{"id":857,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/evolutions857\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"evolutions857","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=857","title":{"rendered":"Evolutions"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> F\u00e9vrier 1990: le plus vieux prisonnier politique du monde, Nelson Mandela, faisait ses premiers pas d&#8217;homme libre. Une longue lutte, faite d&#8217;espoirs, de reculs et de vies sacrifi\u00e9es, de solidarit\u00e9 aussi&#8230;aboutissait enfin. <\/p>\n<p>Le mouvement de lib\u00e9ration d&#8217;Afrique du Sud, dont l&#8217;ANC avait \u00e9t\u00e9 le fer de lance, r\u00e9alisait apr\u00e8s la lib\u00e9ration de Mandela la revendication &#8221; un homme, une voix &#8221; et le peuple, sa majorit\u00e9 africaine en particulier, acc\u00e9dait \u00e0 l&#8217;expression politique en m\u00eame temps qu&#8217;il enterrait l&#8217;apartheid juridique. Il faudra mesurer un jour le nombre de rencontres, de cheminements en commun, de prises de conscience, enracin\u00e9es et approfondies dans la solidarit\u00e9 avec le peuple d&#8217;Afrique du Sud et leur impact sur le mouvement progressiste et sa composante antiraciste, notamment chez les plus jeunes en France. Que la lutte d&#8217;un peuple n&#8217;appartenant pas \u00e0 la sph\u00e8re d&#8217;influence fran\u00e7aise ait touch\u00e9 et m\u00eame structur\u00e9 une partie de l&#8217;opinion fran\u00e7aise s&#8217;explique par le caract\u00e8re universel de ses exigences, mais aussi par l&#8217;essoufflement du mod\u00e8le n\u00e9o-colonial fran\u00e7ais.<\/p>\n<p> <strong> Les &#8221; utopistes-r\u00e9alistes &#8221; ou du &#8221; r\u00eave r\u00eav\u00e9 par des visionnaires &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>En effet, dans le m\u00eame temps, la politique fran\u00e7aise en Afrique de l&#8217;ouest et centrale poussait \u00e0 un ajustement politique et \u00e9conomique: d\u00e9mocratisation et d\u00e9valuation du CFA, tel \u00e9tait le destin promis par l&#8217;ancienne puissance coloniale et ni les peuples de la r\u00e9gion ni d&#8217;ailleurs leurs dirigeants n&#8217;\u00e9taient consult\u00e9s sur cette question, c&#8217;est-\u00e0-dire sur leur avenir.<\/p>\n<p>Huit ans plus tard, les limites d&#8217;une d\u00e9mocratisation impos\u00e9e bien souvent de l&#8217;ext\u00e9rieur (en tout cas pour ses formes) et les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de l&#8217;ajustement structurel pour le niveau de vie des populations sont visibles partout. Entre-temps, la diplomatie fran\u00e7aise a jou\u00e9 le r\u00f4le que l&#8217;on sait dans la crise rwandaise, puis za\u00efroise et, en se d\u00e9consid\u00e9rant, elle a pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour une influence durable des Etats-Unis dans la r\u00e9gion. Celle-ci est d&#8217;autant plus difficile \u00e0 contrer qu&#8217;elle utilise des moyens beaucoup moins brutaux et directement lisibles que l&#8217;influence fran\u00e7aise. La fin de la guerre froide ouvre des perspectives h\u00e9g\u00e9moniques pour les Etats-Unis et leur permet par exemple de d\u00e9cr\u00e9ter la fin des &#8221; chasses gard\u00e9es &#8221; fran\u00e7aises sur le continent africain. Mais les richesses min\u00e9rales africaines les int\u00e9ressent, pour un avenir relativement \u00e9loign\u00e9, ce qui n\u00e9cessite certes une stabilit\u00e9 politique avec des forces politiques non hostiles au minimum, mais autorise \u00e9galement un engagement direct peu important, l&#8217;op\u00e9ration somalienne \u00e9tant le mod\u00e8le de ce qu&#8217;il ne faut plus faire dans le domaine militaire.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chec patent du mod\u00e8le n\u00e9o-colonial, la situation issue de la fin de la guerre froide et les changements li\u00e9s \u00e0 la victoire des forces de lib\u00e9ration nationale en Afrique australe sont les \u00e9l\u00e9ments d&#8217;une&#8221; nouvelle donne &#8221; que Nelson Mandela a analys\u00e9e dans son rapport \u00e0 la 50e Conf\u00e9rence nationale de l&#8217;ANC, qui r\u00e9sume son message politique. Cette nouvelle donne permet selon lui d&#8217;avancer sur tout le continent vers une v\u00e9ritable &#8221; RENAISSANCE &#8220;, qu&#8217;il qualifie aussi de &#8221; r\u00eave r\u00eav\u00e9 par des visionnaires &#8220;.<\/p>\n<p>La renaissance africaine passe selon lui par la r\u00e9alisation de trois objectifs majeurs :<\/p>\n<p>-l&#8217;\u00e9tablissement de syst\u00e8mes politiques qui permettent aux peuples de gouverner, tout en tenant compte des sp\u00e9cificit\u00e9s africaines (1)<\/p>\n<p>-un d\u00e9veloppement \u00e9conomique durable avec la fin de la dette ;<\/p>\n<p>-et enfin une nouvelle place pour l&#8217;Afrique dans l&#8217;\u00e9conomie mondiale, qui ne la r\u00e9duirait pas au r\u00f4le de pourvoyeur de mati\u00e8res premi\u00e8res. Ces objectifs sont partag\u00e9s par nombre de dirigeants africains issus des luttes de lib\u00e9ration, farouches adversaires du colonialisme sous toutes ses formes et qui, pour beaucoup, ont, comme Nelson Mandela, connu la prison ou l&#8217;exil pour prix de leurs id\u00e9es. Ils constatent la puissance des Etats-Unis sur leur continent et, en v\u00e9ritables &#8221; utopistes-r\u00e9alistes &#8221; (2), ils ont pris le parti de cohabiter avec eux, en fixant autant que possible les limites de cette &#8221; cohabitation conflictuelle &#8220;.<\/p>\n<p>Plus question de les laisser attiser, pour les utiliser \u00e0 leur profit, les dissensions r\u00e9gionales ou ethniques, et ruiner ainsi les chances de d\u00e9veloppement indissolublement li\u00e9es \u00e0 la stabilit\u00e9 politique. Plus question de se laisser imposer une anarchie qui, sous couvert de &#8221; d\u00e9mocratie &#8220;, multiplie par dix ou m\u00eame par cent le nombre des partis ing\u00e9rables, non repr\u00e9sentatifs, et dangereux pour l&#8217;unit\u00e9 nationale parce que souvent \u00e0 base ethnique. Les trente ans qui s\u00e9parent de l&#8217;ind\u00e9pendance la plupart des Etats africains n&#8217;ont pas permis de constituer des Etats-nations \u00e0 l&#8217;europ\u00e9enne et les r\u00e8gles de gouvernement fix\u00e9es et exp\u00e9riment\u00e9es en Occident et appliqu\u00e9es telles quelles, m\u00e8nent \u00e0 des d\u00e9sastres (3).<\/p>\n<p> <strong> La revendication de la prise en main de leurs int\u00e9r\u00eats par les Africains <\/strong><\/p>\n<p>Les partis issus de mouvements de lib\u00e9ration et leurs principaux dirigeants (4) ont une commune vision pour leur propre pays, leur r\u00e9gion, mais \u00e9galement pour tout le reste du continent. En Afrique centrale d&#8217;abord, et leur engagement aux c\u00f4t\u00e9s de Laurent Kabila ou Sassou Nguesso en est la manifestation: il s&#8217;agit de ne pas laisser les mains libres aux seules grandes puissances et \u00e0 leurs relais locaux qui, dans cette zone et au-del\u00e0, jusqu&#8217;au Golfe de Guin\u00e9e, rivalisent de manipulations. Le nouveau Congo (ex-Za\u00efre) est \u00e0 la charni\u00e8re g\u00e9ographique de l&#8217;Afrique australe et du reste du continent et ses immenses richesses lui conf\u00e8rent une importance g\u00e9opolitique consid\u00e9rable. Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila, soutenu au d\u00e9part par les Etats-Unis et les dirigeants d&#8217;Afrique de l&#8217;Est (Rwanda, Ouganda en particulier), s&#8217;est rapproch\u00e9 de l&#8217;Afrique australe et a int\u00e9gr\u00e9 la SADC (5). Le Congo (Brazzaville) a constitu\u00e9 un autre enjeu dans lequel, en choisissant de jouer la carte Sassou Nguesso, alli\u00e9 de l&#8217;Angolais Dos Santos contre Lissouba, l&#8217;Afrique australe progressiste a reconstitu\u00e9 des solidarit\u00e9s issues de l&#8217;\u00e9poque de la lutte arm\u00e9e. En Afrique de l&#8217;Est, dont certains dirigeants ont \u00e9galement particip\u00e9 \u00e0 des luttes de lib\u00e9ration, il semble que les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains, s&#8217;appuyant sur des bases nettement ethniques, soient mieux repr\u00e9sent\u00e9s. Cependant, des solutions politiques inspir\u00e9es par les &#8220;sages&#8221; du sud du continent seraient accueillies favorablement par Laurent Kabila. Dans cette r\u00e9gion, o\u00f9 une minorit\u00e9 (tutsie) gouverne, la fronti\u00e8re avec la nouvelle R\u00e9publique du Congo, moins dens\u00e9ment peupl\u00e9e, a toujours \u00e9t\u00e9 perm\u00e9able et pourrait l&#8217;\u00eatre encore davantage: d\u00e9j\u00e0 un grand nombre de Tutsis se seraient install\u00e9s au Kivu (province du Congo jouxtant le Burundi et le Rwanda) o\u00f9 des terres sont disponibles (6).<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Omar Bongo, qui a rejoint les deux Congo et l&#8217;Angola dans un accord de s\u00e9curit\u00e9 au lendemain de la chute de Lissouba, serait-il le repr\u00e9sentant de &#8221; l&#8217;Afrique qui rel\u00e8ve la t\u00eate &#8221; en Afrique francophone ? Peut-\u00eatre, m\u00eame si c&#8217;est par r\u00e9alisme, parce qu&#8217;il a compris que c&#8217;\u00e9tait la solution de survie de son r\u00e9gime dans les conditions actuelles. La revendication de la prise en mains de leurs int\u00e9r\u00eats par les Africains est tr\u00e8s populaire dans les soci\u00e9t\u00e9s de ces Etats francophones, aux d\u00e9pens de l&#8217;image de la France qui appara\u00eet comme la derni\u00e8re puissance coloniale, les Etats-Unis ayant au contraire jou\u00e9 fort habilement la partie, en choisissant plus vite et mieux dans les crises des derni\u00e8res ann\u00e9es (Rwanda, Za\u00efre). L&#8217;expression politique de cette volont\u00e9 d&#8217;ind\u00e9pendance ne rev\u00eat \u00e9videmment pas les m\u00eames formes en Afrique de l&#8217;ouest et centrale qu&#8217;en Afrique australe: une autre histoire, d&#8217;autres exp\u00e9riences, le poids de la France se conjuguent pour sur\u00e9valuer le formalisme institutionnel par rapport au politique (c&#8217;est toute la distance qui s\u00e9pare la d\u00e9mocratisation, dans le contexte qui fut le sien, de la lib\u00e9ration obtenue par une lutte arm\u00e9e et populaire prolong\u00e9e !)<\/p>\n<p> <strong> Les pays du Sud face \u00e0 une mondialisation domin\u00e9e par le Nord <\/strong><\/p>\n<p>Projet pour tout le continent, uni dans le respect de l&#8217;ind\u00e9pendance de chacun, la &#8221; renaissance africaine &#8221; d\u00e9passe ce cadre. Quand Nelson Mandela rappelle dans son rapport la contribution du continent africain \u00e0 l&#8217;histoire de l&#8217;humanit\u00e9, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une manifestation de nostalgie ou d&#8217;autosatisfaction: il s&#8217;agit de s&#8217;appuyer sur le pass\u00e9 pour &#8221; faire du XXIe si\u00e8cle le si\u00e8cle de l&#8217;Afrique &#8220;. Face \u00e0 une mondialisation domin\u00e9e par le Nord, les pays du Sud doivent imposer une d\u00e9mocratisation des institutions internationales et peser pour la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>L&#8217;Afrique peut oeuvrer en ce sens aupr\u00e8s des autres parties du tiers monde et elle le fera d&#8217;autant mieux qu&#8217;elle se sera pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 r\u00e9pondre collectivement aux d\u00e9fis communs; en particulier, l&#8217;Afrique australe, repr\u00e9sentant \u00e0 elle seule la moiti\u00e9 du PIB de l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique sub-saharienne. La Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l&#8217;Afrique australe (SADC) est une zone de libre-\u00e9change; c&#8217;est \u00e9galement un espace o\u00f9 s&#8217;exp\u00e9rimente une coop\u00e9ration dans le domaine des transports des t\u00e9l\u00e9communications, de l&#8217;\u00e9nergie, de l&#8217;eau et des mines. Elle offre en outre un potentiel de d\u00e9veloppement important, m\u00eame si les disparit\u00e9s sont \u00e9videntes entre pays. A cet \u00e9gard, les affirmations de Nelson Mandela sur la solidarit\u00e9 entre les &#8221; sisters peoples &#8221; de la r\u00e9gion, et sur le refus des rapports de domination seront-elles suivies d&#8217;effet ? Premi\u00e8re puissance de cette r\u00e9gion, l&#8217;Afrique du Sud a d&#8217;autres points d&#8217;appui: pr\u00e9sidence de la CNUCED (Conf\u00e9rence des Nations-unies pour la coop\u00e9ration \u00e9conomique et le d\u00e9veloppement), vice-pr\u00e9sidence de l&#8217;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;ONU, participation au comit\u00e9 directeur de l&#8217;OMC (Organisation mondiale du commerce), r\u00f4le dans la ren\u00e9gociation du trait\u00e9 de non-prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire et dans l&#8217;adoption du trait\u00e9 interdisant les mines anti-personnel, r\u00f4le-cl\u00e9 \u00e0 l&#8217;OUA (Organisation de l&#8217;unit\u00e9 africaine) dont la place dans la recherche d&#8217;une plus grande solidarit\u00e9 africaine devrait \u00eatre primordiale, compte tenu de ses objectifs fondateurs r\u00e9cemment r\u00e9affirm\u00e9s.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9volution de la situation en Afrique australe et centrale montre donc des avanc\u00e9es des forces et des id\u00e9es de progr\u00e8s, qui contredisent &#8221; l&#8217;afropessimisme &#8220;. Pour autant, elle ne justifie pas d&#8217;optimisme b\u00e9at. Beaucoup de questions restent en suspens, les progr\u00e8s ne sont pas irr\u00e9versibles et le contexte actuel tient beaucoup aux personnalit\u00e9s des chefs &#8221; historiques &#8221; des mouvements de lib\u00e9ration, forg\u00e9s par la lutte commune contre le colonialisme et l&#8217;apartheid et, donc, \u00e2g\u00e9s. Leurs successeurs auront-ils la volont\u00e9 et la possibilit\u00e9 de tenir t\u00eate ? Auront-ils longtemps la m\u00eame vision que leurs a\u00een\u00e9s ? Rien n&#8217;est moins s\u00fbr, eu \u00e9gard \u00e0 leur formation, leur exp\u00e9rience et leurs liens (trop ?) particuliers avec certaines multinationales. Les Etats-Unis, s&#8217;ils usent de moyens de domination moins directs que la France, veulent l&#8217;Afrique \u00e0 leur mani\u00e8re. Une d\u00e9stabilisation de la r\u00e9gion du fleuve Congo ou du lac Tchad par le r\u00e9veil des oppositions ethniques est toujours possible. Leur strat\u00e9gie, parce qu&#8217;elle ne recoupe pas le clivage Afrique anglo-saxonne\/Afrique francophone, mais rep\u00e8re des &#8221; zones utiles &#8221; dans le cadre d&#8217;une mainmise sur les ressources naturelles, est moins facile \u00e0 identifier, et donc \u00e0 contrer par les int\u00e9ress\u00e9s. Et ils ont montr\u00e9 en d&#8217;autres temps et d&#8217;autres lieux jusqu&#8217;o\u00f9 ils \u00e9taient capables d&#8217;aller pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats (7). Pour s&#8217;y opposer, la politique \u00e9lys\u00e9enne pourrait \u00eatre tent\u00e9e de r\u00e9activer un axe francophone et pro-fran\u00e7ais articul\u00e9 par le tandem Congo (Brazzaville)-Gabon et sur des bases pseudo-ethniques: des recettes qui ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 leur caract\u00e8re dangereux et contraire \u00e0 l&#8217;int\u00e9r\u00eat des pays concern\u00e9s. Nelson Mandela, dans son rapport \u00e0 la conf\u00e9rence de l&#8217;ANC, indiquait imm\u00e9diatement apr\u00e8s les buts de la &#8221; renaissance africaine &#8220;, que les forces de la r\u00e9action dans et hors du continent tenteraient d&#8217;imposer des reculs; il en tirait une conclusion, valable non seulement pour l&#8217;Afrique mais pour l&#8217;ensemble des pays: il n&#8217;y aura de changement que si les peuples (et pas uniquement les gouvernements) sont inclus dans la lutte. Les peuples, c&#8217;est-\u00e0-dire le n\u00f4tre aussi ! Trop longtemps laiss\u00e9 dans l&#8217;ignorance des pratiques des divers int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui pr\u00e9tendaient faire la politique de la France, il doit exiger et obtenir la transparence sur les objectifs d&#8217;un cod\u00e9veloppement dont les contours sont encore flous.<\/p>\n<p> <strong> Pour un partenariat qui rompe avec la tradition paternaliste <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;exigence d&#8217;un &#8221; nouveau partenariat &#8220;, rompant avec la tradition paternaliste, affirm\u00e9e par le premier ministre lors de son voyage en Afrique de l&#8217;ouest, est certes l\u00e9gitime. Mais ni le soutien prioritaire aux investissements priv\u00e9s, justifiant de crit\u00e8res de rentabilit\u00e9, ni l&#8217;absence de moyens suppl\u00e9mentaires ne sont v\u00e9ritablement en rupture avec la politique pr\u00e9c\u00e9dente. Or, les entreprises fran\u00e7aises ne r\u00e9alisent que 5% de leurs investissements en Afrique, alors qu&#8217;elles y engrangent 16% de l&#8217;exc\u00e9dent du commerce ext\u00e9rieur fran\u00e7ais ! Un taux de rentabilit\u00e9 qui justifie leurs app\u00e9tits mais qui ne rencontre pas l&#8217;int\u00e9r\u00eat des populations. Tout autre devrait \u00eatre la conception du co-d\u00e9veloppement d&#8217;une France progressiste: en liaison avec les entreprises et les services publics, en concertation avec les partenaires africains, elle devrait se fixer comme objectif la r\u00e9orientation de l&#8217;aide publique vers la r\u00e9alisation de grandes infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques et industrielles, l&#8217;\u00e9ducation et la sant\u00e9, apr\u00e8s avoir effac\u00e9 la dette inique et absurde; avec \u00e0 la clef des emplois ici et l\u00e0-bas, ce qui ferait de la &#8221; ma\u00eetrise des flux migratoires &#8221; autre chose qu&#8217;une incantation. Ce serait la contribution juste et utile d&#8217;une ancienne puissance coloniale \u00e0 la r\u00e9ussite d&#8217;une renaissance africaine, et une d\u00e9cision \u00e0 la hauteur des enjeux qui se posent non seulement en Afrique, mais \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Et cela m\u00e9rite un large d\u00e9bat parlementaire, en opposition \u00e0 la diplomatie secr\u00e8te des affairistes qui a pr\u00e9valu depuis les ind\u00e9pendances. F. P.<\/p>\n<p>1. Cette prise en compte des sp\u00e9cificit\u00e9s africaines n&#8217;a, bien s\u00fbr, rien \u00e0 voir avec la vision chiraquienne de la d\u00e9mocratie \u00e0 l&#8217;africaine, teint\u00e9e de paternalisme et d&#8217;int\u00e9r\u00eats non dissimul\u00e9s.<\/p>\n<p>2. L&#8217;expression est de Julius Nyerere, ancien pr\u00e9sident de la Tanzanie, cit\u00e9e dans Rencontres avec Julius Nyerere de David Gakunzi zt Ad&#8217; Obe Obe.Collection &#8221; les passeurs de fronti\u00e8res &#8220;, \u00e9ditions Descartes et Compagnie.<\/p>\n<p>3. Sur ce sujet, le livre de Samir Amin, l&#8217;Ethnie \u00e0 l&#8217;assaut des nations, \u00e9ditions de l&#8217;Harmattan 1997, livre des analyses et exemples, en particulier dans l&#8217;Afrique contemporaine.&#8221; &#8230;.les segments de la classe dirigeante, \u00e9clat\u00e9e en fractions et groupes, ont alors cherch\u00e9 \u00e0 se donner une l\u00e9gitimit\u00e9 par tous les moyens.L&#8217;argument r\u00e9gional ou ethnique est alors mobilis\u00e9 \u00e0 cet effet.Mais il n&#8217;est pas le seul: la d\u00e9mocratie l&#8217;est \u00e9galement.Les m\u00eames classes, unifi\u00e9es derri\u00e8re le dictateur et son r\u00e9gime autocratique, justifiant leur ralliement au parti unique par les exigences du d\u00e9veloppement, changent brusquement d&#8217;attitude, se regroupent dans des partis multiples et r\u00e9clament des \u00e9lections.Le repliement ethniciste doit \u00eatre \u00e9galement plac\u00e9 dans ce cadre.Il n&#8217;est pas le produit spontan\u00e9 de la diff\u00e9rence ou l&#8217;expression naturelle des consciences populaires.L&#8217;ethnicit\u00e9, comme la d\u00e9mocratie, sont ici v\u00e9ritablement manipul\u00e9es &#8220;.<\/p>\n<p>4. En particulier: Nelson Mandela (ANC, Afrique du Sud), Sam Nujoma (SWAPO, Namibie) Robert Mugab\u00e9 (ZANU-PF, Zimbabwe), Jos\u00e9 Eduardo Dos Santos (MPLA, Angola), Joachim Chissano (FRELIMO, Mozambique).<\/p>\n<p>5. SADC, South Africa Development Communauty (communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l&#8217;Afrique australe).Afrique du Sud, Angola, Botswana, Congo (ex-Zaire), Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe.<\/p>\n<p>6. Voir la revue H\u00e9rodote, IVe trimestre 1997, Jean-Claude Willame &#8221; Gestion verticale et horizontale des crises identitaires; l&#8217;exemple du Kivu montagneux &#8220;.<\/p>\n<p>7. Voir dans le livre de Samir Amin, la contribution de Joseph Vansy sur le r\u00f4le des Etats-Unis dans la d\u00e9composition de l&#8217;Ethiopie, le plus ancien Etat d&#8217;Afrique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> F\u00e9vrier 1990: le plus vieux prisonnier politique du monde, Nelson Mandela, faisait ses premiers pas d&#8217;homme libre. 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