{"id":8699,"date":"2015-05-18T12:13:30","date_gmt":"2015-05-18T10:13:30","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/quand-mediapart-se-fourvoie-dans\/"},"modified":"2023-07-03T14:34:28","modified_gmt":"2023-07-03T12:34:28","slug":"quand-mediapart-se-fourvoie-dans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8699","title":{"rendered":"Quand Mediapart se fourvoie dans la &#8220;science \u00e9conomique&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Mediapart a cr\u00e9\u00e9 il y a deux mois une nouvelle \u00e9mission consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux \u00e9conomistes : En classe \u00e9co. Retour sur quelques questions abord\u00e9es dont on pouvait esp\u00e9rer des \u00e9clairages et des d\u00e9bats d\u2019\u00e9conomie critique. Ce n\u2019est pas le cas.<\/p>\n<p>Mediapart a cr\u00e9\u00e9 il y a deux mois une nouvelle \u00e9mission consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux \u00e9conomistes : En classe \u00e9co. L\u2019\u00e9mission a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 deux &#8220;jeunes&#8221; \u00e9conomistes proches de Thomas Piketty, <a href=\"http:\/\/www.inegalites.fr\/spip.php?article705\">Camille Landais<\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/Pour-en-finir-vraiment-avec-les,7305\">Gabriel Zucman<\/a>. A priori, pourquoi pas ?<\/p>\n<p><strong><em>Les questions les plus excitantes<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019objectif est de parler de fa\u00e7on p\u00e9dagogique des questions les plus &#8220;excitantes&#8221; qui traversent les r\u00e9alit\u00e9s et les recherches \u00e9conomiques actuelles. Trois \u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce jour publi\u00e9es. &#8220;\u00c0 quoi servent les \u00e9conomistes ?&#8221;, le 19 mars. &#8220;Que faire contre le ch\u00f4mage des jeunes ?&#8221;, le 4 avril et, le 9 mai, &#8220;L\u2019Europe est-elle condamn\u00e9e \u00e0 la r\u00e9cession ?&#8221; <\/p>\n<p>L\u2019ambition des questions pos\u00e9es souligne la pauvret\u00e9 des r\u00e9ponses apport\u00e9es. La faute au format : une longue interview d\u2019un \u00e9conomiste au lieu d\u2019un d\u00e9bat (comme celui, passionnant, entre Thomas Piketty et Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon (et Guy Sorman) lors de l\u2019\u00e9mission <em><a href=\"http:\/\/www.france2.fr\/emissions\/ce-soir-ou-jamais\/diffusions\/17-04-2015_321671\">Ce soir (ou jamais !)<\/a><\/em> le 27 avril. Ce n\u2019est pas seulement affaire de forme mais aussi de contenu. Pour une fois, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, des \u00e9conomistes ont trait\u00e9, <a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/gadrey\/2015\/04\/22\/pikettylordon-un-debat-d%E2%80%99une-exceptionnelle-qualite\/\">comme l\u2019a not\u00e9 Jean Gadrey<\/a>, <em>\u00ab du capital, du capitalisme et de sa correction, r\u00e9gulation ou d\u00e9passement \u00bb<\/em>. Avec En classe \u00e9co, on est dans la &#8220;science \u00e9conomiques et on y reste. L\u2019\u00e9mission est r\u00e9serv\u00e9e aux abonn\u00e9s de Mediapart. Mais un retour sur quelques questions abord\u00e9es n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9conomie et les \u00e9conomistes<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie, <a href=\"http:\/\/metapolitica.blogspot.fr\/2015\/04\/entrevista-con-jacques-ranciere-por.html\">dit le philosophe Jacques Ranci\u00e8re<\/a>, est une science <em>\u00ab dont les gouvernants actuels se pr\u00e9valent et dont ils ne feraient qu\u2019appliquer des lois d\u00e9clar\u00e9es objectives et in\u00e9luctables \u2013 lois qui sont miraculeusement en accord avec les int\u00e9r\u00eats des classes dominantes \u00bb<\/em>. Non seulement ces \u00e9conomistes n\u2019ont pas pr\u00e9vu la grande crise de 2007\/2008, mais ils avaient pr\u00e9vu qu\u2019en se soumettant aux lois qu\u2019ils \u00e9dictent, elle ne se produirait pas. <em>\u00ab Le principal probl\u00e8me de la pr\u00e9vention de la d\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu en pratique \u00bb<\/em>, affirmait en 1995 l\u2019un de leurs chefs de file, le prix &#8220;Nobel&#8221; Robert Lucas (cit\u00e9 par Paul Krugman, <em><a href=\"http:\/\/www.seuil.com\/livre-9782757842010.htm\">Pourquoi les crises reviennent toujours ?<\/a><\/em> Seuil 2014) Alors m\u00eame que la crise est advenue parce qu\u2019on s\u2019est soumis \u00e0 la mise en \u0153uvre de ces lois. Le pire est sans doute que loin d\u2019en conclure \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de revoir cette science de fond en comble, les gouvernants et ces \u00e9conomistes en tirent argument pour aller plus loin, plus fort, plus haut dans le m\u00eame sens et pour h\u00e2ter le d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019Etat social.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie dont il est ici question ne recouvre pas la totalit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce, mais la sous esp\u00e8ce n\u00e9o- classique dominante, qui tend effectivement \u00e0 coloniser tout le territoire comme des perches du Nil dans le lac Victoria. <\/p>\n<p>Mais la bataille existe. On peut m\u00eame dire qu\u2019elle fait rage. \u00c0 l\u2019universit\u00e9, elle oppose celles et ceux qui veulent d\u00e9fendre le pluralisme par la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle section &#8220;\u00c9conomie et soci\u00e9t\u00e9&#8221; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019actuelle section de &#8220;Sciences \u00e9conomiques&#8221; au sein de laquelle le pluralisme se r\u00e9duit comme peau de chagrin. Les adversaires de cette cr\u00e9ation, entre autres le prix &#8220;Nobel&#8221; Jean Tirole et le nouveau professeur au Coll\u00e8ge de France, Philippe Aghion, ont fait pression sur la Secr\u00e9taire d\u2019Etat des Universit\u00e9s et en ont obtenu le blocage. Le r\u00e9cent prix &#8220;Nobel&#8221; a <a href=\"http:\/\/assoeconomiepolitique.org\/lettre-ouverte-jean-tirole-la-diversite-intellectuelle-nest-pas-source-dobscurantisme-et-de-relativisme-mais-dinnovations-et-de-decouvertes\/#more-3386\">notamment mis en doute la qualit\u00e9 des travaux scientifiques<\/a> de ceux qui demandent cette cr\u00e9ation, et affirm\u00e9 que ce projet <em>\u00ab promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l\u2019obscurantisme \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9mission de <em>Mediapart<\/em>, Camille Landais et son interlocuteur Yann Algan, professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e0 Sciences Po, se sont rang\u00e9s dans  les adversaires, tout en souhaitant davantage de pluralisme au sein de la section unique. Ainsi ne tiennent-ils aucun compte du fait que la part des \u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes s\u00e9lectionn\u00e9s comme professeurs d\u2019universit\u00e9 est progressivement tomb\u00e9e \u00e0 10% puis \u00e0 5 % des recrutements, comme l\u2019a \u00e9tabli <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/economie-le-gouvernement\">une \u00e9tude de l\u2019Association des professeurs d\u2019\u00e9conomie politique<\/a> (AFEP). <a href=\"http:\/\/www.maxpo.eu\/pub\/maxpo_dp\/maxpodp14-3.pdf\">Une autre \u00e9tude<\/a>, \u00e0 laquelle Yann Algan a lui-m\u00eame contribu\u00e9, a pourtant montr\u00e9 que les \u00e9conomistes dominants \u00e9taient dominateurs et qu\u2019ils ne respectaient aucunement &#8220;les r\u00e8gles du march\u00e9&#8221; dont ils sont par ailleurs les d\u00e9fenseurs syst\u00e9miques. <\/p>\n<p>Cette question a une importance qui d\u00e9passe le seul enjeu strictement universitaire. L\u2019universit\u00e9 et la recherche, <a href=\"http:\/\/www.alterecoplus.fr\/economie\/le-pluralisme-de-la-reflexion-economique-est-une-necessite-democratique-201505121800-00001342.html\">explique Andr\u00e9 Orl\u00e9an<\/a>, pr\u00e9sident de l\u2019AFEP \u00e0 l\u2019occasion de la publication du <em><a href=\"http:\/\/www.editionslesliensquiliberent.fr\/livre-A_quoi_servent_les_%C3%A9conomistes_s_ils_disent_tous_la_m%C3%AAme_chose_-9791020902733-1-1-0-1.html\">Manifeste pour une \u00e9conomie pluraliste<\/a><\/em>, sont les lieux de formation de la r\u00e9flexion \u00e9conomique.<em> \u00ab Lorsqu\u2019il y r\u00e8gne une pens\u00e9e unique pendant de nombreuses ann\u00e9es, cela ne peut manquer de se transmettre ensuite \u00e0 l\u2019ensemble du d\u00e9bat public. \u00bb <\/em> Bien entendu ajoute-t-il, <em>\u00ab il existe une forme de diversit\u00e9 dans le d\u00e9bat mais elle reste confin\u00e9e dans des bornes \u00e9troites qui ne laissent gu\u00e8re de place \u00e0 des points de vue r\u00e9ellement diff\u00e9rents. \u00bb<\/em>  <\/p>\n<p>L\u2019argument principal avanc\u00e9 par Yann Algan est que <em>\u00ab la distinction entre \u00e9conomistes orthodoxes et \u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes fait moins sens, notamment parmi les jeunes \u00e9conomistes \u00bb.<\/em> Sauf que comme le note le Manifeste de l\u2019AFEP, <em>\u00ab Le d\u00e9ni de la distinction orthodoxie \/ h\u00e9t\u00e9rodoxie est l\u2019indice que l\u2019on a affaire \u00e0 un orthodoxe. Et ce d\u2019autant plus que orthodoxie ne veut pas dire uniformit\u00e9, la diversit\u00e9 (ou le pluralisme) restant cependant superficielle et de second ordre. \u00bb<\/em> Ce que confirme \u00e0 sa fa\u00e7on Yann Algan : <em>\u00ab On travaille tous sur l\u2019\u00eatre humain, et on essaye de mobiliser, avec des m\u00e9thodes potentiellement diff\u00e9rentes, l\u2019ensemble des dimensions n\u00e9cessaires \u00e0 la compr\u00e9hension des comportements \u00bb,<\/em> signifiant par-l\u00e0 que l\u2019analyse des rapports sociaux de production et de r\u00e9partition des richesses n\u2019est pas leur commune tasse de th\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>La confiance<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Une partie de l\u2019\u00e9mission <em>\u00c0 quoi servent les \u00e9conomistes<\/em> a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 la question de la confiance qui est au centre des travaux de Yann Algan. Il est le coauteur avec Pierre Cahuc et Andr\u00e9 Zylberberg (deux signataires avec Jean Tirole de l\u2019appel pour un Jobs Act \u00e0 la fran\u00e7aise) de <em>La fabrique de la d\u00e9fiance<\/em> et <em>Comment s\u2019en sortir ? <\/em> (2012, Albin Michel). <\/p>\n<p>Avec la crise et ses diff\u00e9rentes dimensions, la confiance est redevenue un enjeu majeur. Sans confiance \u00e0 son \u00e9gard, pas de monnaie. Sans confiance dans l\u2019avenir, pas d\u2019investissement. Sans confiance dans les autres, pas de coop\u00e9rations.<br \/>\nLa question n\u2019est donc pas l\u2019importance du sujet, mais la fa\u00e7on dont on le traite et pour quoi faire.<\/p>\n<p>La question de la confiance peut \u00eatre pos\u00e9e pour enrichir la critique de l\u2019invasion du march\u00e9 et des in\u00e9galit\u00e9s, ou le combat pour les solidarit\u00e9s. Mais, explique l\u2019\u00e9conomiste \u00c9loi Laurent dans le livre qu\u2019il a consacr\u00e9 \u00e0 <em>L\u2019Economie de la confiance<\/em> (La D\u00e9couverte 2012), elle peut \u00eatre engag\u00e9e dans des combats beaucoup plus douteux allant de la psychologisation des questions sociales, aux th\u00e9ories de l\u2019envahissement culturel, en passant par les injonctions au devoir de confiance et d\u2019optimisme.<\/p>\n<p>Pour ce qui la concerne, la th\u00e8se de Yann Algan est la suivante : La France se distinguerait des autres pays d\u00e9velopp\u00e9s par un niveau \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9fiance. La responsabilit\u00e9 en incomberait au mod\u00e8le social fran\u00e7ais institu\u00e9 apr\u00e8s-guerre (s\u00e9curit\u00e9 sociale, planification, interventionnisme \u00e9conomique de l\u2019Etat, etc..) qui combinerait l\u2019\u00e9tatisme et le corporatisme. Le co\u00fbt \u00e9conomique et social de cette<br \/>\n<em>\u00ab d\u00e9fiance mutuelle \u00bb<\/em> serait consid\u00e9rable, <em>\u00ab le d\u00e9ficit de confiance expliquerait deux points de PIB de perte \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>C\u2019est un embrigadement de la question de la confiance pour un autre combat douteux analyse \u00c9loi Laurent, celui de <em>\u00ab la lutte contre les suppos\u00e9es rigidit\u00e9s structurelles de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qui seraient au fondement de ses probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux \u00bb. \u00ab Un lien est en effet postul\u00e9 entre rigidit\u00e9s structurelles et rigidit\u00e9s culturelles, ces derni\u00e8res (&#8220;d\u00e9fiance&#8221;, &#8220;incivisme&#8221; mais aussi \u00e0 l\u2019occasion &#8220;valeurs familiales&#8221;) \u00e9tant notamment cens\u00e9es constituer l\u2019arri\u00e8re-plan des blocages oppos\u00e9s \u00e0 la conduite des bienfaisantes r\u00e9formes de flexibilisation des march\u00e9s du travail et de lib\u00e9ration de la croissance men\u00e9es en Europe depuis le milieu des ann\u00e9es 1980 et auxquelles la France se d\u00e9roberait pour son malheur. \u00bb<\/em> Yann Algan soutient la loi Macron. C\u2019est surtout sur la m\u00e9thode pour la faire passer qu\u2019il prodigue des conseils.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9tude publi\u00e9e d\u00e9but 2009 (<em><a href=\"http:\/\/spire.sciencespo.fr\/hdl:\/2441\/eu4vqp9ompqllr09ha8hi2l12\">Peut-on se fier \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9fiance ?<\/a><\/em>), \u00c9loi Laurent s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 une critique d\u00e9taill\u00e9e et ravageuse de la pertinence th\u00e9orique et empirique du travail de Yann Algan et Pierre Cahuc, et m\u00eame, tout simplement, de sa rigueur scientifique. <\/p>\n<p>Retenons ici l\u2019essentiel. Ce n\u2019est pas, en tout cas en France, la d\u00e9fiance qui explique les difficult\u00e9s sociales, mais le contraire.  <\/p>\n<p><strong><em>Le ch\u00f4mage (des jeunes)<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Invit\u00e9 de la deuxi\u00e8me \u00e9mission, Bruno Cr\u00e9pon est chercheur associ\u00e9 au Centre de recherche en \u00e9conomie et statistiques (CREST) et membre associ\u00e9 au J-Pal fond\u00e9 par Esther Duflo. Selon lui, l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques par randomisation [[La randomisation est utilis\u00e9e de longue date dans le domaine de la sant\u00e9. Elle consiste \u00e0 \u00e9valuer l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019un traitement en constituant de fa\u00e7on al\u00e9atoire deux groupes d\u2019individus, l\u2019un \u00e0 qui on applique le traitement et l\u2019autre \u00e0 qui on ne l\u2019applique pas. En principe, l\u2019application du traitement au groupe t\u00e9moin est effectu\u00e9e ult\u00e9rieurement en tenant compte des r\u00e9sultats.]] constitue la principale avanc\u00e9e de ces derni\u00e8res ann\u00e9es en mati\u00e8re de lutte contre le ch\u00f4mage. C\u2019est une <em>\u00ab r\u00e9volution \u00bb<\/em>, dit-il. <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9valuation des politiques publiques est n\u00e9cessaire \u00e0 condition d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame d\u00e9battue soigneusement. Et la randomisation fait partie des pratiques utiles, m\u00eame si, elle a elle-m\u00eame ses limites. Mais l\u2019orientation et le cadre th\u00e9orique reste d\u00e9terminants. Camille Landais l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part de l\u2019\u00e9mission : l\u2019enjeu ce sont <em>\u00ab les dysfonctionnements du march\u00e9 du travail \u00bb<\/em>. On est bien dans le cadre n\u00e9o-classique selon lequel le ch\u00f4mage r\u00e9sulte d\u2019un mauvais fonctionnement du march\u00e9 du travail, avec une demande trop rigide, de mauvaise qualit\u00e9 et trop co\u00fbteuse.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel des politiques publiques test\u00e9es par randomisation, ont ainsi concern\u00e9 les dispositifs d\u2019accompagnement renforc\u00e9 des demandeurs d\u2019emploi marginalis\u00e9s (am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 des demandes d\u2019emploi). Mais les limites sont \u00e9videntes. Bruno Cr\u00e9pon le dit lui-m\u00eame. Les \u00e9valuations montrent que si la situation des gens aid\u00e9s s\u2019am\u00e9liore, cela se fait au d\u00e9triment d\u2019autres qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s. Le probl\u00e8me c\u2019est le manque de travail. Et, dit Bruno Cr\u00e9pon, il faudrait sans doute aider&#8230; les entreprises dans les proc\u00e9dures <em>\u00ab compliqu\u00e9es \u00bb <\/em> et couteuses de d\u00e9claration de vacances de postes. Mais on sent bien qu\u2019on est ici dans le d\u00e9tail. Le gros de l\u2019affaire, c\u2019est le droit social, la flexibilit\u00e9 et c\u2019est la baisse du co\u00fbt du travail et notamment la baisse des charges sociales pour les bas salaires. <\/p>\n<p>Bruno Cr\u00e9pon est avec Rozenn Desplatz, le co-auteur <a href=\"http:\/\/gesd.free.fr\/g2001-10.pdf\">d\u2019une \u00e9tude fondatrice<\/a> qui a \u00e9valu\u00e9 que les dispositifs d\u2019all\u00e9gement de charges pour les bas salaires entre 1994 et 1997 auraient permis de cr\u00e9er ou de sauvegarder 460.000 emplois. Elle avait servi de r\u00e9f\u00e9rence et de justification \u00e0 Jean-Pierre Raffarin, \u00e0 Jacques Chirac et \u00e0 Nicolas Sarkozy. Elle avait cependant suscit\u00e9 une lev\u00e9e de bouclier au sein de l\u2019INSEE. Et la politique qu\u2019elle servait \u00e0 justifier \u00e9tait alors rejet\u00e9e par les dirigeants socialistes. <em>\u00ab Il faut dire,<\/em><a href=\"http:\/\/hussonet.free.fr\/afep14.pdf\"> analyse l\u2019\u00e9conomiste et statisticien Michel Husson<\/a><em>, que cette \u00e9tude cumule les approximations m\u00e9thodologiques, et qu\u2019elle donne des r\u00e9sultats non seulement d\u00e9mesur\u00e9s, mais surtout incompr\u00e9hensibles. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Camille Landais interroge Bruno Cr\u00e9pon sur le ralliement du gouvernement socialiste \u00e0 cette politique. Celui-ci se f\u00e9licite que la raison avalis\u00e9e par la science et la statistique fasse ainsi consensus. Le d\u00e9bat en reste l\u00e0 et il laisse comme un dr\u00f4le de go\u00fbt.<\/p>\n<p>Car enfin, si l\u2019on veut trouver des politiques \u00e9conomiques efficaces contre le ch\u00f4mage, il faut sortir du cadre des dysfonctionnements du march\u00e9 du travail, et se tourner entre autres vers ceux de la financiarisation des entreprises et des co\u00fbts du capital. Les baisses des charges sociales sur les bas salaires sont, elles-m\u00eames, \u00e0 l\u2019origine de consid\u00e9rables cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Non seulement elles d\u00e9s\u00e9quilibrent le budget de l\u2019\u00c9tat, mais elles enferment l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise dans le pi\u00e8ge d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence pour les emplois peu qualifi\u00e9s. <\/p>\n<p><strong><em>Syriza = FN<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Quant \u00e0 la troisi\u00e8me \u00e9mission, &#8220;L\u2019Europe est-elle condamn\u00e9e \u00e0 la r\u00e9cession ?&#8221;, disons, pour faire court, qu\u2019il n\u2019a nullement \u00e9t\u00e9 question de sa construction comme un march\u00e9, ni de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, mais seulement de faire plus <em>\u00ab d\u2019Europe politique \u00bb <\/em> sans interroger ni le comment, ni le pourquoi. Le point d\u2019orgue a \u00e9t\u00e9 atteint lorsque l\u2019invit\u00e9, l\u2019\u00e9conomiste Alexandre Delaigue a affirm\u00e9 :<em> \u00ab Si elle veut faire partie de l\u2019ensemble europ\u00e9en, il faut que la Gr\u00e8ce se soumette. On ne tol\u00e9rerait pas en France qu\u2019une r\u00e9gion gouvern\u00e9e par le FN se mette \u00e0 appliquer la pr\u00e9f\u00e9rence nationale, le programme du FN ou m\u00eame sortir de l\u2019Euro. Si on veut pouvoir dire \u00e0 l\u2019Irlande &#8220;admettez un taux f\u00e9d\u00e9ral d\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s&#8221;, il faut pouvoir dire \u00e0 la Gr\u00e8ce vous devez vous soumettre aux r\u00e8gles de l\u2019ensemble. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Des gens vont dire que je suis un fasciste \u00bb,<\/em> a ajout\u00e9, comme pour se pr\u00e9munir, l\u2019ancien professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e0 Saint-Cyr, qui voit donc l\u2019Europe comme les arm\u00e9es, une institution dont la discipline fait la force principale. Mais, si je puis dire, qu\u2019il se rassure, Yannis Varoufakis lui-m\u00eame n\u2019a pas trait\u00e9 de fascistes ses coll\u00e8gues de l\u2019Eurogroupe qui lui tenaient \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame langage. <a href=\"http:\/\/www.humanite.fr\/yanis-varoufakis-nous-ne-voulons-plus-du-regime-colonial-incarne-par-la-troika-568540\">Il leur a seulement dit<\/a> que l\u2019\u00e9chec du gouvernement Syriza profiterait \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite. <em>\u00ab Si l\u2019on nous emp\u00eache de conduire une politique alternative, Le Pen arrivera au pouvoir en France et Aube dor\u00e9e prendra les r\u00eanes de la Gr\u00e8ce. En quoi cela serait-il une avanc\u00e9e pour l\u2019Europe\u2009? \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Comme tant d\u2019autres, Alexandre Delaigue veut enfermer le choix des Europ\u00e9ens dans la seule alternative entre l\u2019explosion de l\u2019Union europ\u00e9enne et la poursuite de la &#8220;m\u00e9thode Monnet&#8221; consistant \u00e0 transf\u00e9rer des comp\u00e9tences politiques de plus en plus importantes \u00e0 des institutions europ\u00e9ennes imposant, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du d\u00e9bat politique, une gouvernance par les r\u00e8gles. Il exclut ainsi la vraie alternative telle qu\u2019\u00e9nonc\u00e9e, par exemple, par l\u2019\u00e9conomiste Robert Salais qui n\u2019aura donc pas eu droit de cit\u00e9 <em>En classe \u00e9co<\/em> de <em>Mediapart<\/em> : <em>\u00ab La d\u00e9finition et la lutte pour une Europe qui privil\u00e9gie le long terme, l\u2019investissement productif, l\u2019innovation, le travail cr\u00e9ateur, une d\u00e9mocratie vivante, l\u2019appui sur la libert\u00e9 et l\u2019engagement des Europ\u00e9ens \u00bb<\/em> (<em>Le Viol d\u2019Europe,<\/em> Puf 2013).<\/p>\n<p>Les trois \u00e9missions de <em>En classe \u00e9co<\/em> de <em>Mediapart<\/em> ne laissent pas simplement sur sa faim. Elles coupent l\u2019app\u00e9tit de faire de l\u2019\u00e9conomie, comme s\u2019il n\u2019y avait pas <em>\u00ab d\u2019\u00e9conomie autrement \u00bb<\/em>. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8699 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/afepmanifeste-637.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/afepmanifeste-637-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"afepmanifeste.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mediapart a cr\u00e9\u00e9 il y a deux mois une nouvelle \u00e9mission consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux \u00e9conomistes : En classe \u00e9co. Retour sur quelques questions abord\u00e9es dont on pouvait esp\u00e9rer des \u00e9clairages et des d\u00e9bats d\u2019\u00e9conomie critique. 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