{"id":8371,"date":"2015-02-10T13:46:28","date_gmt":"2015-02-10T12:46:28","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-clementine-autain-un-de-nos-defis\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:56","slug":"article-clementine-autain-un-de-nos-defis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8371","title":{"rendered":"Cl\u00e9mentine Autain : \u00ab Un de nos d\u00e9fis est de redonner go\u00fbt \u00e0 la politique \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cl\u00e9mentine Autain m\u00e8ne une vie sur plusieurs fronts. Directrice de Regards, elle est \u00e9lue de Sevran et porte-parole d\u2019Ensemble, amoureuse des livres et des id\u00e9es. De tout cela, elle a tir\u00e9 un ouvrage singulier, &#8220;Nous avons raison d\u2019esp\u00e9rer&#8221;. Qu&#8217;elle pr\u00e9sente. <\/p>\n<p><strong>Regards. Ton nouveau livre <em> <em>Nous avons raison d\u2019esp\u00e9rer<\/em> <\/em> ressemble \u00e0 un carnet de bord, une chronique de tes exp\u00e9riences, r\u00e9flexions, lectures des derniers mois. Pourquoi cette forme \u00e9clat\u00e9e ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cl\u00e9mentine Autain. <\/strong> La vie politique est aujourd\u2019hui per\u00e7ue comme un espace clos sur lui-m\u00eame. Les grandes id\u00e9ologies ont failli, et singuli\u00e8rement \u00e0 gauche, et l\u2019id\u00e9e que la politique peut transformer positivement nos vies a pris du plomb dans l\u2019aile. Les repr\u00e9sentants politiques apparaissent enferm\u00e9s dans leur monde et d\u00e9pourvus d\u2019int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable pour la soci\u00e9t\u00e9, sa r\u00e9alit\u00e9 et son avenir. De ce constat, je retire que l\u2019un de nos d\u00e9fis est de redonner go\u00fbt \u00e0 la politique, au sens fort du terme. C\u2019est elle qui fa\u00e7onne nos vies. Pour mener \u00e0 bien cette entreprise, je crois qu\u2019il faut trouver des mani\u00e8res nouvelles, diff\u00e9rentes, de raconter le monde et notre projet. Partir du quotidien est une fa\u00e7on de redonner du concret, de la chair au r\u00e9cit politique. Alors qu\u2019elle semble perch\u00e9e dans le monde technocratique ou abstraitement id\u00e9ologique, la politique est pr\u00e9sente au bureau comme au supermarch\u00e9, dans le m\u00e9tro ou dans nos amours. C\u2019est une fa\u00e7on d\u2019expliquer par le menu ce que le n\u00e9olib\u00e9ralisme, le consum\u00e9risme ou le sexisme produisent sur nos vies, et de tenter ainsi de susciter le d\u00e9sir de transformer cet ordre des choses injuste et ali\u00e9nant. C\u2019est aussi une fa\u00e7on de donner \u00e0 voir ce qui, dans la soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9siste et invente, comme autant de points d\u2019appui pour construire un autre monde.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Une tentative pour s\u2019adresser \u00e0 d\u2019autres publics que les militants aguerris \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Il s&#8217;agit aussi de faire le lien entre tous ces fragments ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le caract\u00e8re fragment\u00e9 du livre part d\u2019un autre constat : nous cherchons les voies pour articuler, dans un nouveau tout, les combats \u00e9mancipateurs, c\u2019est-\u00e0-dire la critique du capitalisme mais aussi du productivisme, de l\u2019h\u00e9t\u00e9ro-sexisme, de toutes les formes de racisme ou du d\u00e9veloppement in\u00e9galitaire des territoires. Apr\u00e8s les \u00e9checs des exp\u00e9riences de type sovi\u00e9tique et les impasses de la social-d\u00e9mocratie, nous cherchons la strat\u00e9gie de transformation du XXIe si\u00e8cle. J\u2019ai voulu \u00e9crire un livre sinc\u00e8re, qui ne raconte pas de salades mais porte des convictions, une coh\u00e9rence, une strat\u00e9gie et exprime aussi des doutes \u2013 qui sont utiles pour avancer. J\u2019ai voulu montrer que nous sommes en chemin et que nous avons le devoir de r\u00e9ussir. Et pour y arriver, il faut esp\u00e9rer. Car nous nous mobilisons d\u2019autant plus et mieux que nous sommes port\u00e9s par une projection collective dans un avenir meilleur.<\/p>\n<p><strong>Mi-livre politique, mi-journal, parfois assez litt\u00e9raire, ne crains-tu pas de d\u00e9boussoler tes lecteurs ? \u00c0 qui t\u2019adresses-tu ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ce livre est une tentative pour s\u2019adresser \u00e0 d\u2019autres publics que les militants aguerris, m\u00eame si ce livre s\u2019adresse aussi \u00e0 eux. Nous avons \u00e0 convaincre celles et ceux qui pensent comme nous ou pas loin de nous \u2013 et ils sont nombreux, je veux m\u00eame croire qu\u2019ils sont potentiellement majoritaires dans le pays \u2013 mais ne trouvent pas leur compte dans nos discours format\u00e9s, parfois dat\u00e9s ou r\u00e9p\u00e9titifs. Je n\u2019ai pas peur de d\u00e9boussoler, car j\u2019assume de prendre ce risque : mon angoisse profonde, c\u2019est de ressasser les m\u00eames formules et de tomber sur les m\u00eames murs, ceux qui ne nous permettent pas de sortir des cercles de convaincus. Et je fais le pari que &#8220;mes&#8221; lecteurs, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui me connaissent, retrouveront dans ce livre mes boussoles et ma qu\u00eate d\u2019autrement pour parler et faire de la politique.<\/p>\n<p><strong>Tu vas renoncer \u00e0 faire des livres classiques, des essais ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Non ! Sans doute le prochain sera-t-il plus classique\u2026 <\/p>\n<p><strong>En g\u00e9n\u00e9ral, les dirigeants politiques de la gauche disent &#8220;nous&#8221;. Toi, ici, tu dis &#8220;je&#8221;. Que cherches-tu ? Nous faire rentrer dans ta vie quotidienne ? Cr\u00e9er un sentiment de proximit\u00e9 ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je crois cette forme tr\u00e8s contemporaine. Dans les romans de notre \u00e9poque, l\u2019autofiction a le vent en poupe. Les r\u00e9seaux sociaux porte aussi le sceau de ce r\u00e9cit personnel qui cherche \u00e0 rencontrer l\u2019histoire commune. Le lien entre le personnel et le politique est l\u2019une des marques de fabrique f\u00e9ministes. Ainsi, \u00e0 partir de nos quotidiens, nous avons invent\u00e9 la critique du patriarcat et invit\u00e9 dans le d\u00e9bat public des questions enferm\u00e9es dans la sph\u00e8re dite priv\u00e9e. Je suis faite de ce bois-l\u00e0. J\u2019emprunte ce va et vient entre l\u2019individu et le collectif au f\u00e9minisme car je suis convaincue que cette articulation entre le &#8220;je&#8221; et le &#8220;nous&#8221; est l\u2019une des questions cl\u00e9s du moment et l\u2019un des leviers pour que notre espace politique grandisse. Ce n\u2019est pas un hasard si le slogan le plus arbor\u00e9 dans les manifestations ces derni\u00e8res ann\u00e9es est : <em>\u00ab Je lutte des classes \u00bb<\/em>. La subjectivit\u00e9 est aussi un moyen de faire passer un message plus authentique. La politique connue aujourd\u2019hui pour sa langue de bois en a besoin.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Les exemples de Syriza et de Podemos montrent que tout peut aller tr\u00e8s vite \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Tu affirmes en titre  <em>\u00ab Nous avons raison d\u2019esp\u00e9rer \u00bb<\/em>. Quand on termine la lecture on se dit que tu as la foi du charbonnier : les raisons d\u2019esp\u00e9rer ne sont pas si nombreuses\u2026 C\u2019est ton c\u00f4t\u00e9 volontariste ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re les discours lucides aux promesses de grands soirs pour demain qui ne viennent pas. La p\u00e9riode que nous traversons en France est difficile : la situation sociale, \u00e9conomique, environnementale, d\u00e9mocratique, morale, est pr\u00e9occupante. La peur domine. Tout est au rouge. Et pourtant, notre gauche n\u2019a pas la main. Les forces qui r\u00e9sistent et inventent sont nombreuses dans le pays, mais elles sont \u00e9clat\u00e9es. Dans ce moment de grandes tensions, nous devons regarder les freins \u00e0 notre perc\u00e9e comme les potentialit\u00e9s pour parvenir \u00e0 percer. M\u00eame si les situations des pays sont diff\u00e9rentes, les exemples de Syriza et de Podemos montrent que tout peut aller tr\u00e8s vite. C\u2019est pourquoi nous avons raison d\u2019esp\u00e9rer. En r\u00e9alit\u00e9, nous en avons le devoir car sinon, pourquoi se mobiliser, militer ou voter ? Or, c\u2019est bien la capacit\u00e9 du peuple \u00e0 faire mouvement qui peut changer la donne. Il ne peut y arriver sans une part de d\u00e9termination positive et de sentiment de participer \u00e0 une bataille commune porteuse de mieux vivre.<\/p>\n<p><strong>Tu croques un air du temps. Tu le sens comment notre moment ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Difficile. Ce qui est motivant, voire enthousiasmant, c\u2019est que les choses ne sont pas fig\u00e9es. Elles sont en tension. Les possibilit\u00e9s pour la gauche de transformation sociale et \u00e9cologique sont plus ouvertes qu\u2019on ne le croit. Il nous faut travailler, chercher, f\u00e9d\u00e9rer, et surtout ne pas se r\u00e9signer. <\/p>\n<p><strong>Qu\u2019as-tu lu r\u00e9cemment qui te donne envie d\u2019avoir envie ? Qu\u2019est-ce que tu \u00e9coutes en ce moment qui te fait chanter ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><em>Pas pleurer<\/em> de Lydie Salvaire m\u2019a boulevers\u00e9e. Elle donne la rage de la libert\u00e9. Et, en ce moment, j\u2019\u00e9coute en boucle Fauve : <em>\u00ab La t\u00eate haute, un poing sur la table et l\u2019autre en l\u2019air \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>Dans le e-mensuel de <em>Regards<\/em>, c\u2019est toi qui a eu l\u2019id\u00e9e de solliciter des amis avec le questionnaire de Proust. \u00c0 ton tour, dis-nous quelle est ton h\u00e9ro\u00efne, ton h\u00e9ros dans la fiction ? Et dans la r\u00e9alit\u00e9 ? Quel est ton principal d\u00e9faut ? Ton auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup de mal avec les h\u00e9ros et les h\u00e9ro\u00efnes\u2026 Je ne fonctionne pas vraiment avec un mod\u00e8le. Dans la fiction, je dirais Mary Poppins parce que sa joie et son pouvoir magique qui nous porte au-del\u00e0 du r\u00e9el nourrissent mon imaginaire depuis l\u2019enfance. Dans le r\u00e9el, ce serait Hubertine Auclert parce que l\u2019imaginer devant un parterre d\u2019hommes dans un congr\u00e8s du mouvement ouvrier au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, expliquant que les femmes doivent \u00eatre les \u00e9gales des hommes, me donne la chair de poule. Je ne sais pas dire mon principal d\u00e9faut, j\u2019h\u00e9site entre plusieurs, mais celui qui me pourrit la vie, c\u2019est la distraction. Mon auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, c\u2019est une torture comme question\u2026 Sans doute Dosto\u00efevski.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8371 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/clem-livre-106.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/clem-livre-106-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"clem-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cl\u00e9mentine Autain m\u00e8ne une vie sur plusieurs fronts. Directrice de Regards, elle est \u00e9lue de Sevran et porte-parole d\u2019Ensemble, amoureuse des livres et des id\u00e9es. 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