{"id":8177,"date":"2014-12-19T09:37:00","date_gmt":"2014-12-19T08:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-pour-une-histoire-critique-de-la\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:28","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:28","slug":"article-pour-une-histoire-critique-de-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8177","title":{"rendered":"Pour une histoire critique de la psychanalyse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans son dernier ouvrage, L&#8217;insaisissable histoire de la psychanalyse, Sabine Prokhoris interroge la mani\u00e8re dont la psychanalyse a fait histoire, et l&#8217;appelle \u00e0 retrouver une \u00e9nergie critique.<\/p>\n<p>La cause est d\u00e9sormais entendue. Lors des d\u00e9bats autour de la parit\u00e9, du vote du Pacs, puis du Mariage pour Tous, la psychanalyse, dans son versant dominant et institutionnel, a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant. Celui d&#8217;une sorte de socle id\u00e9ologique sur lequel r\u00e9actionnaires et conservateurs de tous bords se sont appuy\u00e9s pour sacraliser la <em>\u00ab diff\u00e9rence des sexes \u00bb<\/em>, d\u00e9plorer la <em>\u00ab d\u00e9virilisation \u00bb<\/em> de la soci\u00e9t\u00e9, invalider les revendications f\u00e9ministes et homosexuelles. <\/p>\n<p>Bien entendu, il y eut bien, \u00e7a et l\u00e0, quelques psychanalystes pour pr\u00eacher une position de <em>\u00ab tol\u00e9rance \u00bb<\/em>. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment, c&#8217;est ce mot m\u00eame de <em>\u00ab tol\u00e9rance \u00bb<\/em> \u2013 <em>\u00ab mot hautain \u00bb<\/em>, pourrait dire Sabine Prokhoris \u2013 qui pose probl\u00e8me. Que dit-il, sinon une prise de position condescendante ? De surplomb ? Et surtout, que nous dit-il de la psychanalyse elle-m\u00eame ? Sinon qu&#8217;elle entend, dans ce cas, prendre des positions avanc\u00e9es dans l&#8217;espace public. Mais non, \u00e0 partir des questions qui \u00e9mergent dans l&#8217;espace public ou dans la cure elle-m\u00eame, se renouveler au contact de celles-ci, et remanier, de mani\u00e8re critique, son dispositif th\u00e9orique. <\/p>\n<p><strong><em>D&#8217;abord une exp\u00e9rience anonyme et collective<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment, le projet de Sabine Prokhoris : une histoire critique de la psychanalyse. La psychanalyse ne saurait, en effet, \u00e9noncer des positions, aussi ouvertes soient-elles, sans, en m\u00eame temps, transformer son cadre th\u00e9orique, interroger son histoire et la place de l&#8217;histoire dans la psychanalyse. Et certes, Sabine Prokhoris le reconna\u00eet, il serait difficile de restituer ce que la psychanalyse, depuis maintenant un si\u00e8cle, a pu produire comme exp\u00e9rience chez tous ceux qui l&#8217;ont travers\u00e9s. Mais il est \u00e9vident qu&#8217;en pratique, au-del\u00e0 des th\u00e9ories et des prises de positions publiques, un nombre d\u00e9sormais incalculable d&#8217;anonymes, comme d&#8217;\u00e9crivains, d&#8217;artistes, etc., ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s par la psychanalyse. Tout comme la psychanalyse, qu&#8217;elle le veuille ou non, a, en pratique, dans l&#8217;intimit\u00e9 de la cure, \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e au contact de leur exp\u00e9rience. <\/p>\n<p>Il fallait donc \u00e9crire une histoire de la psychanalyse qui soit tout sauf une histoire des grands hommes, ou des grands courants qui se sont affront\u00e9s en son sein \u2013 une &#8220;histoire hollywoodienne&#8221; de la psychanalyse, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;Elisabeth Roudinesco. Il fallait, au contraire, penser une histoire de cette exp\u00e9rience anonyme et collective : c&#8217;est-\u00e0-dire une histoire des &#8220;effets&#8221; sociaux, culturels, de la psychanalyse sur nos mani\u00e8res quotidiennes de penser, de vivre, de parler. C&#8217;est que, pour Sabine Prokhoris, il n&#8217;y a pas moins de psychanalyse dans la parole d&#8217;un patient, d&#8217;un \u00e9crivain ou d&#8217;un chor\u00e9graphe, que dans un article de Lacan, ou un d\u00e9bat entre psychanalystes. <\/p>\n<p><strong><em>L&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre l&#8217;analyste et l&#8217;analysant<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Et, en effet, rappelle Sabine Prokhoris, il faut toujours reconsid\u00e9rer ce qui reste la r\u00e8gle fondamentale de la psychanalyse \u00e9nonc\u00e9e par Freud, et qui est tout le contraire d&#8217;une norme : l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre l&#8217;analyste et l&#8217;analysant (entre l&#8217;\u00e9coute du psychanalyste, qui se doit d&#8217;\u00eatre neutre, et la parole associative, et libre \u00e0 cette seule condition, du patient). Autant dire que, pour Sabine Prokhoris, il ne s&#8217;agit pas de revenir \u00e0 Freud, mais de faire revenir la puissance subversive de Freud. D\u00e8s lors, il convient de mettre entre parenth\u00e8ses les artefacts et constructions th\u00e9oriques qu&#8217;\u00e0 pu produire le discours psychanalytique (surmoi, castration, \u0152dipe, ordre symbolique, diff\u00e9rence des sexes, etc.) \u2013 artefacts et normes dont Freud doutait pour lui-m\u00eame, quand il n&#8217;h\u00e9sitait pas, on le sait, \u00e0 les remanier et les renier. <\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 cette parole libre et associative qui, dans les discours des patients, un livre de Virginia Woolf ou de Pierre Guyotat, un spectacle de Maguy Marin, t\u00e9moigne d&#8217;une exp\u00e9rience ins\u00e9parablement onirique et historique. Qu&#8217;on pense, par exemple, aux r\u00eaveries f\u00e9ministes et sociales de Virginia Woolf, aux cauchemars que d\u00e9peint Guyotat, et qu&#8217;on ne saurait dissocier, les unes de la Grande guerre, les autres de la Guerre d&#8217;Alg\u00e9rie. Dans tous les cas, l&#8217;analyse ne saurait faire l&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;historicit\u00e9 du sujet dans la <em>\u00ab cure en parlant \u00bb<\/em>, qu&#8217;elle soit celle d&#8217;un patient ou d&#8217;un \u00e9crivain. Bref, il en va, pour Sabine Prokhoris, d&#8217;une parole <em>\u00ab \u00e9pique \u00bb<\/em> dans laquelle un sujet reformule son histoire pour en conjurer, repenser, \u00e9noncer autrement les traumatismes et les blessures, indissociablement individuelles et collectives. <\/p>\n<p>Et, si Sabine Prokhoris donne une place aussi centrale \u00e0 L&#8217;interpr\u00e9tation des r\u00eaves de Freud dans cette histoire, c&#8217;est bien que la psychanalyse, si elle doit encore avoir un avenir, doit justement nous r\u00e9apprendre \u00e0 <em>\u00ab r\u00eaver \u00bb<\/em> : c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 librement r\u00e9\u00e9laborer nos vies, nos mani\u00e8res de les penser et d&#8217;en parler.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8177 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/prokhoris-1-6d8.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/prokhoris-1-6d8-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"prokhoris-1.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/prokhoris-livre-56d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/prokhoris-livre-56d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"prokhoris-livre.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son dernier ouvrage, L&#8217;insaisissable histoire de la psychanalyse, Sabine Prokhoris interroge la mani\u00e8re dont la psychanalyse a fait histoire, et l&#8217;appelle \u00e0 retrouver une \u00e9nergie critique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":21122,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[],"class_list":["post-8177","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8177","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8177"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8177\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21122"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8177"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}