{"id":8187,"date":"2014-12-23T11:48:41","date_gmt":"2014-12-23T10:48:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-les-cites-douces-de-la-drogue\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:29","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:29","slug":"article-les-cites-douces-de-la-drogue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8187","title":{"rendered":"\u00c0 Saint-Ouen, les cit\u00e9s douces de la drogue"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le vieux Saint-Ouen, au nord de la ville. Ce quartier du 93 a tout\u2009: son petit march\u00e9, sa vieille \u00e9glise, son m\u00e9tro, ses grands ensembles, ses bords de Seine, ses habitants soud\u00e9s, ses associations fragiles, sa teinturerie, sa pharmacie. Et ses dealers.  <\/p>\n<p><em>Reportage extrait du num\u00e9ro d&#8217;\u00e9t\u00e9 de<\/em> Regards.<\/p>\n<p>Au tout petit matin, ce sont les cantonniers qui ouvrent le ballet. Nombreux, ils d\u00e9barrassent la rue des reliques laiss\u00e9es la nuit par les dealers qui sont encore sous la couette. \u00c7\u00e0 et l\u00e0, des amas de clopes, de joints, de canettes, des traces de pisse. Autant de pi\u00e8ces \u00e0 conviction qui d\u00e9limitent le terrain de vente. Lorsque les habitants s\u2019\u00e9veillent, le quartier est net, les \u00e9tals du march\u00e9 pleins, l\u2019ambiance sympathique. Tout le monde se conna\u00eet, on prend des nouvelles de la famille, on discute des attaques du nouveau maire de droite et on commente l\u2019\u00e9volution du deal \u2013 ou plut\u00f4t du &#8220;trafic&#8221; en langage local. <\/p>\n<p>Les revendeurs\u2009? Une \u00e0 deux semaines apr\u00e8s les municipales, ceux qu\u2019on appelle ici les &#8220;jeunes&#8221; avaient d\u00e9sert\u00e9 les rues qu\u2019ils occupent d\u2019habitude. Fausse alerte. Depuis, ils sont revenus. Intarissable, la population s\u2019enorgueillit de conna\u00eetre les m\u00e9canismes bien huil\u00e9s d\u2019un commerce local implant\u00e9 depuis des d\u00e9cennies. Tous sont formels\u2009: <em>\u00ab\u202fIl n\u2019y a pas de came, ici. C\u2019est strictement interdit.\u202f\u00bb <\/em> Pas de drogue dure, donc. Seule la vente de cannabis et d\u2019herbe est tol\u00e9r\u00e9e, si tant est qu\u2019elle soit de tr\u00e8s bonne qualit\u00e9. Un habitant de pr\u00e9ciser\u2009: <em>\u00ab\u202fAvec cette r\u00e9putation, tout le monde vient se fournir \u00e0 Saint-Ouen. Des paum\u00e9s, des m\u00e9decins, des jeunes, des couples, des gens bien\u2026 Ici, la vente se fait en gros, demi-gros et au d\u00e9tail.\u202f\u00bb <\/em>  <\/p>\n<p><strong><em>Un monde sous surveillance<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>13\u202fheures, fin de march\u00e9. La &#8220;boutique&#8221; de shit du Vieux Saint-Ouen vient d\u2019ouvrir, elle fermera aux alentours de minuit. Les guetteurs sont descendus des tours pour prendre place dans le quartier. Chevilles ouvri\u00e8res de la cha\u00eene du deal, ils ont deux missions\u2009: avertir les autres de l\u2019arriv\u00e9e de la police et indiquer aux clients &#8220;les salles d\u2019attentes&#8221; situ\u00e9es dans les halls d\u2019immeubles ou des appartements en rez-de-chauss\u00e9e abandonn\u00e9s. Quand il fait beau, un canap\u00e9 est install\u00e9 dehors ainsi qu\u2019une petite table pour prendre les commandes. Souvent des discussions s\u2019engagent entre consommateurs pour \u00e9changer les bons plans. Une fois que les guetteurs sont s\u00fbrs que le quartier est vierge de toute pr\u00e9sence polici\u00e8re, ils les conduisent aux revendeurs \u2013 lesquels op\u00e8rent dans la cage d\u2019escalier d\u2019un autre immeuble. Si en revanche ils aper\u00e7oivent un v\u00e9hicule de police, ils crient<em> \u00ab\u202fArtena\u2009!\u202f\u00bb<\/em> (\u00ab\u202fLaisse tomber\u2009!\u202f\u00bb, en arabe) ou <em>\u00ab\u202f\u00c0 l\u2019aff\u00fbt\u2009!\u202f\u00bb<\/em> si \u00e7a chauffe trop. Et les clients se retrouvent comme deux ronds de flan.<\/p>\n<p>P\u00e9n\u00e9trer en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi cet espace m\u00e9thodiquement quadrill\u00e9, c\u2019est d\u2019abord sentir le regard des guetteurs dont l\u2019attitude indique clairement que, sauf pour y faire des courses, on n\u2019a rien \u00e0 faire l\u00e0. Nombre de plombiers ou d\u2019amis de passage se retrouvent interpell\u00e9s et parfois m\u00eame fouill\u00e9s. Rachid, jeune papa, se rappelle avoir \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9 par un ado recrut\u00e9 dans la cit\u00e9 d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, qui ne l\u2019avait pas encore identifi\u00e9\u2009: <em>\u00ab\u202f\u00c7a m\u2019a \u00e9nerv\u00e9 de ne pas me sentir chez moi, dans ma propre ville.\u202f\u00bb<\/em> Ailleurs, les guetteurs seraient juch\u00e9s en haut des tours. Ici, consigne leur est donn\u00e9e de montrer que le quartier est \u00e0 eux, que l\u2019espace public leur appartient. Une habitante \u00e9voque le sentiment de <em>\u00ab\u202fbrouillard\u202f\u00bb<\/em> qu\u2019elle ressent \u00e0 chaque fois qu\u2019elle entre dans le Vieux Saint-Ouen\u2009:<em> \u00ab\u202fIl s\u2019installe insidieusement. Je m\u2019en rends particuli\u00e8rement compte quand je rentre de vacances.\u202f\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-21146\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-1e2.jpg\" alt=\"saint-ouen-3.jpg\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"460\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-1e2.jpg 460w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-1e2-300x300.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-1e2-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/p>\n<p>14h30. Amadou Ba et Nasser Bengaraali, gardiens d\u2019immeuble HLM, sont en pause. En attendant la r\u00e9ouverture de la loge, ils prennent tranquillement le caf\u00e9 \u00e0 la terrasse du bistrot. Trois guetteurs s\u2019installent aussit\u00f4t \u00e0 la table voisine. Ils ne doutent pas de la discr\u00e9tion des deux hommes qui sont pourtant en train d\u2019accepter une interview. La publicit\u00e9 est bonne pour le commerce. En maintenant la pression, ils sont simplement dans leur r\u00f4le. Alors Amadou et Nasser racontent d\u2019autres violences dont la liste est longue\u2009: la d\u00e9sindustrialisation de Saint-Ouen, la mont\u00e9e en fl\u00e8che du ch\u00f4mage (23% toutes g\u00e9n\u00e9rations confondues selon l\u2019Insee), les familles qui partent en vrille, la concentration de populations qui ne parlent pas le fran\u00e7ais et avec lesquelles il est difficile d\u2019\u00e9changer. <\/p>\n<p>Des entreprises symboles du CAC 40 sont arriv\u00e9es dans la ville\u2009: Danone, Lor\u00e9al, Alstom\u2026 Mais aucune d\u2019entre elles ne s\u2019attarde sur les CV marqu\u00e9s du sceau du 9-3. Les deux gardiens, militants de terrain, travaillent au d\u00e9veloppement de l\u2019aide aux devoirs pour les lyc\u00e9ens. Seulement voil\u00e0, le nouveau maire, William Delannoy, vient d\u2019annoncer une r\u00e9duction par deux des subventions aux associations. R\u00e9sultat, l\u2019embauche d\u2019un jeune pour le soutien en math-physique est report\u00e9e, peut-\u00eatre m\u00eame abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong><em>Le bleu de travail du guetteur<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les guetteurs install\u00e9s au caf\u00e9 sont tr\u00e8s jeunes. Ils sont dans le \u00ab\u202fm\u00e9tier\u202f\u00bb depuis l\u2019\u00e2ge de dix et douze ans. Cette p\u00e9riode fragile de l\u2019adolescence, les recruteurs locaux la connaissent bien. Ils ont mis en place une technique d\u2019embauche extr\u00eamement efficace. Demander au gamin d\u2019aller leur chercher une cannette \u00e0 l\u2019\u00e9picerie du coin en \u00e9change d\u2019un euro. \u00c0 la fin de la semaine, il a de quoi acheter une petite barrette de shit, pour faire comme les grands et cr\u00e2ner devant les filles. Le mois suivant, il doit se montrer digne d\u2019un service un peu plus cons\u00e9quent. Il d\u00e9couvre alors un monde de r\u00e8gles et de sanctions, fond\u00e9 sur un code d\u2019honneur. Les familles qui voient leurs enfants tomber dans le deal peinent \u00e0 demander de l\u2019aide. La loi sur l\u2019absent\u00e9isme scolaire a \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e, mais la crainte de perdre leurs allocations perdure. <\/p>\n<p>Nadir Ouacine, animateur de quartier, raconte\u2009:<em> \u00ab\u202fQuand je demande aux enfants ce qu\u2019ils veulent faire plus tard, &#8220;guetteur&#8221; est une r\u00e9ponse qui revient souvent.\u202f\u00bb<\/em> La premi\u00e8re paie va de huit \u00e0 dix\u202feuros de l\u2019heure. Jusque-l\u00e0, pas de quoi faire concurrence \u00e0 Mac Do. Pour grimper les \u00e9chelons, il faut se former aupr\u00e8s des ca\u00efds. De treize \u00e0 vingt-cinq ans, il est possible de devenir livreur ou revendeur pour un salaire pay\u00e9 \u00e0 la commission. Quelques gardes-\u00e0-vue plus tard et le point de non-retour est franchi. Les petites peines de prison et les interdictions de territoire ne sont pas vraiment un souci\u2009: le syst\u00e8me de reclassement dans une ville voisine fonctionne bien mieux que P\u00f4le Emploi.<\/p>\n<p>Comment lutter contre l\u2019attrait d\u2019une carri\u00e8re lucrative, contre l\u2019admiration du grand fr\u00e8re, contre le d\u00e9sir d\u2019aider une famille souvent monoparentale, contre l\u2019apprentissage de la &#8220;relation client&#8221; est digne des bonnes \u00e9coles de commerce\u2009? Pour Nadir Ouacine, <em>\u00ab\u202fsi tu envoies un gamin d\u2019ici en Hollande, il devient vite patron de bo\u00eete.\u202f\u00bb<\/em> Le mod\u00e8le ouvrier a \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9 par le capitalisme, celui du commerce de la drogue est ici devenu la norme. Le bleu de travail du guetteur\u2009: une large casquette, un bandana sur le nez s\u2019il trimballe du shit, et des Nike reluisantes. Peu importe l\u2019installation annonc\u00e9e de cam\u00e9ras de surveillance, les gamins ne sont pas reconnaissables.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/saint-ouen-2.jpg\" alt=\"saint-ouen-2.jpg\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p>16\u202fheures. La pharmacienne range des paquets de couches discount. <em>\u00ab\u202fIl n\u2019y a pas de tar\u00e9s ici. Avant, je travaillais dans une pharmacie du 16e, les gens se sentent seuls l\u00e0-bas. Je vendais plus d\u2019anxiolytiques.\u202f\u00bb<\/em> Est-ce le cannabis qui rend le quartier si tranquille\u2009? Le fait est que le Vieux Saint-Ouen conserve encore une &#8220;ambiance village&#8221; \u00e0 laquelle Jacques Marchand, responsable de la section foot du club local, tient beaucoup. <em>\u00ab\u202fOn se r\u00e9f\u00e8re toujours \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la socialisation \u00e0 Saint-Ouen \u00e9tait de qualit\u00e9. Tout le monde se connaissait, on s\u2019organisait en cas de coup dur\u202f\u00bb<\/em>, se souvient-il. Mais les temps changent. <em>\u00ab\u202fLa drogue \u00e9volue et cela modifie les rapports entre les gens.\u202f\u00bb<\/em> On commence \u00e0 compter les morts, victimes de r\u00e8glements de compte entre bandes ou de bavures polici\u00e8res. <em>\u00ab\u202fDans les ann\u00e9es 1980, on sortait le canif. Aujourd\u2019hui, on sort le chrome pour un rien\u202f\u00bb, <\/em> affirme un jeune parent. La lutte est certes in\u00e9gale, mais nombreux sont ceux qui ne baissent pas les bras dans cette ville o\u00f9 les traces d\u2019un si\u00e8cle de communisme municipal sont tenaces et la quantit\u00e9 d\u2019association impressionnante. <\/p>\n<p>La victoire de Madame Andrade, une ancienne soixante-huitarde, est d\u2019avoir squatt\u00e9 un appartement au rez-de-chauss\u00e9e pour y organiser un point d\u2019aide aux devoirs\u2009: <em>\u00ab\u202fJe demande aux parents d\u2019\u00eatre l\u00e0 \u00e0 16\u2009h\u200945 p\u00e9tantes. J\u2019attends un quart d\u2019heure avant d\u2019ouvrir le local. Et voil\u00e0 comment j\u2019impose une petite pr\u00e9sence sur le terrain de deal. Oh bien s\u00fbr, il y a eu des intimidations, le local saccag\u00e9, les insultes, mais j\u2019ai tenu bon\u2009!\u202f\u00bb <\/em> Aujourd\u2019hui, elle s\u2019inqui\u00e8te surtout de l\u2019absence des femmes sur l\u2019espace public et tente d\u2019organiser des marches avec ses copines pour reprendre place dehors. <em>\u00ab\u202fLe pire, ce sont les &#8220;bars \u00e0 moustachus&#8221; de la place de la Mairie. Dans cette ambiance ultra-masculine, il n\u2019y a plus de place pour nous\u202f\u00bb<\/em>, d\u00e9plore-t-elle. Et de d\u00e9crire la vie de ces femmes pour qui les fins de mois sont trop dures et qui deviennent &#8220;nourrices&#8221;. Contre l\u2019assurance d\u2019un loyer pay\u00e9, elles stockent la drogue chez elles et offrent un refuge aux guetteurs en cas de descentes de police.<\/p>\n<p><strong><em>Un troisi\u00e8me sous-sol paisible<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, les pilotis sur lesquels reposaient les barres de la cit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 combl\u00e9s. Les issues du quartier se sont faites rares. La cit\u00e9 s\u2019est referm\u00e9e sur elle-m\u00eame, dans un ultime combat s\u00e9curitaire. Les adresses ont disparu\u2009: &#8220;La tour du Landy&#8221;, la &#8220;Cit\u00e9 Soubise&#8221; ou le &#8220;41&#8221; n\u2019existent plus que dans le jargon des habitants. R\u00e9mi Church, animateur, raconte\u2009:<em> \u00ab\u202fNous sommes devenus \u00e9ducateurs comme \u00e7a, c\u2019est s\u00fbr, nous ne sortirons pas du quartier.\u202f\u00bb <\/em> L\u2019entr\u00e9e du parking du &#8220;41&#8221;, la barre la plus imposante, est planqu\u00e9e derri\u00e8re une station Total. Il est 20\u202fheures, la nuit tombe, R\u00e9mi Church descend \u00e0 <em>\u00ab\u202f20.000 lieues sous le bitume\u202f\u00bb<\/em>. L\u2019escalier qui plonge dans le parking n\u2019est pas \u00e9clair\u00e9, mais les images de caves pourries et d\u2019atroces tournantes s\u2019\u00e9vaporent avec l\u2019arriv\u00e9e dans un paisible local. D\u2019un studio lointain s\u2019\u00e9chappe une jolie &#8220;\u202finstru&#8221; jou\u00e9e par un rappeur, elle semble emprunter sa m\u00e9lodie \u00e0 la musique ancienne gr\u00e9gorienne. <\/p>\n<p>Le &#8220;3SS&#8221;, troisi\u00e8me sous-sol, est sans aucun doute un des endroits les plus calmes du quartier. Une bande d\u2019amis &#8220;autog\u00e8re&#8221; ce gigantesque espace depuis plus de vingt ans. <em>\u00ab\u202fPour nous, l\u2019amiti\u00e9, c\u2019est le ciment du quartier. Dehors, on ne cesse de construire, l\u2019horizon est bouch\u00e9, ici, il y a des m\u00e8tres carr\u00e9s \u00e0 n\u2019en plus finir\u202f\u00bb<\/em>, raconte R\u00e9mi Church.<em> \u00ab\u202fOn a connu une seule perquisition. \u00c9videmment, ils n\u2019ont rien trouv\u00e9. Et lorsqu\u2019ils ont vu comment le lieu \u00e9tait organis\u00e9, les flics se sont arr\u00eat\u00e9s d\u2019eux-m\u00eames. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 la descente la plus courte de toute l\u2019histoire de Saint-Ouen\u2009!\u202f\u00bb <\/em> S\u2019il est un endroit qui, l\u2019air de rien, r\u00e9siste au trafic, c\u2019est bien le Troisi\u00e8me sous-sol. <em>\u00ab\u202fAu moins, cela nous a sauv\u00e9s d\u2019autre chose. Ce lieu, il nous a permis d\u2019exp\u00e9rimenter.\u202f\u00bb<\/em> Car ici, les jeunes font du graff, du rap, de la s\u00e9rigraphie, du sport, mais surtout, ils r\u00e9inventent ensemble des r\u00e8gles de vie communes.<\/p>\n<p><strong><em>La politique de &#8220;tol\u00e9rance z\u00e9ro&#8221;<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Trois \u00e9tages au-dessus, \u00e0 la surface, la signal\u00e9tique &#8220;41&#8221; a \u00e9t\u00e9 trac\u00e9e \u00e0 la bombe de peinture sur la fa\u00e7ade par les dealers eux-m\u00eames. Le hall fut l\u2019un des meilleurs points de vente du Vieux Saint-Ouen. Sachant qu\u2019un bon &#8220;terrain&#8221; rapporte 6.000\u202f\u00e0 10.000 euros par jour, soit 180.000\u202f\u00e0 300.000 euros par mois, les relations avec le quartier \u00e9taient soign\u00e9es. Les guetteurs montaient les courses des r\u00e9sidents. L\u2019\u00e9t\u00e9, ils installaient des tables de ping-pong et de piscines en plastique pour les enfants. Mais \u00e7a, c\u2019\u00e9tait avant. Avant la r\u00e9pression polici\u00e8re survenue sous Nicolas Sarkozy en 2007. Calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain, la politique de &#8220;tol\u00e9rance z\u00e9ro&#8221; a eu des effets pervers avec une stigmatisation des jeunes d\u00e9sormais trait\u00e9s de <em>\u00ab\u202fracaille\u202f\u00bb<\/em>, une augmentation du nombre de consommateurs, des dealers de plus en plus arm\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>En novembre\u202f2013, un puissant coup de filet a tent\u00e9 de d\u00e9stabiliser l\u2019organisation du deal dans ce quartier. En fin de nuit, de nombreuses portes d\u2019appartements ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9es, des jeunes se sont retrouv\u00e9s en garde-\u00e0-vue, des nourrices menott\u00e9es. Mais le tr\u00e9sor de guerre fut bien faible. Quelques kilos d\u2019herbes et de cannabis, quelques armes sont \u00e9tal\u00e9es sur une table basse par les policiers, pour la photo. L\u2019\u00e9parpillement organis\u00e9 de la came chez les uns et les autres les prot\u00e8ge des lourdes peines. \u00c0 Saint-Ouen, les habitants redoutent ces perquisitions muscl\u00e9es apr\u00e8s lesquelles le trafic redouble. Il y a aussi la peur des balles perdues. Dans les cours de r\u00e9cr\u00e9ation, des enfants d\u00e9boussol\u00e9s rejouent les portes d\u00e9fonc\u00e9es et les menottages. <\/p>\n<p>Une chape de plomb s\u2019abat, les semaines suivantes, sur l\u2019ensemble du quartier en proie \u00e0 une guerre de territoires pour la reprise des points de deals. Les guetteurs sortent vite de prison mais ils sont souvent interdits de territoire. Des bandes d\u2019autres villes d\u00e9boulent alors pour reprendre le contr\u00f4le du march\u00e9. Habill\u00e9es \u00e0 la &#8220;ninja&#8221;, munies d\u2019armes et de gilets pare-balles, ces petites arm\u00e9es font des d\u00e9monstrations de force dans les halls, les rues, le supermarch\u00e9. Et les habitants doivent montrer patte blanche pour monter chez eux.<\/p>\n<p>La solution est ailleurs. O\u00f9\u2009? En Californie ou en Espagne, peut-\u00eatre, o\u00f9 des associations d\u2019usagers inventent des Cannabis social clubs. Leurs exp\u00e9riences se diffusent actuellement via Internet. Prenons-on en de la graine.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8187 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-1-26a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-1-26a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"saint-ouen-1.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-5c6.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-5c6-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"saint-ouen-3.jpg\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-5c6-150x150.jpg 150w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-5c6-300x300.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/saint-ouen-3-5c6.jpg 460w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vieux Saint-Ouen, au nord de la ville. Ce quartier du 93 a tout\u2009: son petit march\u00e9, sa vieille \u00e9glise, son m\u00e9tro, ses grands ensembles, ses bords de Seine, ses habitants soud\u00e9s, ses associations fragiles, sa teinturerie, sa pharmacie. Et ses dealers.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21146,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[376,471],"class_list":["post-8187","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-banlieue","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8187"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8187\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21146"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}