. Continuer, lucidement, sans oubli et sans cynisme : Pascale Fautrier a essay\u00e9 de vivre cette tension. \u00c0 sa mani\u00e8re, dans ses dialogues, aimants et\/ou tendus, avec sa grand-m\u00e8re, avec son p\u00e8re ou avec &#8220;JC&#8221;. On appr\u00e9cie ou on n\u2019appr\u00e9cie pas les choix retenus, \u00e0 tel ou tel moment. Mais on ne peut rester indiff\u00e9rent devant l\u2019\u00e9criture \u00e9l\u00e9gante et vive, l\u2019honn\u00eatet\u00e9, la sensibilit\u00e9 et la volont\u00e9 farouche de persister, contre vents et mar\u00e9es.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8735 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/rouges-fautrier-livre-1a1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/rouges-fautrier-livre-1a1-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"rouges-fautrier-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeure de Lettres, Pascale Fautrier a publi\u00e9 son roman <em>Les Rouges<\/em> en 2014, la saga d&#8217;une &#8220;dynastie&#8221; familiale de gauche. 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