{"id":8378,"date":"2015-02-12T13:02:03","date_gmt":"2015-02-12T12:02:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-thierry-schaffauser-le-proces-du\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:57","slug":"article-thierry-schaffauser-le-proces-du","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8378","title":{"rendered":"Thierry Schaffauser : \u00ab Le proc\u00e8s du Carlton aurait pu se d\u00e9rouler aux prud\u2019hommes \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Co-fondateur du Strass (syndicat du travail sexuel), Thierry Schaffauser examine le statut et l&#8217;image des travailleurs sexuels \u00e0 la lumi\u00e8re du proc\u00e8s du proc\u00e8s du Carlton. Et milite pour que des droits essentiels leur soient enfin accord\u00e9s.<\/p>\n<p>Quelques mois apr\u00e8s la publication de son livre <em>Les Luttes des putes<\/em>, Thierry Schaffauser \u2013 lui-m\u00eame travailleur du sexe \u2013 estime que le proc\u00e8s du Carlton, dans lequel Dominique Strauss Kahn compara\u00eet parmi les quatorze pr\u00e9venus accus\u00e9s de prox\u00e9n\u00e9tisme aggrav\u00e9, illustre la mani\u00e8re biais\u00e9e dont la question de la prostitution est pos\u00e9e, occultant la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;offrir aux individus un statut et une protection.<\/p>\n<p><strong>Regards. Pourquoi, sur une quinzaine de personnes entendues pendant l\u2019enqu\u00eate pr\u00e9liminaire seulement quatre femmes se portent parties civiles dans le proc\u00e8s du Carlton ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Thierry Schaffauser. <\/strong> Personne ne veut \u00eatre expos\u00e9 m\u00e9diatiquement comme travailleur du sexe, ces femmes \u2013 dont je ne connais pas le parcours \u2013 prennent de r\u00e9els risques. Le huis clos leur a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9. Les m\u00e9dias insistent beaucoup sur DSK et le proc\u00e8s ne s\u2019attarde que sur la question du prox\u00e9n\u00e9tisme. Est-ce que DSK est client ou pas ? Est-ce qu\u2019il savait ou pas ? Pour moi, ce sont des questions secondaires. Les faits d\u2019abus et de violences sexuelles qui ont \u00e9t\u00e9 mis en avant dans les t\u00e9moignages ne sont pas trait\u00e9s pendant le proc\u00e8s, ils sont seulement \u00e9voqu\u00e9s au court des t\u00e9moignages. Si l\u2019on met en balance la gravit\u00e9 des faits, on est en d\u00e9calage complet. <\/p>\n<p><strong>La mani\u00e8re dont les filles sont venues \u00e0 la prostitution est examin\u00e9e en d\u00e9tail. Celle dont certains pr\u00e9venus seraient devenus prox\u00e9n\u00e8tes, d\u2019autres violents, d\u2019autres des patrons qui abusent de leurs salari\u00e9es, ne semblent pas venir sur le tapis\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ce devrait en effet \u00eatre l\u2019inverse. Le proc\u00e8s du Carlton raconte une histoire centr\u00e9e sur une personnalit\u00e9 m\u00e9diatique et sur du sensationnalisme. En r\u00e9duisant les d\u00e9bats \u00e0 des t\u00e9moignages individuels, les causes structurelles de l\u2019oppression sont masqu\u00e9es. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de nombreux travailleurs subissent la pr\u00e9carit\u00e9 ou des contraintes fortes et ils se retrouvent \u00e0 devoir accepter des formes de travail qui ne sont pas leur choix. Du c\u00f4t\u00e9 des travailleurs sexuels, tout se passe comme si nos parcours personnels expliqueraient \u00e0 eux seuls une forme de fragilit\u00e9 qui nous r\u00e9duirait \u00e0 notre condition. De ce fait, la protection des droits n\u2019est pas examin\u00e9e, ni la capacit\u00e9 des travailleurs \u00e0 analyser et lutter contre les contraintes qu\u2019ils subissent. <\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab L&#8217;\u00c9tat exclut les travailleurs du sexe du droit du travail \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Comment se passerait l\u2019indemnisation des victimes s\u2019il y avait condamnation ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019on met de c\u00f4t\u00e9 la question de la violence, ce proc\u00e8s aurait aussi pu se d\u00e9rouler aux prud\u2019hommes, mais il se d\u00e9roule en correctionnelle. Il n\u2019y aura donc ni protection et ni indemnit\u00e9s pour ce qui concerne les conditions de travail. L\u2019argent issu des proc\u00e8s n\u2019est pas redistribu\u00e9, ou en faible partie, aux personnes qui ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 ces revenus. Du coup, l\u2019\u00c9tat profite indirectement de notre travail. Je pense que 100% de l\u2019argent que le client reverse devrait revenir au travailleur. On orchestre un \u00c9tat protecteur qui va sauver le faible sans regarder comment l\u2019\u00c9tat, lui aussi, produit de l\u2019oppression. Comment il met en place des forces de police qui r\u00e9priment, comment il discrimine, comment il met en place des dispositions sp\u00e9cifiques \u2013 comme par exemple les lois sur le prox\u00e9n\u00e9tisme \u2013 qui excluent les travailleurs du sexe du droit du travail. <\/p>\n<p><strong>Pour prot\u00e9ger les travailleurs sexuels, vous proposez de d\u00e9velopper des formes d\u2019autogestion, de quoi s\u2019agit-il ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Un des avantages du travail sexuel est que les moyens de production sont tr\u00e8s limit\u00e9s : un lieu pour la rencontre sexuelle avec les clients et un outil de publicit\u00e9. La rue, sans interm\u00e9diaire entre le client et nous, a longtemps repr\u00e9sent\u00e9 une forme de libert\u00e9. Mais au cours du XXe si\u00e8cle, la sexualit\u00e9 sur l\u2019espace public a \u00e9t\u00e9 de plus en plus p\u00e9nalis\u00e9e. M\u00eame les espaces de drague en ext\u00e9rieur pour les homos sont moins en moins nombreux. Le ph\u00e9nom\u00e8ne Internet a \u00e9galement jou\u00e9. Tout cela implique donc de passer de plus en plus par des interm\u00e9diaires. L\u2019id\u00e9e est donc de pouvoir contr\u00f4ler les moyens de faire sa propre publicit\u00e9 \u2013 avoir nos propres sites Internet, notre propre magazine \u2013 et des lieux en colocation \u00e0 deux ou trois pour recevoir. <\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Les travailleurs du sexe font partie de la classe ouvri\u00e8re \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Ces colocations autog\u00e9r\u00e9es peuvent-elles voir le jour ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Cela n\u2019est pas possible aujourd&#8217;hui \u00e0 cause des lois sur le prox\u00e9n\u00e9tisme. L\u2019aide \u00e0 la prostitution englobe tout ce qui est de l\u2019ordre de l\u2019entraide et de la solidarit\u00e9 entre nous. Ainsi, les femmes qui travaillent en camionnette dans la rue prennent des vacances en \u00e9t\u00e9 pour retrouver leur famille, par exemple ; elles pr\u00eatent alors leur camionnette \u00e0 leurs coll\u00e8gues. Elles peuvent \u00eatre condamn\u00e9es pour prox\u00e9n\u00e9tisme. Les lois qui sont cens\u00e9es nous prot\u00e9ger sont un frein \u00e0 l\u2019auto-organisation. Elles nous poussent \u00e0 passer par des interm\u00e9diaires qui en plus, conscients de prendre des risques vis-\u00e0-vis de la loi, nous font payer un surco\u00fbt, sur le loyer, ou d\u2019autres frais. En pratique, je pense que des formes d\u2019autogestion existent, mais les coll\u00e8gues prennent des risques.<\/p>\n<p><strong>Sur quel type de luttes insiste votre livre ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Sur les luttes actuelles pour la d\u00e9p\u00e9nalisation, l\u2019acc\u00e8s aux droits, pour am\u00e9liorer nos conditions de travail. Elles s\u2019inscrivent \u00e0 la fois dans les mouvements f\u00e9ministes et les luttes syndicales. Les travailleurs du sexe font partie de la classe ouvri\u00e8re et cette approche manque dans la r\u00e9flexion \u00e0 gauche. Est-ce qu\u2019on peut b\u00e9n\u00e9ficier des acquis des autres travailleurs avant nous ? Quelle solidarit\u00e9 peut-on nouer pour avancer ensemble sur des causes communes ? Comme pour les autres travailleurs, il s\u2019agit de la lutte contre la pr\u00e9carit\u00e9, pour le d\u00e9veloppement des droits sociaux, pour l\u2019acc\u00e8s au logement et \u00e0 la sant\u00e9. Il est important de ne pas dissocier le droit du travail de l\u2019ensemble des droits. Ce n\u2019est pas un hasard si ce sont les minorit\u00e9s, les migrants, les plus d\u00e9nu\u00e9es de droits, qui sont majoritairement des travailleurs sexuels.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8378 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/schaffauser-livre-8a2.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/schaffauser-livre-8a2-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"schaffauser-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Co-fondateur du Strass (syndicat du travail sexuel), Thierry Schaffauser examine le statut et l&#8217;image des travailleurs sexuels \u00e0 la lumi\u00e8re du proc\u00e8s du proc\u00e8s du Carlton. 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