{"id":8281,"date":"2015-01-21T14:03:48","date_gmt":"2015-01-21T13:03:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-au-theatre-un-discours-a-la-nation\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:44","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:44","slug":"article-au-theatre-un-discours-a-la-nation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8281","title":{"rendered":"Au th\u00e9\u00e2tre, un &#8220;Discours \u00e0 la nation&#8221; en \u00e9tat de guerre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des chefs de file du th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit, courant th\u00e9\u00e2tral italien m\u00ealant d\u00e9pouillement et engagement politique, l&#8217;auteur et metteur en sc\u00e8ne Ascanio Celestini compose avec Discours \u00e0 la nation un spectacle f\u00e9roce sur la violence du pouvoir. <\/p>\n<p><em>\u00ab Vous \u00eates des nazis. Vous \u00eates tous des nazis. \u00bb <\/em> La d\u00e9claration pourrait faire fr\u00e9mir, susciter des haut-le-c\u0153ur, des oppositions. Mais non. La salle ne r\u00e9agit pas, \u00e0 peine un tressaillement de-ci de-l\u00e0. Comme si les spectateurs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 et depuis bien longtemps habitu\u00e9s \u00e0 entendre le pire, \u00e0 condition que ce pire-l\u00e0 leur soit balanc\u00e9 dans les lieux autoris\u00e9s et avec les formules d&#8217;usage. <\/p>\n<p>Car incarnant les orateurs du <em>Discours \u00e0 la nation<\/em>, le com\u00e9dien David Murgia fait un usage immod\u00e9r\u00e9 du pire, et de tous ses proc\u00e9d\u00e9s : francs sourires, postures conqu\u00e9rantes se muant en confidences, d\u00e9bit ultra-rapide m\u00e9nageant des respirations destin\u00e9es \u00e0 faire r\u00e9sonner certains mots, fa\u00e7on de joindre le geste \u00e0 la parole pour souligner une phrase. Autant d&#8217;attitudes auxquelles nous sommes rompus pour les voir employ\u00e9es quotidiennement par les figures du pouvoir, qu&#8217;il soit politique, \u00e9conomique ou encore m\u00e9diatique. Sauf que dans le cas de <em>Discours \u00e0 la nation<\/em>, spectacle con\u00e7u par Ascanio Celestini, l&#8217;un des repr\u00e9sentants du th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit, il ne s&#8217;agit que de th\u00e9\u00e2tre. Enfin, a priori&#8230; <\/p>\n<p><strong><em>N\u00e9olib\u00e9ralisme, cynisme, mainmise de l&#8217;\u00e9conomie<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Sur une sc\u00e8ne occup\u00e9e de lampes et de cagettes al\u00e9atoirement r\u00e9parties dans l&#8217;espace \u2013 et que le com\u00e9dien d\u00e9place au gr\u00e9 de ses interventions \u2013, David Murgia interpr\u00e8te une succession de discours. Autant d&#8217;allocutions pour lesquelles l&#8217;acteur, accompagn\u00e9 par le musicien Carmelo Prestigiacomo, endosse un personnage diff\u00e9rent, de chef d&#8217;entreprise \u00e0 responsable politique. Comme il n&#8217;y a pas d&#8217;orateur sans auditeurs, les spectateurs sont les destinataires directs des interventions, et le public incarne tour \u00e0 tour le r\u00f4le d&#8217;assembl\u00e9e d&#8217;actionnaires, de foule de citoyens, ou encore de regroupement de salari\u00e9s. <\/p>\n<p>C&#8217;est dans cette succession de paroles que se dessine petit \u00e0 petit la nation imagin\u00e9e par Celestini. Domin\u00e9e par le n\u00e9olib\u00e9ralisme, le cynisme, la mainmise de l&#8217;\u00e9conomie sur la politique, celle-ci pourrait \u00e9voquer certains \u00c9tats de la vieille Europe, de l&#8217;Italie \u00e0 la Belgique (d&#8217;autant qu&#8217;il y pleut tout le temps) d&#8217;o\u00f9 vient David Murgia et jusqu&#8217;\u00e0 la France, o\u00f9 le spectacle va effectuer une longue tourn\u00e9e. <\/p>\n<p>Sauf qu&#8217;il sourd de ce pays quelque chose d&#8217;inqui\u00e9tant, et des bruits de manifestations aux appels t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e0 un concierge r\u00e9calcitrant qui refuse d&#8217;enlever la <em>\u00ab chose \u00bb<\/em> obstruant la porte d&#8217;entr\u00e9e, ces \u00e9l\u00e9ments ins\u00e9r\u00e9s entre les discours en dessinent la toile de fond. Celle d&#8217;une nation en \u00e9tat de guerre : guerre civile, peut-\u00eatre, o\u00f9 les hommes se battent pour des parapluies \u2013 car si on s&#8217;habitue \u00e0 la guerre,<em> \u00ab \u00e0 la pluie il n&#8217;y a pas de rem\u00e8de \u00bb<\/em>. Guerre des dominants contre les domin\u00e9s, sans aucun doute. <\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;annonce des pires horreurs<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Ce conflit au long cours, les diff\u00e9rents harangueurs vont fi\u00e8rement en pointer les batailles, \u00e9num\u00e9rant les \u00e9checs des luttes et autres tentatives d&#8217;\u00e9mancipation dans un discours d\u00e9pouill\u00e9 de toute hypocrisie langagi\u00e8re. C&#8217;est d&#8217;ailleurs l\u00e0 qu&#8217;Ascanio Celestini excelle, livrant un texte cinglant o\u00f9 les points de vue les plus redoutables se d\u00e9ploient avec un aplomb aussi terrible que d\u00e9licieux. Ainsi, tandis que l&#8217;immigration se r\u00e9sout par le cannibalisme gastronomique, la position condescendante et m\u00e9prisante style <em>\u00ab ils-vont-pas-se-plaindre-en-plus-avec-tout-ce-qu&#8217;on-fait-pour-eux \u00bb<\/em> prend la forme d&#8217;une parabole, o\u00f9 un homme avec un parapluie accueillant sous lui un homme sans, s&#8217;\u00e9tonne de ce que ce dernier se plaigne qu&#8217;il lui chie dessus. Le tout sur fond d&#8217;une pluie \u00e9quivalant dans cette nation \u00e0 notre &#8220;crise&#8221; par la vision fataliste qui l&#8217;accompagne. <\/p>\n<p>C&#8217;est sous ce d\u00e9luge incessant que David Murgia porte ses diatribes \u00e0 la rh\u00e9torique bien huil\u00e9e. Dans un jeu tout en tension dont le d\u00e9bit soutenu, en renvoyant au rythme cadenc\u00e9 et incessant des cha\u00eenes d&#8217;information, rend anodin l&#8217;annonce des pires horreurs, le com\u00e9dien donne corps avec une rigueur \u00e9nergique aux diff\u00e9rents discours taill\u00e9s pour lui. <\/p>\n<p>Face \u00e0 une telle ma\u00eetrise de la langue, de la direction d&#8217;acteur comme de l&#8217;interpr\u00e9tation, certains choix de mise en sc\u00e8ne n&#8217;en apparaissent que plus \u00e9tranges, tels la pr\u00e9sence de lumi\u00e8res tamis\u00e9es, de cagettes ou encore les interventions musicales. Comme si Ascanio Celestini effectuait un geste de recul vis-\u00e0-vis de son texte, tentant de rendre celui-ci plus doux, aimable. Pourtant, c&#8217;est bien l&#8217;\u00e2pret\u00e9 brutale de son propos qui donne \u00e0 Discours \u00e0 la nation toute sa pertinence, en renvoyant chacun \u00e0 la violence du monde et aux discours qui le fa\u00e7onne. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8281 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/discours-nation-57c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/discours-nation-57c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"discours-nation.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/discours-nation-affiche-f91.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/discours-nation-affiche-f91-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"discours-nation-affiche.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des chefs de file du th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit, courant th\u00e9\u00e2tral italien m\u00ealant d\u00e9pouillement et engagement politique, l&#8217;auteur et metteur en sc\u00e8ne Ascanio Celestini compose avec Discours \u00e0 la nation un spectacle f\u00e9roce sur la violence du pouvoir. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21332,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[405],"class_list":["post-8281","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8281","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8281"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8281\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21332"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}