{"id":856,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/algerie856\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"algerie856","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=856","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, la vie socio-culturelle alg\u00e9rienne conna\u00eet de grands bouleversements. La lutte politique sur le front culturel s&#8217;av\u00e8re aussi importante que celle men\u00e9e sur le front socio-politique. D\u00e9cennie 80: retour sur une histoire contrast\u00e9e. <\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt, la contestation int\u00e9griste et la contestation berb\u00e9riste se d\u00e9clenchent presque simultan\u00e9ment et avec la m\u00eame virulence. Toutes deux prennent une forme arm\u00e9e prolongeant l&#8217;affrontement avec les institutions de l&#8217;Etat totalitaire d&#8217;alors, sur le front militaire. Quand s&#8217;\u00e9teint la contestation identitaire berb\u00e8re, en 1984, farouchement r\u00e9prim\u00e9e, le relais est d\u00e9j\u00e0 assur\u00e9 par l&#8217;activisme militaire des premiers groupes arm\u00e9s islamistes dits (groupes de Bouyali).<\/p>\n<p>L&#8217;initiative culturelle identitaire berb\u00e8re en 1981 s&#8217;av\u00e9rera tr\u00e8s t\u00f4t une pratique des cat\u00e9gories sociales modestes. Elle reste longtemps marqu\u00e9e du sceau de la r\u00e9gionalisation. Des universitaires et des &#8221; acad\u00e9miciens &#8221; s&#8217;expriment de leur exil. Ils confortent le caract\u00e8re \u00e9litiste, r\u00e9gional, voire r\u00e9gionaliste, de cette lutte socio-culturelle et politique. Des expressions plus ou moins spontan\u00e9es d&#8217;investissements prennent forme dans des pratiques comme la peinture, la chanson, le th\u00e9\u00e2tre populaire, gr\u00e2ce en grande partie \u00e0 l&#8217;engagement personnel de l&#8217;\u00e9crivain Kateb Yassine. Ce dernier ne manque pas d&#8217;intervenir dans le domaine litt\u00e9raire et esth\u00e9tique. Naissent alors des conf\u00e9rences (avec l&#8217;\u00e9crivain Mouloud Mammeri dont l&#8217;interdiction de s&#8217;exprimer en 1981 \u00e0 la Maison de la Culture de Tizi Ouzou sera \u00e0 l&#8217;origine de la r\u00e9volte en Kabylie), des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales (th\u00e9\u00e2tre de la mer, th\u00e9\u00e2tre du TROran avec Kaki et Alloula, th\u00e9\u00e2tre du TRAConstantine ou de Annaba et bien entendu celui de Sidi Bel Abb\u00e8s), des tourn\u00e9es culturelles. Toutes ces initiatives tentent de prolonger, artificiellement, une mobilisation qui avait commenc\u00e9 dans le cadre de la r\u00e9volution agraire, une d\u00e9cennie plus t\u00f4t et qui donnait, depuis la mort subite de Boum\u00e9dienne, des signes manifestes d&#8217;essoufflement.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus saillant de cette lutte des ann\u00e9es quatre-vingt est sans aucun doute la pratique de la chanson et surtout le renouvellement de la m\u00e9lodie de la chanson populaire \u00e9migr\u00e9e et\/ou kabyle. L&#8217;int\u00e9r\u00eat scientifique (objectiviste) et le penchant id\u00e9ologique (subjectivit\u00e9) pour la langue et la culture berb\u00e8res, baptis\u00e9e depuis &#8221; tamazight &#8220;, se d\u00e9veloppent parall\u00e8lement \u00e0 cette pratique militante, se consolident pour se renforcer. Une offensive d&#8217;envergure est encourag\u00e9e pour porter la contestation au sein m\u00eame des institutions de l&#8217;Etat alg\u00e9rien. Cela va se produire avec les luttes revendicatives autour des inscriptions de nouveaux n\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tat civil, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions berb\u00e9rophones de Kabylie. Sur un plan organique et\/ou organisationnel, ce courant culturaliste va tenter de profiter de la mobilisation des d\u00e9buts de la d\u00e9cennie quatre-vingt pour amorcer un regroupement. Il prend l&#8217;apparence de cercles d&#8217;\u00e9tudes et de recherches para-universitaires (S\u00e9minaire de Yayouren &#8211; \u00e9t\u00e9 1982; S\u00e9minaire de Tizi Ouzou &#8211; printemps 1989).<\/p>\n<p> <strong> Dans le sillage de la r\u00e9volte identitariste berb\u00e8re <\/strong><\/p>\n<p>Dans le sillage de la r\u00e9volte identitariste berb\u00e8re s&#8217;engage un deuxi\u00e8me front qui pose avec timidit\u00e9, puis avec plus de virulence, l&#8217;\u00e9pineux probl\u00e8me de la citoyennet\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 propos du statut et du code de la famille. L&#8217;ouverture de ce front vient tout naturellement renforcer l&#8217;offensive d\u00e9mocratique et libertaire contre ce que l&#8217;on croyait alors \u00eatre les ultimes tentatives de sauvegarde de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie de l&#8217;Etat militaire et policier et de son parti unique. Ce dernier, tenu en laisse depuis plus d&#8217;une d\u00e9cennie par une g\u00e9rontocratie populiste et bureaucratique, avait de plus en plus de mal \u00e0 produire et faire produire, \u00e0 assumer sa gestion id\u00e9ologique: la population alg\u00e9rienne compte alors plus de 85% de moins de trente ans. Cette soci\u00e9t\u00e9 se trouve en passe de vivre de profondes mutations dans un monde lui-m\u00eame en proie \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration vertigineuse des transformations culturelles et politiques. Mutations que les \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision locales ou diffus\u00e9es par satellites donnent \u00e0 voir quotidiennement \u00e0 des esprits &#8221; curieux du moindre rien &#8221; parce qu&#8217;assoiff\u00e9s de tout&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce monde en bouleversement et en mutation que le combat moderniste s&#8217;engage en Alg\u00e9rie, \u00e0 partir d&#8217;un imaginaire excit\u00e9 de l&#8217;ext\u00e9rieur par l&#8217;esprit de curiosit\u00e9, par l&#8217;instinct de mim\u00e9tisme, par l&#8217;attrait du progr\u00e8s et par la tentation d&#8217;\u00e9mancipation, malgr\u00e9 la tutelle l\u00e9nifiante, absurde et d\u00e9su\u00e8te des caciques. Ces derniers, pourtant, n&#8217;ont ni la culture, ni les comp\u00e9tences, ni le savoir et encore moins le savoir-faire d&#8217;une jeunesse avide de connaissances. Conditionn\u00e9e par la rente et le gain facile, la nomenklatura avait pris l&#8217;habitude f\u00e2cheuse de traiter &#8220;\u00e0 la ba\u00efonnette&#8221; et par le m\u00e9pris (hogra), les revendications d&#8217;\u00e9mancipation, n&#8217;h\u00e9sitant pas \u00e0 recourir \u00e0 la torture et au terrorisme politique, etc.<\/p>\n<p> <strong> Une jeunesse avide de connaissance face aux caciques avides de gain <\/strong><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me politique et ses rouages socio-culturels ont \u00e9t\u00e9 herm\u00e9tiquement verrouill\u00e9s. Apr\u00e8s les mises au pas des organisations de la n\u00e9buleuse du parti unique, apr\u00e8s les purges massives des institutions syndicales et politiques \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame du parti, la contestation sociale et id\u00e9ologique cherche \u00e0 se doter de ses propres institutions. Les groupes de recherche et de travail universitaire, les associations libres et\/ou caritatives, les cercles, les amicales, les clubs divers (sports, \u00e9checs, \u00e9quitation, \u00e9quipe de foot de quartier, etc.) sont cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces structures parall\u00e8les d\u00e9veloppent une dynamique d&#8217;autonomisation qui devient incontr\u00f4lable. Elles \u00e9chappent totalement \u00e0 la mainmise directe des appareils id\u00e9ologiques du parti et de l&#8217;Etat, se soustraient \u00e0 leur contr\u00f4le en se passant de subventions, etc. L&#8217;Etat se voit dans l&#8217;obligation de c\u00e9der du terrain sur les li-bert\u00e9s. Il cherche \u00e0 organiser le cadre juridique l\u00e9gal dans lequel ces associations et ces organisations n&#8217;ont plus qu&#8217;\u00e0 s&#8217;inscrire pour pouvoir agir ouvertement. Des associations de d\u00e9fense des droits de la femme et\/ou de l&#8217;enfant (elles seraient au nombre d&#8217;une trentaine aujourd&#8217;hui) naissent alors. Elles continuent, cahin-caha, \u00e0 mobiliser de plus en plus de jeunes malgr\u00e9 le climat de folie et de d\u00e9mence meurtri\u00e8re qui s\u00e9vit.<\/p>\n<p>L&#8217;explosion d&#8217;octobre 1988 qui doit logiquement confirmer ce mouvement d&#8217;\u00e9mancipation va montrer les faiblesses et les tares de cette maladie infantile de la d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie. Ce qui est apparu d\u00e8s les premiers jours des \u00e9v\u00e9nements de 1988, c&#8217;est l&#8217;ampleur du travail souterrain et pernicieux qui avait \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par des fractions r\u00e9actionnaires du parti unique. Des centaines de jeunes casseurs se sont retrouv\u00e9s dans la rue en apparence contre l&#8217;Etat mais surtout contre les d\u00e9mocrates. Ils sont embrigad\u00e9s et sommairement travaill\u00e9s par l&#8217;id\u00e9ologie fasciste de l&#8217;arabo-islamisme pr\u00e9sent\u00e9 comme r\u00e9ponse \u00e0 la demande culturelle et linguistique franco-berb\u00e8re. Tr\u00e8s vite, la logique de clivage traverse tous les mouvements: associations d&#8217;intellectuels (celle du RAIS, ou l&#8217;union des \u00e9crivains alg\u00e9riens, \u00e9galement), regroupements jusque-l\u00e0 rendus possibles par le mouvement progressiste et anti-imp\u00e9rialiste des ann\u00e9es 70.<\/p>\n<p> <strong> Le constat d&#8217;\u00e9chec du verrouillage impos\u00e9 par le parti unique <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques mobilisations spectaculaires et malgr\u00e9 une sauvage et barbare r\u00e9pression, apr\u00e8s les r\u00e9ajustements constitutionnels (r\u00e9vision de la constitution en 1989 et instauration du pluralisme) la lutte politique s&#8217;engage r\u00e9solument. Elle r\u00e9v\u00e8le \u00e0 l&#8217;observateur averti qu&#8217;il ne s&#8217;agit en fait que d&#8217;un interm\u00e8de, le temps que le pouvoir retrouve sa coh\u00e9sion et s&#8217;octroie des moyens de reprise en main d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 jeune et turbulente. Durant les cinq ann\u00e9es qui voient la premi\u00e8re grave crise au sein du FLN et le desserrement de son \u00e9tau policier et militaire sur la soci\u00e9t\u00e9 civile, l&#8217;\u00e9mergence de r\u00e9sistances va \u00eatre capt\u00e9e essentiellement par l&#8217;opposition aussi bien celle issue du berb\u00e9risme que celle issue du fondamentalisme islamiste.<\/p>\n<p>Contrairement au d\u00e9but de la d\u00e9cennie, le mouvement d\u00e9mocratique et son alli\u00e9, l&#8217;identitarisme berb\u00e9risant (ou amazighisant), renonce \u00e0 la lutte arm\u00e9e contre l&#8217;Etat et ses institutions. Il s&#8217;engage dans le combat politique et institutionnel, tandis que la n\u00e9buleuse islamo-baathiste prend une option ferme pour l&#8217;affrontement militaire avec l&#8217;Etat, pour en venir \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation de la guerre contre toute la soci\u00e9t\u00e9. La raison premi\u00e8re est \u00e9vidente: le constat d&#8217;\u00e9chec du verrouillage impos\u00e9 par le parti unique depuis trente ans et l&#8217;\u00e9chec lamentable de l&#8217;id\u00e9ologie nationaliste. Elle n&#8217;aura pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des faits, t\u00eatus, devant la mont\u00e9e des milieux d&#8217;affaires maffieux et leur mainmise sur les r\u00e9seaux les plus juteux du commerce international. Qui plus est, le constat d&#8217;\u00e9chec de la politique d&#8217;arabisation et d&#8217;islamisation forcen\u00e9e et autoritaire ont conduit les forces r\u00e9trogrades \u00e0 recourir \u00e0 la violence organis\u00e9e, de plus en plus barbare, de plus en plus m\u00e9diatis\u00e9e. Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents en sont la cons\u00e9quence logique et la plus spectaculaire..<\/p>\n<p> <strong> Alg\u00e9rie, 1998 <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Le mois prochain: la d\u00e9cennie quatre-vingt-dix <\/strong><\/p>\n<p>* Universitaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, la vie socio-culturelle alg\u00e9rienne conna\u00eet de grands bouleversements. La lutte politique sur le front culturel s&#8217;av\u00e8re aussi importante que celle men\u00e9e sur le front socio-politique. 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