{"id":8603,"date":"2015-04-17T09:47:47","date_gmt":"2015-04-17T07:47:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-alain-badiou-la-philosophie-doit\/"},"modified":"2023-06-23T23:19:29","modified_gmt":"2023-06-23T21:19:29","slug":"article-alain-badiou-la-philosophie-doit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8603","title":{"rendered":"Alain Badiou : \u00ab La philosophie doit affronter l\u2019amour et le bonheur \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans un livre prospectif, qui en annonce un autre sur le statut des v\u00e9rit\u00e9s, le philosophe Alain Badiou s\u2019interroge sur la question du bonheur, qu\u2019il analyse comme une \u00ab exception \u00bb. Et dont il d\u00e9crit, notamment, les conditions affectives et politiques.<\/p>\n<p><strong>Regards. Pourquoi faut-il r\u00e9interroger la cat\u00e9gorie de bonheur ? Et parler de bonheur \u00ab r\u00e9el \u00bb ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alain Badiou. <\/strong> La cat\u00e9gorie de bonheur, telle qu\u2019\u00e0 vrai dire on la promeut aujourd\u2019hui, est une cat\u00e9gorie largement rabattue sur ce que j\u2019appellerais la satisfaction. C\u2019est-\u00e0-dire une figure du bonheur qui, au fond, consiste \u00e0 se demander comment pr\u00e9server une place assign\u00e9e, une place dans le monde tel qu\u2019il est. C\u2019est pourquoi je fais porter l\u2019accent sur le mot r\u00e9el (le bonheur r\u00e9el), par rapport \u00e0 un bonheur qui m\u2019appara\u00eet imaginaire : un bonheur qui ne comporte, autant que faire possible, aucune aventure, et surtout aucun risque. Je crois que la conception moderne du bonheur c\u2019est, au fond, de ne pas prendre de risque, un bonheur accompagn\u00e9 d\u2019une assurance. Le mot d\u2019ordre de ce nouveau marketing du bonheur est &#8220;harmonie&#8221; : une relation harmonieuse avec le monde, vos amis, votre couple, etc. L\u2019id\u00e9al du bonheur, ici, c\u2019est un peu ce qu\u2019on appelait, autrefois, la &#8220;paix des m\u00e9nages&#8221;. Quand pourtant chacun sait bien que le couple est, au contraire, une aventure difficile et p\u00e9rilleuse. Au fond, le bonheur se r\u00e9duit \u00e0 occuper une place institu\u00e9e : un travail qui vous pla\u00eet, un conjoint agr\u00e9able, des enfants. On ne saurait, bien s\u00fbr, souhaiter \u00e0 qui que ce soit de conna\u00eetre l\u2019exp\u00e9rience du ch\u00f4mage. Ce serait parfaitement idiot. Seulement, et c\u2019est l\u00e0 le point strat\u00e9gique, si la philosophie doit entrer en sc\u00e8ne, peut-on r\u00e9duire le bonheur \u00e0 la satisfaction ?<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab La philosophie, d\u00e8s qu\u2019elle fait du bonheur un probl\u00e8me, entre en conflit avec l\u2019opinion socialement dominante \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>C\u2019est un geste classique en philosophie. En quoi apporte-t-il quelque chose de neuf ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je reprends l\u00e0 un geste, c\u2019est vrai, classique, qui affirme l\u2019existence d\u2019un lien entre philosophie et bonheur. C\u2019est une th\u00e8se \u00e9videmment pr\u00e9sente d\u00e8s les sagesses antiques, chez Platon ou les sto\u00efciens. Mais ce que nous devons retenir de ce geste, ce qui reste intempestif dans ce geste, c\u2019est l\u2019id\u00e9e que la philosophie vient d\u00e9ranger, d\u00e9placer la conception spontan\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire en fait socialement dominante du bonheur \u2013 une fois dit que la spontan\u00e9it\u00e9 est largement cod\u00e9e, et que ce qui est spontan\u00e9, c\u2019est ce que la soci\u00e9t\u00e9 nous fait tenir pour \u00e9vident. C\u2019est m\u00eame pourquoi la philosophie, d\u00e8s qu\u2019elle fait du bonheur un probl\u00e8me, entre en conflit avec l\u2019opinion socialement dominante. Telle qu\u2019elle \u00e9tait structur\u00e9e par les sophistes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Platon. Telle qu\u2019elle l\u2019est, aujourd\u2019hui, par les magazines ou les manuels de psychologie. Ce qui fait aussi que le bonheur est discut\u00e9, disput\u00e9 par la philosophie, c\u2019est que c\u2019est un probl\u00e8me partag\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de bien d\u2019autres probl\u00e8mes philosophiques. En effet, si vous posez la question : \u00ab Qu\u2019en est-il de l\u2019\u00eatre en tant qu\u2019\u00eatre ? \u00bb, \u00ab  Y a-t-il une v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique ? \u00bb, vous ne discuterez, au total, qu\u2019avec vos coll\u00e8gues. Non que je m\u00e9prise ces probl\u00e8mes, leur histoire, leur n\u00e9cessit\u00e9 th\u00e9orique, au contraire; ils constituent m\u00eame un arsenal et une armature th\u00e9orique indispensables pour aborder les questions d\u2019ordre plus g\u00e9n\u00e9ral. Mais la philosophie ne saurait en rester l\u00e0 ; il lui faut affronter les probl\u00e8mes commun\u00e9ment partag\u00e9s que sont l\u2019amour, le bonheur, etc. La philosophie doit, \u00e0 la fin des fins, se soucier de questions qui rel\u00e8vent d\u2019aspirations g\u00e9n\u00e9rales, sans quoi elle reste une discipline acad\u00e9mique, qui discute, entre coll\u00e8gues, de probl\u00e8mes inscrits dans le seul espace de la philosophie. C\u2019est l\u00e0 que la philosophie se constitue sur une ligne de front. En conflit avec les id\u00e9es dominantes.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi faire appel, pour d\u00e9finir le bonheur, \u00e0 la cat\u00e9gorie d\u2019exception ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s lors que vous entrez dans un examen serr\u00e9 de la conception du bonheur, vous allez aussi entrer dans la question de son statut d\u2019exception. Comment se fait-il que le bonheur r\u00e9el, celui qui ne se r\u00e9duit pas aux satisfactions ordinaires, ne soit pas la loi g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019existence, mais soit constitu\u00e9 par des choix, des moments, qui l\u2019inscrivent dans un statut d\u2019exception ? Au fond, la conscience commune, m\u00eame si elle se le masque ou l\u2019occulte, partage cette conception, assez r\u00e9pandue, de la raret\u00e9 du bonheur. D\u2019o\u00f9, me semble-t-il, l\u2019extr\u00eame importance, que je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 qualifier de lyrique, de l\u2019amour dans cette affaire. L\u2019amour, la passion, la rencontre, sont con\u00e7us comme des moments exceptionnels de l\u2019existence, et chacun sent bien que ce sont ces moments qui font signe vers ce qu\u2019on appelle, v\u00e9ritablement, le bonheur. Il est \u00e9videmment tout \u00e0 fait souhaitable de ne pas \u00eatre malheureux. Mais il s\u2019en faut de beaucoup que le fait de ne pas \u00eatre malheureux puisse \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 un bonheur r\u00e9el. Le bonheur ne saurait \u00eatre une simple n\u00e9gation du malheur, c\u2019est un pr\u00e9sent, un cadeau de la vie qui exc\u00e8de l\u2019ordre de la satisfaction. Un pr\u00e9sent de la vie qu\u2019il faut \u00eatre dispos\u00e9 \u00e0 accepter, un risque qu\u2019il faut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 prendre. C\u2019est un choix existentiel majeur : ou bien une vie ouverte \u00e0 la seule satisfaction, ou bien une vie acceptant le risque du bonheur, y compris comme exception. C\u2019est aussi une question politique : ou bien des gens qui ne s\u2019accordent qu\u2019\u00e0 refuser le malheur (c\u2019est la th\u00e8se conservatrice de ce que l\u2019on appelait les &#8220;nouveaux philosophes&#8221;), ou bien des gens qui se risquent \u00e0 vouloir le bonheur. Selon cette th\u00e8se conservatrice, l\u2019accord des gens ne saurait se faire que contre le malheur, et non en vue du bonheur. Saint-Just d\u00e9clarait au contraire, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait r\u00e9volutionnaire, que le bonheur \u00e9tait une id\u00e9e neuve en Europe.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab L\u2019enthousiasme, c\u2019est donc avoir en partage la conviction que l\u2019on peut faire l\u2019histoire, que l\u2019histoire nous appartient \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Est-ce pourquoi vous liez, \u00e0 la mani\u00e8re de Benjamin, l\u2019id\u00e9e de bonheur et d\u2019un autre temps ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.payot-rivages.net\/livre_Sur-le-concept-d-histoire-Walter-Benjamin_ean13_9782228909235.html\">Benjamin<\/a> propose une conception fibr\u00e9e du temps, selon laquelle il y a plusieurs temps : il n\u2019y pas de temps unique, commun, il y a des temporalit\u00e9s enchev\u00eatr\u00e9es, parfois m\u00eame contradictoires. Et il est \u00e9vident que le temps du bonheur, y compris politique, est un temps qui exc\u00e8de, et en un sens d\u00e9truit la temporalit\u00e9 ordinaire. Le XXe si\u00e8cle (avec Bergson, la th\u00e9orie de la relativit\u00e9) a \u00e9t\u00e9, philosophiquement, un moment d\u2019exploration de la multiplicit\u00e9 temporelle. C\u2019est dans ce cadre que prend place la question du bonheur. Le temps propre des v\u00e9rit\u00e9s, qu\u2019elles soient math\u00e9matiques, artistiques, politiques ou amoureuse, le temps de la subjectivation heureuse, c\u2019est le temps des cons\u00e9quences de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, de ce qui n\u2019est pas situable dans le cours du temps ordinaire ; c\u2019est n\u00e9cessairement un temps de coupure, de rupture, un temps d\u2019exception. Accepter les cons\u00e9quences de cette exception temporelle signifie tisser un temps diff\u00e9rent. Ce que le sens commun veut dire au fond, lorsqu\u2019il d\u00e9clare que les amoureux sont seuls au monde. Seuls au monde, c\u2019est-\u00e0-dire seuls dans le temps qui constitue ce couple, lequel ne partage pas, ou plus, le temps ordinaire. C\u2019est une caract\u00e9ristique g\u00e9n\u00e9rale du bonheur r\u00e9el ; ce serait vrai, \u00e9galement, d\u2019un math\u00e9maticien qui r\u00e9sout un probl\u00e8me dans la solitude. Comment se constitue, dans ces conditions, un bonheur collectif ? Si l\u2019enthousiasme est l\u2019affect qui correspond au bonheur politique, c\u2019est qu\u2019il d\u00e9signe le partage d\u2019un nouveau temps. L\u2019enthousiasme nomme le moment o\u00f9 les individus subjectivent qu\u2019ils peuvent faire l\u2019histoire, et non pas seulement la subir. L\u2019enthousiasme, c\u2019est donc avoir en partage la conviction que l\u2019on peut faire l\u2019histoire, que l\u2019histoire nous appartient et, que, comme le d\u00e9clarait <a href=\"http:\/\/www.payot-rivages.net\/livre_Kant-le-ton-de-l-histoire-Francoise-Proust_ean13_9782228883337.html\">Fran\u00e7oise Proust<\/a>, elle n\u2019est pas finie. C\u2019est le partage d\u2019une intensit\u00e9, d\u2019une manifestation \u2013 comme on en a vu sur les places publiques arabes \u2013 mais aussi le maintien d\u2019un \u00e9tat d\u2019exception, dans un labeur qui constitue ce qu\u2019on appelle proprement l\u2019activisme politique (les r\u00e9unions interminables, les tracts r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 l\u2019aube). Le bonheur politique, il faut le dire, je puis en t\u00e9moigner, \u00e9puise aussi. C\u2019est pourquoi il tend \u00e9galement, malheureusement, \u00e0 produire des r\u00e9volutionnaires \u00e0 temps complet, parfois m\u00eame des cadres professionnels \u2026 <\/p>\n<p><strong>Pourtant vous \u00e9crivez vous-m\u00eame que ce travail, cette pratique organisationnelle requiert une &#8220;discipline&#8221;\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il faut se mettre d\u2019accord. J\u2019emploie \u00e9videmment ce mot par provocation. De m\u00eame que j\u2019utilise le mot &#8220;communisme&#8221; parce qu\u2019il est le mot le plus d\u00e9test\u00e9 du lexique politique contemporain. Je comprends que l\u2019on cherche \u00e0 sauvegarder la force \u00e9v\u00e9nementielle de la politique. Mais il me semble que la construction d\u2019une dur\u00e9e politique requiert une discipline de l\u2019exception, une continuit\u00e9 temporelle pour laquelle l\u2019\u00e9nergie donn\u00e9e par la rupture politique ne peut suffire. Par cons\u00e9quent il faut prendre le relais par des inventions qui supposent une cr\u00e9ation, cr\u00e9ation qui ob\u00e9it \u00e0 une discipline. Si vous voulez, il faut entendre le mot discipline au sens o\u00f9 un peintre, dans l\u2019exp\u00e9rimentation, la cr\u00e9ation, s\u2019impose \u00e0 lui-m\u00eame une discipline jusque dans sa solitude. Tout comme un math\u00e9maticien s\u2019impose une discipline implacable dans la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me. D\u00e8s lors que vous vous situez dans l\u2019exception, vous \u00eates n\u00e9cessairement amen\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er vos propres r\u00e8gles, vos propres principes, et c\u2019est en ce sens que la discipline est indiscernable de la libert\u00e9. Cette discipline est \u00e0 inventer \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Inventer quelque chose de nouveau qui fasse, pour ainsi dire, revenir la force de rupture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Pourquoi employez-vous, de la m\u00eame fa\u00e7on, le mot et le concept de &#8220;fid\u00e9lit\u00e9&#8221; ? N\u2019est-ce pas un concept plus \u00e9thique que politique ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le mot fid\u00e9lit\u00e9 a une signification n\u00e9gative : ne pas trahir. Pour moi la fid\u00e9lit\u00e9 n\u2019est pas d\u00e9finissable par la non-trahison, par sa n\u00e9gation. \u00catre fid\u00e8le \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement \u2013 la fid\u00e9lit\u00e9 c\u2019est toujours la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une rupture inaugurale, et non \u00e0 un dogme, une doctrine ou une ligne politique  \u2013, c\u2019est inventer ou proposer quelque chose de nouveau qui fasse, pour ainsi dire, revenir la force de rupture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. C\u2019est tout sauf un principe de conservation ; c\u2019est un principe de mouvement. La fid\u00e9lit\u00e9 d\u00e9signe la cr\u00e9ation continu\u00e9e de la rupture elle-m\u00eame. La fid\u00e9lit\u00e9 conservatrice consiste, au contraire, \u00e0 d\u00e9clarer que quelqu\u2019un doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ennemi, doit \u00eatre exclu, sinon m\u00eame \u00e9limin\u00e9 du fait de sa non-conformit\u00e9 au sens de l\u2019\u00e9v\u00e9nement initial. Seulement cette conformit\u00e9 suppose qu\u2019est en partage, dans la fid\u00e9lit\u00e9, une sorte d\u2019objectivit\u00e9 au sens de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, neutre et indiff\u00e9rente \u00e0 l\u2019engagement subjectif que requiert la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement. En ce sens, la fid\u00e9lit\u00e9 est un concept plus logique qu\u2019\u00e9thique : \u00eatre logique ou coh\u00e9rent avec un engagement subjectif initial, mais qui passe par une discussion collective entre gens qui se consid\u00e8rent les uns les autres comme des amis en politique. Ce n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent, en ce sens, de la communaut\u00e9 des math\u00e9maticiens qui ont un probl\u00e8me en partage, mais \u00e9galement des proc\u00e9dures permettant de d\u00e9finir et de discerner le vrai du faux. L\u2019essence de la politique, ce n\u2019est un affrontement avec des ennemis que sous la condition, pr\u00e9liminaire, et essentielle, de l\u2019accord entre les amis. La fid\u00e9lit\u00e9 signifie que ceux qui entrent dans cette discussion commune ont pour devoir de consid\u00e9rer que s\u2019il y a une contradiction entre eux, cette contradiction ne doit en aucun cas \u00eatre identifi\u00e9e \u00e0 la contradiction avec les ennemis. <\/p>\n<p><strong>C\u2019est l\u2019origine de ce qu\u2019en politique, on appelle terreur ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019identification de toute contradiction \u00e0 la contradiction antagonique, \u00e0 la contradiction de classe, avec l\u2019ennemi de classe, est toujours une catastrophe. Le malheur terroriste propre au XIXe si\u00e8cle [[Alain Badiou revient plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette question dans <em>\u00c0 la recherche du r\u00e9el perdu<\/em> (Fayard, 5 euros), o\u00f9 il s\u2019interroge sur l\u2019emploi r\u00e9actionnaire du mot r\u00e9el, et donne \u00e9galement une belle lecture du po\u00e8me de Pasolini, Les cendres de Gramsci.]] est d\u2019avoir consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une seule contradiction, la contradiction de classe. Il faut au contraire, rappeler constamment que la discussion doit durer le temps qu\u2019il faut, pour qu\u2019on comprenne qu\u2019une contradiction politique est toujours interne \u00e0 un collectif, et doit \u00eatre r\u00e9solue entre amis. L\u2019impatience, en politique, est, de ce point de vue, n\u00e9faste. La terreur propre au communisme du XXe si\u00e8cle tient moins aux personnes elles m\u00eames (un suppos\u00e9 caract\u00e8re cruel) qu\u2019\u00e0 un m\u00e9lange, tout \u00e0 fait antinomique avec le bonheur, d\u2019impatience et de prudence, de m\u00e9fiance extr\u00eames. Il suffit de penser \u00e0 Staline engageant avec une violence extr\u00eame la collectivisation des terres, et voyant, au m\u00eame moment, des ennemis partout\u2026 Il faut, au contraire, dans l\u2019ordre de la politique comme ailleurs, savoir \u00eatre confiant et patient \u2013 savoir donner sa chance \u00e0 la patience et au temps.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8603 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/itw-badiou-livre-e99.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/itw-badiou-livre-e99-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"itw-badiou-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un livre prospectif, qui en annonce un autre sur le statut des v\u00e9rit\u00e9s, le philosophe Alain Badiou s\u2019interroge sur la question du bonheur, qu\u2019il analyse comme une \u00ab exception \u00bb. 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