{"id":836,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre836\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"theatre836","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=836","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le th\u00e9\u00e2tre de Bertold Brecht est et sera tr\u00e8s pr\u00e9sent sur les sc\u00e8nes fran\u00e7aises pour le centenaire de la naissance du grand dramaturge allemand. Toujours mont\u00e9 en France depuis une premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne de Jean Vilar en 1951, c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es 60, \u00e9clips\u00e9 dans les ann\u00e9es 80, il revient en force, revisit\u00e9 par diverses g\u00e9n\u00e9rations de metteurs en sc\u00e8ne. <\/p>\n<p>Que nul n&#8217;entre ici, s&#8217;il n&#8217;est brechtien &#8220;, telle aurait pu \u00eatre la devise inscrite sur les frontons de maints th\u00e9\u00e2tres dans les ann\u00e9es 60. Quand le Berliner Ensemble vint en France en 1954, ce fut si fort, si brillant, si accord\u00e9 \u00e0 l&#8217;utopie de nombreux intellectuels et artistes au sortir de la guerre, que Brecht devint la r\u00e9f\u00e9rence presque oblig\u00e9e. A cette \u00e9poque, sa fortune en France est li\u00e9e \u00e0 l&#8217;histoire du TNP de Jean Vilar, \u00e0 la revue th\u00e9orique Th\u00e9\u00e2tre populaire, et \u00e0 la politique de &#8221; d\u00e9centralisation &#8221; issue de la R\u00e9sistance. Si Brecht fut alors beaucoup jou\u00e9 et dans des mises en sc\u00e8nes m\u00e9morables, celles de Jean-Marie Serreau, Jean Vilar, Bernard Sobel, ou Roger Planchon, le &#8221; brechtisme &#8221; devint l&#8217;enjeu d&#8217;un d\u00e9bat politico-esth\u00e9tique qui d\u00e9g\u00e9n\u00e9ra parfois en vaines querelles id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p> <strong> Un grand po\u00e8te nourri de la Bible et de culture classique <\/strong><\/p>\n<p>En 1968, d&#8217;autres formes de th\u00e9\u00e2tre menacent sa pr\u00e9sence, comme les happenings, les cr\u00e9ations collectives, mais de grandes mises en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de Brecht, sont \u00e0 l&#8217;affiche des th\u00e9\u00e2tres de la d\u00e9centralisation. On pense \u00e0 la Bonne-Ame de Se-Tchouan, mont\u00e9e par Strehler, \u00e0 Sainte Jeanne des Abattoirs, mont\u00e9e par Guy R\u00e9tor\u00e9, \u00e0 Ma\u00eetre Puntila et son valet Matti mont\u00e9 par Georges Lavaudant. Une p\u00e9tition, lanc\u00e9e par Guy Scarpetta, et sign\u00e9e notamment par Ionesco, mettant en cause la place de Brecht et des brechtiens en France, d\u00e9clenche une vague de repli et d&#8217;intimidation. C&#8217;\u00e9tait la fin des ann\u00e9es 70, le d\u00e9but d&#8217;une p\u00e9riode de pertes des valeurs collectives. Durant les ann\u00e9es 80, il n&#8217;\u00e9tait pas de bon ton de monter Brecht. En 1990, au moment m\u00eame de la chute du Mur, trois mises en sc\u00e8ne de Brecht sont annonc\u00e9es. Les journaux titrent sur le &#8221; retour de Brecht &#8220;. Antoine Vitez monte la Vie de Galil\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, Bernard Sobel la Bonne-Ame de Se-Tchouan avec Sandrine Bonnaire \u00e0 Gennevilliers et Marcel Mar\u00e9chal reprend Ma\u00eetre Puntila et son valet Matti \u00e0 la Cri\u00e9e \u00e0 Marseille. Ils soulignent tous trois la correspondance non innocente entre les \u00e9v\u00e9nements politiques et leur d\u00e9cision de revenir \u00e0 Brecht. Antoine Vitez, dans une formule devenue c\u00e9l\u00e8bre, d\u00e9clare: &#8221; Avec Brecht, on rentre \u00e0 la maison &#8220;, soulignant par l\u00e0 qu&#8217;en montant la Vie de Galil\u00e9e il revisite de mani\u00e8re probl\u00e9matique et pol\u00e9mique tout ce qui a constitu\u00e9 sa vie et son ancrage dans l&#8217;histoire depuis son enfance. Il ajoute qu&#8217;avec la chute du Mur, un cycle historique s&#8217;est achev\u00e9 et qu&#8217;il est d\u00e9sormais possible d&#8217;aborder Brecht comme un classique. Les trois metteurs en sc\u00e8ne s&#8217;accordent pour affirmer que le dramaturge allemand est un grand rh\u00e9toriqueur au m\u00eame titre que Shakespeare ou Beckett; un grand po\u00e8te nourri de la Bible et de culture classique, notamment Goethe.<\/p>\n<p> <strong> Un th\u00e9\u00e2tre bref, non conclusif, capable de rendre la sc\u00e8ne utile <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Vitez et Bernard Sobel en s&#8217;interrogeant sur les figures d'&#8221; intellectuels &#8220;, personnages centraux des pi\u00e8ces qu&#8217;ils montent, affirment leur certitude que Brecht entrevoyait l&#8217;effondrement de l&#8217;Utopie et que son th\u00e9\u00e2tre pose la question &#8221; comment traverser les temps d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8220;; qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre ouvert, non conclusif, capable de rendre la sc\u00e8ne utile et cr\u00e9atrice. Ces trois metteurs en sc\u00e8ne ont connu la guerre, la construction du socialisme avant de se sentir responsables de son effondrement. Aujourd&#8217;hui, petits fils et arri\u00e8re-petits-fils de Brecht, les metteurs en sc\u00e8ne ne partagent plus la m\u00eame histoire. Avant de les interroger, pour comprendre comment ils l&#8217;abordent, rappelons quelques traits caract\u00e9ristiques de sa dramaturgie. Il s&#8217;agit d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers l&#8217;\u00e9veil de la conscience critique du spectateur et qui fait de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale autant un objet de jouissance que de connaissance. Il met en oeuvre une \u00e9criture dialectique qui r\u00e9v\u00e8le le jeu des contradictions dans le comportement des personnages, leurs d\u00e9terminations multiples et les liens entre le priv\u00e9 et le politique: une dialectique qui pose plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;y r\u00e9pond et dont l&#8217;issue ouvre le plus g\u00e9n\u00e9ralement sur une b\u00e9ance, jamais sur un enseignement univoque.<\/p>\n<p> <strong> Un th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique, qui vise \u00e0 briser l&#8217;illusion r\u00e9aliste <\/strong><\/p>\n<p>Il oppose son th\u00e9\u00e2tre &#8221; \u00e9pique &#8221; \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;identification et de la fascination et par toutes sortes d&#8217;effets de rupture (sons, lumi\u00e8res, ruptures dans le jeu), il vise \u00e0 briser l&#8217;illusion r\u00e9aliste. C&#8217;est un th\u00e9\u00e2tre enti\u00e8rement fond\u00e9 sur l&#8217;analyse id\u00e9ologique des comportements humains qui ne vise \u00e0 la transmission d&#8217;aucun message politique direct. Brecht, para\u00eet-il, aimait cette formule anglaise selon laquelle on ne peut conna\u00eetre le pudding qu&#8217;en le mangeant. Conna\u00eetre Brecht, c&#8217;est le pratiquer. Ce qu&#8217;ont fait les metteurs en sc\u00e8ne interrog\u00e9s ici. Sur les sc\u00e8nes, en effet, il est \u00e0 nouveau tr\u00e8s pr\u00e9sent cette ann\u00e9e. Centenaire oblige. Dans la Jungle des Villes au th\u00e9\u00e2tre de la Colline (voir ci-contre), Grand Peur et mis\u00e8re du IIIe Reich au Th\u00e9\u00e2tre de la Commune \u00e0 Aubervilliers, Sainte Jeanne des Abattoirs, \u00e0 la Manufacture de Colmar et au Th\u00e9\u00e2tre de Colombes, le Cercle de craie caucasien \u00e0 la Sc\u00e8ne nationale de Marne-la-Vall\u00e9e, et la Noce chez les petits-bourgeois et Tambours dans la nuit au Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on. Nous avons rencontr\u00e9 Didier Bezace, Marie-No\u00eblle Rio et St\u00e9phane Braunschweig qui pr\u00e9sentent respectivement: Grand Peur et Mis\u00e8re du IIIe Reich, Sainte Jeanne et Dans la Jungle des villes..<\/p>\n<p>1. Le 4e salon alg\u00e9rien du cin\u00e9ma et de la vid\u00e9o s&#8217;est tenu \u00e0 Tebessa du 24 au 28\/11\/ 1997.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le th\u00e9\u00e2tre de Bertold Brecht est et sera tr\u00e8s pr\u00e9sent sur les sc\u00e8nes fran\u00e7aises pour le centenaire de la naissance du grand dramaturge allemand. Toujours mont\u00e9 en France depuis une premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne de Jean Vilar en 1951, c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es 60, \u00e9clips\u00e9 dans les ann\u00e9es 80, il revient en force, revisit\u00e9 par diverses g\u00e9n\u00e9rations de metteurs en sc\u00e8ne. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-836","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=836"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/836\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}