{"id":825,"date":"1998-02-01T00:00:00","date_gmt":"1998-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/biologie-et-culture825\/"},"modified":"1998-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-01-31T23:00:00","slug":"biologie-et-culture825","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=825","title":{"rendered":"Biologie et culture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le mim\u00e9tisme rel\u00e8ve de l&#8217;adaptation entre un organisme et son environnement. L&#8217;imitation implique une conscience de soi et une conscience de l&#8217;autre. Elle serait \u00e0 l&#8217;origine du langage et de l&#8217;humanisation. <\/p>\n<p>Un grand nombre de situations et de comportements sont consid\u00e9r\u00e9s comme relevant du mim\u00e9tisme au sens large. Pourtant, sous cette appellation tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, se cachent des conduites aux niveaux \u00e9volutifs profond\u00e9ment diff\u00e9rents. Certaines formes sont pr\u00e9sentes chez les v\u00e9g\u00e9taux, d&#8217;autres se rencontrent chez les oiseaux, d&#8217;autres encore apparaissent comme sp\u00e9cifiques de l&#8217;esp\u00e8ce humaine. Le mim\u00e9tisme ne commence pas avec le r\u00e8gne animal, il s&#8217;agit d&#8217;un puissant moyen de s\u00e9lection et d&#8217;adaptation que l&#8217;on rencontre dans toute la cha\u00eene du vivant, aussi bien chez les v\u00e9g\u00e9taux que chez les animaux. De plus, les cas ne sont pas rares de forme de mim\u00e9tisme entre v\u00e9g\u00e9taux et animaux. C&#8217;est vrai entre poissons et v\u00e9g\u00e9taux, entre insectes et v\u00e9g\u00e9taux, entre oiseaux et v\u00e9g\u00e9taux, entre mammif\u00e8res et v\u00e9g\u00e9taux, mais aussi entre humains et v\u00e9g\u00e9taux, dans le camouflage, par exemple.<\/p>\n<p>Le mim\u00e9tisme peut \u00eatre passif ou actif. Il peut se pr\u00e9senter sous la forme d&#8217;une apparence, d&#8217;un trait biologique ou d&#8217;un trait comportemental. Il doit \u00eatre con\u00e7u comme un cas particulier de l&#8217;ensemble des m\u00e9canismes d&#8217;adaptation dans la cos\u00e9lection entre un organisme et son environnement. Il est plus spectaculaire que les autres, parce qu&#8217;il attire notre attention, mais il n&#8217;est pas de nature diff\u00e9rente. Pour survivre, chaque membre d&#8217;une esp\u00e8ce doit poss\u00e9der un ensemble de caract\u00e9ristiques adapt\u00e9es \u00e0 l&#8217;ensemble des propri\u00e9t\u00e9s de l&#8217;environnement dans lequel il \u00e9volue. Si tel n&#8217;est pas le cas, il y a risque de disparition ou n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de changer d&#8217;environnement. Etre adapt\u00e9 signifie que les besoins vitaux peuvent \u00eatre satisfaits et que la probabilit\u00e9 de survie est suffisamment importante pour permettre la reproduction de l&#8217;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Les &#8221; strat\u00e9gies &#8221; de survie sont multiples et le mim\u00e9tisme n&#8217;en est qu&#8217;une parmi d&#8217;autres, plus spectaculaire pour l&#8217;oeil humain. Le cas du cam\u00e9l\u00e9on est parmi les plus connus. Le corps de certains poissons comme la rascasse se fond avec les rochers. Des poissons plats peuvent prendre la couleur du fond sur lequel ils se posent en quelques jours seulement. La seiche est capable de changer de couleur en moins d&#8217;une seconde \u00e0 l&#8217;approche d&#8217;un danger.<\/p>\n<p>Le terme de camouflage est utilis\u00e9 pour d\u00e9crire la similitude visuelle entre un animal et son environnement visuel. Ce proc\u00e9d\u00e9 se rencontre chez les insectes, les poissons, les batraciens, les reptiles ou encore les oiseaux. Ces formes de camouflages sont diverses, elles peuvent parfois prendre d&#8217;autres voies, comme signaler sa nocivit\u00e9 \u00e0 un pr\u00e9dateur \u00e9ventuel, comme chez certains papillons d&#8217;Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n<p> <strong> Une strat\u00e9gie de survie tr\u00e8s spectaculaire pour l&#8217;oeil humain  <\/strong><\/p>\n<p>Selon que l&#8217;on se place du point de vue de la proie ou de celui du pr\u00e9dateur, les comportements mim\u00e9tiques n&#8217;ont pas la m\u00eame signification. Le mim\u00e9tisme de la proie n&#8217;est qu&#8217;un effet du hasard, lui permettant de leurrer le pr\u00e9dateur. Ce n&#8217;est que parce que certaines mutations g\u00e9n\u00e9tiques se sont produites que la proie &#8221; potentielle &#8221; s&#8217;est vue prot\u00e9g\u00e9e. Une ressemblance fortuite, une odeur par chance repoussante, une apparence trompeuse&#8230;toutes ces caract\u00e9ristiques peuvent permettre une survie, voire le d\u00e9veloppement d&#8217;une esp\u00e8ce sans objectif r\u00e9el de la part de ses membres. Le pr\u00e9dateur \u00e9ventuel peut aussi utiliser des leurres, c&#8217;est l&#8217;exemple de ce crabe muni d&#8217;un appendice sur son dos lui permettant de simuler un petit ver qu&#8217;il agite au-dessus de sa t\u00eate afin d&#8217;attirer des poissons.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas toujours en raison d&#8217;une mutation g\u00e9n\u00e9tique que des ph\u00e9nom\u00e8nes mim\u00e9tiques apparaissent, cela peut aussi provenir de rencontres fortuites entre des caract\u00e9ristiques d&#8217;une esp\u00e8ce et un environnement particulier.<\/p>\n<p>L&#8217;exemple des phasmes est assez illustratif: verts dans des branches vertes et marron dans des branches marron. C&#8217;est aussi l&#8217;exemple de certains serpents tropicaux dont la peau est exactement de la couleur des feuillages qu&#8217;ils fr\u00e9quentent.<\/p>\n<p>Les v\u00e9g\u00e9taux aussi peuvent avoir recours au mim\u00e9tisme afin d&#8217;attirer certains insectes. Les orchid\u00e9es sont bien connues pour donner l&#8217;apparence des insectes qu&#8217;elles souhaitent attirer, l&#8217;une d&#8217;entre elles \u00e9met en plus une substance chimique dont l&#8217;odeur rappelle celle \u00e9mise par la femelle de certaines gu\u00eapes permettant d&#8217;attirer encore plus s\u00fbrement les insectes m\u00e2les et d&#8217;assurer le transport des pollens de fleur en fleur, pour la fertilisation. Les comportements mim\u00e9tiques sont individuels mais aussi collectifs. Dans de nombreuses esp\u00e8ces de poissons, les d\u00e9placements sont collectivement synchronis\u00e9s. Ce sont ces comportements synchronis\u00e9s qui, dans certaines esp\u00e8ces, donnent des illusions mim\u00e9tiques aux pr\u00e9dateurs \u00e9ventuels. Le banc de poissons en se d\u00e9pla\u00e7ant donne parfois l&#8217;impression d&#8217;un \u00e9norme requin gr\u00e2ce aux reflets des \u00e9cailles dans le soleil.<\/p>\n<p> <strong> &#8221; Apprentissage par observation &#8221; et &#8221; facilitation sociale &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Chez les mammif\u00e8res, les comportements mim\u00e9tiques sont toujours tr\u00e8s importants. Dans de nombreuses circonstances, ils sont essentiels \u00e0 la coh\u00e9sion du groupe et la coordination des comportements, particuli\u00e8rement chez les esp\u00e8ces vivant en collectivit\u00e9. Lorsqu&#8217;une vache se l\u00e8ve et entame un d\u00e9placement, les autres la suivent en empruntant le m\u00eame chemin. Les moutons de Panurge sont assez c\u00e9l\u00e8bres pour attester de ce m\u00eame type de comportement chez les ovid\u00e9s. Il en est de m\u00eame dans les comportements de fuite chez des antilopes et chez les oiseaux. L&#8217;envol d&#8217;un seul pigeon provoque le d\u00e9part de l&#8217;ensemble du groupe.<\/p>\n<p>D&#8217;autres formes de mim\u00e9tismes, tout aussi impressionnantes, sont observables chez les manchots, regroup\u00e9s en colonie. Leurs d\u00e9placements se font le plus souvent en une longue rang\u00e9e de plusieurs dizaines de m\u00e8tres. On les voit alors se synchroniser et se dandiner l&#8217;un derri\u00e8re l&#8217;autre, adoptant les m\u00eames oscillations de la t\u00eate de gauche \u00e0 droite de fa\u00e7on tr\u00e8s outranci\u00e8re et prendre la m\u00eame d\u00e9marche que l&#8217;animal qui le pr\u00e9c\u00e8de.<\/p>\n<p>Chez de nombreuses esp\u00e8ces d&#8217;oiseaux, les cas de mim\u00e9tisme vocal sont fr\u00e9quents et ne se limitent pas exclusivement \u00e0 un \u00e2ge pr\u00e9coce. L&#8217;exemple de l&#8217;\u00e9tourneau l&#8217;illustre. Ces oiseaux vivent en bandes dans des zones g\u00e9ographiquement circonscrites; leurs chants se diff\u00e9rencient d&#8217;une bande \u00e0 l&#8217;autre. Les capacit\u00e9s imitatives des \u00e9tourneaux sont telles qu&#8217;ils peuvent reproduire des bruits de tracteur, des aboiements de chien&#8230; Ces vocalisations sont alors incorpor\u00e9es au corpus de la bande et transmises aux jeunes par les &#8221; p\u00e8res &#8221; qui apprennent aux petits le dialecte de la bande. Un autre exemple est celui de l&#8217;appariement des chants entre des esp\u00e8ces vivant sur le m\u00eame territoire comme c&#8217;est le cas de l&#8217;oiseau lyre d&#8217;Australie.80% des vocalisations de ces oiseaux consistent en des cris emprunt\u00e9s \u00e0 d&#8217;autres esp\u00e8ces (y compris des mammif\u00e8res), des sons d&#8217;instruments de musique et d&#8217;autres bruits de l&#8217;environnement.<\/p>\n<p>Entre animaux, les premi\u00e8res \u00e9tudes concernant ces comportements en sont venues \u00e0 distinguer entre deux formes de mim\u00e9tisme, une dite &#8221; intelligente &#8221; et une autre dite &#8221; instinctive &#8220;. Le mim\u00e9tisme instinctif \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme refl\u00e9tant simplement une tendance \u00e0 copier des actes simples tandis que le mim\u00e9tisme intelligent semblait requ\u00e9rir une intention consciente pour b\u00e9n\u00e9ficier de l&#8217;exemple d&#8217;un autre individu. Cette distinction de base a longtemps persist\u00e9. Aujourd&#8217;hui, le terme de &#8221; facilitation sociale &#8221; a remplac\u00e9 celui de mim\u00e9tisme instinctif, parce que le terme &#8221; d&#8217;instinct &#8221; cr\u00e9e plus de probl\u00e8mes qu&#8217;il n&#8217;en r\u00e9sout. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, il existe une tendance \u00e0 r\u00e9server le terme &#8220;d&#8217;imitation&#8221; ou encore celui &#8220;d&#8217;imitation vraie&#8221; \u00e0 la place de mim\u00e9tisme intelligent, l&#8217;implication \u00e9tant que l&#8217;imitation vraie serait beaucoup plus que la simple copie des comportements d&#8217;un autre individu.<\/p>\n<p> <strong> Continuelle s\u00e9lectivit\u00e9 de l&#8217;imitation chez les humains <\/strong><\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, refl\u00e9tant l&#8217;int\u00e9r\u00eat dominant pour les processus d&#8217;apprentissages dans le champ de la psychologie animale, le terme &#8220;d&#8217;apprentissage par observation&#8221; a largement supplant\u00e9 l&#8217;ancien terme d&#8217;imitation intelligente, sugg\u00e9rant ainsi que les comportements en question recouvrent tous ceux qui n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement s\u00e9lectionn\u00e9s par l&#8217;histoire de l&#8217;\u00e9volution des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Chez les babouins, comme chez la plupart des primates sup\u00e9rieurs, les comportements mim\u00e9tiques sont tr\u00e8s importants et utilis\u00e9s dans des contextes tr\u00e8s divers. Ils r\u00e8glent les d\u00e9placements de la troupe, permettent des apprentissages et la coh\u00e9sion du groupe.<\/p>\n<p>L&#8217;apprentissage par observation, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas sp\u00e9cifique des primates (d&#8217;autres exemples sont bien connus chez les oiseaux et le rat), tient une place essentielle chez ces derniers, \u00e0 tel point que certains auteurs font l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une forme de &#8221; transmission culturelle &#8221; chez certains primates sup\u00e9rieurs comme le chimpanz\u00e9 et, dans une moindre mesure, chez des macaques japonais. L&#8217;existence d&#8217;une transmission culturelle impliquerait que des comportements acquis puissent se transmettre de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et ne pas s&#8217;\u00e9teindre avec la disparition de son d\u00e9couvreur. Les quelques exemples de transmissions culturelles que l&#8217;on trouve dans la litt\u00e9rature demeurent cependant fragiles. L&#8217;existence de &#8221; transmissions culturelles &#8221; chez les chimpanz\u00e9s est assez contest\u00e9e et beaucoup se refusent \u00e0 y voir un pr\u00e9lude aux cultures humaines. Bien souvent, ces traditions n&#8217;ont aucune valeur adaptative et sont purement anecdotiques. De plus, la majorit\u00e9 des traditions animales a un caract\u00e8re utilitaire imm\u00e9diat, et il semble que la plupart ne puissent survivre \u00e0 des modifications importantes du milieu. Il para\u00eet donc plus r\u00e9aliste de ne voir en elles qu&#8217;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne li\u00e9 aux grandes capacit\u00e9s d&#8217;apprentissage des chimpanz\u00e9s vivant en collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec le mim\u00e9tisme, on restait dans la sph\u00e8re des r\u00e9actions gr\u00e9gaires n&#8217;impliquant pas de conscience de soi, mais seulement un certain degr\u00e9 de reconnaissance du fait que les attributs de l&#8217;autre sont voisins des siens. L&#8217;apprentissage par observation impliquait une identification de la similitude des moyens entre mod\u00e8le et imitateur, mais sans v\u00e9ritable attribution d&#8217;intentionnalit\u00e9 \u00e0 autrui. Ce n&#8217;est qu&#8217;avec l&#8217;imitation que cette double forme d&#8217;intentionnalit\u00e9 va appara\u00eetre. L&#8217;imitation est sp\u00e9cifique de l&#8217;esp\u00e8ce humaine, responsable de l&#8217;apparition du langage, de la pens\u00e9e symbolique, d&#8217;une forme \u00e9labor\u00e9e de conscience de soi et de conscience d&#8217;autrui. Elle est la base de la &#8221; culture &#8220;.<\/p>\n<p>L&#8217;imitation est de nature diff\u00e9rente pour deux raisons: la premi\u00e8re est que, contrairement au mim\u00e9tisme, elle suppose une intentionnalit\u00e9, m\u00eame non consciente de la part de l&#8217;imitateur; la seconde est qu&#8217;elle para\u00eet sp\u00e9cifique de l&#8217;esp\u00e8ce humaine. C&#8217;est en tout cas la th\u00e8se que nous d\u00e9fendons.<\/p>\n<p>L&#8217;imitation chez l&#8217;homme a \u00e9t\u00e9 longtemps d\u00e9cri\u00e9e et souvent d\u00e9valu\u00e9e. Il s&#8217;agit pourtant d&#8217;un comportement essentiel pour la survie et le d\u00e9veloppement de l&#8217;esp\u00e8ce. Imiter, c&#8217;est refaire ce qu&#8217;un autre \u00eatre vivant a d\u00e9j\u00e0 fait devant (avant) soi. Cette reproduction peut \u00eatre imm\u00e9diate, d\u00e9cal\u00e9e ou diff\u00e9r\u00e9e. Dans tous les cas, elle suppose que le comportement mod\u00e8le soit d\u00e9cod\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 de fa\u00e7on suffisamment correcte pour que production et reproduction puissent \u00eatre per\u00e7ues comme semblables.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;esp\u00e8ce humaine, les comportements imitatifs sont d&#8217;une importance consid\u00e9rable tout au long de la vie, de la naissance \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte. Puissant moyen d&#8217;apprentissage aussi bien social que cognitif, puissant moyen de transmission des traditions culturelles, ils permettent le maintien de la coh\u00e9sion sociale entre membres d&#8217;une m\u00eame culture. Enfin, et c&#8217;est peut-\u00eatre un des \u00e9l\u00e9ments les plus importants, ils sont, nous semble-t-il, \u00e0 la base de l&#8217;humanisation, puisque propres \u00e0 l&#8217;esp\u00e8ce humaine et inaccessibles aux primates non humains.<\/p>\n<p>Nous voudrions insister sur l&#8217;aspect peut-\u00eatre le plus controvers\u00e9 dans les repr\u00e9sentations communes concernant l&#8217;imitation. Pour certains, imitation n&#8217;est synonyme que de conformisme: en imitant, l&#8217;imitateur ne fait que reproduire les comportements d&#8217;autrui. Il s&#8217;agit donc d&#8217;attitudes passives, sans originalit\u00e9 ni cr\u00e9ativit\u00e9. Combien de fois a-t-on entendu ce point du vue ! Ce n&#8217;est pas notre avis. L&#8217;imitation est avant tout s\u00e9lective, contrairement \u00e0 la plupart des comportements mim\u00e9tiques. On n&#8217;imite pas n&#8217;importe qui, n&#8217;importe quoi, n&#8217;importe quand, ni n&#8217;importe o\u00f9. Quels que soient les types d&#8217;imitation, leur s\u00e9lectivit\u00e9 est continuelle.<\/p>\n<p>L&#8217;enfant ne choisit pas n&#8217;importe quel mod\u00e8le pour communiquer au moyen de l&#8217;imitation imm\u00e9diate. De m\u00eame, ce n&#8217;est pas le hasard qui r\u00e9git le choix des actes faisant l&#8217;objet d&#8217;apprentissage par observation. L&#8217;imitateur professionnel choisit tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les personnalit\u00e9s qu&#8217;il d\u00e9cide de caricaturer. Les mod\u00e8les retenus dans le faire-semblant sont les plus prestigieux aux yeux des imitateurs. Ce sont rarement les perdants qui sont s\u00e9lectionn\u00e9s dans les imitations.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;imitation, le moyen qui a rendu possible la culture  <\/strong><\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, on n&#8217;imite pas n&#8217;importe quoi. Le b\u00e9b\u00e9 de 3 jours ne tente pas d&#8217;imiter des vocalisations qu&#8217;il est incapable de produire. Ce sont le plus souvent les actes originaux, non habituels qui attirent l&#8217;attention de l&#8217;enfant de 2 ou 3 ans et qui le conduisent \u00e0 tenter de les reproduire (peut-\u00eatre afin de mieux les comprendre ou de se les approprier). Dans les jeux de r\u00f4le chez l&#8217;enfant de 4 ou 5ans, les situations sont le plus souvent charg\u00e9es \u00e9motionnellement. On joue au loup ou aux crocodiles parce que l&#8217;on en a peur. On reprend les r\u00f4les parentaux, les r\u00f4les de fr\u00e8re et soeur, celui du b\u00e9b\u00e9 apr\u00e8s la naissance d&#8217;un petit fr\u00e8re ou d&#8217;une petite soeur. Ce n&#8217;est, l\u00e0 encore, pas le hasard qui guide la s\u00e9lection des mod\u00e8les.<\/p>\n<p>On n&#8217;a pas recours \u00e0 l&#8217;imitation n&#8217;importe quand, ni n&#8217;importe o\u00f9. Aux diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie, les diff\u00e9rentes formes d&#8217;imitation n&#8217;ont ni les m\u00eames fr\u00e9quences de survenue, ni les m\u00eames fonctions mais elles sont pr\u00e9sentes. L&#8217;imitation imm\u00e9diate, qui constitue le moyen pr\u00e9dominant de communication entre enfants du m\u00eame \u00e2ge, vers 2 \u00e0 3ans, deviendra imitation moquerie \u00e0 5 \u00e0 6 ans. Enfin, le lieu o\u00f9 elles se d\u00e9roulent n&#8217;est pas indiff\u00e9rent. Tous les lieux ne sont pas \u00e9quivalents. L&#8217;imitation imm\u00e9diate requiert l&#8217;intimit\u00e9 d&#8217;une communication dyadique isol\u00e9e, tandis que le spectacle th\u00e9\u00e2tral n\u00e9cessite la pr\u00e9sence de spectateurs.<\/p>\n<p>En raison de cette s\u00e9lectivit\u00e9 et de la double conscience de soi et d&#8217;autrui qu&#8217;elle pr\u00e9suppose, nous consid\u00e9rons que l&#8217;imitation constitue le fondement de l&#8217;humanisation et le moyen qui a rendu possible la culture..<\/p>\n<p>* Docteur en psychologie, directeur de recherches au CNRS, dirige l&#8217;\u00e9quipe de psychobiologie du d\u00e9veloppement du Laboratoire de neurosciences cognitives et imagerie c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re, \u00e0 Paris.Ses recherches portent sur le d\u00e9veloppement sensori-moteur et cognitif du jeune enfant.A publi\u00e9 le Mim\u00e9tisme et l&#8217;imitation, collection Dominos, \u00e9ditions Flammarion, 1997.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le mim\u00e9tisme rel\u00e8ve de l&#8217;adaptation entre un organisme et son environnement. L&#8217;imitation implique une conscience de soi et une conscience de l&#8217;autre. Elle serait \u00e0 l&#8217;origine du langage et de l&#8217;humanisation. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-825","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/825","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=825"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/825\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=825"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=825"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=825"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}