{"id":8292,"date":"2015-01-23T11:01:16","date_gmt":"2015-01-23T10:01:16","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-grece-malade-du-demantelement\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:45","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:45","slug":"article-la-grece-malade-du-demantelement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8292","title":{"rendered":"La Gr\u00e8ce malade du d\u00e9mant\u00e8lement de son syst\u00e8me de sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 quelques heures des \u00e9lections l\u00e9gislatives en Gr\u00e8ce que le parti de la gauche, Syriza, est en position de remporter, les Grecs essayent de survivre. Si tous les pans de la soci\u00e9t\u00e9 sont d\u00e9truits, la sant\u00e9 est particuli\u00e8rement affect\u00e9e. Reportage.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019entr\u00e9e des urgences de l\u2019h\u00f4pital Evangelismos, le plus grand de la capitale grecque, la file d\u2019ambulances et de v\u00e9hicules du Samu est sans fin. Ce flot continu semble ne pouvoir \u00eatre absorb\u00e9 bien que le personnel s\u2019affaire, sans cesse. Pour essayer de sauver des vies, pour mener au plus vite malades et personnes \u00e2g\u00e9es au bloc, pour les mettre sous oxyg\u00e8ne dans une salle appropri\u00e9e alors qu\u2019il n\u2019y a plus de bombonne disponible afin d\u2019assurer la sortie des v\u00e9hicules sanitaires. <\/p>\n<p>Brancardiers, infirmi\u00e8res et infirmiers, m\u00e9decins\u2026 courent dans tous les sens, \u00e9vitant parfois de peu un futur patient qui, lui, fait la queue pour \u00eatre vu par un interne. Combien sont-ils ? Impossible de compter. La file d\u2019attente d\u00e9borde largement sur le trottoir devant le hall d\u2019accueil.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Nous avions 135 h\u00f4pitaux en Gr\u00e8ce. L\u2019objectif du plan &#8220;Sant\u00e9 2020&#8221; est d\u2019en avoir moins de 80 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab C\u2019est l\u2019h\u00f4pital de permanence aujourd\u2019hui,<\/em> explique un ambulancier tout en d\u00e9pla\u00e7ant son v\u00e9hicule pour c\u00e9der sa place \u00e0 un autre. <em>Depuis la r\u00e9organisation, c\u2019est tous les jours comme \u00e7a, partout. Seul le lieu change. \u00bb<\/em> De l\u2019apr\u00e8s-midi jusqu\u2019au lendemain matin, les urgences sont concentr\u00e9es dans un des h\u00f4pitaux de la capitale, charg\u00e9, tous les quatre jours, d\u2019assurer les permanences. Evangelismos, le plus grand d\u2019entre eux avec 950 lits et 3.000 salari\u00e9s, dispense toutes les sp\u00e9cialit\u00e9s sauf gyn\u00e9cologie, maternit\u00e9 et p\u00e9diatrie. <\/p>\n<p>Cardiologue et pr\u00e9sident du syndicat des travailleurs d\u2019Evangelismos, Ilias Sioras s\u2019inqui\u00e8te de la diminution constante des d\u00e9penses de sant\u00e9. En 2009, elles s\u2019\u00e9levaient \u00e0 23,2 milliards d\u2019euros ; aujourd\u2019hui, elles sont de 16,4 milliards. Le public est particuli\u00e8rement touch\u00e9. Son budget est pass\u00e9 de 16,1 milliards \u00e0 11,2 milliards fin 2013. Cette baisse brutale est avant tout li\u00e9e \u00e0 la politique men\u00e9e en Gr\u00e8ce depuis 2010. Afin d\u2019\u00e9viter le d\u00e9faut de paiement, les gouvernements ont accept\u00e9 des &#8220;aides&#8221; de la Tro\u00efka \u2013 en r\u00e9alit\u00e9, des pr\u00eats d\u2019un montant total de 240 milliards \u2013 en \u00e9change de l\u2019application d\u2019un programme d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. La sant\u00e9 est un des secteurs les plus affect\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u00ab Nous avions 135 h\u00f4pitaux en Gr\u00e8ce, aujourd\u2019hui nous n\u2019en avons plus que 115. Et l\u2019objectif, dans le cadre du plan &#8220;Sant\u00e9 2020&#8221; qui suit la strat\u00e9gie UE 2020, est d\u2019avoir moins de 80 h\u00f4pitaux dans le pays \u00bb,<\/em> d\u00e9plore le cardiologue. Et de poursuivre : <em>\u00ab Avant, la Gr\u00e8ce \u00e9tait dot\u00e9e d\u2019environ 200 centres en zone rurale. Seule la moiti\u00e9 fonctionne encore \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Les structures publiques deviennent des structures du priv\u00e9 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences se font aussi sentir en mati\u00e8re de personnel. Le secteur hospitalier public a perdu 15.000 salari\u00e9s \u2013 m\u00e9decins, infirmi\u00e8res et infirmiers, aide-soignants\u2026 <em>\u00ab Il n\u2019y a plus que 80.000 salari\u00e9s dans le public. Pour remettre l\u2019h\u00f4pital \u00e0 flot, il faudrait augmenter le personnel soignant de 15.000 personnes et recruter 5.000 m\u00e9decins. \u00bb<\/em> Une perspective inenvisageable si les politiques men\u00e9es sont poursuivies. \u00c0 l\u2019horizon fin 2015, le budget du public doit encore \u00eatre amput\u00e9 de 1,7 milliard ; celui du priv\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficiera, lui, d\u2019une l\u00e9g\u00e8re augmentation de 0,3 milliard. <em>\u00ab L\u2019\u00c9tat se d\u00e9sengage de ses obligations, les gens payent de plus en plus. Petit \u00e0 petit, m\u00eame les structures publiques deviennent des structures du priv\u00e9. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>La sant\u00e9 en prend un coup dans un pays o\u00f9 le malade doit de plus en plus mettre la main \u00e0 la poche pour s\u2019offrir les soins n\u00e9cessaires. Un forfait a \u00e9t\u00e9 introduit pour chaque consultation \u2013 non remboursable. Dans les h\u00f4pitaux, le manque de moyens oblige les patients \u00e0 payer pour s\u2019offrir une &#8220;infirmi\u00e8re priv\u00e9e&#8221;, ou leur famille \u00e0 se relayer \u00e0 leur chevet, \u00e0 acheter couches, alaises\u2026 Et m\u00eame les m\u00e9dicaments. <\/p>\n<p><em>\u00ab Tous ceux qui viennent ici expliquent qu\u2019ils ne peuvent plus aller voir de m\u00e9decin priv\u00e9, voire qu\u2019ils ne peuvent pas acheter les m\u00e9dicaments. Mais l\u2019h\u00f4pital n\u2019en a pas assez. Nous sommes oblig\u00e9s de demander aux patients de se les procurer eux-m\u00eames \u00bb,<\/em> t\u00e9moigne une infirmi\u00e8re du service cardiologie. En outre, dans ce pays o\u00f9 25,5% de la population active est au ch\u00f4mage \u2013 soit 1,2 million de personnes \u2013 et ne b\u00e9n\u00e9ficie plus d\u2019assurance sociale au bout d\u2019un an sans emploi, M\u00e9decin du monde estime, en incluant les ayant-droit, que pr\u00e8s de trois millions de Grecs sont aujourd\u2019hui exclus du syst\u00e8me de sant\u00e9 public.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Le syst\u00e8me de sant\u00e9 publique est d\u00e9mantel\u00e9 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Le travail qu\u2019ils font ici est formidable. \u00bb<\/em> Nikos S. accepte volontiers de t\u00e9moigner. Il est l\u00e0 pour se faire soigner gratuitement. Mais pas \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. \u00ab<em> Ni moi ni ma femme ne travaillons. Nous n\u2019avons plus d\u2019assurance. J\u2019ai eu un probl\u00e8me cardiaque il y a quatre mois. Je suis oblig\u00e9 de venir ici pour les visites de contr\u00f4le et me procurer les m\u00e9dicaments. \u00bb<\/em> Ici, c\u2019est le &#8220;Dispensaire social m\u00e9tropolitain d\u2019Ellinikon&#8221;. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en d\u00e9cembre 2011 par un cardiologue, Giorgos Vichas, qui n\u2019en pouvait plus de voir que la population n&#8217;avait plus acc\u00e8s aux soins. La premi\u00e8re ann\u00e9e, il y a eu 4.000 visites, et 38.000 au cours des deux ann\u00e9es suivantes. <\/p>\n<p><em>\u00ab Le nombre de ch\u00f4meurs augmente et ils n\u2019ont pas de couverture sociale ; le syst\u00e8me de sant\u00e9 publique est d\u00e9mantel\u00e9. M\u00eame des salari\u00e9s assur\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 venus ici : ils n\u2019avaient pas les moyens de se payer le ticket forfaitaire ou les m\u00e9dicaments \u00bb,<\/em> explique-t-il. Face \u00e0 l\u2019urgence, en Gr\u00e8ce, comme dans ce dispensaire, m\u00e9decins, pharmaciens, infirmi\u00e8res et infirmiers, dentistes\u2026 et de nombreux autres b\u00e9n\u00e9voles se mobilisent. Le lieu, qui fonctionne comme un v\u00e9ritable centre de sant\u00e9, dispose de surcro\u00eet d\u2019une pharmacie.<\/p>\n<p>Sophia Tzitzigou est en charge de la pharmacie dans un autre dispensaire, dans le centre d\u2019Ath\u00e8nes. <em>\u00ab Si quelqu&#8217;un arrive jusque l\u00e0, c\u2019est qu\u2019il en a besoin \u00bb,<\/em> souligne-t-elle tout en cherchant dans le stock si le m\u00e9dicament n\u00e9cessaire est disponible. \u00ab<em> Nous n\u2019avons que du 40 mg, or le patient a besoin de 20mg. Il faut que je m\u2019assure que nous puissions le couper en deux. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Le r\u00e9sultat positif de la crise est cette solidarit\u00e9 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p>Car malgr\u00e9 les dons de particuliers et d\u2019associations, certains m\u00e9dicaments viennent \u00e0 manquer \u00e0 tel point que <em>\u00ab parfois, nous ne pouvons pas fournir jusqu\u2019\u00e0 la fin de la th\u00e9rapie \u00bb,<\/em> poursuit la responsable. Un r\u00e9seau s\u2019est pourtant bien organis\u00e9 pour faire face \u00e0 l\u2019ampleur du d\u00e9sastre humanitaire. &#8220;Solidarit\u00e9 pour tous&#8221; est son nom. Nombre de d\u00e9put\u00e9s de Syriza et de syndicalistes y sont investis. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, les diff\u00e9rents centres se relaient et font conna\u00eetre leurs besoins. <\/p>\n<p><em>\u00ab Pour moi, le r\u00e9sultat positif de la crise est cette solidarit\u00e9. Nous nous rendons compte de l\u2019importance de ces liens quand le gouvernement n\u2019est pas l\u00e0. Nous ne venons pas par philanthropie. C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9flexion. Vous savez, la dame qui attend pourrait \u00eatre ma m\u00e8re, mon amie\u2026 \u00bb<\/em>, conclut la pharmacienne, consciente que dans un pays o\u00f9 la pauvret\u00e9 frappe d\u00e9sormais 24% de la population, il n\u2019est plus une famille o\u00f9 le ch\u00f4mage, et parfois la mis\u00e8re, ne produise des ravages.<\/p>\n<p>Devant la porte du dispensaire d\u2019Ellinikon, Nikos S. dit, am\u00e8re : <em>\u00ab Les gouvernements pr\u00e9c\u00e9dents nous ont jet\u00e9s \u00e0 la poubelle. Je vais voter Syriza. Je ne sais pas s\u2019ils ont des solutions, mais je veux que \u00e7a change. \u00bb <\/em> Syriza, le souffle d\u2019espoir sur une soci\u00e9t\u00e9 malade, \u00e0 bout de souffle.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8292 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/grece-sante-fbe.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/grece-sante-fbe-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"grece-sante.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 quelques heures des \u00e9lections l\u00e9gislatives en Gr\u00e8ce que le parti de la gauche, Syriza, est en position de remporter, les Grecs essayent de survivre. 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