{"id":832,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/collage832\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"collage832","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=832","title":{"rendered":"Collage"},"content":{"rendered":"<p>La nouvelle traduction en fran\u00e7ais de l&#8217;Ing\u00e9nieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes (Aline Schulmann, deux volumes, \u00e9ditions du Seuil) est-elle meilleure que les pr\u00e9c\u00e9dentes, sans cesse retravaill\u00e9es, du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 nos jours, de C\u00e9sar Oudin \u00e0 Jean Cassou ? Les sp\u00e9cialistes le disent et, parmi eux, Jorge Semprun (dans le Journal du dimanche, peu avant No\u00ebl), qui a quelques raisons d&#8217;avoir pu le lire plus d&#8217;une fois aussi bien en fran\u00e7ais que dans sa langue natale. Faisons-leur confiance. On n&#8217;ira pas, crayon en main, relire chacune de ces traductions. Cette nouvelle \u00e9dition est en tous cas l&#8217;occasion (deux tomes solides sous embo\u00eetage, un dessin d&#8217;Antonio Saura en couverture) de replonger dans un livre qu&#8217;on croyait conna\u00eetre pour l&#8217;avoir (peut-\u00eatre) une fois lu dans l&#8217;adolescence, et avoir rencontr\u00e9 ses h\u00e9ros, le Chevalier \u00e0 la Triste Figure et Sancho Panza, \u00e0 tous les coins d&#8217;id\u00e9es re\u00e7ues. C&#8217;est un grand bonheur: celui, d&#8217;abord, de lire un livre qui a l&#8217;air de s&#8217;\u00e9crire au temps m\u00eame o\u00f9 il se lit, avec une vivacit\u00e9 de plume qui fait se m\u00ealer dans la jubilation les aventures des h\u00e9ros et celles du roman lui-m\u00eame, Cervantes jouant de l&#8217;apostrophe au lecteur pour prendre \u00e0 t\u00e9moin tant\u00f4t le narrateur suppos\u00e9, invent\u00e9 par lui (le &#8221; Maure Sidi Ahmed Benengeli &#8220;), tant\u00f4t un traducteur non moins fictif, ou encore le tr\u00e8s r\u00e9el imposteur (Avellaneda) qui, profitant du succ\u00e8s de la premi\u00e8re partie du Don Quichotte, publia, avant que Cervantes n&#8217;ait \u00e9crit la deuxi\u00e8me, une suite apocryphe aux aventures du chevalier. Et ce n&#8217;est pas le moindre des vertiges que provoque ce livre que de voir, dans cette &#8221; vraie &#8221; deuxi\u00e8me partie, le Don Quichotte sorti de l&#8217;imagination de Cervantes changer ses projets annonc\u00e9s dans la premi\u00e8re partie uniquement pour convaincre de mensonge le fourbe Avellenado, ainsi introduit \u00e0 son corps d\u00e9fendant dans la fiction. Il y a l\u00e0, on le voit, une r\u00e9flexion sur les rapports du r\u00e9el et de la fiction dont il faudra attendre bien des ann\u00e9es, voire des si\u00e8cles, pour qu&#8217;elle soit formalis\u00e9e. Et tout cela sans la moindre p\u00e9danterie, dans l&#8217;all\u00e9gresse d&#8217;une jonglerie entre sagesse et folie. Merveilleux livre encore, et pour s&#8217;en tenir l\u00e0, \u00e0 ce qui peut donner envie de le lire l&#8217;oeil frais, que celui o\u00f9 l&#8217;on voit, au fil des pages et de la tendresse pour ces &#8221; enfants de sa plume &#8221; qui gagne leur cr\u00e9ateur, les personnages prendre chair, Sancho Panza de plus en plus rond et sage, Don Quichotte d\u00e9passant sa folie des premiers chapitres qui n&#8217;\u00e9tait que parodique pour atteindre \u00e0 cette \u00e9mouvante beaut\u00e9 des &#8221; grands voyants &#8221; qui lui donne droit de porter sur son temps le regard clair du sage.<\/p>\n<p>Les rois mages avaient des mani\u00e8res un peu cavali\u00e8res en ce d\u00e9but d&#8217;ann\u00e9e. Ils s&#8217;\u00e9talaient sur des pages enti\u00e8res de journaux pour souhaiter &#8221; \u00e0 nous et \u00e0 nos proches &#8221; une excellente ann\u00e9e, ce qui, somme toute, aurait \u00e9t\u00e9 assez dans l&#8217;air du temps, s&#8217;ils n&#8217;avaient annonc\u00e9 leur intention de &#8221; couvrir d\u00e8s la fin de cette ann\u00e9e, plus de 85% de la population fran\u00e7aise &#8220;. Diable ! Mais qui le leur a demand\u00e9 ? Apparemment personne, si l&#8217;on en croit la publicit\u00e9 en couleurs par laquelle ils annon\u00e7aient leurs intentions. Personne sinon eux-m\u00eames et leur besoin imp\u00e9rieux de servir le bien commun.&#8221; Merci, \u00e9crivaient-ils, de croire, comme nous, \u00e0 une autre philosophie de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, plus accessible, plus g\u00e9n\u00e9reuse, tout en \u00e9tant \u00e0 la pointe de la technologie &#8220;.&#8221; Philosophie de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile&#8230;&#8221; On a bien lu. Cette petite bo\u00eete noire qui vous apprend que tel passant arr\u00eat\u00e9 dans sa course est en train de parler \u00e0 un personnage si important qu&#8217;il s&#8217;est mis au garde \u00e0 vous n&#8217;est pas qu&#8217;un moyen sournoisement masochiste de faire savoir qu&#8217;on ne s&#8217;appartient plus. C&#8217;est la &#8221; voie &#8220;, comme diraient de sages brahmanes, qui permet d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 une autre philosophie. Il faut dire que Melchior-Balthazar-Gaspard, l&#8217;habituelle trinit\u00e9 des mages, \u00e9tait r\u00e9unie cette ann\u00e9e en une seule personne, qui signait ces pages de publicit\u00e9: Bouygues Telecom. Cette &#8221; t\u00e9l\u00e9phonie mobile plus accessible, plus g\u00e9n\u00e9reuse &#8221; \u00e9tant livr\u00e9e au lecteur sur une page o\u00f9 flottait un ange-enfant rose sur un bout de ciel bleu et pr\u00e9sent\u00e9e par trois enfants-mages (un noir, un blanc, un jaune, les conseillers-image connaissant leur Benetton sur le bout du doigt), on aurait pu fondre devant tant de fra\u00eecheur si l&#8217;on n&#8217;avait vu, quelques jours avant, une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision rappelant dans quelles conditions, il y a quinze ans, TF1 avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par le m\u00eame groupe Bouygues. On y avait entendu \u00e0 cette occasion monsieur Patrick Le Lay, dudit groupe, annoncer ce que venait de lui souffler Bernard Tapie: que l&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;un b\u00e9tonneur sur les ondes serait pour la culture fran\u00e7aise le stimulant que tous attendaient. On a vu. Ces rois mages ne manquent pas d&#8217;air. Il reste que la lecture des publicit\u00e9s (et peut-\u00eatre la vie) serait moins dr\u00f4le si ceux qui se les payent annon\u00e7aient tranquillement que la t\u00e9l\u00e9vision ou le t\u00e9l\u00e9phone les int\u00e9ressent parce qu&#8217;il y a des sous \u00e0 prendre.&#8221; Efforce-toi, conseille Don Quichotte \u00e0 son \u00e9cuyer Sancho Panza, de d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 travers les promesses et les cadeaux des riches &#8220;.<\/p>\n<p>Dans le livre Batailles pour Marseille (Flammarion), que Jacqueline Cristofol vient de consacrer au souvenir de son mari, Jean, d\u00e9put\u00e9 communiste du Front populaire \u00e0 Marseille, maire de la ville apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, mort en 1957 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de cinquante-cinq ans, on trouvera ces mots terribles, dans une lettre qu&#8217;il lui adressa en 1947: &#8221; Au fond, ma ch\u00e9rie, il y a tout simplement ma fatigue actuelle, que tu identifies avec du pessimisme, et peut-\u00eatre aussi l&#8217;id\u00e9e que je me fais d&#8217;une situation dont les apparences du moins me font croire que je porte ombrage \u00e0 des personnes qui voudraient \u00eatre seules \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une popularit\u00e9 qui pourtant se gagne \u00e0 la force du poignet.&#8221; Avec toutes les pr\u00e9cautions de langage que peut employer un militant qui r\u00e9pugne \u00e0 mettre en avant sa personne &#8211; et \u00e0 mettre en cause ses camarades de combat &#8211; Cristofol parle ici de ce qui assombrit les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Il sortait alors d&#8217;une dure bataille, au cours de laquelle Gaston Deferre n&#8217;avait rien \u00e9pargn\u00e9, pas m\u00eame la calomnie et les plus basses manoeuvres, pour arracher aux communistes cette mairie qu&#8217;ils dirigeaient, sous son autorit\u00e9, \u00e0 lui, Cristofol. Et il \u00e9tait bien loin de trouver aupr\u00e8s de ses camarades, dont l&#8217;ombrageux Fran\u00e7ois Billoux, l&#8217;appui politique qu&#8217;il attendait. C&#8217;est qu&#8217;il ne devait pas \u00eatre, comme on dit, commode, ce fils de paysan de Cerdagne, et que Marseille, dans le m\u00eame temps, apr\u00e8s les exp\u00e9riences d&#8217;autogestion qui suivirent la Lib\u00e9ration et les grandes batailles des gr\u00e8ves de 1947, qui secou\u00e8rent jusqu&#8217;au Palais-Bourbon, \u00e9tait un peu encombrante dans le paysage politique fran\u00e7ais. C&#8217;est tout cela, un homme, une ville, une \u00e9poque que raconte ce livre pr\u00e9cieux qui peut nous aider \u00e0 comprendre notre temps aussi. Ce qui fait pourtant son prix, au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9claircissement historique, est de l&#8217;ordre de l&#8217;intime: ce livre, dirait-on, est n\u00e9 d&#8217;une col\u00e8re longtemps \u00e9touff\u00e9e. Celle qui naquit le jour des obs\u00e8ques de Jean o\u00f9 Jacqueline entendit les discours d&#8217;hommage sur son cercueil, devant la Bourse du Travail de Marseille.&#8221; Il fallait tenir &#8220;, \u00e9crit-elle alors. C&#8217;est que ces deux discours, ce furent Gaston Deferre et Fran\u00e7ois Billoux qui les prononc\u00e8rent. Et c&#8217;est l\u00e0-dessus, d&#8217;ailleurs, que se termine Batailles pour Marseille. E. B.<\/p>\n<p>1. C&#8217;est le titre d&#8217;un texte &#8221; adress\u00e9 \u00e0 la jeunesse h\u00e9ro\u00efque du monde &#8220;, puis celui du volume qui, regroupant ses articles et publi\u00e9 en 1915, conna\u00eet un grand retentissement en France et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nouvelle traduction en fran\u00e7ais de l&#8217;Ing\u00e9nieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes (Aline Schulmann, deux volumes, \u00e9ditions du Seuil) est-elle meilleure que les pr\u00e9c\u00e9dentes, sans cesse retravaill\u00e9es, du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 nos jours, de C\u00e9sar Oudin \u00e0 Jean Cassou ? 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