{"id":8207,"date":"2015-01-06T12:05:27","date_gmt":"2015-01-06T11:05:27","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-cgt-joue-son-devenir-et-pas\/"},"modified":"2015-01-06T12:05:27","modified_gmt":"2015-01-06T11:05:27","slug":"article-la-cgt-joue-son-devenir-et-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8207","title":{"rendered":"La CGT joue son devenir\u2026 et pas seulement le sien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Secou\u00e9e par la contestation de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, la CGT conna\u00eet une crise qui d\u00e9passe cette affaire. Roger Martelli analyse ses enjeux, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;histoire de la centrale et du syndicalisme\u2026 et de leur avenir.<\/p>\n<p>Tout le monde sait que la CGT est dans la tourmente. Les d\u00e9penses de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral ont d\u00e9clench\u00e9 la crise (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/a-quoi-reve-thierry-lepaon\">&#8220;\u00c0 quoi r\u00eave Thierry Lepaon ?&#8221;<\/a>). Elles n\u2019en sont pas la cause. Que deux des pr\u00e9d\u00e9cesseurs de Thierry Lepaon (Georges S\u00e9guy et Louis Viannet) aient rompu le traditionnel devoir de r\u00e9serve des anciens pour demander le d\u00e9part de l\u2019actuel secr\u00e9taire de la CGT en dit long sur la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu. En fait, ce n\u2019est rien moins que l\u2019avenir d\u2019une CGT d\u00e9j\u00e0 affaiblie qui se trouve en question.<\/p>\n<p><strong><em>La galaxie s&#8217;est d\u00e9faite<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le syndicalisme fran\u00e7ais pr\u00e9sente une double originalit\u00e9 dans le paysage syndical europ\u00e9en[[Ce texte reprend, de fa\u00e7on raccourcie et mise \u00e0 jour, <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/la-cgt-questions-d-avenir\">une analyse d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9e en mars 2014<\/a>.]]. D\u2019une part, il est domin\u00e9 depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par la volont\u00e9 d\u2019une ind\u00e9pendance affirm\u00e9 du syndicat par rapport au parti politique. La France n\u2019a connu ni le mod\u00e8le travailliste anglais (subordination du parti au syndicat) ni le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate allemand (subordination du syndicat au parti). \u00c0 la limite, le seul moment o\u00f9 s\u2019est op\u00e9r\u00e9e une symbiose du syndicalisme et du politique s\u2019est vu \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la CGT a \u00e9t\u00e9 englob\u00e9e de fait \u2013 mais non de droit &#8211; dans la galaxie communiste, de la Lib\u00e9ration aux ann\u00e9es 1990. La seconde originalit\u00e9 tient \u00e0 ce que le courant r\u00e9formiste de type nord-europ\u00e9en est rest\u00e9 longtemps minoritaire dans le syndicalisme fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Pendant quelques d\u00e9cennies, la CGT a ainsi incarn\u00e9 un syndicalisme marqu\u00e9 par une triple caract\u00e9ristique : majoritaire dans le monde du travail (ce qu\u2019attestent les \u00e9lections professionnelles de l\u2019apr\u00e8s-guerre) ; marqu\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 gauche par le poids d\u2019un communisme politique lui-m\u00eame oscillant entre 20 et 25 % des suffrages jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970 ; exprimant la synth\u00e8se originale d\u2019un syndicalisme \u00e0 la fois <em>\u00ab de classe et de masse \u00bb<\/em>, pour reprendre la terminologie officielle longtemps employ\u00e9e.<\/p>\n<p>Or cet \u00e9quilibre est d\u00e9finitivement rompu, sur fond de d\u00e9sagr\u00e9gation g\u00e9n\u00e9rale des structures du &#8220;mouvement ouvrier&#8221;. Les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es sont marqu\u00e9es par un quadruple ph\u00e9nom\u00e8ne : l\u2019\u00e9volution des formes de la conflictualit\u00e9, concomitante des transformations du travail et de celles du salariat ; l\u2019affaiblissement structurel g\u00e9n\u00e9ral du syndicalisme (ph\u00e9nom\u00e8ne largement europ\u00e9en) ; le recul de la CGT (en adh\u00e9rents et en voix) et le r\u00e9\u00e9quilibrage du mouvement syndical ; la d\u00e9sagr\u00e9gation des liens entre la CGT et le PCF, lui-m\u00eame en d\u00e9clin continu. La force du communisme fran\u00e7ais tenait \u00e0 ce que le parti \u00e9tait au c\u0153ur d\u2019une galaxie incluant le syndicalisme, des associations actives et un r\u00e9seau municipal \u00e9largi. La &#8220;galaxie&#8221; s\u2019est d\u00e9faite. Le syndicalisme incarn\u00e9 par la CGT en est \u00e0 la fois plus libre\u2026 et plus solitaire. La CGT r\u00e9siste mieux que le PCF ; elle n\u2019en est pas moins affect\u00e9e par la r\u00e9traction. Sa place sociale est r\u00e9elle ; elle est toutefois en jeu.<\/p>\n<p>Le syndicalisme fran\u00e7ais conf\u00e9d\u00e9ral est plus diversifi\u00e9 que jamais. Le dilemme du premier des syndicats fran\u00e7ais est de ce fait difficile. Il a pu \u00eatre en partie occult\u00e9, entre 2007 et 2012, au temps du lib\u00e9ralisme s\u00e9curitaire et arrogant de Nicolas Sarkozy. Il revient en force quand la gauche, m\u00eame droitis\u00e9e, acc\u00e8de aux responsabilit\u00e9s (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/sophie-beroud-pour-la-cgt-c-etait,8043\">l&#8217;interview de Sophie B\u00e9roud<\/a>). O\u00f9 en est-on aujourd\u2019hui ? Force ouvri\u00e8re incarne une voie particuli\u00e8re, combinant le pragmatisme d\u2019une organisation qui a fait longtemps de la n\u00e9gociation sa marque de fabrique et la radicalit\u00e9 quasi corporative d\u2019un discours centr\u00e9 sur la d\u00e9fense intransigeante des statuts anciens. Depuis son &#8220;recentrage&#8221; amorc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, la CFDT a pris la place, nagu\u00e8re occup\u00e9e par FO, d\u2019un syndicat de compromis, \u00e0 la recherche de consensus entre patronat et monde du travail, soucieux de &#8220;modernisation&#8221; et de &#8220;fluidit\u00e9&#8221;, tout autant que de protection du salariat. Quant \u00e0 la radicalit\u00e9 historique du monde syndical, elle est reprise \u2013 outre l\u2019existence du syndicalisme anarchiste de la CNT &#8211; par la mouvance originale de Sud-Solidaires, ouvertement inspir\u00e9e de la pente syndicaliste r\u00e9volutionnaire de la Charte d\u2019Amiens.<\/p>\n<p><strong><em>La combativit\u00e9 et l&#8217;utilit\u00e9<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Et la CGT ? Elle incarne de fa\u00e7on forte la combativit\u00e9 et souvent la col\u00e8re. Pas une manifestation revendicative, pas une action d\u2019entreprise sans l\u2019omnipr\u00e9sence du sigle CGT. Mais la combativit\u00e9, m\u00eame sur le plan syndical ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir l\u2019utilit\u00e9, qui se situe toujours du c\u00f4t\u00e9 de la capacit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 am\u00e9liorer les choses. Quand la tendance historique \u00e9tait \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation de la classe et \u00e0 la concertation salariale, quand elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019expansion du &#8220;mouvement ouvrier&#8221;, cette capacit\u00e9 \u00e9tait relativement facile \u00e0 d\u00e9limiter. Elle l\u2019est beaucoup moins quand le temps est \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation, \u00e0 l\u2019\u00e9clatement des statuts et \u00e0 la dispersion g\u00e9ographique.<\/p>\n<p>La CGT sait, par tradition, que le dynamisme syndical tient \u00e0 la largeur du spectre que l\u2019on peut mobiliser. Elle sait donc qu\u2019une faiblesse du mouvement syndical fran\u00e7ais tient \u00e0 son \u00e9parpillement. Elle \u00e9nonce \u00e0 partir de l\u00e0 l\u2019exigence de ce qu\u2019elle appelle un <em>\u00ab syndicalisme rassembl\u00e9 \u00bb<\/em>. En cela, elle ne rompt pas avec la tradition ancienne d\u2019une CGT \u00e0 la fois tr\u00e8s identifi\u00e9e par ses r\u00e9f\u00e9rents &#8220;de classe&#8221; et capable de rassembler le monde du travail tr\u00e8s au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res mentales et doctrinales. Mais cette CGT agissait dans un environnement o\u00f9 la culture d\u2019une certaine &#8220;radicalit\u00e9&#8221; et en tout cas l\u2019univers mental de la &#8220;transformation sociale&#8221; \u00e9taient largement majoritaires \u00e0 gauche et dans l\u2019espace salarial, ancien et nouveau. <\/p>\n<p>Par ailleurs, la CGT a exp\u00e9riment\u00e9 les limites d\u2019un syndicalisme plus prompt \u00e0 dire &#8220;non&#8221; qu\u2019\u00e0 \u00e9noncer des propositions. La propension contestataire suffisait peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9finir une identit\u00e9 positive dans une phase de croissance \u00e9conomique et d\u2019\u00c9tat-providence : l\u2019affirmation pure d\u2019un rapport des forces permettait en effet des transferts significatifs de richesse, de la production et des services vers le monde du salariat. Le bras de fer devient moins efficace dans un syst\u00e8me de matrice avant tout financi\u00e8re, o\u00f9 la redistribution g\u00e9n\u00e9rale se tarit en m\u00eame temps que la sph\u00e8re publique se r\u00e9tr\u00e9cit. Alors le probl\u00e8me politique de la r\u00e9gulation globale et du &#8220;syst\u00e8me&#8221; prend une place de plus en plus d\u00e9terminante.<\/p>\n<p>La CGT, elle, incarne de fa\u00e7on forte la combativit\u00e9 et souvent la col\u00e8re. Pas une manifestation revendicative, pas une action d\u2019entreprise sans l\u2019omnipr\u00e9sence du sigle CGT. Mais, m\u00eame sur le plan syndical, la combativit\u00e9 ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir l\u2019utilit\u00e9, qui se situe toujours du c\u00f4t\u00e9 de la capacit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 am\u00e9liorer les choses. Quand la tendance historique \u00e9tait \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation de la classe et \u00e0 la concertation salariale, quand elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019expansion du &#8220;mouvement ouvrier&#8221;, cette capacit\u00e9 \u00e9tait relativement facile \u00e0 d\u00e9limiter. Elle l\u2019est beaucoup moins quand le temps est \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation, \u00e0 l\u2019\u00e9clatement des statuts et \u00e0 la dispersion g\u00e9ographique.<\/p>\n<p><strong><em>Trois s\u00e9ries de probl\u00e8mes et de d\u00e9fis<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>R\u00e9unis \u00e0 nouveau ce mardi 6 janvier, les 56 membres de la Commission ex\u00e9cutive nationale de la CGT feront un pas de plus dans la r\u00e9solution de la crise, avant une nouvelle r\u00e9union du &#8220;Parlement&#8221; de la conf\u00e9d\u00e9ration, le Comit\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral national, une semaine plus tard. Le sort du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral ne devrait donc pas \u00eatre leur seul sujet d\u2019inqui\u00e9tude. En fait, ils sont confront\u00e9s \u00e0 un entrelacement de probl\u00e8mes et de d\u00e9fis, qui portent sur la structure m\u00eame du syndicalisme et sur sa position dans l\u2019espace sociopolitique fran\u00e7ais et europ\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>1.<\/strong> Militants et responsables se sont convaincus depuis une bonne d\u00e9cennie que la vieille structure duale de la CGT (la verticalit\u00e9 des f\u00e9d\u00e9rations de m\u00e9tier et l\u2019horizontalit\u00e9 territoriale de l\u2019interprofessionnel) ne correspondait plus \u00e0 l\u2019organisation contemporaine du travail (\u00e0 la fois &#8220;mondialis\u00e9&#8221; et parcellis\u00e9), aux formes d\u00e9centralis\u00e9es de confrontation-n\u00e9gociation et aux modes plus g\u00e9n\u00e9raux de la sociabilit\u00e9 populaire. Au bout du compte, la CGT a cess\u00e9 de repr\u00e9senter la totalit\u00e9 du monde du travail, et notamment les travailleurs pr\u00e9caires, les PME, les entreprises de sous-traitance et m\u00eame le secteur priv\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Mais si le constat est \u00e0 peu pr\u00e8s bien \u00e9tabli et partag\u00e9 dans l\u2019organisation, les cons\u00e9quences pratiques ont du mal \u00e0 \u00eatre mises en place et \u00e9valu\u00e9es en retour. Cette situation cr\u00e9e une difficult\u00e9 de lisibilit\u00e9 pour la conf\u00e9d\u00e9ration tout enti\u00e8re et elle accro\u00eet le risque de tensions entre corporations ou m\u00eame de conflits de personnes, au d\u00e9triment de la dynamique d\u2019ensemble du syndicat.<\/p>\n<p><strong>2. <\/strong> Le rapport global \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 est l\u2019autre champ qui reste \u00e0 \u00e9claircir. La CGT, on l\u2019a vu, s\u2019est historiquement inscrite dans une logique originale de \u00ab radicalit\u00e9 \u00bb par rapport au syst\u00e8me global. Cette radicalit\u00e9 n\u2019a certes jamais exist\u00e9 sans l\u2019\u00e9quilibre d\u2019un solide &#8220;sens du r\u00e9el&#8221;, n\u2019ignorant jamais l\u2019exigence d\u2019efficacit\u00e9 et donc la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avanc\u00e9es partielles, tant au plan de l\u2019entreprise qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019\u00c9tat. Mais cet \u00e9quilibre \u00e9tait d\u2019autant plus concevable et reproductible que les m\u00e9canismes de &#8220;l\u2019\u00c9tat-providence&#8221; autorisaient des plages de redistribution. <\/p>\n<p>Or l\u2019\u00e9volution du capitalisme depuis plus de trois d\u00e9cennies et, plus encore, l\u2019existence d\u2019une crise syst\u00e9mique red\u00e9finissent la donne en profondeur. Il devient plus que jamais n\u00e9cessaire, sauf \u00e0 accepter la logique du capital financier mondialis\u00e9, d\u2019articuler chaque lutte concr\u00e8te, d\u00e9fensive ou offensive, \u00e0 une action concert\u00e9e sur le &#8220;syst\u00e8me&#8221; lui-m\u00eame, \u00e0 des \u00e9chelles de territoire de plus en plus interp\u00e9n\u00e9tr\u00e9es (du local de l\u2019entreprise jusqu\u2019au niveau continental voire plan\u00e9taire).<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s lors le syndicalisme se trouve plac\u00e9 devant une contradiction incontournable. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il ne peut parvenir \u00e0 des r\u00e9sultats, partiels ou globaux, que sur la base d\u2019une logique de rassemblement ; il doit donc vouloir \u00eatre un <em>\u00ab syndicalisme rassembl\u00e9 \u00bb.<\/em> D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il est travaill\u00e9 lui aussi par la polarit\u00e9 entre une culture revendicative plut\u00f4t port\u00e9e vers l\u2019int\u00e9gration dans le syst\u00e8me (sur le mod\u00e8le nord-europ\u00e9en) et une autre culture qui, sans n\u00e9gliger les compromis imm\u00e9diats, est plus attentive \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9formes structurelles capables d\u2019installer durablement une autre figure du travail, de sa dignit\u00e9 et de sa reconnaissance. D\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, aujourd\u2019hui comme hier, dans l\u2019espace des relations de travail comme dans celui de l\u2019action politique, le poids respectif des deux &#8220;cultures&#8221; p\u00e8se sur l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale. Que la tradition critique, tant syndicale que politique ou associative l\u2019emporte sur une logique d\u2019accommodement ne peut \u00eatre sans importance notable pour une tradition syndicale comme celle de la CGT.<\/p>\n<p><strong>3. <\/strong> Reste alors \u00e0 avancer sur un troisi\u00e8me grand chantier, qui est celui du rapport entre syndicalisme et vie politique. En fait, il s\u2019agit plus largement de l\u2019enjeu d\u00e9mocratique. Qu\u2019il le veuille ou non, le syndicat p\u00e2tit aujourd\u2019hui d\u2019une crise g\u00e9n\u00e9rale de toute institution. Toutes les soci\u00e9t\u00e9s dites &#8220;modernes&#8221; (les soci\u00e9t\u00e9s &#8220;bourgeoises-capitalistes&#8221;) se sont construites sur la s\u00e9paration du &#8220;social&#8221; et du &#8220;politique&#8221;. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, il en est r\u00e9sult\u00e9 un partage des t\u00e2ches : les syndicats et les associations se sont vu attribuer la gestion du &#8220;social&#8221;, tandis que les partis disposaient du monopole de gestion du politique.<\/p>\n<p><strong><em>Quel projet de soci\u00e9t\u00e9 partag\u00e9 ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Or le d\u00e9veloppement contemporain voit les fronti\u00e8res se faire plus floues, entre public et priv\u00e9, entre \u00e9conomique, social, politique, culturel et m\u00eame \u00e9thique. Si la sp\u00e9cificit\u00e9 de chaque type d\u2019organisation ne dispara\u00eet pas (le syndicat n\u2019est ni le parti ni l\u2019association), le monopole de leur fonction perd de son caract\u00e8re absolu. Les vieilles formules (le syndicat \u00e9nonce les demandes ; l\u2019\u00c9tat et les partis la traitent dans l\u2019espace public) ne suffisent plus aujourd\u2019hui. Face \u00e0 la loi de la marchandise, la finalit\u00e9 du d\u00e9veloppement sobre des capacit\u00e9s humaines doit se red\u00e9finir et s\u2019imposer.<\/p>\n<p>Or il n\u2019existe \u00e0 ce jour que trois mod\u00e8les d\u2019articulation du social et du politique, le mod\u00e8le travailliste et le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate \u00e9voqu\u00e9 plus haut, et celui du &#8220;syndicalisme r\u00e9volutionnaire&#8221;, pour lequel le syndicat incarne l\u2019ensemble des fonctions n\u00e9cessaires \u00e0 la promotion du monde du travail. Il se trouve que ces trois mod\u00e8les sont entr\u00e9s en obsolescence, plus ou moins forte, plus ou moins rapide.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a donc pas d\u2019alternative s\u00e9rieuse \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation de nouvelles formes d\u2019articulation entre le social et le politique avec une double contrainte : respecter la sp\u00e9cificit\u00e9 des pratiques et des sensibilit\u00e9s et cr\u00e9er les conditions d\u2019\u00e9mergence d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 partag\u00e9, capable d\u2019unifier les fragments dispers\u00e9s du &#8220;peuple&#8221; et de refonder la dignit\u00e9 du monde du travail. Incontestablement, la red\u00e9finition d\u2019un tel projet ne rel\u00e8ve pas de la seule responsabilit\u00e9 syndicale. Mais peut-elle se passer de la contribution volontaire d\u2019un syndicalisme puissant, ind\u00e9pendant, mais associ\u00e9 au grand \u0153uvre \u00e0 part enti\u00e8re ? Le syndicat peut-il se contenter de d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 d\u2019autres la mise en forme, la traduction et la mise en \u0153uvre d\u2019un projet de cette envergure ?<\/p>\n<p>S\u2019il se laissait aller \u00e0 ent\u00e9riner la coupure du social et du politique, f\u00fbt-ce au nom d\u2019un pass\u00e9 de subordination (pour la CGT), l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme resterait illusoire, dans un monde o\u00f9 les ma\u00eetres mots restent ceux de la concurrence et de la gouvernance. Le contraire de la subordination ne peut \u00eatre la s\u00e9paration\u2026 Pour l\u2019instant, le troisi\u00e8me terme n\u2019est pas parvenu \u00e0 prendre forme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Secou\u00e9e par la contestation de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, la CGT conna\u00eet une crise qui d\u00e9passe cette affaire. Roger Martelli analyse ses enjeux, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;histoire de la centrale et du syndicalisme\u2026 et de leur avenir.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[342,315],"class_list":["post-8207","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-cgt","tag-syndicats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8207","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8207"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8207\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8207"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8207"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8207"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}