{"id":8350,"date":"2015-02-11T09:42:59","date_gmt":"2015-02-11T08:42:59","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-sri-lanka-le-tsunami-un-alibi\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:54","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:54","slug":"article-sri-lanka-le-tsunami-un-alibi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8350","title":{"rendered":"Sri Lanka : le tsunami, un alibi providentiel"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dix ans apr\u00e8s le tsunami, l\u2019\u00c9tat saisit les terres c\u00f4ti\u00e8res au d\u00e9triment des p\u00eacheurs pour d\u00e9velopper le tourisme de masse. Une seconde vague d\u00e9vastatrice pour ceux qui, apr\u00e8s avoir tout perdu au fond de l\u2019oc\u00e9an, sont aujourd\u2019hui expropri\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Cliquez sur les images pour les agrandir, ou compulsez le portfolio en fin d&#8217;article.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Le 26 d\u00e9cembre 2004, le tsunami qui a frapp\u00e9 l\u2019\u00eele emportait avec lui la vie de plus de 35.000 personnes, 100.000 maisons et plus de 30.000 bateaux. Dix ans apr\u00e8s, les Sri Lankais portent encore les stigmates du drame, surtout la communaut\u00e9 de p\u00eacheurs, victime principale. Pourtant, le pays lui s\u2019en tire plut\u00f4t bien. <\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;eau courante, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, et l&#8217;amertume<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, le minist\u00e8re du D\u00e9veloppement \u00e9conomique esp\u00e8re atteindre le million et demi de touristes : un chiffre qui a doubl\u00e9 en quatre ans et un succ\u00e8s pour l\u2019\u00c9tat, qui met tout en \u0153uvre pour attirer le plus grand nombre d\u2019investisseurs et de voyageurs. Seulement, dans cette logique d\u2019attractivit\u00e9, le Sri Lanka semble oublier, voire n\u00e9gliger, ses propres habitants. Dans le Sud de l\u2019\u00eele, o\u00f9 l\u2019enjeu touristique est le plus fort, les h\u00f4tels prolif\u00e8rent et les activit\u00e9s comme le surf ou l\u2019observation des baleines ne d\u00e9semplissent pas. Dans cette zone, les p\u00eacheurs durement touch\u00e9s par le tsunami ont \u00e9t\u00e9 relog\u00e9s loin de la mer. <em>\u00ab C\u2019est pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s quand le prochain arrivera \u00bb,<\/em> marmonne Sarath, le dos tourn\u00e9, tissant son filet de p\u00eache, aussi habile qu\u2019une araign\u00e9e. C\u2019est en tout cas ce que leur a dit le gouvernement. <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/sri-lanka-pf0.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf0.jpg\" data-description=\"Maison type du \"Turkish village\" construit dans le Sud du Sri Lanka.\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Beaucoup sont aujourd\u2019hui propri\u00e9taires. Le p\u00eacheur et sa famille vivent d\u00e9sormais proches de la station baln\u00e9aire de Mirissa (Meligama), dans ce qu\u2019on appelle le &#8220;Turkish village&#8221;. Comme son voisin le &#8220;Switzerland village&#8221;, un peu plus haut sur la c\u00f4te ouest, il est un pur produit de l\u2019aide ext\u00e9rieure apport\u00e9e au moment du drame, il y a dix ans. Au total, quatre cent cinquante maisons ont \u00e9t\u00e9 construites en dur et \u00e0 l\u2019identique par une compagnie priv\u00e9e turque qui a d\u00e9bours\u00e9 400.000 roupies par famille (2.444 euros). L\u2019eau courante et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ont aussi \u00e9t\u00e9 install\u00e9es gratuitement. Mais dans ces cubes de b\u00e9ton, l\u2019amertume est vive et la nostalgie intense pour ces p\u00eacheurs d\u00e9racin\u00e9s. <\/p>\n<p>Leur maison turquoise, Sarath et Giita, \u00e2g\u00e9s respectivement cinquante-quatre et quarante-huit ans, la partagent avec leurs deux filles, leurs beaux-fils et leurs enfants. <em>\u00ab On est dix \u00e0 vivre ici,<\/em> raconte, d\u00e9sabus\u00e9e, la ma\u00eetresse des lieux. <em>Quand on s\u2019est install\u00e9s ici, on nous a dit qu\u2019on pouvait apporter toutes nos affaires personnelles. On leur a r\u00e9pondu que pour nous ce serait l\u00e9ger, puisque nous avions tout perdu \u00bb<\/em>, ironise-t-elle. Pour cette famille, le bonheur est un sentiment qui a fait d\u00e9route dans leur nouvelle existence : <em>\u00ab Nous sommes reconnaissants d\u2019avoir une maison et d\u2019en \u00eatre les propri\u00e9taires, mais ici nous ne sommes pas heureux \u00bb,<\/em> confie la femme du p\u00eacheur.<\/p>\n<p><strong><em>Une politique touristique de masse<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019image du Switzerland village situ\u00e9 \u00e0 distance des c\u00f4tes, celui-ci a \u00e9t\u00e9 construit \u00e0 quatre kilom\u00e8tres du rivage et sept du centre-ville. De ce fait, les travailleurs sont contraints de se lever \u00e0 l\u2019aube. Les familles, quant \u00e0 elles, sont oblig\u00e9es de se d\u00e9placer tous les jours en tuk-tuk[[Tricycles motoris\u00e9s qui servent g\u00e9n\u00e9ralement de taxis.]] pour aller faire les courses, se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u2026 : <em>\u00ab Tout ce que nous gagnons, nous le d\u00e9pensons le jour m\u00eame. Nous ne pouvons rien mettre de c\u00f4t\u00e9 \u00bb<\/em>, regrette Sarath.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignright size-full wp-image-21447\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-139.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf2.jpg\" data-description=\"Sarath, Giita et l\u2019une de leur fille tenant dans les bras son enfant. Comme la plupart des habitants du Turkish village, la famille est malheureuse loin de la mer et de ses rep\u00e8res.\" align=\"right\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-139.jpg 800w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-139-300x225.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-139-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>Le gouvernement a pr\u00e9sent\u00e9 ces installations loin des c\u00f4tes comme un moyen de prot\u00e9ger les p\u00e9cheurs. Mais Herman Kumara, activiste sri lankais et fondateur de l\u2019association NAFSO[[NAFSO : National Fisheries Solidarity Movement. Cette organisation sri lankaise a pour but premier de constituer un important mouvement de p\u00eacheurs ind\u00e9pendant qui puisse agir afin de faire respecter les droits de l\u2019homme, de soutenir le d\u00e9veloppement durable et de maintenir la paix sur le territoire. Fond\u00e9e en 1993, elle compte actuellement pr\u00e8s de 12.000 membres.]] qui leur vient en aide, y voit une aubaine pour l\u2019\u00c9tat qui s\u2019est accapar\u00e9 la bande c\u00f4ti\u00e8re afin de d\u00e9velopper son activit\u00e9 touristique au d\u00e9triment de celle des p\u00eacheurs :<em> \u00ab Des lagunes sont devenues des pistes d\u2019atterrissage pour les taxis a\u00e9riens de tourisme. Actuellement, le pays compte quarante-cinq projets touristiques sur la c\u00f4te et pas moins de trente \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, autour des plans d\u2019eau douce ; soit, autant de lieux de vie cruciaux pour les p\u00eacheurs et particuli\u00e8rement pour les Tamouls qui y sont majoritairement pr\u00e9sents. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Pourtant, au moment de la reconstruction, des experts[[Il s\u2019agit d\u2019un groupe appel\u00e9 Task Force for Rebuilding the Nation (TAFREN) qui \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 d\u2019experts et d\u2019investisseurs.]] mandat\u00e9s par le gouvernement ont \u00e9tabli une zone dite &#8220;tampon&#8221; qui interdisait toute construction \u00e0 moins de cent m\u00e8tres de la mer dans le sud et l\u2019ouest du pays et de deux-cents m\u00e8tres dans le Nord et l\u2019Est. Les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs ont donc \u00e9t\u00e9 contraintes de d\u00e9m\u00e9nager, ne pouvant m\u00eame pas laisser un abri provisoire pour prot\u00e9ger leur mat\u00e9riel de p\u00eache. <em>\u00ab Mais \u00e9trangement, ces m\u00eames zones prohib\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 converties, par ce m\u00eame groupe d\u2019experts, en sites touristiques. Par ailleurs, de nombreuses zones sont \u00e9galement devenues des fermes de crevettes roses et la p\u00eache en haute mer est aussi en p\u00e9ril, la faute au partenariat pass\u00e9 avec des entreprises chinoises qui \u00e9puisent les r\u00e9serves aquatiques \u00bb,<\/em> d\u00e9nonce l\u2019activiste.<\/p>\n<p><strong><em>Querelles entre r\u00e9fugi\u00e9s<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Dans une maison voisine \u00e0 celle de Sarath et Giita, Dgakana, vingt-huit ans, vit avec sa femme Himali et leurs deux jeunes enfants. L\u2019int\u00e9rieur est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide. Seuls quelques posters \u00e9gayent les murs d\u00e9fra\u00eechis. Sur le sol en b\u00e9ton, quatre chaises en plastique font office de meubles. \u00c0 cause des transports et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, eux non plus n\u2019ont pas les moyens de mettre de c\u00f4t\u00e9 une partie des mille roupies (cinq euros) que Dgakana gagne par jour.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignright size-full wp-image-21448\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-543.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf1.jpg\" data-description=\"Dgakana , sa femme Himali et leur ain\u00e9e. Le jeune homme qui a fait des \u00e9tudes pourrait esp\u00e9rer travailler dans de meilleures conditions, mais cela l\u2019obligerait \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des siens. Et pour lui, il n\u2019en est pas question.\" align=\"right\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-543.jpg 800w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-543-300x225.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-543-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>Comme Sarath et les siens, le jeune couple vivait sur la plage quand le tsunami est arriv\u00e9. Ils sont conscients de la chance qu\u2019ils ont d\u2019\u00eatre propri\u00e9taires et d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort. Parfois, les souvenirs refont surface : <em>\u00ab Je me souviens encore de l\u2019odeur et des corps que j\u2019enjambais \u00bb,<\/em> confie Dgakana tout en scalpant une noix de coco pour se d\u00e9salt\u00e9rer de sa longue journ\u00e9e de travail.<\/p>\n<p>Mais dans ce village de r\u00e9fugi\u00e9s, ce sont les querelles de voisinages qui sont les plus difficiles \u00e0 supporter. En cause ? Le probl\u00e8me d\u2019\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es. Les \u00e9gouts, de sommaires rigoles \u00e0 ciel ouvert, se jettent dans des fosses communes et l\u2019usine de traitements des d\u00e9chets, jug\u00e9e trop ch\u00e8re par l\u2019\u00c9tat et impossible \u00e0 supporter financi\u00e8rement par les habitants, ne fonctionne pas. Alors, quand les mauvaises odeurs gagnent le village, chacun rejette la faute sur le voisin. Un camion de ramassage des d\u00e9chets vient deux fois par semaine, mais cela ne suffit pas. Notamment pour ce qui concerne les eaux des toilettes. Une centaine de familles a d\u2019ailleurs quitt\u00e9 le village par incommodit\u00e9, mais aussi \u00e0 cause de probl\u00e8mes sanitaires. Certains avouent tomber malades \u2013 essentiellement des migraines entrain\u00e9es par la puanteur ambiante.<\/p>\n<p><strong><em>Tourisme, arm\u00e9e, exclusion : triple peine pour le Nord<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Dans le Nord du pays \u2013 ancienne zone ind\u00e9pendantiste tamoule \u2013 le tsunami a frapp\u00e9 en m\u00eame temps que la guerre. C\u2019est seulement en 2009 que cette partie de l\u2019\u00eele est redevenue libre. <em>\u00ab La communaut\u00e9 tamoule est la plus pr\u00e9caire du pays en raison du conflit arm\u00e9 mais aussi du tsunami. Apr\u00e8s la catastrophe, leur situation est rest\u00e9e la m\u00eame ou, pire, s\u2019est aggrav\u00e9e \u00bb<\/em>, d\u00e9plore Herman Kumara, dont les prises de positions contre le r\u00e9gime lui ont valu trois tentatives d\u2019enl\u00e8vement et de meurtre. <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/sri-lanka-pf5-2.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf5-2.jpg\" data-description=\"Les ruines d\u2019un ancien village de p\u00eacheurs dans le Nord du pays.\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 Trincomalee, au Nord-Est de l\u2019\u00eele, des dizaines de barques color\u00e9es accostent sur le sable. Les hommes sont all\u00e9s p\u00eacher le thon et l\u2019espadon. Les carcasses gisent sur le sol, et servent de d\u00e9jeuner aux corbeaux. Au bout d\u2019une plage bord\u00e9e de complexes h\u00f4teliers, un village de p\u00eacheurs tamouls a subi de plein fouet le tsunami. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e, des militaires et des barbel\u00e9s rappellent chaque jour aux mille familles de p\u00eacheurs la pr\u00e9sence d\u2019un voisin pas comme les autres. Malgr\u00e9 le cessez-le-feu \u00e9tablit en 2009, le Nord du pays reste soumis \u00e0 une haute surveillance. <em>\u00ab \u00c0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9bellion, les villages de p\u00eacheurs \u00e9taient des lieux de ralliement des Tigres tamouls. Voil\u00e0 pourquoi le gouvernement pr\u00e9f\u00e8re nous avoir \u00e0 l\u2019\u0153il \u00bb<\/em>, confie l\u2019un des villageois. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignright size-full wp-image-21449\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-2ef.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf3.jpg\" data-description=\"Une maison d\u00e9truite, sur laquelle sont affich\u00e9es la photo et l\u2019identit\u00e9 de son propri\u00e9taire mort pendant le tsunami.\" align=\"right\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-2ef.jpg 800w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-2ef-300x225.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-2ef-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e \u2013 toujours pr\u00e9sente physiquement autour de nombreux villages de p\u00eacheurs \u2013 parvient ainsi \u00e0 monopoliser l\u2019\u00e9conomie dans les anciennes zones de guerre et \u00e0 renforcer l\u2019\u00e9cart entre les populations du nord et du sud. \u00ab<em> \u00c0 Panama, sur la c\u00f4te est, des centaines de terres ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9es de force par l\u2019arm\u00e9e. Non seulement, les p\u00eacheurs tamouls perdent leurs propri\u00e9t\u00e9s mais par la m\u00eame occasion, leurs sources de revenus \u00bb, <\/em> raconte le militant. Et cela se voit. Le long de la mer, les rochers et les vagues embrassent des maisons abandonn\u00e9es qui portent les stigmates du drame pass\u00e9. Un lit rouill\u00e9 et quelques brosses \u00e0 dent pos\u00e9es dans un verre sont les seules marques d\u2019un passage humain dans ces demeures \u00e9ventr\u00e9es. Ici, la plupart des maisons et des bateaux ont \u00e9t\u00e9 engloutis par la vague. Le lieu ressemble \u00e0 un bidonville oubli\u00e9 dans la reconstruction post-tsunami. Des maisons en t\u00f4le rouill\u00e9e par l\u2019air sal\u00e9 et le soleil de plomb sont la r\u00e9alit\u00e9 de ces rescap\u00e9s. <\/p>\n<p><strong><em>Des aides internationales d\u00e9voy\u00e9es<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En plein rangement de son bateau, Roshan raconte qu\u2019il avait dix-huit ans quand le tsunami s\u2019est abattu sur le Sri Lanka :<em> \u00ab Je suis un bon nageur j\u2019ai pu m\u2019en sortir, mais ma m\u00e8re et mon p\u00e8re n\u2019ont pas surv\u00e9cu \u00bb<\/em>, confie le jeune homme, la voix vibrante. Aujourd\u2019hui, il vit avec un ami dans une maison qu\u2019ils ont construite sans l\u2019aide ni l\u2019argent de personne. <\/p>\n<p>Wanam, le sourire \u00e9clatant comme un phare, est l\u2019un des leaders du village. Ce quadrag\u00e9naire a construit apr\u00e8s le tsunami un business dans les promenades en mer de touristes : <em>\u00ab Aujourd\u2019hui, les affaires marchent bien \u00bb,<\/em> lance-t-il fi\u00e8rement. Mais quand la vague a d\u00e9ferl\u00e9 sur le village, Wanam et sa famille ont tout perdu. Pendant pr\u00e8s d\u2019un an, ils ont \u00e9t\u00e9 log\u00e9s dans une \u00e9cole. Ce p\u00e8re de trois enfants s\u2019est retrouv\u00e9 sans emploi, comme la plupart des autres p\u00eacheurs. Sa maison et son affaire, c\u2019est seulement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide d\u2019un ami h\u00f4telier qu\u2019il a pu les obtenir : <em>\u00ab Il m\u2019a pr\u00eat\u00e9 beaucoup d\u2019argent, sans lui je ne sais pas comment j\u2019aurais fait. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/sri-lanka-pf6.jpg\" alt=\"sri-lanka-pf6.jpg\" data-description=\"Ce village de p\u00eacheurs dans le Nord du pays a des airs de bidonville oubli\u00e9 par la recontruction post-tsunami.\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab Apr\u00e8s le tsunami, les aides internationales ont \u00e9t\u00e9 nombreuses, mais elles ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es \u00e0 mauvais escient \u00bb<\/em>, regrette Herman Kumara. <em>\u00ab L\u2019Union europ\u00e9enne, par exemple, a donn\u00e9 190 millions d\u2019euros, mais ils ont \u00e9t\u00e9 investis dans la construction d\u2019une autoroute afin de relier le Sud \u00e0 l\u2019Est du pays. \u00bb <\/em> Une voie quasiment jamais emprunt\u00e9e par les locaux, dont les d\u00e9placements sont tr\u00e8s limit\u00e9s. Un constat partag\u00e9 par bon nombre d\u2019habitants, essentiellement du Nord du pays, qui n\u2019ont pas vu la couleur de l\u2019argent dont ils auraient d\u00fb b\u00e9n\u00e9ficier. <em>\u00ab Il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me d\u2019interm\u00e9diaires. Les aides ne sont pas arriv\u00e9es jusqu&#8217;\u00e0 nous. C&#8217;est comme \u00e7a \u00bb<\/em>, commente Wanam.<\/p>\n<p>Dix ans apr\u00e8s le tsunami, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs terres au profit du tourisme, beaucoup de p\u00eacheurs sont contraints \u00e0 l\u2019exil. D\u2019apr\u00e8s Herman Kumara, ils sont nombreux \u00e0 partir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, essentiellement en Australie, par des moyens ill\u00e9gaux, mettant ainsi leur vie en p\u00e9ril.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8350 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-home-1-ee9.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-home-1-ee9-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sri-lanka-home-1.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-6-e7e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" 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\/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf4-7af.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf4-7af-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sri-lanka-pf4.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-c8d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf3-c8d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sri-lanka-pf3.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-f5b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf2-f5b-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sri-lanka-pf2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-b21.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/sri-lanka-pf1-b21-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sri-lanka-pf1.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dix ans apr\u00e8s le tsunami, l\u2019\u00c9tat saisit les terres c\u00f4ti\u00e8res au d\u00e9triment des p\u00eacheurs pour d\u00e9velopper le tourisme de masse. Une seconde vague d\u00e9vastatrice pour ceux qui, apr\u00e8s avoir tout perdu au fond de l\u2019oc\u00e9an, sont aujourd\u2019hui expropri\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21447,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[298,347],"class_list":["post-8350","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-asie","tag-reportage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8350"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8350\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21447"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}