{"id":8556,"date":"2015-03-31T11:55:33","date_gmt":"2015-03-31T09:55:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-les-lebensborn-ou-l-histoire-et\/"},"modified":"2023-06-23T23:19:21","modified_gmt":"2023-06-23T21:19:21","slug":"article-les-lebensborn-ou-l-histoire-et","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8556","title":{"rendered":"Les Lebensborn, ou l&#8217;histoire et ses failles au th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Alors que 2015 est l&#8217;ann\u00e9e de comm\u00e9moration du 70e anniversaire de la lib\u00e9ration des camps, l&#8217;adaptation th\u00e9\u00e2trale de Lignes de faille aborde \u00e0 travers une \u00e9pop\u00e9e familiale brillamment interpr\u00e9t\u00e9e un projet m\u00e9connu de l&#8217;Allemagne nazie, celui des Lebensborn. <\/p>\n<p>Dans le dossier de <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> <a href=\"http:\/\/www.telerama.fr\/idees\/ivan-jablonka-on-pretend-parfois-que-tout-a-ete-dit-sur-la-shoah-bien-au-contraire,124538.php\">&#8220;Ils ont racont\u00e9 la Shoah&#8221;<\/a>, l&#8217;historien et r\u00e9dacteur en chef de <em>La Vie des id\u00e9es<\/em> Ivan Jablonka explique que soixante-dix ans apr\u00e8s la lib\u00e9ration des camps, tout n&#8217;a pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert dans le fonctionnement et la mise en \u0153uvre du g\u00e9nocide. Cette affirmation, qui rappelle l&#8217;\u00e9ternelle n\u00e9cessit\u00e9 de transmission de l&#8217;histoire, r\u00e9sonne avec force lorsqu&#8217;on songe \u00e0 la question m\u00e9connue des <em>Lebensborn<\/em>. <\/p>\n<p>Mis en place d\u00e8s 1935 \u00e0 l&#8217;initiative de Himmler, le projet des <em>Lebensborn<\/em> \u2013 traduit en fran\u00e7ais par &#8220;fontaines de vie&#8221; \u2013 visait \u00e0 la propagation de la race aryenne \u00e0 travers l&#8217;ouverture de cr\u00e8ches et de maternit\u00e9s. Tandis que des femmes y ont donn\u00e9 naissance \u00e0 des enfants de SS ou de soldats allemands, plusieurs dizaines de milliers d&#8217;enfants kidnapp\u00e9s en Pologne, Ukraine ou dans les pays baltes y ont s\u00e9journ\u00e9, avant d&#8217;\u00eatre plac\u00e9s dans des familles de Germains bon teint. Alors que les enfants concern\u00e9s n&#8217;ont toujours pas \u00e9t\u00e9 reconnus officiellement comme victimes du r\u00e9gime nazi, le r\u00e9cit <em>Lignes de faille<\/em> de Nancy Huston, ainsi que son adaptation th\u00e9\u00e2trale, abordent ce sujet encore confidentiel. <\/p>\n<p><strong><em>Une fresque intime et historique<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Mais \u00e0 vrai dire, la mise en sc\u00e8ne de Catherine Marnas fait plus que cela. D&#8217;abord, parce que le roman de l&#8217;autrice franco-canadienne, prix Femina 2006, est une \u0153uvre puissante et complexe. Ensuite, parce que la version sc\u00e9nique qu&#8217;en livre la metteuse en sc\u00e8ne et directrice du Th\u00e9\u00e2tre national Bordeaux Aquitaine en porte brillamment les enjeux tout en offrant un v\u00e9ritable objet th\u00e9\u00e2tral. <\/p>\n<p>Dans <em>Lignes de faille<\/em>, nous remontons \u00e0 rebours d&#8217;une famille sur quatre g\u00e9n\u00e9rations et s\u00e9quences : 2004, 1982, 1962, 1944-45. Fid\u00e8le au roman, le spectacle donne dans chaque partie la parole \u00e0 l&#8217;enfant, signifiant sa double situation de narrateur et d&#8217;interpr\u00e8te par l&#8217;amplification de sa voix. Sol, am\u00e9ricain \u00e2g\u00e9 de six ans en 2004 prend le premier la parole. S&#8217;adressant tant\u00f4t \u00e0 la salle, tant\u00f4t \u00e0 sa famille, il pr\u00e9sente ses parents Randall et Tessa, sa grand-m\u00e8re Sadie et son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re AGM, ainsi que leurs relations. Suivront comme narrateurs \u2013 \u00e0 chaque fois \u00e2g\u00e9s de six ans \u2013 Randall, Sadie et enfin AGM, myst\u00e9rieuse arri\u00e8re-grand-m\u00e8re au temp\u00e9rament \u00e9gal dont les changements de pr\u00e9noms successifs (AGM \u2192 Erra \u2192 Klarysa \u2192 Kristina) disent la faille originelle. <\/p>\n<p>La conversion expiatoire de Sadie au juda\u00efsme et son souci imp\u00e9rieux de conna\u00eetre l&#8217;origine de sa m\u00e8re, l&#8217;\u00e9motivit\u00e9 inqui\u00e8te de Randall et son chagrin d&#8217;amour enfant, le cynisme distant de Sol ainsi que son go\u00fbt pour les vid\u00e9os pornos et les images de guerre trouvent pour partie leur origine dans le kidnapping d&#8217;AGM-Kristina, arrach\u00e9e \u00e0 sa famille ukrainienne. Mais si le <em>Lebensborn<\/em> creuse des failles souterraines, d&#8217;autant plus profondes que chaque g\u00e9n\u00e9ration de la lign\u00e9e charrie son lot de secrets et de non-dits, les n\u00e9vroses et traumatismes s&#8217;enracinent dans des contextes pr\u00e9cis.<\/p>\n<p><strong><em>Plong\u00e9e dans la m\u00e9moire<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>D\u00e9passant la psychologie transg\u00e9n\u00e9rationnelle, <em>Lignes de faille<\/em> renvoie \u00e0 des conflits : guerre en Irak pour Sol, intervention militaire isra\u00e9lienne au Liban pour Randall, guerre froide pour Sadie, seconde guerre mondiale pour Kristina. \u00c0 l&#8217;image de la remont\u00e9e dans le temps, la mise en sc\u00e8ne et la sc\u00e9nographie sobres \u00e9pousent finement les changements d&#8217;\u00e9poque. Si le d\u00e9cor et les artifices sc\u00e9niques demeurent sensiblement les m\u00eames \u2013 une table, des chaises, un piano, des projections vid\u00e9os \u2013 leur style \u00e9volue. Ce ne sont pas seulement les personnages qui remontent le temps, mais le th\u00e9\u00e2tre et ses codes. <\/p>\n<p>Du plateau largement \u00e9clair\u00e9 soulignant l&#8217;exhibition perp\u00e9tuelle qu&#8217;impose notre monde contemporain, le spectacle glisse vers plus de classicisme et de retenue, avec des lumi\u00e8res tamis\u00e9es et des costumes aux couleurs pastels \u2013 au milieu desquels la robe rouge de Kristina souligne sa singularit\u00e9. Ce mouvement progressif vers l&#8217;obscurit\u00e9 profonde et son atmosph\u00e8re inqui\u00e9tante raconte du m\u00eame coup la plong\u00e9e dans la m\u00e9moire au c\u0153ur d&#8217;\u00e9poques r\u00e9volues. <\/p>\n<p>Saisissant par la coh\u00e9rence dramaturgique de sa facture et la puissance de son interpr\u00e9tation \u2013 notamment Catherine Pietri qui incarne les trois \u00e2ges de Sadie avec une rare virtuosit\u00e9 \u2013, <em>Lignes de faille<\/em> est \u00e9galement passionnant par sa capacit\u00e9 \u00e0 articuler histoires familiales et enjeux historiques et politiques. Fa\u00e7on de rappeler que si l&#8217;individu est acteur de sa vie, il est aussi le produit d&#8217;une histoire intime et collective.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8556 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/lignes-de-faille-3af.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/lignes-de-faille-3af-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lignes-de-faille.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que 2015 est l&#8217;ann\u00e9e de comm\u00e9moration du 70e anniversaire de la lib\u00e9ration des camps, l&#8217;adaptation th\u00e9\u00e2trale de Lignes de faille aborde \u00e0 travers une \u00e9pop\u00e9e familiale brillamment interpr\u00e9t\u00e9e un projet m\u00e9connu de l&#8217;Allemagne nazie, celui des Lebensborn. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21762,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[405],"class_list":["post-8556","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8556","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8556"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8556\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21762"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8556"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8556"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}