{"id":826,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/alimentation826\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"alimentation826","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=826","title":{"rendered":"Alimentation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A table ! Les premiers aliments issus d&#8217;organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s sont dans nos assiettes. <\/p>\n<p>Interrogations r\u00e9elles et peurs sans fondement s&#8217;emm\u00ealent de fa\u00e7on inextricable dans le dossier des organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s (OGM). Essayons tout de m\u00eame d&#8217;y voir clair. On pourrait dire que l&#8217;on a longtemps fait du g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique sans le savoir. Nos plantes cultiv\u00e9es r\u00e9sultent de multiples croisements naturels d&#8217;abord, puis dus \u00e0 l&#8217;Homme. Nos l\u00e9gumes, nos c\u00e9r\u00e9ales, nos fruits proviennent des patients travaux de g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;agriculteurs qui ont jou\u00e9 aux apprentis-sorciers, certes avec des outils moins puissants que ceux d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8230;mais sans rien savoir ou presque de ce qu&#8217;ils faisaient: les travaux de Mendel sur les lois de l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverts au d\u00e9but du si\u00e8cle et la d\u00e9couverte de l&#8217;ADN, support mat\u00e9riel de l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, remonte \u00e0 1953. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, les biotechnologies v\u00e9g\u00e9tales ont augment\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire les possibilit\u00e9s de croisement entre esp\u00e8ces. Et le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique proprement dit, qui permet d&#8217;int\u00e9grer un g\u00e8ne codant une propri\u00e9t\u00e9 ou une qualit\u00e9 particuli\u00e8re au patrimoine g\u00e9n\u00e9tique de la plante, offre un outil encore plus puissant. Outil ambivalent qui peut conduire au remplacement \u00e9cologique des produits chimiques, engrais et pesticides, permettre d&#8217;\u00e9conomiser des ressources naturelles, et d\u00e9velopper la production agro-alimentaire, mais qui peut donner encore plus de force au mod\u00e8le productiviste aujourd&#8217;hui dominant et conduire \u00e0 de nouveaux d\u00e9sastres \u00e9cologiques.<\/p>\n<p>Le ma\u00efs transg\u00e9nique est le premier OGM servi dans nos assiettes au terme d&#8217;un feuilleton rocambolesque qui n&#8217;a pas peu contribu\u00e9 \u00e0 semer le trouble. En effet, dans un premier temps \u00e0 l&#8217;initiative de la France, la commission europ\u00e9enne autorise l&#8217;importation de ma\u00efs transg\u00e9nique pour la consommation. Il s&#8217;agit d&#8217;une vari\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9e pour r\u00e9sister aux insectes, en particulier la larve de pyrale. Mais les m\u00eames pouvoirs publics en interdisent la culture d\u00e9but 1997 ! Situation ubuesque qui conduit le professeur Axel Kahn (1) \u00e0 donner sa d\u00e9mission de la Commission du g\u00e9nie biomol\u00e9culaire qu&#8217;il pr\u00e9sidait depuis dix ans. Finalement, le gouvernement actuel donne le feu vert en novembre dernier pour la mise en culture. En fait, l&#8217;interdiction de cultiver ce ma\u00efs n&#8217;aboutissait qu&#8217;\u00e0 p\u00e9naliser les agriculteurs fran\u00e7ais; contrairement \u00e0 d&#8217;autres plantes, le ma\u00efs originaire d&#8217;Am\u00e9rique du Sud ne se croise avec aucune autre vari\u00e9t\u00e9 en Europe. Dans ce cas, tout danger de diss\u00e9mination semble exclu, ce qui est loin d&#8217;\u00eatre le cas g\u00e9n\u00e9ral, comme nous allons le voir.<\/p>\n<p> <strong> La difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les cons\u00e9quences des \u00e9changes g\u00e9n\u00e9tiques <\/strong><\/p>\n<p>Y a-t-il un danger pour l&#8217;alimentation ? La toxine Bt, naturellement produite par la bact\u00e9rie Bacillus thuringiensis, est synth\u00e9tis\u00e9e par l&#8217;OGM. Elle est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme non toxique, m\u00eame \u00e0 haute dose pour les mammif\u00e8res, les oiseaux et les poissons: elle a d&#8217;ailleurs \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e massivement comme biopesticide sur la for\u00eat landaise pour lutter contre les chenilles processionnaires. Mais diffus\u00e9 \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, ce biopesticide s&#8217;av\u00e8re inefficace contre une larve qui attaque le ma\u00efs de l&#8217;int\u00e9rieur, d&#8217;o\u00f9 l&#8217;int\u00e9r\u00eat de l&#8217;OGM qui pourrait m\u00eame permettre de r\u00e9duire les charges de pesticides chimiques d\u00e9vers\u00e9es dans l&#8217;environnement. Par contre, d&#8217;autres consid\u00e9rations, d&#8217;ordre \u00e9conomique, sont plus inqui\u00e9tantes en ce qui concerne le ma\u00efs transg\u00e9nique. Avant d&#8217;y venir, il faut aussi noter qu&#8217;en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale les inqui\u00e9tudes concernant la diss\u00e9mination ne sont pas forc\u00e9ment infond\u00e9es.<\/p>\n<p>D&#8217;un point de vue scientifique, la difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les cons\u00e9quences des \u00e9changes g\u00e9n\u00e9tiques provient du fait qu&#8217;ils sont propres aux esp\u00e8ces \u00e9tudi\u00e9es: toute extrapolation \u00e0 d&#8217;autres plantes et donc toute g\u00e9n\u00e9ralisation s&#8217;av\u00e8rent hasardeuses. Ils d\u00e9pendent en effet de la biologie de la plante transg\u00e9nique et de l&#8217;existence ou non dans l&#8217;environnement de mauvaises herbes susceptibles de se croiser avec elle. Une des \u00e9tudes les plus importantes \u00e0 ce sujet a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e en France par deux \u00e9quipes de l&#8217;Institut national de recherche agronomique (INRA) \u00e0 Rennes et \u00e0 Dijon, et un laboratoire du CNRS \u00e0 Orsay. Elle porte sur les \u00e9changes entre une vari\u00e9t\u00e9 de colza transg\u00e9nique devenu insensible \u00e0 l&#8217;herbicide glufosinate-ammonium et une mauvaise herbe, la ravenelle. Avec 750 000 hectares cultiv\u00e9s, le colza est largement pr\u00e9sent en France. La ravenelle fait partie de la m\u00eame famille botanique, les crucif\u00e8res, sans \u00eatre directement apparent\u00e9e au colza. L&#8217;\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur quatre g\u00e9n\u00e9rations durant cinq ans. Il appara\u00eet que le colza peut se croiser spontan\u00e9ment avec la ravenelle et produire une quantit\u00e9 non n\u00e9gligeable d&#8217;hybrides. Ces derni\u00e8res sont peu fertiles mais, recrois\u00e9es avec la ravenelle, le deviendront de plus en plus au fur et \u00e0 mesure des g\u00e9n\u00e9rations et ressembleront davantage \u00e0 la mauvaise herbe. Le transg\u00e8ne responsable de l&#8217;insensibilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;herbicide se transmet aux plantes hybrides mais d&#8217;une fa\u00e7on fortement d\u00e9croissante: 82% \u00e0 la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration et 23,5% \u00e0 la quatri\u00e8me. Enfin, l&#8217;exp\u00e9rimentation a permis de mieux comprendre la grande mall\u00e9abilit\u00e9 des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales qui existe dans la nature.<\/p>\n<p>Une autre exp\u00e9rience originale a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par l&#8217;Institut des sciences v\u00e9g\u00e9tales du CNRS: planter en sol plusieurs vari\u00e9t\u00e9s d&#8217;une m\u00eame esp\u00e8ce (le lotier cornicul\u00e9, sorte de luzerne miniature), g\u00e9n\u00e9tiquement tranform\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 produire des mol\u00e9cules diff\u00e9rentes de celles excr\u00e9t\u00e9es usuellement par les racines de la plante, puis observer les cons\u00e9quences de ce changement sur la flore bact\u00e9rienne associ\u00e9e aux racines. R\u00e9sultat, les populations bact\u00e9riennes capables de d\u00e9grader ces mol\u00e9cules inattendues ont augment\u00e9 de 100 \u00e0 3 000 fois ! Cette propri\u00e9t\u00e9, l\u00e0 encore sp\u00e9cifique \u00e0 la plante consid\u00e9r\u00e9e, pourrait \u00eatre utilis\u00e9e pour favoriser la croissance de telle ou telle bact\u00e9rie. Il pourrait s&#8217;agir, par exemple, d&#8217;une alternative au ma\u00efs transg\u00e9nique (qui r\u00e9siste \u00e0 la pyrale par l&#8217;introduction d&#8217;un g\u00e8ne codant la toxine Bt dans son g\u00e9nome) en favorisant le d\u00e9veloppement de la bact\u00e9rie qui produit la toxine.<\/p>\n<p> <strong> Des enjeux \u00e9conomiques majeurs autour des OGM <\/strong><\/p>\n<p>Autour des OGM, se jouent aussi des enjeux \u00e9conomiques majeurs. Si l&#8217;augmentation de la production v\u00e9g\u00e9tale au niveau de la plan\u00e8te semble indispensable pour faire reculer la famine, la fa\u00e7on dont elle va se produire n&#8217;est pas indiff\u00e9rente. Ainsi, les Etats-Unis poss\u00e9daient d\u00e9j\u00e0 en 1997 douze millions d&#8217;hectares de cultures transg\u00e9niques. Et le vice-pr\u00e9sident de l&#8217;Association des producteurs de ma\u00efs am\u00e9ricains d\u00e9clarait: &#8221; L&#8217;Europe n&#8217;aura pas d&#8217;autres choix que d&#8217;accepter les cultures transg\u00e9niques &#8220;. En fait, celles-ci apparaissent comme une arme de plus dans la course \u00e0 la productivit\u00e9, imposant un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui a pour corollaire les fameux &#8221; exc\u00e9dents &#8221; agricoles, les terres mises en jach\u00e8re ou l&#8217;abandon des cultures vivri\u00e8res faute de comp\u00e9titivit\u00e9. D&#8217;autant que, pour le ma\u00efs par exemple, les graines sem\u00e9es sont toujours des hybrides fournies par les semenciers et jamais produits par les cultivateurs; ce qui donne aux firmes le moyen d&#8217;orienter toute la fili\u00e8re agricole. Ces arguments notamment conduisent Patrick Le Hyaric, charg\u00e9 de ces questions \u00e0 la direction du Parti communiste fran\u00e7ais, \u00e0 souhaiter (2) un moratoire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 sur les importations et la mise en culture des plantes transg\u00e9niques.<\/p>\n<p> <strong> Les associations de consommateurs se mobilisent <\/strong><\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 juste titre, les associations de consommateurs exigent, une information pr\u00e9cise. Le Conseil national de l&#8217;alimentation pr\u00e9conise un \u00e9tiquetage clair mentionnant &#8221; organisme g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 &#8221; ou &#8221; issu d&#8217;organisme g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 &#8220;, suivi des motifs de cette modification. La soci\u00e9t\u00e9 Nestl\u00e9 indiquait r\u00e9cemment en rester \u00e0 l&#8217;expression &#8221; modifi\u00e9 par les biotechnologies modernes &#8220;. D&#8217;autres voudraient seulement mentionner &#8221; peut ne pas contenir &#8221; (sic) d&#8217;OGM. L&#8217;absence de r\u00e8gles conduit \u00e0 une opacit\u00e9 qui peut entretenir toutes les craintes. Et, en plus de l&#8217;\u00e9tiquetage, il y a aussi la difficult\u00e9 \u00e0 v\u00e9rifier l&#8217;origine et le parcours d&#8217;un produit, faute de contr\u00f4les suffisants; une difficult\u00e9 d\u00e9j\u00e0 mise en \u00e9vidence dans l&#8217;affaire de la vache folle tant en ce qui concerne l&#8217;identification des farines contamin\u00e9es que des viandes&#8230; Parions que ceux qui auront surv\u00e9cu au boeuf aux hormones et \u00e0 la vache folle parviendront aussi \u00e0 r\u00e9sister aux OGM ! n J.-C. O.<\/p>\n<p>1. Le Monde du 9 d\u00e9cembre 1997.<\/p>\n<p>2. L&#8217;Humanit\u00e9 du 2 janvier 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A table ! 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