{"id":87,"date":"1995-10-01T00:00:00","date_gmt":"1995-09-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/travail-performance-globale-et087\/"},"modified":"1995-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-09-30T23:00:00","slug":"travail-performance-globale-et087","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=87","title":{"rendered":"Travail, performance globale et emploi"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  C&#8217;est faire preuve d&#8217;un optimisme b\u00e9at ou d&#8217;un cynisme certain qu&#8217;affirmer, comme le font de nombreux lib\u00e9raux, que la &#8221; globalisation &#8221; de l&#8217;\u00e9conomie est porteuse de plein emploi, de croissance stable et de valorisation des ressources. Le concept de &#8221; performance globale &#8221; s&#8217;y oppose. <\/p>\n<p>L&#8217;imp\u00e9ratif de &#8221; comp\u00e9titivit\u00e9 &#8221; a essentiellement engendr\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce jour des ph\u00e9nom\u00e8nes de domination et d&#8217;exclusion sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des Etats- Nations et des continents (26 millions de ch\u00f4meurs officiellement recens\u00e9s dans la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne et autour de 60 millions d&#8217;individus condamn\u00e9s \u00e0 survivre dans la pr\u00e9carit\u00e9).<\/p>\n<p>La notion de &#8221; globalisation &#8220;, qui se r\u00e9v\u00e8le centrale dans la pr\u00e9occupation des \u00e9conomistes aujourd&#8217;hui, est, quant \u00e0 elle, le plus souvent mentionn\u00e9e avec une sorte de neutralit\u00e9 bienveillante (1). Pourtant, l&#8217;extension \u00e0 la plan\u00e8te tout enti\u00e8re du champ d&#8217;action des firmes transnationales s&#8217;est accompagn\u00e9e de l&#8217;affaiblissement des &#8221; Etats-Nations &#8220;, diminuant par l\u00e0 m\u00eame la capacit\u00e9 des gouvernements \u00e0 ma\u00eetriser les facteurs \u00e9conomiques et sociaux sans pour autant qu&#8217;\u00e9mergent au niveau mondial les indispensables structures de contr\u00f4le et de r\u00e9gulation de ces firmes. De plus, la strat\u00e9gie financi\u00e8re a pris progressivement le pas sur la strat\u00e9gie productive. Les investissements consid\u00e9rables effectu\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Atlantique ne correspondent pas \u00e0 une augmentation des capacit\u00e9s productives ni \u00e0 un processus d&#8217;accumulation du capital comme ce fut le cas durant la p\u00e9riode dite des &#8221; trente glorieuses &#8220;. Il s&#8217;agit plut\u00f4t d&#8217;un d\u00e9placement des droits priv\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9 qui se traduit le plus souvent par des op\u00e9rations de fusions\/acquisitions.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, il n&#8217;est pas surprenant que cette globalisation se d\u00e9veloppe sur un arri\u00e8re-fond de mesures n\u00e9o-lib\u00e9rales: d\u00e9r\u00e9glementation des activit\u00e9s, privatisations&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi il faut faire preuve d&#8217;un optimisme b\u00e9at ou d&#8217;un cynisme certain pour affirmer, comme le font encore de nombreux lib\u00e9raux, que cette globalisation est porteuse de l&#8217;allocation optimale des ressources, du plein emploi et d&#8217;une croissance stable. En fait, les profits ne trouvent pas de d\u00e9bouch\u00e9s suffisants dans des investissements dont la rentabilit\u00e9 est jug\u00e9e uniquement \u00e0 court terme sur le plan financier. Ils ne peuvent donc d\u00e9velopper de v\u00e9ritables capacit\u00e9s de production et, par cons\u00e9quent, cr\u00e9er des richesses. G\u00e9rer la crise revient alors \u00e0 trouver d&#8217;autres d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 cet exc\u00e9dent de capitaux flottants de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter leur d\u00e9valorisation massive et brutale comme cela s&#8217;\u00e9tait produit dans les ann\u00e9es 1930 (2).<\/p>\n<p> <strong>  Mondialisation du capital et travail  <\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, la &#8221; guerre &#8221; \u00e9conomique et technologique ne fonctionne plus qu&#8217;au b\u00e9n\u00e9fice d&#8217;une infime partie de la population mondiale tout en essayant de masquer les d\u00e9sastres ainsi provoqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette guerre qui garantit \u00e0 des minorit\u00e9s les conditions du maintien de leurs privil\u00e8ges financiers ou patrimoniaux n&#8217;a rien \u00e0 voir avec la production et les \u00e9changes et ne peut pas incarner ce qu&#8217;il y a de plus essentiel dans l&#8217;activit\u00e9 productive et sociale.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter que, si le mouvement de mondialisation int\u00e8gre progressivement les marchandises, les technologies et bien s\u00fbr les techniques financi\u00e8res dans son espace, il n&#8217;int\u00e8gre le travail que du point de vue de sa &#8221; productivit\u00e9 apparente &#8220;.<\/p>\n<p>Or, un march\u00e9 qui n&#8217;int\u00e8gre que cette dimension permet aux firmes d&#8217;exploiter en toute impunit\u00e9 les diff\u00e9rences de r\u00e9mun\u00e9ration du travail d&#8217;une r\u00e9gion \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;un pays \u00e0 l&#8217;autre ou d&#8217;un continent \u00e0 l&#8217;autre. Les &#8221; d\u00e9localisations &#8221; jouent ainsi sur la remise en cause de la l\u00e9gislation du travail et sur la destruction des conventions salariales nationales. Le capital-argent devient donc une force \u00e0 peu pr\u00e8s incontr\u00f4lable qui se dresse face \u00e0 la croissance mondiale condamnant par l\u00e0 m\u00eame des millions de salari\u00e9s et de jeunes au ch\u00f4mage structurel et \u00e0 la marginalisation sociale. Cette mondialisation du capital va de plus en plus de pair avec un repli x\u00e9nophobe car un certain &#8221; internationalisme des \u00e9lites &#8221; au sommet provoque, par r\u00e9action, &#8221; \u00e0 la base &#8221; la r\u00e9surgence des nationalismes politiques ou religieux les plus r\u00e9gressifs.<\/p>\n<p>Afin de s&#8217;opposer aux d\u00e9g\u00e2ts de cette acception de la comp\u00e9titivit\u00e9 li\u00e9s \u00e0 une conception du travail r\u00e9duite \u00e0 n&#8217;\u00eatre qu&#8217;un co\u00fbt \u00e9valuable au m\u00eame titre que les autres facteurs de production, le concept de &#8221; performance globale &#8221; a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 par un certain nombre de travaux (3). La performance globale devient alors la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente d&#8217;un syst\u00e8me socio-productif non r\u00e9ductible \u00e0 la somme des performances partielles des entreprises, qui repose sur un encha\u00eenement vertueux entre l&#8217;\u00e9conomie et le social et sur le souci de la r\u00e9ussite \u00e0 long terme. Ces travaux ont montr\u00e9 que la d\u00e9marche classique issue des sch\u00e9mas tayloriens et fordiens avaient entra\u00een\u00e9 des r\u00e9sultats d\u00e9plorables en mati\u00e8re d&#8217;emploi et avaient st\u00e9rilis\u00e9 les potentialit\u00e9s productives et humaines. L&#8217;accent a donc \u00e9t\u00e9 mis sur une sortie de crise &#8221; par le haut &#8221; en soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;efficacit\u00e9 des organisations et des processus de production par implication des salari\u00e9s dans des contrats salariaux stables. Cela passe, entre autres, par la mise en place d&#8217;une &#8221; flexibilit\u00e9 offensive &#8221; qui favorise les organisations qualifiantes et qui est fond\u00e9e sur une logique de compromis r\u00e9ciproques entre le capital et le travail.<\/p>\n<p>La notion de performance globale au sein des entreprises, entre les entreprises elles-m\u00eames et entre les entreprises et la soci\u00e9t\u00e9, vise \u00e0 souligner qu&#8217;il existe une interd\u00e9pendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (technologie, organisation, march\u00e9, formation, recherche, financement &#8230;). Il convient n\u00e9anmoins de distinguer les diff\u00e9rents niveaux de la performance afin de ne pas faire se t\u00e9lescoper les concepts de productivit\u00e9, de comp\u00e9titivit\u00e9 et de rentabilit\u00e9 (4).- Le niveau &#8221; physique &#8221; est celui de l&#8217;efficacit\u00e9 dans l&#8217;utilisation des ressources pour une production consid\u00e9r\u00e9e (rapport output\/input).- Le niveau &#8221; marchand &#8221; est celui de l&#8217;efficience dans l&#8217;ad\u00e9quation de la production consid\u00e9r\u00e9e aux besoins \u00e0 satisfaire (marge de profit).- Le niveau &#8221; financier &#8221; est celui de l&#8217;effectivit\u00e9 dans la r\u00e9alisation des objectifs ultimes vis\u00e9s \u00e0 travers la production consid\u00e9r\u00e9e (taux de profit).<\/p>\n<p>Or, la gestion financi\u00e8re repr\u00e9sente &#8221; l&#8217;\u00e9tage sup\u00e9rieur &#8221; de la gestion du point de vue du mouvement du capital et des pratiques concr\u00e8tes des directions d&#8217;entreprise. Sa place reste d\u00e9terminante et influe directement sur le contenu de la gestion industrielle.<\/p>\n<p> <strong>  Le poids pr\u00e9dominant des crit\u00e8res financiers  <\/strong><\/p>\n<p>Aussi, le niveau de d\u00e9cision strat\u00e9gique o\u00f9 pr\u00e9vaut l&#8217;exigence de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re n&#8217;est gu\u00e8re sensible aux arguments en faveur du maintien du volume d&#8217;activit\u00e9, de la qualit\u00e9 du travail, voire des imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 que peuvent mettre en valeur les niveaux de d\u00e9cision op\u00e9rationnels. La hi\u00e9rarchie des syst\u00e8mes de gestion et le poids pr\u00e9dominant des crit\u00e8res financiers sur les tableaux de bord physiques ou sur la &#8221; variable ressources humaines &#8220;, g\u00e9n\u00e8re de multiples effets pervers.<\/p>\n<p>&#8221; L&#8217;enrichissement en comp\u00e9tences comptabilis\u00e9 comme une charge appauvrit financi\u00e8rement l&#8217;entreprise, alors que les licenciements am\u00e9liorent les r\u00e9sultats et le bilan. C&#8217;est l&#8217;oeuvre d&#8217;une logique financi\u00e8re et non entrepreneuriale qui va \u00e0 l&#8217;encontre d&#8217;une politique favorable \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;emploi.&#8221; (5). En cons\u00e9quence, le traitement de la crise sera sans efficacit\u00e9 si l&#8217;on ne modifie pas les r\u00e8gles sociales qui commandent les d\u00e9cisions d&#8217;investissement aussi bien dans la sph\u00e8re productive que financi\u00e8re, et qui orientent \u00e9galement la r\u00e9partition des revenus et de la consommation. Autrement dit, il s&#8217;agit de d\u00e9finir un projet social coh\u00e9rent qui ne soit plus construit sur le r\u00e9gime exclusif de la rentabilit\u00e9. Pourtant, dans la plupart des entreprises fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res, la mesure de la productivit\u00e9 reste presque toujours plac\u00e9e dans le champ de la rentabilit\u00e9. C&#8217;est en r\u00e9duisant l&#8217;ensemble des co\u00fbts pour une m\u00eame quantit\u00e9 de produits que les entreprises souhaitent assurer la productivit\u00e9 de l&#8217;ensemble des facteurs. Les ratios utilis\u00e9s (main d&#8217;oeuvre\/produits finis, chiffre d&#8217;affaires\/effectif&#8230;) incitent les responsables \u00e0 compromettre le moyen terme et le long terme pour afficher les r\u00e9sultats \u00e0 partir desquels ils seront eux-m\u00eames \u00e9valu\u00e9s.<\/p>\n<p>Enferm\u00e9 dans des normes standards qui ne prennent pas en compte le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de production et des &#8221; ressources humaines &#8221; n\u00e9cessaires, le syst\u00e8me p\u00e9nalisera le moyen-long terme, en particulier la formation des individus. Les ratios utilis\u00e9s ne diff\u00e9rencient pas les multiples composantes du travail et consid\u00e8rent uniquement le co\u00fbt global des effectifs et non l&#8217;organisation du travail ou les niveaux de qualification. Il devient d\u00e8s lors quasiment impossible de &#8221; changer le travail &#8221; si ne sont int\u00e9gr\u00e9es que les dimensions &#8221; passives &#8221; de celui-ci au d\u00e9triment de ses ressources &#8221; actives &#8221; (6).<\/p>\n<p>De plus, \u00e0 tous les niveaux de la hi\u00e9rarchie, chacun risque fort de rester prisonnier inconsciemment ou sur un mode passif d&#8217;un certain nombre de ratios (physiques, \u00e9conomiques, financiers) qui r\u00e8glent les rapports entre les individus et les cat\u00e9gories professionnelles et qui traduisent \u00e9galement la hi\u00e9rarchie des statuts et des fonctions. Le d\u00e9passement de cette fonctionnalit\u00e9 unidimensionnelle qui g\u00e9n\u00e8re le plus souvent soumission et conformisme professionnel passe par la reconnaissance du niveau contextualis\u00e9 de ces crit\u00e8res de gestion, qui sont aussi des crit\u00e8res de normalisation des comportements et des repr\u00e9sentations. Cela peut permettre de prendre conscience de l&#8217;orientation r\u00e9elle des choix qui sont op\u00e9r\u00e9s derri\u00e8re les calculs formels et qui se r\u00e9f\u00e8rent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des objectifs, \u00e0 des projets et \u00e0 des int\u00e9r\u00eats dont il convient pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9battre.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les nouvelles formes de rationalisation de la production li\u00e9es au juste-\u00e0-temps et \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie de vari\u00e9t\u00e9 ne fonderont pas \u00e0 elles seules un nouveau syst\u00e8me productif (7). Tout au plus &#8221; l&#8217;intellectualisation &#8221; du travail consiste-t-elle \u00e0 mobiliser mentalement les t\u00e2ches simples ou complexes en occupant en permanence l&#8217;esprit des op\u00e9rateurs et en \u00e9vacuant toute possibilit\u00e9 r\u00e9elle d&#8217;autonomie, c&#8217;est-\u00e0-dire de prise de distance avec l&#8217;activit\u00e9 quotidienne et la situation imm\u00e9diate de travail.<\/p>\n<p> <strong>  Les param\u00e8tres socio-organisationnels  <\/strong><\/p>\n<p>Dans un certain nombre de secteurs (m\u00e9tallurgie, habillement&#8230;), la subordination du travail sous la forme de son intensification accrue trouve sa source dans le type de productivit\u00e9 qui est \u00e0 l&#8217;oeuvre. Il faut en effet produire autant avec des effectifs r\u00e9duits.<\/p>\n<p>Comment s&#8217;\u00e9tonner d\u00e8s lors de la crise d&#8217;efficacit\u00e9 m\u00eame du travail et de sa contre productivit\u00e9 (rebuts, malfa\u00e7ons&#8230;) si les salari\u00e9s restent soumis aux pr\u00e9occupations du co\u00fbt et du rendement, c&#8217;est-\u00e0-dire aux anciens modes d&#8217;\u00e9valuation ?<\/p>\n<p>Comment s&#8217;\u00e9tonner \u00e9galement de la recrudescence de nombreuses pathologies in\u00e9dites, en particulier les affections p\u00e9ri-articulaires dans des activit\u00e9s qui cumulent hypersollicitation de certains membres et resserrement des contraintes temporelles li\u00e9es \u00e0 la livraison en juste-\u00e0-temps ?<\/p>\n<p>Cette recherche permanente de la productivit\u00e9 au sens classique se r\u00e9alise au d\u00e9triment des facteurs de &#8221; comp\u00e9titivit\u00e9 hors prix &#8220;, en particulier de la qualit\u00e9, et nuit \u00e0 l&#8217;obtention d&#8217;une v\u00e9ritable &#8221; performance globale &#8220;. Les menaces sur l&#8217;emploi, l&#8217;inadaptation des moyens accord\u00e9s pour remplir des objectifs tr\u00e8s difficiles \u00e0 atteindre et souvent contradictoires (d\u00e9lais\/qualit\u00e9, par exemple) engendrent un sentiment d&#8217;impuissance \u00e0 influer sur ces conditions de travail et d&#8217;emploi, un d\u00e9ficit de projection de soi dans un avenir professionnel, des sympt\u00f4mes de stress, d&#8217;angoisse, d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, de perte du sens associ\u00e9 au travail (8).<\/p>\n<p>Sortir de cet \u00e9tat de choses implique de tenir un discours dont les objectifs sont \u00e0 la fois scientifiques et politiques. Il convient d&#8217;\u00e9tablir des liens tr\u00e8s puissants entre choix de gestion, \u00e9quilibres \u00e9conomiques et dynamiques de soci\u00e9t\u00e9. Cela exige de construire des outils et crit\u00e8res de gestion permettant de poser les probl\u00e8mes diff\u00e9remment et de prendre en compte des d\u00e9cisions plus conformes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du travail et \u00e0 ses cons\u00e9quences et donc aux int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 globale (9).<\/p>\n<p>Les nouveaux crit\u00e8res de gestion devront int\u00e9grer les param\u00e8tres socio-organisationnels (formation, apprentissage, polyvalence, maintenance, coordination horizontale&#8230;) lors des choix d&#8217;investissement tant au niveau des gains que des co\u00fbts attendus. La seule focalisation sur les co\u00fbts salariaux peut conduire \u00e0 des changements techniques et organisationnels comportant des surco\u00fbts importants sur le plan financier et social. De m\u00eame, il faudra reconsid\u00e9rer les p\u00e9riodes d&#8217;anticipation et l&#8217;\u00e9tendue des p\u00e9rim\u00e8tres d&#8217;action consid\u00e9r\u00e9s lors de ces choix d&#8217;investissement. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 (10) que, selon le mode d&#8217;\u00e9valuation et le p\u00e9rim\u00e8tre retenu, la rentabilit\u00e9 mesur\u00e9e par le d\u00e9lai de retour pouvait varier du simple au double.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9conomiste Hugues Bertrand a ainsi montr\u00e9 (11), \u00e0 partir d&#8217;une \u00e9tude de cas, que les co\u00fbts indirects virtuels (co\u00fbts de pr\u00e9paration et de lancement du projet&#8230;) et les co\u00fbts indirects r\u00e9els (embauche d&#8217;int\u00e9rimaires, primes de productivit\u00e9&#8230;) interviennent pour la moiti\u00e9 sur l&#8217;allongement du d\u00e9lai de retour des d\u00e9penses engag\u00e9es.<\/p>\n<p>La &#8221; nouvelle productivit\u00e9 &#8221; qui accompagnera les nouveaux crit\u00e8res de gestion n\u00e9cessitera en tout \u00e9tat de cause un vaste d\u00e9ploiement non seulement des comp\u00e9tences professionnelles et donc de la formation, mais aussi des temps de communication, d&#8217;analyses et d&#8217;\u00e9tudes des probl\u00e8mes de production et d&#8217;usage des produits, de mise en relation d&#8217;acteurs tr\u00e8s divers, de montage de r\u00e9seaux d&#8217;\u00e9changes et de travail en commun&#8230;<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de sa performance \u00e9conomique, l&#8217;efficacit\u00e9 &#8221; soci\u00e9tale &#8221; de l&#8217;entreprise r\u00e9sidera dans sa capacit\u00e9 \u00e0 investir dans la lutte contre l&#8217;exclusion en internalisant un certain nombre de param\u00e8tres qu&#8217;elle se contente le plus souvent aujourd&#8217;huide rejeter sur la collectivit\u00e9 sous la forme de &#8221; co\u00fbts sociaux &#8220;.<\/p>\n<p>N&#8217;oublions pas enfin que la plupart des instruments de gestion traditionnels d\u00e9clinent la pr\u00e9occupation de l&#8217;entit\u00e9 &#8221; soci\u00e9t\u00e9 &#8221; (au sens juridique de la propri\u00e9t\u00e9 des actionnaires) plut\u00f4t que celle de l&#8217;entit\u00e9 &#8221; entreprise &#8221; au sens de syst\u00e8me de production finalis\u00e9e par la cr\u00e9ation de richesses (12).<\/p>\n<p>Or, l&#8217;actif d&#8217;une entreprise s&#8217;\u00e9value moins en terme de valeur patrimoniale que de capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er de la richesse. D&#8217;o\u00f9 une recherche des formes juridiques les plus appropri\u00e9es pour mettre en valeur cette capacit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Pour la recomposition du tissu \u00e9conomique, social et relationnel  <\/strong><\/p>\n<p>Afin de ne pas enfermer les espaces de pouvoirs \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des seules unit\u00e9s de production, il faudra \u00e9galement concevoir des formes institutionnelles in\u00e9dites susceptibles de cr\u00e9er de nouveaux lieux de d\u00e9cision dans l&#8217;entreprise et hors de l&#8217;entreprise, qui soient \u00e0 m\u00eame de d\u00e9finir les choix d&#8217;orientation des investissements, les besoins de socialisation du salaire, de part affect\u00e9e \u00e0 la recherche et \u00e0 l&#8217;innovation&#8230;<\/p>\n<p>D&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0, la n\u00e9cessit\u00e9 s&#8217;impose d&#8217;interpeller les choix \u00e9conomiques et de d\u00e9battre collectivement, au-del\u00e0 des replis individualistes, des crit\u00e8res d&#8217;acc\u00e8s aux emplois, de l&#8217;affectation de fonds financiers, de production de services&#8230; Bref de d\u00e9battre des conditions mat\u00e9rielles d&#8217;une recomposition du tissu \u00e9conomique, social et relationnel. Il s&#8217;agit l\u00e0 de vrais d\u00e9bats qui sont aussi des combats car ils mettent aux prises des visions du monde et des projets de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>* Daniel Bachet, sociologue<\/p>\n<p>** Jacques Durrafourg, ergonome<\/p>\n<p>1. Voir l&#8217;ouvrage F.Chesnais, la Mondialisation du capital, \u00e9ditions Syros 1994, qui constitue une trop rare exception.<\/p>\n<p>2. Samir Amin, la Gestion capitaliste de la crise, \u00e9ditions l&#8217;Harmattan 1995.<\/p>\n<p>3. Voir en particulier le document du XIe Plan: &#8221; France: le choix de la performance globale &#8220;, Documentation fran\u00e7aise, 1992.<\/p>\n<p>4. Intervention de J.H.Jacot dans le cadre de l&#8217;INTEFP, le 12 d\u00e9cembre 1994.<\/p>\n<p>5. M.Capron, &#8221; Rationalit\u00e9 \u00e9conomique contre coh\u00e9sion sociale &#8220;, p.36, revue Travail no 34.Voir l&#8217;excellent dossier intitul\u00e9 &#8221; Compter le travail &#8220;.<\/p>\n<p>6. Rachel Beaujolin, &#8221; Outils de gestion et prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de r\u00e9duction des effectifs &#8220;, revue Travail (op.cit\u00e9).<\/p>\n<p>7. Comme l&#8217;indique J.-P.Durand, &#8221; Mutation, r\u00e9sistances et significations &#8221; in R.Boyer et J.-P.Durand, l&#8217;Apr\u00e8s Fordisme, \u00e9ditions Syros, 1993.<\/p>\n<p>8. Cf.F.Ginsbourger, note interne \u00e0 l&#8217;ANACT.<\/p>\n<p>9. Voir le travail pr\u00e9curseur de Paul Boccara dans ce domaine ainsi que les travaux d&#8217;auteurs aussi divers que M.Bartoli, Y.Clot, F.Hubault, M.Lepetit, T.Rochefort&#8230;<\/p>\n<p>10. Hugues Bertrand, &#8221; l&#8217;Int\u00e9gration des ressources humaines dans l&#8217;\u00e9valuation \u00e9conomique des investissements &#8220;, revue Travail (op.cit\u00e9).<\/p>\n<p>11. Op.cit\u00e9.<\/p>\n<p>12. Voir les pistes propos\u00e9es par P.-L.Brodier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  C&#8217;est faire preuve d&#8217;un optimisme b\u00e9at ou d&#8217;un cynisme certain qu&#8217;affirmer, comme le font de nombreux lib\u00e9raux, que la &#8221; globalisation &#8221; de l&#8217;\u00e9conomie est porteuse de plein emploi, de croissance stable et de valorisation des ressources. Le concept de &#8221; performance globale &#8221; s&#8217;y oppose. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-87","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/87","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=87"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/87\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=87"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=87"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=87"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}