{"id":865,"date":"1998-03-01T00:00:00","date_gmt":"1998-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jean-claude-gayssot-sans-detours865\/"},"modified":"1998-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-02-28T23:00:00","slug":"jean-claude-gayssot-sans-detours865","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=865","title":{"rendered":"Jean-Claude Gayssot sans d\u00e9tours"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Jean-Claude Gayssot <\/p>\n<p><strong> Le ministre des Transports nous re\u00e7oit, juste apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu &#8221; ministre de l&#8217;ann\u00e9e &#8221; par un jury de journalistes parlementaires. Nous l&#8217;avons interrog\u00e9 sur le sens et le contenu de son activit\u00e9, \u00e0 partir des enjeux politiques et \u00e9conomiques europ\u00e9ens des grands dossiers dont il a la responsabilit\u00e9. Une fa\u00e7on de voir aussi si communisme et pragmatisme se conjuguent dans la vie. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> A plusieurs reprises, depuis votre entr\u00e9e au gouvernement, vous avez tenu \u00e0 pr\u00e9ciser que plut\u00f4t que ministre communiste, vous pr\u00e9f\u00e9riez vous consid\u00e9rer comme communiste ministre. Au-del\u00e0 des mots, est-ce pour vous une question de fond ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jean-Claude Gayssot : <\/strong> D\u00e8s notre entr\u00e9e au gouvernement, nous \u00e9tions souvent les seuls ministres \u00e0 \u00eatre qualifi\u00e9s par notre \u00e9tiquette politique. Ce qui pouvait donner \u00e0 penser que nous serions des ministres \u00e0 part du gouvernement de Lionel Jospin. Ce n&#8217;est pas le cas. Les Fran\u00e7ais jugeront notre activit\u00e9 d&#8217;abord comme ministres, positivement ou n\u00e9gativement. En devenant ministre, on n&#8217;abandonne pas son combat pour contribuer aux transformations indispensables, mais il ne s&#8217;agit pas non plus de se substituer au r\u00f4le et \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 de son propre parti que Robert Hue impulse et anime avec talent. Donc, pour r\u00e9pondre directement \u00e0 votre question, je m&#8217;efforce d&#8217;\u00eatre communiste au sens le plus profond, comme l&#8217;exprime la mutation de mon parti, sans lequel il n&#8217;y aurait pas de majorit\u00e9 plurielle.<\/p>\n<p> <strong> Cela signifie-t-il que le militant communiste Jean-Claude Gayssot qui combat le capitalisme et se fixe l&#8217;objectif de d\u00e9passer ce syst\u00e8me ne met en aucune fa\u00e7on entre parenth\u00e8ses cet objectif ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Le d\u00e9passement du capitalisme, c&#8217;est-\u00e0-dire de la domination de la loi de l&#8217;argent pour l&#8217;argent, du maintien de l&#8217;aggravation de toutes les formes de privil\u00e8ges: ceux de la fortune, du pouvoir et du savoir, ne peut \u00eatre mis entre parenth\u00e8ses. D\u00e9mocratie et humanisme, libert\u00e9 et solidarit\u00e9 constituent des valeurs fondamentales qu&#8217;on ne saurait renvoyer \u00e0 d&#8217;hypoth\u00e9tiques attentes, \u00e0 des temps meilleurs. Un monde meilleur, plus juste, plus solidaire est \u00e0 construire.<\/p>\n<p> <strong> Vous r\u00e9cusez donc l&#8217;id\u00e9e selon laquelle les communistes, y compris ministres, navigueraient \u00e0 vue sans ligne de conduite ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Cette id\u00e9e n&#8217;a pas de sens. Il n&#8217;est que de voir les initiatives et les objectifs d\u00e9mocratiques des communistes. Ne tournons pas autour du probl\u00e8me. Si le grand soir, la voie \u00e9tatique, autoritaire et administrative, ont d\u00e9montr\u00e9 leur \u00e9chec irr\u00e9versible, l&#8217;ultralib\u00e9ralisme fait aussi la d\u00e9monstration de son incapacit\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter comme la fin de l&#8217;histoire. Il est vrai que les obstacles sont \u00e9normes pour changer les choses. Ils tiennent aux rapports de force bien s\u00fbr, mais aussi aux mentalit\u00e9s. Agissons au quotidien et travaillons \u00e0 nourrir l&#8217;espoir si l&#8217;on veut les franchir. Pour cela nous devons nous appuyer sur l&#8217;intervention citoyenne et ne n\u00e9gliger aucun point d&#8217;appui. Ces points d&#8217;appui sont \u00e0 rechercher dans les mesures concr\u00e8tes mais aussi dans les contradictions qui ne manquent pas de surgir. Prenons l&#8217;image de l&#8217;alpiniste. Il peut parfois gravir rapidement 10 m\u00e8tres, si le point d&#8217;accroche est solide pour le faire. Quand c&#8217;est plus d\u00e9licat il ne franchit qu&#8217;un m\u00e8tre. Mais il n&#8217;abandonne pas pour autant. Quelquefois m\u00eame il attend un peu pour reprendre des forces. Mais son objectif demeure: r\u00e9ussir l&#8217;ascension.<\/p>\n<p> <strong> Venons-en \u00e0 la ligne de conduite du ministre des Transports. Les dossiers dont vous avez la responsabilit\u00e9 (SNCF, Air-France, transports routiers&#8230;) sont tous au coeur de la concurrence souvent sauvage et n\u00e9cessitent tous en m\u00eame temps des coop\u00e9rations internationales. Comment concr\u00e8tement contribuez-vous \u00e0 la r\u00e9orientation de la construction europ\u00e9enne ? Quels sont les principes qui vous guident ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Ce ne sont pas seulement les dossiers des transports qui sont concern\u00e9s par la concurrence sauvage et plus g\u00e9n\u00e9ralement par la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de l&#8217;argent pour l&#8217;argent. C&#8217;est vrai pour tout ce qui touche mon minist\u00e8re: \u00e9quipement, transports, logement, tourisme et au-del\u00e0. Vous avez raison de souligner que tous posent la question d&#8217;une orientation de la construction europ\u00e9enne en termes novateurs. Constructifs et nouveaux \u00e0 la fois. Au d\u00e9part, il y a un probl\u00e8me objectif, que personne ne peut \u00e9luder: l&#8217;espace europ\u00e9en est de plus en plus une r\u00e9alit\u00e9 et faciliter les \u00e9changes et les coop\u00e9rations au sein de cet espace est une n\u00e9cessit\u00e9. Mais \u00e0 ce probl\u00e8me r\u00e9el, il y a deux r\u00e9ponses oppos\u00e9es: l&#8217;une est celle de l&#8217;ultralib\u00e9ralisme, qui rejette toute autre loi que celle exclusive du march\u00e9, pr\u00f4ne la d\u00e9r\u00e9glementation et la concurrence sauvage. L&#8217;autre est celle des forces de progr\u00e8s. Elle reste encore pour partie \u00e0 \u00e9laborer; mais elle doit s&#8217;appuyer sur la recherche de nouvelles r\u00e8gles, de nouvelles formes de r\u00e9gulation n\u00e9goci\u00e9es entre les Etats, attentives \u00e0 l&#8217;int\u00e9r\u00eat des peuples, en bref sur de nouveaux espaces de d\u00e9mocratie respectueuse des droits des peuples et de leur souverainet\u00e9. Il nous appartient \u00e9videmment de peser en faveur de la seconde. Comment contribuer par exemple \u00e0 faire vivre et fructifier &#8211; ce qui a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 au sommet europ\u00e9en pour l&#8217;emploi &#8211; des choix progressistes en faveur des millions de femmes, d&#8217;hommes, de jeunes qui souffrent dans cette soci\u00e9t\u00e9 parce que priv\u00e9s d&#8217;emploi, de moyens. Comment l&#8217;Europe peut-elle leur ouvrir une perspective ? Ce qui me semble important et nouveau, c&#8217;est, d&#8217;une part, que le gouvernement fran\u00e7ais entend peser aujourd&#8217;hui de mani\u00e8re positive dans le d\u00e9bat, et naturellement, en tant que ministre de l&#8217;Equipement, des Transports et du Logement, je m&#8217;efforce d&#8217;y apporter une contribution. Et c&#8217;est, d&#8217;autre part, la convergence plus importante des forces qui, en Europe m\u00eame, peuvent se retrouver dans le camp du progr\u00e8s. Etre euro-constructifs, c&#8217;est rechercher ensemble dans la construction europ\u00e9enne des r\u00e9ponses plus efficaces que celles que pourrait apporter chaque pays s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p> <strong> Prenons les transports routiers, et l&#8217;ouverture totale pr\u00e9vue au 1er juillet 1998 du cabotage routier en Europe. O\u00f9 en est l&#8217;harmonisation sociale que vous pr\u00e9conisez ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Dans le domaine des transports terrestres, l&#8217;Europe doit aider \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer les diff\u00e9rents modes et doit combattre le dumping \u00e9conomique et social, facteur de r\u00e9gression sociale et de faillites. D\u00e8s ma premi\u00e8re r\u00e9union du Conseil des ministres europ\u00e9ens, en juin dernier, j&#8217;ai fait deux interventions: l&#8217;une en faveur de l&#8217;harmonisation sociale par le haut dans le transport routier, l&#8217;autre pour opposer \u00e0 la lib\u00e9ralisation des chemins de fer une logique de d\u00e9veloppement du transport ferroviaire europ\u00e9en bas\u00e9e sur la coop\u00e9ration des r\u00e9seaux nationaux. Cela s&#8217;est traduit par le d\u00e9p\u00f4t d&#8217;un m\u00e9morandum fran\u00e7ais sur l&#8217;harmonisation europ\u00e9enne des r\u00e8gles sociales et de s\u00e9curit\u00e9 dans le transport routier, d&#8217;une part. D&#8217;autre part, nous avons mis en place des corridors de fret ferroviaire r\u00e9pondant \u00e0 une logique totalement diff\u00e9rente de celle propos\u00e9e par le livre blanc de la Commission. Il faut bien comprendre qu&#8217;en agissant ainsi nous relevons un vrai d\u00e9fi. Nous devons maintenant d\u00e9montrer que cette orientation alternative marche et que nous sommes capables de d\u00e9velopper le trafic ferroviaire europ\u00e9en.<\/p>\n<p> <strong> En prenant vos fonctions, vous avez propos\u00e9 une r\u00e9forme de la r\u00e9forme de la SNCF ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Vous le savez, j&#8217;ai, sur ce sujet, ouvert une large concertation &#8211; elle est en cours &#8211; avec les syndicats, les associations d&#8217;usagers, les groupes parlementaires, les directions. Je ne peux que vous rappeler les principes qui fondent notre d\u00e9marche ! Il ne peut y avoir de retour en arri\u00e8re, ni de statu quo. Pas question de revenir \u00e0 une politique de surendettement \u00e0 la charge de la SNCF. Mais dire cela ne suffit pas. C&#8217;est pourquoi j&#8217;ai ajout\u00e9 clairement que je souhaitais que soit confort\u00e9e l&#8217;unicit\u00e9 du service public de transport ferroviaire et que j&#8217;\u00e9tais pour une certaine s\u00e9paration entre la fonction de propri\u00e9taire des infrastructures et les fonctions de gestionnaire et de transporteur entre ma\u00eetrise d&#8217;oeuvre et ma\u00eetrise d&#8217;ouvrage. Nous avons besoin d&#8217;une nouvelle ma\u00eetrise par la nation du d\u00e9veloppement de son r\u00e9seau ferroviaire, dans une optique d&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9conomique et sociale, d&#8217;environnement, d&#8217;am\u00e9nagement du territoire. Les changements intervenus ces derniers mois, les r\u00e9sultats positifs dans le trafic marchandises et voyageurs, la r\u00e9duction suppl\u00e9mentaire de la dette que j&#8217;ai engag\u00e9e en 1997 constituent autant de signes prometteurs pour placer r\u00e9solument l&#8217;avenir de la SNCF, du rail, sur une perspective de conqu\u00eate. Mais beaucoup reste \u00e0 faire.<\/p>\n<p> <strong> Le d\u00e9veloppement tr\u00e8s prometteur d&#8217;Airbus est menac\u00e9 par Boeing-Mac Donnell Douglas avec l&#8217;appui des Etats-Unis. Comment le gouvernement compte-t-il y faire face ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Airbus est une r\u00e9ussite industrielle \u00e9clatante et un symbole politique des liens que des pays europ\u00e9ens ont su cr\u00e9er entre eux. La comp\u00e9tition internationale s&#8217;avive et les constructeurs am\u00e9ricains utilisent l&#8217;ensemble des moyens dont ils disposent pour imposer une guerre commerciale et affaiblir Airbus. La fusion Boeing-Mac Donnell Douglas rec\u00e8le un risque grave pour l&#8217;a\u00e9ronautique europ\u00e9enne. Nous devons agir de telle sorte que cette derni\u00e8re soit pr\u00e9serv\u00e9e et qu&#8217;Airbus puisse continuer \u00e0 se d\u00e9velopper. Le d\u00e9veloppement d&#8217;Airbus civil suppose une politique des produits et des structures efficaces. Il faut qu&#8217;Airbus puisse compl\u00e9ter sa gamme de produits. En ce qui concerne les structures, nous sommes engag\u00e9s dans la constitution d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 Airbus de plein exercice. Pour autant, il convient de ne pas dissimuler les probl\u00e8mes que pose une telle r\u00e9forme, et que nous devons r\u00e9soudre sans attendre si nous voulons avancer. Les Etats ne peuvent aujourd&#8217;hui renoncer au contr\u00f4le sur le devenir d&#8217;une industrie strat\u00e9gique pour l&#8217;avenir de nos nations et de l&#8217;Europe. La future soci\u00e9t\u00e9 Airbus doit en cons\u00e9quence int\u00e9grer certaines assurances. C&#8217;est-\u00e0-dire: maintenir le statut public d&#8217;A\u00e9rospatiale, conserver les p\u00f4les de comp\u00e9tences nationaux et garantir nos capacit\u00e9s de production, veiller \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance technologique de nos industries et \u00e0 ce que la strat\u00e9gie de l&#8217;entreprise ne se limite pas \u00e0 la recherche exclusive de profits \u00e0 court terme, mais conforte \u00e0 long terme l&#8217;a\u00e9ronautique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p> <strong> On entend souvent dire que sous couvert de mondialisation les march\u00e9s financiers seraient tout puissants et que les politiques n&#8217;auraient d&#8217;autre solution que de s&#8217;y soumettre. On comprend que ce n&#8217;est pas votre optique, mais quelle est la marge de manoeuvre r\u00e9elle ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Je l&#8217;ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, l&#8217;alternative est \u00e0 construire. Elle ne figure donc pas dans un programme d\u00e9termin\u00e9 qui commencerait par, article 1: abolition des march\u00e9s financiers ! Ils existent, ils sont puissants, mais le levier que repr\u00e9sentent les politiques gouvernementales des Etats, et notamment des plus puissants d&#8217;entre eux, n&#8217;est pas n\u00e9gligeable. Les r\u00e9actions mondiales concernant l&#8217;AMI en t\u00e9moignent. J&#8217;\u00e9coutais r\u00e9cemment la cin\u00e9aste Coline Serreau sur France Inter. Elle disait que l&#8217;humanit\u00e9 est en train d&#8217;inventer des chemins nouveaux pour s&#8217;opposer \u00e0 sa destruction qui ne manquerait pas d&#8217;intervenir si, par malheur, la course \u00e0 l&#8217;argent, au profit financier restait le seul moteur de transformation de la soci\u00e9t\u00e9 ! Je crois qu&#8217;elle a raison. La marge de manoeuvre ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle r\u00e9sulte des crises et des impasses auxquelles conduit l&#8217;ultralib\u00e9ralisme, de la capacit\u00e9 des forces de progr\u00e8s \u00e0 intervenir, des points d&#8217;appuis que repr\u00e9sentent \u00e0 la fois l&#8217;exp\u00e9rience du mouvement social et les politiques gouvernementales des Etats, en France et en Europe. Du progr\u00e8s des id\u00e9es de lib\u00e9ration humaine \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la plan\u00e8te, enfin&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Comment situez-vous votre action dans le d\u00e9bat qui pr\u00e9sente comme seule alternative la privatisation ou la nationalisation, le &#8221; tout priv\u00e9 &#8221; ou le tout Etat, l&#8217;ultralib\u00e9ralisme ou la social-d\u00e9mocratie ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Je suis favorable \u00e0 la recherche, \u00e0 la construction d&#8217;une autre voie. Cette autre voie est, \u00e0 mes yeux, celle d&#8217;une mixit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 comme perspective neuve qui d\u00e9passe les clivages \u00e9troits de l&#8217;opposition dogmatique entre le &#8221; tout priv\u00e9 &#8221; et le &#8221; tout Etat &#8220;. Cette mixit\u00e9 doit \u00eatre pens\u00e9e dans toutes ses dimensions. Au plan social, parce qu&#8217;elle doit s&#8217;attaquer aux privil\u00e8ges du savoir et de la fortune. Sur le plan \u00e9conomique, parce qu&#8217;elle justifie \u00e0 la fois la pr\u00e9sence d&#8217;un important secteur priv\u00e9 &#8211; nous avons besoin d&#8217;entrepreneurs &#8211; int\u00e9grant des formes de r\u00e9gulation sociale et d&#8217;un secteur public, moderne et efficace, susceptible d&#8217;\u00eatre comp\u00e9titif voire, dans certains cas pr\u00e9cis, comme par exemple pour Air-France, de s&#8217;ouvrir \u00e0 d&#8217;autres capitaux que ceux de l&#8217;Etat. Et, sur le plan d\u00e9mocratique aussi, la dimension plurielle de la soci\u00e9t\u00e9 comme de la majorit\u00e9 est le reflet d&#8217;une diversit\u00e9 profonde, inh\u00e9rente \u00e0 notre histoire bien s\u00fbr mais aussi \u00e0 l&#8217;absolue n\u00e9cessit\u00e9 de faire de la libert\u00e9 le ma\u00eetre mot de toutes les \u00e9volutions \u00e0 venir. En politique, tout ce qui est unique est r\u00e9ducteur et dangereux. La mixit\u00e9, c&#8217;est aussi le refus de s&#8217;en tenir \u00e0 une sorte de caste exclusive de responsables et d&#8217;experts fussent-ils tr\u00e8s bons.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez \u00e9voqu\u00e9 l&#8217;ouverture du capital d&#8217;Air-France. Pouvez-vous pr\u00e9ciser ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> L&#8217;a\u00e9rien est un secteur en pleine &#8221; lib\u00e9ralisation &#8221; dans lequel une concurrence mondiale agressive est conduite par &#8221; les poids lourds &#8220;, essentiellement am\u00e9ricains. Or, Air-France a besoin de renforcer son potentiel, essentiellement sa flotte. Son besoin d&#8217;investissement, \u00e0 court et moyen terme, est de l&#8217;ordre de 50 milliards. Pourquoi ne pas faire appel \u00e0 d&#8217;autres capitaux que ceux de l&#8217;Etat qui a d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9 20 milliards de recapitalisation ? L&#8217;actionnariat salari\u00e9 est une possibilit\u00e9. Il peut y avoir aussi des alliances avec d&#8217;autres compagnies a\u00e9riennes. Enfin, des capitaux priv\u00e9s peuvent s&#8217;investir \u00e0 condition que l&#8217;Etat reste majoritaire, et que des clauses de garanties pr\u00e9servent les int\u00e9r\u00eats des salari\u00e9s et de l&#8217;entreprise publique.<\/p>\n<p> <strong> Il est beaucoup question de r\u00e9\u00e9quilibrage rails-fleuves-routes, routes-autoroutes, de transports combin\u00e9s, quels sont vos projets en la mati\u00e8re et quels investissements sont n\u00e9cessaires ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Ce r\u00e9\u00e9quilibrage est une n\u00e9cessit\u00e9. Si nous poursuivons les logiques ant\u00e9rieures, le transport par le rail continuerait \u00e0 reculer, le transport fluvial poursuivrait son d\u00e9clin, et l&#8217;hypertrophie du transport routier conduirait \u00e0 l&#8217;asphyxie de la route. Aussi ai-je commenc\u00e9 \u00e0 valoriser les diff\u00e9rents modes en fonction de leurs atouts respectifs en favorisant le transport combin\u00e9, en r\u00e9\u00e9quilibrant le rapport rail-route. Cela se voit dans la loi de finances pour 1998 qui conna\u00eet une augmentation de 800 MF des cr\u00e9dits du Fonds d&#8217;investissement des transports terrestres et des voies navigables (FITTVN). Ainsi ont \u00e9t\u00e9 accrus de 33% les cr\u00e9dits r\u00e9serv\u00e9s au transport ferroviaire et de 23% ceux affect\u00e9s aux voies navigables. Cet effort doit se poursuivre. J&#8217;ai d&#8217;ailleurs obtenu, lors d&#8217;une r\u00e9union de ministres pr\u00e9sid\u00e9e par Lionel Jospin, le 4 f\u00e9vrier dernier, que les ressources consacr\u00e9es aux investissements ferroviaires passent de 1,3 milliards en 1998 \u00e0 2,3 milliards de francs, lors du prochain contrat de plan (2000\/2004), et nous faisons la proposition de doter la part de l&#8217;Etat des futurs contrats de plan Etat-r\u00e9gion d&#8217;au moins 500 millions de francs par an pour moderniser les lignes classiques autres que les lignes TGV. Pour ce qui concerne le financement des routes et des autoroutes, un travail du m\u00eame ordre est en cours. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;arr\u00eater la construction des autoroutes, mais d&#8217;en finir avec la logique qui r\u00e9pond \u00e0 tout besoin de liaisons nouvelles, par des autoroutes conc\u00e9d\u00e9es \u00e0 p\u00e9age quand d&#8217;autres solutions parfois moins co\u00fbteuses et plus utiles socialement peuvent \u00eatre envisag\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> On vous a vu ces derniers mois vous rendre \u00e0 un barrage de routiers, rencontrer en avant-premi\u00e8re les associations de ch\u00f4meurs. Ces gestes, peu habituels sous d&#8217;autres gouvernements, peuvent-ils tout ? N&#8217;y a-t-il pas surtout besoin de nouveaux droits d&#8217;intervention et de d\u00e9cisions des salari\u00e9s, des usagers, des \u00e9lus ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Sans doute, ces gestes ne peuvent pas tout, mais ils ne sont pas rien. Ecouter, dialoguer, respecter celles et ceux qui depuis trop longtemps sont ignor\u00e9s, n&#8217;est-ce pas une des dimensions pour sortir de la crise de la politique et de la d\u00e9mocratie ? Mais, plus fondamentalement, il est illusoire de croire que les pouvoirs conquis par les salari\u00e9s, les citoyens, au cours du si\u00e8cle qui s&#8217;ach\u00e8ve, suffiront pour aborder les questions nouvelles pos\u00e9es \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9. Le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 appelle le partage des responsabilit\u00e9s, des pouvoirs, des savoirs dans de toutes autres conditions que celles que nous connaissons aujourd&#8217;hui. Ma conviction est que ces droits nouveaux, pour les \u00e9lus, les associations, les populations, les syndicats sont indispensables pour permettre \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9 de franchir une nouvelle \u00e9tape.<\/p>\n<p> <strong>  Vous avez dit qu&#8217;il valait mieux croiser le savoir des experts d&#8217;en haut avec celui des experts d&#8217;en bas. Jusqu&#8217;en juin, vous \u00e9tiez un &#8221; expert d&#8217;en bas &#8220;. L&#8217;exp\u00e9rience du militant syndical, politique est-elle un atout pour \u00eatre ministre et faire r\u00e9ussir la gauche ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> J&#8217;ai dit cela parce que, dans un minist\u00e8re comme celui de l&#8217;Equipement, des Transports et du Logement, vouloir se passer des experts est tout simplement ridicule. Je veux d&#8217;ailleurs souligner leur grande comp\u00e9tence, et leur d\u00e9vouement au service de l&#8217;Etat. Mais, seuls, ils ne transformeront pas une mauvaise d\u00e9cision de l&#8217;instance politique en une bonne d\u00e9cision. Pour que la d\u00e9cision politique soit la meilleure possible, il faut, \u00e0 mon avis, susciter en permanence les avis des experts de terrain que sont les \u00e9lus, les associations, les militants, les citoyens, et les croiser avec les savoirs et les comp\u00e9tences de nature diff\u00e9rente, qui forgent les convictions des experts d&#8217;en haut. Quant \u00e0 mon exp\u00e9rience syndicale et politique, je crois qu&#8217;elle est utile. J&#8217;essaie, l\u00e0 o\u00f9 je suis, d&#8217;avoir une \u00e9coute attentive des femmes, des hommes, des salari\u00e9s, des militants les plus directement concern\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Malgr\u00e9 les mesures positives des premiers mois, des attentes essentielles et urgentes n\u00e9cessitent des r\u00e9formes de structure. Etes-vous optimiste ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Les mesures positives dont vous parlez: plan emplois-jeunes, 35 heures, logement social, d\u00e9fense des services publics, d\u00e9veloppement pour l&#8217;entreprise ferroviaire, pour Air-France etc.montrent que ce gouvernement travaille dans le bon sens et qu&#8217;il faut poursuivre. J&#8217;ai la conviction qu&#8217;il faut avancer pour des r\u00e9formes en phase avec les exigences de la soci\u00e9t\u00e9 et avec les possibilit\u00e9s: fiscalit\u00e9, financement des infrastructures, d\u00e9mocratisation de la soci\u00e9t\u00e9, etc., le chantier est vaste.<\/p>\n<p> <strong> Apr\u00e8s huit mois d&#8217;exp\u00e9rience du pouvoir, pragmatisme et communisme font-ils bon m\u00e9nage ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. G.: <\/strong> Je crois que oui, dans le sens de ce qu&#8217;est la mutation de mon parti. Ne jamais perdre la vis\u00e9e, les raisons pour lesquelles on est communiste. La transformation sociale, l&#8217;\u00e9panouissement des \u00eatres humains, la d\u00e9mocratie pouss\u00e9e toujours plus loin, le capitalisme \u00e0 d\u00e9passer par le haut, c&#8217;est-\u00e0-dire en faisant mieux que lui pour le d\u00e9veloppement durable de la plan\u00e8te et des peuples. Quant au pragmatisme: c&#8217;est l&#8217;histoire de mon alpiniste. Elle dit tout de la conception que j&#8217;en ai !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Jean-Claude Gayssot <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-865","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/865\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}