{"id":8471,"date":"2015-03-09T12:12:22","date_gmt":"2015-03-09T11:12:22","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-en-finir-avec-le-mepris-du-peuple\/"},"modified":"2015-03-09T12:12:22","modified_gmt":"2015-03-09T11:12:22","slug":"article-en-finir-avec-le-mepris-du-peuple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8471","title":{"rendered":"En finir avec le m\u00e9pris du peuple"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Jack Dion, directeur adjoint de la r\u00e9daction de Marianne, vient de publier avec Le m\u00e9pris du peuple un essai brillamment enlev\u00e9. L&#8217;ouvrage pose les termes d&#8217;un d\u00e9bat \u00e0 mener jusque dans les points de d\u00e9saccords qu&#8217;il r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<p>Dans <em>Le m\u00e9pris du peuple<\/em>, d\u2019une plume ac\u00e9r\u00e9e, Jack Dion \u00e9gratigne les &#8220;\u00e9lites&#8221;, portant une responsabilit\u00e9 \u00e9crasante dans ce qui est devenu la cl\u00e9 des blocages et des crises contemporaines : la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des cat\u00e9gories populaires et le ressentiment pesant qui en d\u00e9coule. &#8220;L\u2019oligarchie&#8221; a jou\u00e9 les apprentis sorciers. Depuis plus de trente ans, un groupe \u00e9troit et transnational de d\u00e9cideurs (quelques milliers dans le monde) oriente les politiques publiques et priv\u00e9es, \u00e9dicte le juste et le faux, le l\u00e9gitime et l\u2019ill\u00e9gitime, le dicible et l\u2019indicible. Tout ce qui s\u2019\u00e9carte de la norme (lois des march\u00e9s, consensus de Washington, r\u00e8gle d\u2019or\u2026) est renvoy\u00e9 au registre de l\u2019irrationnel, de l\u2019obsol\u00e8te et, de plus en plus, du &#8220;populisme&#8221; quand ce n\u2019est pas du &#8220;totalitarisme&#8221;. Le r\u00e9sultat est un marasme politique sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p><strong><em>Un d\u00e9litement contemporain<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Six chapitres instruisent le proc\u00e8s, en forme de commandements : l\u2019\u00e9puration politique tu subiras, la secte du march\u00e9 tu aduleras, les oligarques du CAC tu adoreras, la souverainet\u00e9 tu abdiqueras, les mauvais \u00e9lecteurs tu condamneras, la France tu maudiras. L\u2019argumentaire est impitoyable et bien inform\u00e9. On retiendra au passage quelques propos succulents, de DSK (<em>\u00ab Du groupe le plus d\u00e9favoris\u00e9, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine \u00e0 une d\u00e9mocratie parlementaire \u00bb<\/em>) ou de Fran\u00e7ois Hollande cit\u00e9 par la journaliste C\u00e9cile Amar \u00e0 propos de Florange (<em>\u00ab Perdre les ouvriers, ce n\u2019est pas grave \u00bb<\/em>).<\/p>\n<p>Le m\u00e9rite du livre de Jack Dion est de nous montrer que le d\u00e9litement contemporain n\u2019est pas le r\u00e9sultat de quelque fatalit\u00e9 que ce soit, mais le fruit de plusieurs logiques entrem\u00eal\u00e9es : l\u2019imposition d\u2019une doxa ultralib\u00e9rale plan\u00e9taire qui a d\u00e9structur\u00e9 peu \u00e0 peu les m\u00e9canismes correcteurs de l\u2019\u00c9tat-providence ; la panne d\u00e9mocratique qui accompagne la mont\u00e9e plan\u00e9taire de la &#8220;gouvernance&#8221; technocratique et la pr\u00e9sidentialisation accrue des institutions nationales ; le glissement vers la droite du parti majoritaire de la gauche, de <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/vive-la-crise-une-fable-de-trente,7497\">Vive la crise !<\/a><\/em> (1984) \u00e0 la <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/macron-portrait-du-liquidateur\">&#8220;macronite&#8221;<\/a> actuelle en passant par la &#8220;R\u00e9publique du centre&#8221; (1988) [[En 1988, Fran\u00e7ois Furet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon publient un essai intitul\u00e9 <em>La R\u00e9publique du centre<\/em>. La fin de l\u2019exception fran\u00e7aise. Cette m\u00eame ann\u00e9e, lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Fran\u00e7ois Mitterrand appelle \u00e0 un rassemblement au centre dans sa Lettre \u00e0 tous les Fran\u00e7ais.]].<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il n\u2019est pas de d\u00e9passement envisageable de la crise politique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re sans d\u00e9structuration concert\u00e9e du syst\u00e8me global qui la provoque, qui l\u2019alimente et qui s\u2019en nourrit en retour. Face \u00e0 la mondialisation financi\u00e8re, la seule posture d\u00e9nonciatrice ne suffit pas. Face \u00e0 la pouss\u00e9e du FN, le discours de la morale est sans effet, tout autant que le recours aux mots chocs des mobilisations d\u2019hier (la symbolique de l\u2019antifascisme). Face au ressentiment des cat\u00e9gories populaires abandonn\u00e9es et m\u00e9pris\u00e9es, le coup de chapeau rituel au &#8220;peuple&#8221; ou l\u2019appel magique aux forces &#8220;saines&#8221; n\u2019ont aucune chance d\u2019inverser le cours des choses. Des strat\u00e9gies qui contournent le c\u0153ur des cat\u00e9gories populaires (celle que pr\u00f4ne le think tank Terra Nova par exemple) ou qui, au contraire, s\u2019alignent peu ou prou sur les th\u00e9matiques &#8220;identitaires&#8221; du FN pour lui disputer le terrain (la logique de la <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/acces-payant\/numeros\/no20-avril-2012\/gauche-populaire-minorites,5385\">&#8220;Gauche populaire&#8221;<\/a>) n\u2019emp\u00eacheront pas le (h\u00e9las !) possible cataclysme politique.<\/p>\n<p><strong><em>Pourquoi l&#8217;esprit de rupture s&#8217;est-il affaibli ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le constat \u00e2pre et argument\u00e9 de Jack Dion est en ce sens bienvenu. Sa franchise et sa verve s\u00e9duisent\u2026 et ne manquent pas de susciter la r\u00e9serve et parfois le d\u00e9saccord. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, par sa pertinence m\u00eame, il invite \u00e0 aller au-del\u00e0 des seuls constats qu\u2019il \u00e9nonce et, pour cela, \u00e0 pousser plus loin les d\u00e9bats n\u00e9cessaires pour penser des alternatives.<\/p>\n<p>Ainsi, dans la somme des b\u00e9ances qui s\u2019ouvrent devant nous, Jack Dion voit \u00e0 juste titre l\u2019effet des choix voulus par les &#8220;d\u00e9cideurs&#8221;, par ceux qui d\u00e9tiennent les leviers de la richesse et du pouvoir (&#8220;l\u2019oligarchie&#8221;). Mais \u00e0 bien des \u00e9gards, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des cat\u00e9gories populaires est un principe fondateur des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019exploitation et de domination. Le &#8220;cens cach\u00e9&#8221; qui marginalise le peuple au sens sociologique du terme est consubstantiel, depuis plus de deux si\u00e8cles, des m\u00e9canismes d\u2019une d\u00e9mocratie strictement repr\u00e9sentative et \u00e9troitement bourgeoise. Or cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart structurelle a \u00e9t\u00e9 historiquement plus ou moins forte, elle a pu \u00eatre plus ou moins contredite, par la force de l\u2019organisation collective (le mouvement ouvrier), par la pers\u00e9v\u00e9rance de l\u2019action politique (le syst\u00e8me des partis de recrutement populaire) et par le poids des symboles (l\u2019utopie dynamique de la &#8220;Sociale&#8221;). S\u2019il faut s\u2019interroger, c\u2019est donc \u00e0 la fois sur les strat\u00e9gies des dominants et sur ce qui, dans l\u2019espace des domin\u00e9s, a limit\u00e9 la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance ou a stimul\u00e9 l\u2019esprit de r\u00e9signation.<\/p>\n<p>Cette piste de r\u00e9flexion est d\u00e9cisive, si l\u2019on ne veut pas s\u2019engluer dans le pi\u00e8ge de la r\u00e9p\u00e9tition et de la nostalgie. Car, avant qu\u2019il se soit affaiss\u00e9, l\u2019esprit de rupture ou de r\u00e9volution s\u2019est affaibli d\u2019abord parce qu\u2019il n\u2019a pas su se renouveler. C\u2019est ainsi que le communisme historique s\u2019est enferm\u00e9 dans les souvenirs, celui du formidable mod\u00e8le russe ou, en France, celui d\u2019un PC devenu majoritaire \u00e0 gauche et dans le monde ouvrier, des ann\u00e9es 1930 jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cennie 1970. Faute d\u2019audace novatrice, les fractions les plus radicales du mouvement ouvrier et de l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine ont laiss\u00e9 s\u2019installer ce formidable d\u00e9tournement de sens qui, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970, a identifi\u00e9 le changement et la capitulation, l\u2019adaptation n\u00e9cessaire au mouvement et l\u2019acceptation de fait du cat\u00e9chisme ultralib\u00e9ral. La droite et le social-lib\u00e9ralisme ont pu ainsi se saisir d\u2019un drapeau de l\u2019innovation que les h\u00e9ritiers multiples de la radicalit\u00e9 n\u2019ont pas su conserver, par peur que tout mouvement ne d\u00e9bouche sur la disparition de leur &#8220;identit\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;hypoth\u00e8se internationaliste est plus pertinente que jamais<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>C\u2019est par l\u00e0 que je m\u2019\u00e9carte de certains pans de la lecture propos\u00e9e par Jack Dion. Je partage ainsi sa conviction que les id\u00e9es dominantes contemporaines ont ressass\u00e9 \u00e0 l\u2019infini la th\u00e8se selon laquelle la &#8220;mondialisation&#8221; invaliderait toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une action collective nationalement structur\u00e9e. Mais je tiens que le refus d\u2019une d\u00e9valorisation frontale du fait national ne vaut aujourd\u2019hui que si on l\u2019accompagne de l\u2019id\u00e9e que sa survalorisation inverse est une dangereuse impasse. En fait, l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des soci\u00e9t\u00e9s rend plus pertinente que jamais la vieille hypoth\u00e8se &#8220;internationaliste&#8221; selon laquelle se sortir du &#8220;syst\u00e8me&#8221; ne peut se faire dans une optique avant tout nationale. Moins que jamais, le changement de soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est concevable dans un seul pays (puissance centrale ou &#8220;maillon faible&#8221;). S\u2019il faut envisager des processus continus de rupture avec l\u2019ordre oligarchique dominant, c\u2019est au contraire dans l\u2019articulation de luttes populaires men\u00e9es \u00e0 toutes les \u00e9chelles de territoire sans exception, du local au plan\u00e9taire, de la cave au grenier (et r\u00e9ciproquement\u2026). <\/p>\n<p>Comme Jack Dion, je suis irrit\u00e9 par ces imputations commodes de &#8220;souverainisme&#8221; qui ne sont que des mani\u00e8res peu \u00e9l\u00e9gantes de l\u00e9gitimer l\u2019ordre mon\u00e9tariste et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 voulus par les responsables europ\u00e9ens et nationaux. Ce n\u2019est pas pour autant que, \u00e0 rebours, je tiens l\u2019Union europ\u00e9enne pour une simple machine \u00e0 perp\u00e9tuer la marche du capital et que j\u2019exclus l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle pourrait (je tiens au conditionnel\u2026) devenir le creuset prometteur d\u2019un peuple politique europ\u00e9en. En bref, si je n\u2019accepte pas l\u2019id\u00e9e que la mort acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ces nations est un pr\u00e9alable de tout avenir d\u00e9mocratique, je ne me satisfais pas non plus de la conviction que leur cadre est le seul r\u00e9ceptacle r\u00e9ellement possible pour fonder aujourd\u2019hui l\u2019en-commun de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, il est juste de souligner que la droite revancharde et le socialisme de capitulation s\u2019ing\u00e9nient de concert \u00e0 renvoyer au mus\u00e9e national les souvenirs de la R\u00e9publique sans-culotte et jacobine et la trace du mouvement ouvrier. Mais, l\u00e0 encore, la n\u00e9cessaire verve critique est d\u2019autant plus forte qu\u2019elle s\u2019accompagne, plus nettement que ne le fait Jack Dion, d\u2019une distance avec la tentation du retour \u00e0 on ne sait quel \u00e2ge d\u2019or de la R\u00e9publique et de la gauche. Il faut enfin cesser, \u00e0 la gauche de la gauche, de confondre d\u00e9sir de novation et abandon des valeurs, sous pr\u00e9texte que l\u2019on a fait de l\u2019acceptation lib\u00e9rale le crit\u00e8re de la modernit\u00e9. <\/p>\n<p><strong><em>Une gauche \u00e0 la fois enracin\u00e9e et transform\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas aujourd\u2019hui simplement de &#8220;revenir&#8221; \u00e0 la r\u00e9volution mais de la repenser. S\u2019il faut r\u00eaver, ce n\u2019est pas d\u2019un &#8220;retour&#8221; \u00e0 une gauche &#8220;vraie&#8221; ou \u00e0 un communisme &#8220;authentique&#8221;, mais de leur refondation. Il n\u2019est pas pensable que s\u2019installe, un seul instant, l\u2019id\u00e9e que le souffle du changement puisse s\u2019incarner dans un parti \u2013 le Front national \u2013 qui n\u2019est sans doute pas un simple succ\u00e9dan\u00e9 d\u2019un pass\u00e9 fangeux (je suis d\u2019accord sur ce point avec Dion), mais qui \u00e9nonce de fa\u00e7on radicale et coh\u00e9rente le projet d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019exclusion, incapable de penser le monde autrement qu\u2019au travers de la th\u00e9matique du &#8220;eux&#8221; et du &#8220;nous&#8221;. Or, contre le changement de la r\u00e9gression \u00e9thique ou contre les mar\u00e9cages de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9, une gauche digne de ce nom ne convaincra jamais, si elle ne s\u2019attache pas, par ses mots et plus encore par sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, \u00e0 appara\u00eetre, en m\u00eame temps, comme enracin\u00e9e et tout autre qu\u2019elle ne le fut dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Jack Dion fait \u0153uvre utile en fustigeant le m\u00e9pris du peuple qui empoisonne la vie publique de tout un continent. Ses cibles sont les d\u00e9cideurs, de gauche comme de droite ; ils portent de fait la responsabilit\u00e9 principale de la situation actuelle. Mais il est des formes moins \u00e9videntes, et pourtant tout aussi dangereuses. La forme compassionnelle (la complainte du peuple souffrant) ou la forme nostalgique (la glorification du &#8220;bon&#8221; peuple de jadis) peuvent contribuer elles aussi \u00e0 nourrir la d\u00e9valorisation populaire, alors m\u00eame qu\u2019elles entendent la combattre. Sans compter, bien s\u00fbr, la pire forme du m\u00e9pris, celle qui attise, dans les cat\u00e9gories populaires, non pas l\u2019esprit de lutte et de solidarit\u00e9, mais le ressentiment et la haine du plus proche, dont on fait un bouc \u00e9missaire. <\/p>\n<p>Qui veut combattre le m\u00e9pris du peuple doit donc se demander quelle est la meilleure fa\u00e7on de le faire : ce n\u2019est pas en cultivant ses divisions, mais en tra\u00e7ant les pistes de <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli\/article\/grece-charlie-ghettos-l-imperatif\">reconqu\u00eate de sa dignit\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>Contribuer \u00e0 unifier le peuple<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas de parler du peuple en g\u00e9n\u00e9ral, mais du peuple d\u2019un moment, d\u2019une \u00e9poque. Celui d\u2019aujourd\u2019hui reste num\u00e9riquement aussi fort qu\u2019hier (une majorit\u00e9 d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s), mais il n\u2019est plus celui ni des soci\u00e9t\u00e9s marqu\u00e9es par la ruralit\u00e9, ni celui des r\u00e9volutions industrielles. La lutte du mouvement ouvrier avait tendu \u00e0 l\u2019unifier ; la strat\u00e9gie du capital et les reculs du mouvement l\u2019ont dispers\u00e9. Il est divers, par ses histoires, ses sensibilit\u00e9s, ses cultures : c\u2019est une chance. Le malheur est que la diversit\u00e9 (qui a toujours exist\u00e9) fonctionne aujourd\u2019hui d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9clatement et \u00e0 la s\u00e9paration. Contredire le m\u00e9pris du peuple, ce n\u2019est donc pas faire l\u2019\u00e9loge du peuple : c\u2019est contribuer d\u2019abord \u00e0 ce que, comme aux grands moments de progressivit\u00e9 sociale d\u2019antan, le peuple d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9 parvienne \u00e0 s\u2019unifier. On ne le fera ni en travaillant sur ses marges, au nom de la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;d\u2019ouverture&#8221; (la logique Terra Nova), ni en caressant une propension suppos\u00e9e majoritaire \u00e0 cultiver l\u2019entre-soi national du &#8220;nous&#8221; (la logique &#8220;Gauche populaire&#8221;).<\/p>\n<p>S\u2019il faut penser et agir, c\u2019est autour d\u2019un projet collectif, \u00e9labor\u00e9 &#8220;par en bas&#8221; qui, \u00e0 l\u2019instar des projets d\u2019hier (l\u2019espoir de la &#8220;Sociale&#8221;), assurerait au peuple tout entier sa place sociale (au centre de tout dispositif et pas \u00e0 la marge), sa reconnaissance et sa dignit\u00e9. La seule ligne de partage devrait \u00eatre entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019acceptation d\u2019un syst\u00e8me qui s\u00e9pare les \u00eatres, polarise les avoirs, les savoirs et les pouvoirs, gaspille les ressources naturelles et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le d\u00e9sir de penser les rapports humains selon des logiques radicalement diff\u00e9rentes. Toute autre controverse n\u2019est pas anecdotique, mais seconde : f\u00e9d\u00e9ralisme ou conf\u00e9d\u00e9ralisme, r\u00e9publicanisme ou &#8220;communautarisme&#8221;, universalisme ou multiculturalisme, insistance sur le &#8220;social&#8221; ou attention au &#8220;soci\u00e9tal&#8221;, sensibilit\u00e9 plus grande \u00e0 l\u2019exploitation ou refus prioritaire de la domination, discours &#8220;de classe&#8221; ou discours &#8220;de genre&#8221;\u2026 Tout se redistribue et se r\u00e9articule, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 les fondements du vivre-ensemble se d\u00e9placent, de la sc\u00e8ne marchande et technocratique vers le d\u00e9veloppement sobre des capacit\u00e9s humaines et vers l\u2019investissement citoyen.<\/p>\n<p>Hors de ce processus exigeant, on peut craindre que les perversions d\u00e9mocratiques de type FN ne prosp\u00e8rent sur le terreau du ressentiment social. Celui-ci se nourrit sans conteste du m\u00e9pris du peuple. Il se combat, non par un surcro\u00eet de ressentiment, mais par la seule source possible d\u2019une dynamique populaire : l\u2019esp\u00e9rance sociale, ici et maintenant. En tout cas, on saura gr\u00e9 \u00e0 Jack Dion, avec sa sensibilit\u00e9 et son talent, de nous avoir stimul\u00e9s pour nous engager dans ce grand \u0153uvre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jack Dion, directeur adjoint de la r\u00e9daction de Marianne, vient de publier avec Le m\u00e9pris du peuple un essai brillamment enlev\u00e9. L&#8217;ouvrage pose les termes d&#8217;un d\u00e9bat \u00e0 mener jusque dans les points de d\u00e9saccords qu&#8217;il r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[210],"tags":[295],"class_list":["post-8471","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-qui-veut-la-peau-de-roger-martelli","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8471","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8471"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8471\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8471"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8471"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8471"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}