{"id":83,"date":"1995-10-01T00:00:00","date_gmt":"1995-09-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-partage-du-travail-et-du-revenu083\/"},"modified":"1995-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-09-30T23:00:00","slug":"le-partage-du-travail-et-du-revenu083","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=83","title":{"rendered":"Le partage du travail et du revenu, une dangereuse sym\u00e9trie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Le partage du travail et du revenu, pr\u00e9sent\u00e9 comme le corollaire d&#8217;un ch\u00f4mage irr\u00e9ductible, sert \u00e0 masquer l&#8217;\u00e9chec du dogme de la baisse des co\u00fbts salariaux. On ne saurait en d\u00e9duire que le plein emploi est d\u00e9sormais hors de port\u00e9e. <\/p>\n<p>Un sondage CSA de rentr\u00e9e sociale montre que 50% de la population n&#8217;acceptent pas le partage du travail et du revenu.47% pourtant s&#8217;y r\u00e9signent. Jacques Chirac est all\u00e9, en juillet, le relancer en Vend\u00e9e aux Biscottes Pasquier. Depuis, certaines entreprises s&#8217;attachent \u00e0 promouvoir de tels dispositifs en s&#8217;appuyant sur les facilit\u00e9s accord\u00e9es par la loi quinquennale. On reste dans la logique du ixe plan de r\u00e9duction des salaires accoupl\u00e9e\u00e0 l&#8217;objectif d&#8217;une r\u00e9duction \u00e0 37 heures de la dur\u00e9e du travail en 1997, malgr\u00e9 le caract\u00e8re illusoire et pernicieux de cette strat\u00e9gie.<\/p>\n<p> <strong>  La fin du plein emploi, un faux diagnostic  <\/strong><\/p>\n<p>A son origine on trouve, \u00e0 l&#8217;exception du PCF et de la CGT, et dans une certaine mesure de FO, une bonne dose de &#8221; pens\u00e9e unique &#8220;, m\u00eame parmi les forces sociales qui se r\u00e9clament de la gauche, avec l&#8217;appr\u00e9ciation selon laquelle le &#8221; plein emploi, c&#8217;est fini &#8220;. Ainsi, le Centre des jeunes patrons (CJP), souvent poisson pilote du patronat dans ses tentatives de modernisation de l&#8217;exploitation capitaliste, partait, il n&#8217;y a pas si longtemps, en guerre contre &#8221; l&#8217;illusion du plein emploi &#8220;. A l&#8217;en croire, il y aurait un volume irr\u00e9ductible de ch\u00f4mage, dont la soci\u00e9t\u00e9 devrait s&#8217;accommoder co\u00fbte que co\u00fbte. Et, le partage de l&#8217;emploi et du salaire en serait la m\u00e9decine ad\u00e9quate. Feinte ou r\u00e9elle, cette ignorance des mouvements de longue dur\u00e9e, auxquels les \u00e9conomistes sont cependant, aujourd&#8217;hui, plus nombreux \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser, montre que l&#8217;existence de phases longues de plein emploi et de phases longues de ch\u00f4mage, n&#8217;est pas une nouveaut\u00e9. Certes, la crise structurelle actuelle est d&#8217;une gravit\u00e9 indiscutable et elle pr\u00e9sente des traits originaux, y compris quant aux caract\u00e9ristiques du ch\u00f4mage. On ne saurait en d\u00e9duire que le plein emploi est d\u00e9sormais hors de nos possibilit\u00e9s, m\u00eame si les mesures emprunt\u00e9es au pass\u00e9 ne sont pas de nature \u00e0 l&#8217;assurer. La situation appelle des solutions originales. Sans reprendre toute l&#8217;analyse de la crise et de son issue, ni m\u00eame de ses d\u00e9veloppements actuels (1), on insistera sur certains \u00e9l\u00e9ments. L&#8217;un de ses facteurs les plus importants r\u00e9side dans la faible \u00e9volution de la demande globale, c&#8217;est-\u00e0-dire ce que les acheteurs (m\u00e9nages, entreprises, administrations, etc.) sont pr\u00eats \u00e0 acqu\u00e9rir de biens et de services. D\u00e9terminant important du PIB, son affaiblissement a conduit \u00e0 la crise de l&#8217;emploi. Rappelons que le PIB qui progressait en moyenne annuelle de 5% jusqu&#8217;en 1974, a vu ensuite sa croissance fortement d\u00e9prim\u00e9e. Avec la phase d&#8217;aggravation de la crise qui commence en 1975, sa croissance n&#8217;est plus que de 3,1% entre 1975 et 1980, de 1,5% entre 1980 et 1985 et de 0,6% environ dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de 1990.<\/p>\n<p> <strong>  Les attaques contre les salaires  <\/strong><\/p>\n<p>La population active (salari\u00e9s et autres) ne progresse que de 25 000 personnes par an entre 1980 et 1994. Le ch\u00f4mage devient encore plus massif, sa dur\u00e9e s&#8217;allonge et de 1975 \u00e0 1994, il passe de 840 000 \u00e0 3 115 000. La pression sur les salari\u00e9s est un facteur tr\u00e8s important de ce processus. La masse salariale ne repr\u00e9sentait plus dans le PIB en 1994 que 51,7% contre 56% en 1980. R\u00e9duction consid\u00e9rable, d&#8217;autant qu&#8217;au cours de la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, les effectifs occup\u00e9s continuent \u00e0 augmenter en quinze ans de 1 250 000 unit\u00e9s. Autre \u00e9l\u00e9ment de la demande, malgr\u00e9 la hausse des profits, les investissements productifs n&#8217;ont connu, au cours de la p\u00e9riode, qu&#8217;une croissance faible et orient\u00e9e essentiellement vers l&#8217;\u00e9limination d&#8217;emplois, plut\u00f4t que vers l&#8217;augmentation des capacit\u00e9s de production. Toutes les attaques contre le salaire et les autres revenus salariaux des divers gouvernements, de Mauroy-Delors \u00e0 Balladur, ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es sur le dogme de la pr\u00e9tendue n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9gonfler les co\u00fbts salariaux, comme si les co\u00fbts de production n&#8217;\u00e9taient compos\u00e9s que de salaires et de cotisations sociales. Au nom de cette doctrine, on nous promettait de l&#8217;emploi, selon la fameuse formule du chancelier Schmidt. La faillite est \u00e9clatante. Les id\u00e9es inacceptables d&#8217;un ch\u00f4mage irr\u00e9m\u00e9diable et les propositions de partage du travail et du revenu voudraient la masquer. Culpabilisante, cette proposition s&#8217;efforce de mobiliser les sentiments de solidarit\u00e9 existant parmi les travailleurs et cherche appui aussi sur des dur\u00e9es de travail trop \u00e9lev\u00e9es, sur des horaires contraignants, sur la d\u00e9t\u00e9rioration d\u00e9sastreuse, sous l&#8217;emprise de la flexibilisation, des conditions de travail, et leur p\u00e9nibilit\u00e9 extr\u00eame. Le &#8221; partage du travail et du revenu &#8221; se r\u00e9v\u00e8le un march\u00e9 de dupes. Celui-ci s&#8217;est largement effectu\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice du capital et au d\u00e9triment de l&#8217;emploi. Les jouissances du &#8221; temps libre &#8221; ne sont pas ind\u00e9pendantes du revenu.<\/p>\n<p> <strong>  Des d\u00e9cisions unilat\u00e9rales du patronat  <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9duction de la dur\u00e9e du travail, sans compensation, se heurte \u00e0 son co\u00fbt financier pour les travailleurs. Le &#8221; partage &#8221; n&#8217;apporte qu&#8217;une r\u00e9ponse r\u00e9gressive au probl\u00e8me des besoins des travailleurs et de la demande solvable et n&#8217;assure aucune s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi. Des entreprises qui l&#8217;avaient mis en pratique ont licenci\u00e9 ult\u00e9rieurement. Ces mesures ont \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment impos\u00e9es par la contrainte. Le titre d'&#8221; accords &#8221; que l&#8217;on leur attribue est souvent faux. Dans nombre de cas, il s&#8217;agit de d\u00e9cisions unilat\u00e9rales du patronat. Le travail \u00e0 temps partiel, qui concerne essentiellement les femmes, les diverses formes de &#8221; contrats &#8221; sont les principaux vecteurs du &#8221; partage du travail &#8221; soutenu par les fonds publics. Le temps partiel compte 2 705 000 salari\u00e9s en 1993 contre 1 110 000 en 1975. Il a encore progress\u00e9 en 1994. Pr\u00e9sent\u00e9 comme une possibilit\u00e9 de &#8221; libre choix &#8220;, il peut certes s&#8217;accorder \u00e0 certaines situations mais la part des contraintes sociales dans ces d\u00e9terminations m\u00e9riterait examen. Dans le plus grand nombre de cas, il r\u00e9sulte de la ma\u00eetrise que d\u00e9tient l&#8217;employeur de &#8221; l&#8217;offre de travail &#8220;. Il est subi &#8221; faute de mieux &#8220;.1 300 000 salari\u00e9s \u00e0 temps partiel d\u00e9clarent d\u00e9sirer travailler davantage. C&#8217;est souvent un contrat pr\u00e9caire et marginalisant, contraire \u00e0 la volont\u00e9 bien \u00e9tablie des femmes d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 un emploi stable, moyen de leur ind\u00e9pendance financi\u00e8re et le plus souvent premier \u00e9l\u00e9ment pour aller vers l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des sexes. Les cadres savent que ces dispositifs ne r\u00e9duiront pas leur travail, mais seulement leur r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p> <strong>  La modification des &#8221; temps sociaux &#8221;  <\/strong><\/p>\n<p>Ces dispositifs s&#8217;accompagnent de la r\u00e9organisation du travail, g\u00e9n\u00e9ralement articul\u00e9e, on le sait, \u00e0 une augmentation de son intensit\u00e9. Leur finalit\u00e9 demeure de diminuer les co\u00fbts du travail et de camoufler le ch\u00f4mage, en reportant sa charge sur les salari\u00e9s eux-m\u00eames. De fa\u00e7on compl\u00e8tement biais\u00e9e et d\u00e9magogique, l&#8217;id\u00e9e du partage du travail pose celle des temps sociaux, notamment de la dur\u00e9e excessive du travail qui devrait \u00eatre nettement abaiss\u00e9e, port\u00e9e \u00e0 35 heures, avec maintien int\u00e9gral du salaire, si on veut agir positivement sur l&#8217;emploi. Mais l\u00e0 ne se limite pas la modification des &#8221; temps sociaux &#8220;. Comme la r\u00e9duction de la dur\u00e9e du travail, l&#8217;augmentation du temps pour la formation, sous diff\u00e9rentes formes et \u00e0 diff\u00e9rents moments de la vie, est n\u00e9cessaire. Le maintien int\u00e9gral du salaire est non seulement positif pour l&#8217;emploi, mais requis pour la participation aux activit\u00e9s hors travail. Impos\u00e9e par les luttes sociales et politiques, \u00e0 l&#8217;encontre du patronat, la dur\u00e9e du travail est pass\u00e9e de 3 000 heures annuelles en 1830 \u00e0 1750 en 1993. S&#8217;inscrivant dans cette tendance historique, sa r\u00e9duction est, aujourd&#8217;hui, un besoin refoul\u00e9 ou perverti par les dispositifs patronaux de &#8221; partage &#8220;. Elle est une condition n\u00e9cessaire pour \u00e9largir la participation des salari\u00e9s aux activit\u00e9s politiques, civiques, syndicales, de gestion, \u00e0 la vie associative, sous diff\u00e9rentes formes, aux activit\u00e9s culturelles, etc. Depuis que la baisse de la dur\u00e9e du travail a lib\u00e9r\u00e9 du temps pour d&#8217;autres activit\u00e9s, il existe des rapports entre les activit\u00e9s de l&#8217;emploi et les activit\u00e9s &#8221; hors travail &#8220;. De leur qualit\u00e9 d\u00e9pend l&#8217;efficacit\u00e9 sociale de l&#8217;emploi. Elle doit \u00eatre renforc\u00e9e, \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de la dichotomie que certains pr\u00f4nent. Nouveau plein emploi, d\u00e9veloppement et enrichissement des activit\u00e9s autres que l&#8217;emploi, en ce sens, marchent de pair. C&#8217;est le mouvement social qui en d\u00e9cidera. Il en a la capacit\u00e9.<\/p>\n<p>1. Paul Boccara, sur de nouveaux principes et institutions mixtes pour la cr\u00e9ation d&#8217;emplois et l&#8217;insertion dans un autre plein emploi et une pleine activit\u00e9, Issues, no 46, 3e trimestre 1994.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Le partage du travail et du revenu, pr\u00e9sent\u00e9 comme le corollaire d&#8217;un ch\u00f4mage irr\u00e9ductible, sert \u00e0 masquer l&#8217;\u00e9chec du dogme de la baisse des co\u00fbts salariaux. 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