{"id":834,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/algerie834\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"algerie834","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=834","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Mohamed Chouikh <\/p>\n<p>Voir aussi Images contre la barbarie<strong> Le r\u00e9alisateur de l&#8217;Arche du d\u00e9sert a pris part \u00e0 la cr\u00e9ation du Th\u00e9\u00e2tre national alg\u00e9rien juste apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance. Il marque de sa pr\u00e9sence les premiers films du cin\u00e9ma alg\u00e9rien, tel le Vent des Aur\u00e8s. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Comment \u00eates-vous devenu r\u00e9alisateur ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Mohamed Chouikh : <\/strong> A partir du moment o\u00f9 j&#8217;ai eu envie de prendre en charge mes propres id\u00e9es. J&#8217;avais envie de parler. C&#8217;\u00e9tait en 1972. J&#8217;ai fait des films documentaires pour la t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9rienne, et j&#8217;ai toujours continu\u00e9. J&#8217;ai eu des responsabilit\u00e9s dans l&#8217;organisation des cin\u00e9astes; j&#8217;en ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident. En 1983, j&#8217;ai pr\u00e9sent\u00e9 mon premier grand film, Ruptures, au festival de Cannes. L&#8217;histoire commen\u00e7ait dans les ann\u00e9es trente: j&#8217;en avais marre d&#8217;entendre dire que la R\u00e9volution avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e en une journ\u00e9e, et je suis parti d&#8217;un fait divers mettant en sc\u00e8ne un anarchiste individualiste qui s&#8217;\u00e9tait r\u00e9volt\u00e9, un po\u00e8te porteur d&#8217;une expression populaire de r\u00e9volte, et un homme politique. Ensuite, j&#8217;ai fait la Citadelle, sur la condition de la femme. C&#8217;\u00e9tait en 1988, p\u00e9riode d&#8217;opposition au Code de la famille. En 1993, j&#8217;ai termin\u00e9 Youcef ou la l\u00e9gende du septi\u00e8me Dormant. L&#8217;Arche du D\u00e9sert a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au festival de Locarno \u00e0 peine termin\u00e9. J&#8217;ai fait le choix de venir \u00e0 Tebessa (1) plut\u00f4t qu&#8217;en Argentine ou aux Philippines o\u00f9 il sortait en m\u00eame temps. Pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;ai vu mon film projet\u00e9 devant des spectateurs alg\u00e9riens en Alg\u00e9rie; des gens que je voulais toucher avec une r\u00e9flexion sur ma propre soci\u00e9t\u00e9. Le premier soir, il y avait confusion totale. Ils avaient ouvert les portes. Dans l&#8217;apr\u00e8s-midi, le ministre \u00e9tait venu. Rien de commun avec les festivals structur\u00e9s, silencieux. Des gens de la rue sont entr\u00e9s sans payer, c&#8217;\u00e9tait plein, tout le monde parlait&#8230; Par principe, j&#8217;arr\u00eate la projection et je demande que l&#8217;on ferme les portes, que l&#8217;on \u00e9teigne. Pas \u00e0 Tebessa. Je me suis dit &#8221; j&#8217;ai l&#8217;occasion de voir si mon film r\u00e9siste \u00e0 ce brouhaha &#8220;. Il a r\u00e9sist\u00e9. Ils ont ri; ils ont suivi; ils ont aim\u00e9. Mais, tenant compte de la confusion, on a refait une projection normale. Du coup, j&#8217;ai particip\u00e9 \u00e0 un d\u00e9bat dans la salle avec le public qui ne voulait pas partir&#8230; Ici, la presse nationale est pr\u00e9sente; des critiques de cin\u00e9ma sont l\u00e0, c&#8217;est important.<\/p>\n<p> <strong> Est-ce dire que les films alg\u00e9riens ne sont pas vus en Alg\u00e9rie ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. C.: <\/strong> Les Alg\u00e9riens ne voient pas les films alg\u00e9riens faute de circuits de distribution, mais pas seulement. Les jeunes vont au cin\u00e9ma. On leur projette des cassettes vid\u00e9o pirat\u00e9es. Ma fille m&#8217;en a ramen\u00e9 une sur laquelle il restait encore le &#8221; time code &#8220;: elle avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e \u00e0 Paris au moment des titrages et des doublages ! Je n&#8217;ai rien contre la vid\u00e9o, mais je d\u00e9fends le plaisir d&#8217;aller au cin\u00e9ma en famille. Tant que les salles ne reviendront pas au 35mm, on en restera l\u00e0, mais qui va investir dans des salles de cin\u00e9ma sans en ma\u00eetriser la distribution ? Autrefois, nous avions le monopole avec un organisme qui achetait des films et les distribuait. Depuis l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9, la distribution est libre. Nous sommes comme les pays de l&#8217;Est: on peut tout dire, on peut tout faire, mais il faut de l&#8217;argent. Or, ce pays s&#8217;est appauvri au point d&#8217;appara\u00eetre sinistr\u00e9; tout est \u00e0 faire. D&#8217;o\u00f9 la valeur de Tebessa. Dans ce pays, des gens sont encore debout, qui organisent des festivals. Il faut leur donner un coup de main; venir&#8230; C&#8217;est symbolique. En fait, \u00e0 travers Tebessa, c&#8217;est l&#8217;Alg\u00e9rie tout enti\u00e8re, qui n&#8217;est pas \u00e0 genoux.<\/p>\n<p> <strong> Dans ce contexte, comment pr\u00e9senteriez-vous ce dernier film ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. C.: <\/strong> Je suis pour les traditions qui unissent, qui donnent la vie. Pas pour une culture qui tue et se replie sur elle-m\u00eame. Mon film est l&#8217;autopsie de la haine; du cycle de la violence qui se termine par la mort. C&#8217;est une m\u00e9taphore. Apr\u00e8s Locarno, il a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 Sarajevo. C&#8217;\u00e9tait leur film; leur histoire en m\u00eame temps que celle de l&#8217;Alg\u00e9rie et l&#8217;histoire humaine avec ses d\u00e9chirements. Pensons au Liban apr\u00e8s dix-sept ans de guerre. Comment repartir \u00e0 z\u00e9ro apr\u00e8s les massacres ? Mon film a pour titre l&#8217;Arche du d\u00e9sert, parce que, sur le plan biblique et coranique, notre culture nous apprend que No\u00e9 a sauv\u00e9 l&#8217;humanit\u00e9 du d\u00e9luge. Mais personne ne sauvera les gens de l&#8217;actuel d\u00e9luge. Sur le plan symbolique, une oasis au milieu du d\u00e9sert, c&#8217;est l&#8217;arche de No\u00e9. Il faut vivre dans cette arche; la vraie arche est en nous. Ceux qui ne cultivent que leur pass\u00e9 risquent de perdre leur pr\u00e9sent, donc leur avenir. Lorsqu&#8217;on constate les massacres actuels, chacun est fait au nom d&#8217;un pass\u00e9 ! &#8221; Moi, j&#8217;\u00e9tais Gaulois &#8220;, &#8221; moi, j&#8217;\u00e9tais Arabe ! &#8221; Nous sommes tous responsables. C&#8217;est l&#8217;invisible qui cr\u00e9e la guerre.<\/p>\n<p>Dans mon film, un enfant rejette le monde parce qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans une morale et qu&#8217;il a compris que les adultes avaient trich\u00e9, trahi un id\u00e9al. Le p\u00e8re n&#8217;est plus l&#8217;exemple qui puisse dire \u00e0 l&#8217;enfant: &#8221; ne trompez pas &#8220;; c&#8217;est tr\u00e8s grave dans un pays \u00e0 75% compos\u00e9 de jeunes. Nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s dans une histoire o\u00f9 les adultes avaient le beau r\u00f4le. Les enfants \u00e9taient culpabilis\u00e9s de ne pas avoir fait la R\u00e9volution. Quand les h\u00e9ros vivants roulaient en Merc\u00e9d\u00e8s, eux vivaient dans la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Peut-on aider les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir en restant prostr\u00e9 dans la honte du pass\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. C.: <\/strong> Les id\u00e9es parfois g\u00e9n\u00e9reuses de l&#8217;humanisme ne sont pas forc\u00e9ment celles de la vraie vie. Le communisme \u00e9tait une philosophie. Qui l&#8217;a trahie ? Pas le communisme lui-m\u00eame, mais les dirigeants; les hommes. Peut-on faire le proc\u00e8s de l&#8217;Islam ? L&#8217;Islam ne tue pas; ce sont les hommes qui agissent ! Il faut s\u00e9parer le bon grain de l&#8217;ivraie. Le fascisme, lui, applique sa doctrine; celle d&#8217;une philosophie qu&#8217;il faut condamner. Pour cette raison, les traditions qui poussent \u00e0 \u00e9jecter, \u00e0 d\u00e9sunir, sont \u00e0 combattre; toutes celles qui unissent, m\u00eame si l&#8217;on n&#8217;y croit pas, sont \u00e0 garder. Le film comporte une sc\u00e8ne o\u00f9 l&#8217;on cherche la virginit\u00e9 de la fille. Les femmes qui ont constat\u00e9, pour qu&#8217;on ne tue pas cette fille, la prot\u00e8gent. Elles rejoignent naturellement la philosophie faite pour l&#8217;homme. Toute la question est pos\u00e9e de l&#8217;application de cette philosophie. C&#8217;est l&#8217;homme, qui en d\u00e9cide. Je parlais de Castro et Guevarra. Ni l&#8217;un ni l&#8217;autre ne sont le marxisme. Dans cette \u00eele consid\u00e9r\u00e9e jadis comme le bordel de l&#8217;Am\u00e9rique, une fois la R\u00e9volution faite, quelle autre possibilit\u00e9 existait, que g\u00e9rer ? Mais vient la question de l&#8217;artiste; ce n&#8217;est plus celle du politique qui voit le long terme. A court terme, ai-je le droit de sacrifier quelqu&#8217;un au nom d&#8217;une r\u00e9volution ? Ai-je le droit de lui dire &#8221; tu la boucles, dans cinquante ans, tout sera meilleur ? &#8221; Il n&#8217;y a pas plusieurs vies \u00e0 vivre. Aucune philosophie ne compte, si vous dites \u00e0 quelqu&#8217;un &#8221; sacrifiez-vous pour elle &#8220;. Il est n\u00e9 pour vivre maintenant. Qu&#8217;il fasse un sacrifice ? A lui d&#8217;en d\u00e9cider. Notre drame est d&#8217;avoir eu des dirigeants dont la &#8221; main du Destin &#8221; avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait eux qui dirigeraient le pays. Au nom de quoi ? Nous sommes issus de deux g\u00e9n\u00e9rations sacrifi\u00e9es: nous avons v\u00e9cu la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, puis la conspiration; le mensonge. R\u00e9cemment, nous avons appris un gros mensonge sur les exp\u00e9rimentations de l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise dans le Sud alg\u00e9rien au moment m\u00eame o\u00f9, dans la lutte anti-imp\u00e9rialiste, nous avions les beaux slogans du temps de Boum\u00e9dienne. Voil\u00e0 le mensonge du p\u00e8re. Tout r\u00e9cemment, ce mensonge a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9; le Monde en a parl\u00e9: chez nous, il y a eu des exp\u00e9rimentations pendant quinze ans, jusqu&#8217;en 1978 ! Il n&#8217;y a plus de p\u00e8re de la nation; plus de guide. On en d\u00e9couvrira plus tard. Nous, nous sommes tout petits, en train de nous entre-tuer, un peu comme mes personnages dans l&#8217;immensit\u00e9 du d\u00e9sert. Mais l&#8217;Alg\u00e9rie continuera; nous en avons la force. A nous de la cultiver.<\/p>\n<p>1. Le 4e salon alg\u00e9rien du cin\u00e9ma et de la vid\u00e9o s&#8217;est tenu \u00e0 Tebessa du 24 au 28\/11\/ 1997.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Mohamed Chouikh <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-834","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/834","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=834"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/834\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=834"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=834"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=834"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}