{"id":835,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/egyptomania835\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"egyptomania835","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=835","title":{"rendered":"Egyptomania"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Depuis au moins la Rome antique, le pays des pyramides et des dieux \u00e0 face animale obs\u00e8de l&#8217;Europe et singuli\u00e8rement la France. <\/p>\n<p>L&#8217;ouverture r\u00e9cente des ailes Est et Sud de la cour carr\u00e9e du Louvre aux antiquit\u00e9s \u00e9gyptiennes et le parcours th\u00e9matique nouvellement propos\u00e9 &#8211; proche de celui que voulut, en son temps mais en vain, Champollion &#8211; suscitent un engouement inou\u00ef. Pourquoi cette durable fascination pour l&#8217;Egypte ? Ne sommes-nous pas d&#8217;abord les \u00e9l\u00e8ves des Grecs ? Qu&#8217;est-ce qui nous lie aussi tenacement \u00e0 cette civilisation, \u00e0 cet art, n\u00e9s dans la vall\u00e9e du Nil il y a quelque cinq mille ans ? Cet int\u00e9r\u00eat qui persiste, on le nomme \u00e9gyptomanie. Le terme semble d\u00e9signer une id\u00e9e fixe, un go\u00fbt excessif comme en marge, malaisement explicable car ressortissant \u00e0 la &#8221; mania &#8221; (folie, en grec). Ph\u00e9nom\u00e8ne unique dans l&#8217;histoire de l&#8217;art, l&#8217;\u00e9gyptomanie, autant le dire d&#8217;embl\u00e9e, n&#8217;a \u00e0 voir qu&#8217;avec la cr\u00e9ation. Ce n&#8217;est pas amour de collectionneur. Mais obsession d&#8217;artiste \u00e0 double titre, puisqu&#8217;elle n&#8217;est pas simple r\u00e9p\u00e9tition ou copie des formes \u00e9gyptiennes mais, bel et bien, assimilation. Faire oeuvre d&#8217;\u00e9gyptomanie, c&#8217;est donc s&#8217;inspirer de cet art ancestral en le modelant selon sa sensibilit\u00e9 et celle de l&#8217;\u00e9poque. Ni exotisme, ni orientalisme, l&#8217;\u00e9gyptomanie oscille entre la connaissance scientifique de l&#8217;Egypte, \u00e0 travers r\u00e9cits de voyages, copies des oeuvres et flirte encore avec l&#8217;imaginaire et le mythe.<\/p>\n<p> <strong> Connaissance scientifique, mythe et imaginaire <\/strong><\/p>\n<p>La porosit\u00e9 de l&#8217;Egypte aux temps futurs est infiniment singuli\u00e8re. Cette singularit\u00e9 constitue, proprement, l&#8217;\u00e9gyptomanie. Tous les domaines s&#8217;y inscrivent: architecture, peinture, sculpture, d\u00e9cors int\u00e9rieurs, mobiliers, objets d&#8217;art, jardin, th\u00e9\u00e2tre, cin\u00e9ma, publicit\u00e9. L&#8217;\u00e9nigme, \u00e0 la fin, s&#8217;av\u00e8re impossible \u00e0 r\u00e9soudre. Sans doute est-ce d\u00fb \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des commencements, comme s&#8217;il n&#8217;y avait pas la transmission d&#8217;un message clair, imposant, mais qu&#8217;il se soit agi d&#8217;un \u00e9veil. Pour \u00eatre effleur\u00e9, le myst\u00e8re n&#8217;est pas aboli. On trouve l\u00e0 l&#8217;ouverture \u00e0 des possibilit\u00e9s assoupies en l&#8217;homme, monumentales, symboliques, que chaque \u00e9poque se doit de reformuler. Il faut lire l&#8217;impression laiss\u00e9e \u00e0 Vivant Denon et aux soldats de Bonaparte devant le temple de Dend\u00e9ra: &#8221; Tout parlait, tout \u00e9tait anim\u00e9, et toujours dans le m\u00eame esprit. L&#8217;embrasure des portes, les angles, le retour le plus secret, pr\u00e9sentaient encore une le\u00e7on, un pr\u00e9cepte, et tout cela dans une harmonie admirable (&#8230;). Le membre d&#8217;architecture le plus grave d\u00e9ployait d&#8217;une mani\u00e8re vivante ce que l&#8217;astronomie avait de plus abstrait \u00e0 exprimer (&#8230;). La peinture ajoutait un charme \u00e0 la sculpture et \u00e0 l&#8217;architecture (&#8230;). La sculpture \u00e9tait embl\u00e9matique, et pour ainsi dire, architecturale &#8220;. Ceci encore: &#8221; Tout annonce que ces temples contenaient, pour ainsi dire, l&#8217;essence de tout, que tout en \u00e9manait.&#8221; On dit que l&#8217;arm\u00e9e s&#8217;agenouilla devant le grandiose \u00e9difice et applaudit. Cette pr\u00e9sence \u00e0 la fois abstraite et rationnelle, visible et invisible &#8211; &#8221; L&#8217;Egypte \u00e9tablit pour la premi\u00e8re fois un royaume de l&#8217;invisible &#8220;, dit Hegel (Esth\u00e9tique) &#8211; persiste, tangible, \u00e0 s&#8217;affirmer en toutes les figures de l&#8217;\u00e9gyptomanie.<\/p>\n<p> <strong> Descente aux racines de l&#8217;\u00e9gyptomanie <\/strong><\/p>\n<p>On a coutume de situer la naissance de cette manie pour l&#8217;Egypte \u00e0 la campagne de Napol\u00e9on au printemps 1798, quand Vivant Denon, futur directeur g\u00e9n\u00e9ral des mus\u00e9es, fit sur place plus de deux cents copies, dont celle en effet du temple de Dend\u00e9ra, qui sera magistralement \u00e9voqu\u00e9 dans les Chants de Maldoror d&#8217;Isidore Ducasse, alias Lautr\u00e9amont. De fait, les racines de l&#8217;\u00e9gyptomanie sont plus anciennes qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet, quand bien m\u00eame l&#8217;\u00e9vidence de leur manifestation s&#8217;impose au XVIIIe si\u00e8cle, \u00e9clipsant d&#8217;autres \u00e9tincelles. Le monde romain d\u00e9j\u00e0 &#8211; plus que les Grecs, oiseaux de passage dans ces contr\u00e9es lointaines &#8211; en fait l&#8217;exp\u00e9rience, puisqu&#8217;il contr\u00f4le la vall\u00e9e du Nil depuis le premier si\u00e8cle avant J.-C. N&#8217;oublions pas le nez de Cl\u00e9op\u00e2tre&#8230; Chez les Romains, \u00e9merge le go\u00fbt certain de cette civilisation et l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;un vocabulaire formel. Ce qu&#8217;ils voient les fascine, provoque r\u00e9pulsion ou moquerie. Ainsi des rites fun\u00e9raires, lorsque Horace parle de &#8221; divinit\u00e9s monstrueuses en tout genre &#8220;. Lucain, dans Pharsale, s&#8217;insurge contre la pr\u00e9sence d&#8217;Isis et Osiris dans les temples de Rome, comme de celle de &#8221; demi-dieux canins, de sistres (hochets musicaux rituels) qui imposent les pleurs &#8220;. L&#8217;apog\u00e9e de cette fascination est \u00e0 situer au IIe si\u00e8cle, sous Hadrien, qui fera voyage vers le Nil. A c\u00f4t\u00e9 de ces cultes et de ces excursions, les monuments \u00e9gyptiens arrivent en Italie. Vaste s\u00e9lection d&#8217;oeuvres, vision partielle et d\u00e9form\u00e9e, qui v\u00e9hicule une certaine image de l&#8217;Egypte, dont s&#8217;inspireront pourtant les pensionnaires de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e0 Rome et qui sera diffus\u00e9e dans toute l&#8217;Europe. Cette premi\u00e8re vague d&#8217;\u00e9gyptomanie parle de l&#8217;Italie en filigrane. Choix d&#8217;attitudes, s\u00e9lection d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de costume, emphase apport\u00e9e \u00e0 certains attributs, bref une nouvelle Egypte qui associe les attributs pharaoniques aux canons de la beaut\u00e9 classique. D&#8217;autres vagues suivront, avec des sommets apr\u00e8s la traduction des hi\u00e9roglyphes par Champollion (1821) ou la d\u00e9couverte du tombeau de Toutankhamon (1922). A chaque nouvelle pouss\u00e9e de fi\u00e8vre, l&#8217;\u00e9gyptomanie use des th\u00e8mes antiques qu&#8217;elle rev\u00eat de significations nouvelles, de sorte qu&#8217;on peut toujours la percevoir comme un \u00e9v\u00e9nement contemporain. C&#8217;est peut-\u00eatre l&#8217;une des raisons pour lesquelles, d\u00e8s la Rome antique, elle a sans cesse joui de la faveur populaire.<\/p>\n<p>On saisit, d\u00e8s lors, combien dans l&#8217;\u00e9gyptomanie la part de l&#8217;Egypte est complexe. Il y a autre chose: l&#8217;aura de myst\u00e8re et de r\u00eave h\u00e9rit\u00e9e des si\u00e8cles pass\u00e9s.n M. S.<\/p>\n<p>Du 20 janvier au 18 avril 1994, il y eut au mus\u00e9e du Louvre une exposition intitul\u00e9e &#8221; Egyptomania &#8221; (l&#8217;Egypte dans l&#8217;art occidental 1730-1930), dont les commissaires \u00e9taient Jean-Marcel Humbert, Michael Pantazzi et Christiane Ziegler. Pour l&#8217;occasion fut \u00e9dit\u00e9, par la R\u00e9union des mus\u00e9es nationaux, un fort int\u00e9ressant catalogue abondamment illustr\u00e9.605 p., 490 F.<\/p>\n<p>1. Le 4e salon alg\u00e9rien du cin\u00e9ma et de la vid\u00e9o s&#8217;est tenu \u00e0 Tebessa du 24 au 28\/11\/ 1997.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Depuis au moins la Rome antique, le pays des pyramides et des dieux \u00e0 face animale obs\u00e8de l&#8217;Europe et singuli\u00e8rement la France. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=835"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/835\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}