{"id":838,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre838\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"theatre838","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=838","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Didier Bezace, Marie-No\u00eblle Rio, St\u00e9phane Braunschweig <\/p>\n<p>Voir aussi Calendrier<strong>  Comment avez-vous connu Brecht ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Didier Bezace : <\/strong> J&#8217;ai eu Bernard Dort comme professeur et je l&#8217;ai d\u00e9couvert avec lui dans les ann\u00e9es 1966-67. J&#8217;\u00e9tais vraiment de plain-pied avec cette dramaturgie qui renversait les lois classiques. Paradoxalement, je n&#8217;avais mont\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 maintenant aucune de ses pi\u00e8ces. J&#8217;ai pour lui une grande admiration, mais aucune culture dogmatique. J&#8217;ai plut\u00f4t aujourd&#8217;hui l&#8217;impression de retrouvailles avec un apprentissage ancien. Il y a maintenant trois ans, j&#8217;ai dirig\u00e9 un stage de com\u00e9diens professionnels sur le &#8221; Choeur &#8221; contemporain, le tragique, et nous sommes tomb\u00e9s sur les sc\u00e8nes de Grand Peur et mis\u00e8re du IIIe Reich (1). Quand j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne une trilogie sur le destin de l&#8217;homme moderne face \u00e0 l&#8217;histoire, c&#8217;est tout naturellement que Brecht s&#8217;est impos\u00e9. J&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de faire jouer la Noce chez les petits-bourgeois, une pi\u00e8ce de jeunesse, comme le premier acte d&#8217;une pi\u00e8ce dont Grand peur et mis\u00e8re du IIIe Reich serait le second. Ses \u00e9crits sur l&#8217;esth\u00e9tique et la pratique th\u00e9\u00e2trale me paraissent fondamentaux. Brecht n&#8217;est en aucun cas responsable de la &#8221; monumentalisation &#8221; qu&#8217;on a faite de lui et du dogmatisme qui en a d\u00e9coul\u00e9. Aujourd&#8217;hui, on se sent tr\u00e8s libre par rapport \u00e0 \u00e7a. Il peut \u00eatre &#8221; trahi &#8220;: avec son talent, il n&#8217;a rien \u00e0 craindre.<\/p>\n<p> <strong> Marie-No\u00eblle Rio : <\/strong> J&#8217;ai travaill\u00e9 sur Brecht plusieurs fois en trente ans. J&#8217;ai notamment cr\u00e9\u00e9 en France le petit Mahagonny avec 3 000 interpr\u00e8tes \u00e0 Colmar et me suis passionn\u00e9e pour ses pi\u00e8ces musicales de jeunesse. J&#8217;aborde Brecht, comme Planchon le disait de Moli\u00e8re, &#8221; comme un nouvel auteur &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> St\u00e9phane Braunschweig : <\/strong> J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 l&#8217;\u00e9l\u00e8ve de Vitez et cela a beaucoup compt\u00e9 dans ma connaissance de Brecht, Je suis d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration qui n&#8217;a pas du tout subi le pouvoir du &#8221; brechtisme &#8221; mais mon attirance pour ce dramaturge est ancienne. Il y a huit ans, j&#8217;ai mont\u00e9 Tambours dans la nuit. Depuis ce moment, j&#8217;ai eu envie de mettre en sc\u00e8ne Dans la Jungle des villes.<\/p>\n<p> <strong>  Est-ce un geste politique de monter Brecht aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. B.: <\/strong> Je ne parviens pas \u00e0 s\u00e9parer ma passion pour le th\u00e9\u00e2tre et le politique&#8230; Je crois que le fameux &#8221; effet d&#8217;\u00e9tranget\u00e9 &#8221; brechtien a toujours lieu quand on fait un th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9, du th\u00e9\u00e2tre public. On voit bien, par exemple, dans la Mis\u00e8re du monde, le recueil d&#8217;entretiens recueillis par Pierre Bourdieu, que je monte au printemps, que, derri\u00e8re des destin\u00e9es tr\u00e8s banales, il y a toujours de l&#8217;\u00e9trange. Il s&#8217;agit toujours d&#8217;aller regarder les choses sous un angle diff\u00e9rent et il me semble qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une attitude brechtienne et politique.<\/p>\n<p> <strong> M.-N. R.: <\/strong> L&#8217;extraordinaire acuit\u00e9 politique de Brecht me passionne. Dans Sainte Jeanne des abattoirs, la structure dramatique est \u00e9minemment politique puisqu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;apprentissage du monde r\u00e9el par Jeanne, une &#8221; idiote &#8220;, c&#8217;est-\u00e0-dire une &#8221; simple &#8220;. Il s&#8217;agit du d\u00e9montage d&#8217;une op\u00e9ration boursi\u00e8re et de la victoire du march\u00e9 et de voir \u00e0 quoi servent les bons sentiments dans un monde domin\u00e9 par les lois du march\u00e9. Tout ce travail de compr\u00e9hension et de d\u00e9montage du crack boursier de 1929 est plein d&#8217;enseignements pour aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p> <strong> S. B.: <\/strong> Dans la jungle des villes est une r\u00e9flexion sur le cynisme, le th\u00e8me faustien du compromis avec le Mal. Cela rejoint une probl\u00e9matique tr\u00e8s contemporaine. La tentation de la puret\u00e9 (l&#8217;int\u00e9grisme ? mais aussi le &#8221; politiquement correct &#8220;, le retour \u00e0 la moralisation des moeurs), de l&#8217;ang\u00e9lisme en r\u00e9ponse au cynisme marchand. Il me semble que Brecht rend caduque et inefficace cette opposition binaire dangereuse. C&#8217;est aussi un texte \u00e9minemment politique parce que Brecht nous donne \u00e0 voir, \u00e0 chercher ce qui de l&#8217;humain peut r\u00e9sister \u00e0 la barbarie. De toutes mani\u00e8res, je n&#8217;\u00e9tais pas d&#8217;accord avec Antoine Vitez quand il disait qu&#8217;aujourd&#8217;hui, on pouvait monter Brecht comme un classique. C&#8217;est pour moi un geste politique. Garga, le modeste employ\u00e9 dans la pi\u00e8ce, ressemble \u00e0 beaucoup de gens d&#8217;aujourd&#8217;hui. Il vit un quotidien tr\u00e8s m\u00e9diocre et r\u00eave de Tahiti. Subitement, quelqu&#8217;un lui paie son r\u00eave. Ce qui est politique, c&#8217;est la place que Brecht donne au spectateur. La pi\u00e8ce ne dit pas &#8221; c&#8217;est bien &#8221; ou &#8221; c&#8217;est mal &#8220;, elle montre les avantages et les co\u00fbts. Beaucoup de gens aujourd&#8217;hui ne pensent pas qu&#8217;on puisse transformer le monde, et leur r\u00eave reste individuel. Ce qui s&#8217;offre \u00e0 Garga peut \u00eatre tr\u00e8s stimulant, mais Brecht montre le prix \u00e0 payer.<\/p>\n<p> <strong>  Le travail sur le plateau permet-il d&#8217;apprendre encore beaucoup sur le dramaturge ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. B.: <\/strong> Le plus \u00e9tonnant, c&#8217;est que c&#8217;est un tr\u00e8s grand raconteur d&#8217;histoires, m\u00eame s&#8217;il garde toujours un rapport tr\u00e8s rigoureux avec le r\u00e9alisme. Une sc\u00e8ne de Grand peur&#8230;, c&#8217;est une page d&#8217;informations tr\u00e8s pr\u00e9cises, parfois m\u00eame devenues incompr\u00e9hensibles pour nous, mais c&#8217;est en m\u00eame temps un grand po\u00e8te qui transforme le quotidien. A tout moment, on sent aussi l&#8217;homme de plateau qui \u00e9crit avec une connaissance pr\u00e9cise, pratique du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p> <strong> M.-N. R.: <\/strong> Il y a dans les textes un travail incroyable sur le rythme, le tempo, la vitesse. C&#8217;est vraiment coriace car, si on ne trouve pas le bon rythme, \u00e7a sonne faux. Il y a des moments fulgurants, qui ne laissent aucune place aux commentaires et des moments, au contraire, o\u00f9 il faut prendre son temps, presque des po\u00e8mes. C&#8217;est une question profond\u00e9ment musicale. Il y a sans cesse une alternance de tempo, un passage du vers \u00e0 la prose, du silence \u00e0 la parole. Ce n&#8217;est pas facile pour les com\u00e9diens. Il me semble aussi que, plus un th\u00e9\u00e2tre est un th\u00e9\u00e2tre d&#8217;id\u00e9es, plus il faut chercher du vrai. C&#8217;est comme \u00e0 l&#8217;Op\u00e9ra, quand le chant d\u00e9r\u00e9alise le sens et tend \u00e0 l&#8217;abstraction. A chaque fois, il faut chercher le terreau, trouver le &#8221; fumier &#8221; pour que l&#8217;id\u00e9e soit entendue.<\/p>\n<p> <strong> S. B.: <\/strong> La dramaturgie de Dans la jungle des villes est compl\u00e8tement explos\u00e9e, tr\u00e8s difficile. J&#8217;ai voulu essayer de la rendre claire. Il ne s&#8217;agissait pas de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, mais de les mettre en lumi\u00e8re. Je n&#8217;aurais pas pu faire cela, il y a dix ans. J&#8217;ai eu besoin de beaucoup d&#8217;exp\u00e9rience pour trouver un fil. Brecht oblige \u00e0 remettre en cause ses savoir-faire. Sur le plateau, je suis parti de ce dont j&#8217;allais avoir besoin, sans rien imaginer par avance. Cela donne une sc\u00e9nographie beaucoup plus ouverte pour les acteurs. Il fallait sans cesse \u00e9viter les clich\u00e9s, tout en constatant que Brecht travaille avec les clich\u00e9s. C&#8217;est \u00e7a qui est difficile et si on ne fait pas tout ce travail-l\u00e0, on passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>1. La Noce chez les petits-bourgeois et Grand Peur et mis\u00e8re du IIIe Reich, mis en sc\u00e8ne par Didier Bezace, ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s au Th\u00e9\u00e2tre de la Commune \u00e0 Aubervilliers, du 16 d\u00e9cembre au 24 janvier.Ce spectacle sera au Th\u00e9\u00e2tre des Arts de Cergy-Pontoise du 1er au 8 f\u00e9vrier.Une autre pi\u00e8ce de Brecht, la M\u00e8re, par la compagnie Jolie M\u00f4me, a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e en d\u00e9cembre au Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Ep\u00e9e de Bois-Cartoucherie de Vincennes, Paris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Didier Bezace, Marie-No\u00eblle Rio, St\u00e9phane Braunschweig <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-838","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/838","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=838"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/838\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=838"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=838"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=838"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}