{"id":8138,"date":"2014-03-08T15:09:00","date_gmt":"2014-03-08T14:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-cgt-questions-d-avenir\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:22","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:22","slug":"article-la-cgt-questions-d-avenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8138","title":{"rendered":"La CGT, questions d\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le nouveau secr\u00e9taire de la CGT Thierry Lepaon n\u2019est pas un homme prolixe. Quand il s\u2019exprime, ses mots n\u2019en ont que plus de poids. Il l\u2019a fait, sur un site d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. D\u00e9cryptage des enjeux c\u00e9g\u00e9tistes\u2026<\/p>\n<p>Dans un long entretien publi\u00e9 le 19 f\u00e9vrier sur le site du Nouvel \u00c9conomiste, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT, Thierry Lepaon, \u00e9nonce ses conceptions des enjeux \u00e9conomiques et sociaux contemporains. Il marque ses nettes distances \u00e0 l\u2019\u00e9gard des choix officiels, patronaux et gouvernementaux, d\u00e9r\u00e9gulation et baisse de la masse salariale. Au d\u00e9tour d\u2019une question, il pousse plus loin sa conception de la mission syndicale.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u202fIl n\u2019existe \u00e0 la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L\u2019entreprise est une communaut\u00e9 compos\u00e9e de dirigeants et de salari\u00e9s \u2013 l\u00e0 encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d\u2019\u00e9ternels absents \u2013 et ces deux populations doivent pouvoir r\u00e9fl\u00e9chir et agir ensemble dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur communaut\u00e9. Sur ce plan, il est \u00e9vident que le pragmatisme syndical s\u2019impose.\u202f\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Un syndicalisme fran\u00e7ais original<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de propos par ailleurs combatifs, une d\u00e9claration de ce type ne manquera pas de susciter des d\u00e9bats passionn\u00e9s au sein de la vieille centrale fran\u00e7aise. Thierry Lepaon veut insister sur les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, pour les entreprises elles-m\u00eames, de la dictature de l\u2019actionnaire. Faut-il pour autant parler de <em>\u00ab\u202fcommunaut\u00e9\u202f\u00bb<\/em>\u2009? Et quelle cons\u00e9quence en tirer pour la d\u00e9finition du combat salarial\u2009? Ce d\u00e9bat est bien s\u00fbr avant tout celui des adh\u00e9rents de la CGT. Il ne peut laisser indiff\u00e9rent le corps social tout entier\u2009; il est le bien de toute la gauche.<\/p>\n<p>L\u2019histoire syndicale fran\u00e7aise est originale. Pendant longtemps, la CGT a \u00e9t\u00e9 l\u2019expression principale de la revendication ouvri\u00e8re puis salariale. \u00c0 la diff\u00e9rence de ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans l\u2019Europe du Nord et du Nord-Ouest, le syndicalisme se d\u00e9veloppe en France de fa\u00e7on distincte du socialisme. Jusqu\u2019au d\u00e9but du xxe\u202fsi\u00e8cle, l\u2019essor se fait sous les auspices d\u2019une tradition tr\u00e8s radicale, influenc\u00e9e par la tradition anarchiste\u2009: c\u2019est le temps du &#8220;syndicalisme r\u00e9volutionnaire&#8221;, que ses critiques baptisent volontiers &#8220;anarcho-syndicalisme&#8221;. D\u00e8s la veille de la Premi\u00e8re guerre mondiale, ce syndicalisme ind\u00e9pendant (celui de la Charte d\u2019Amiens de 1906) glisse peu \u00e0 peu vers des options plus mod\u00e9r\u00e9es, plus proches de celles du syndicalisme de souche travailliste ou sociale-d\u00e9mocrate.<\/p>\n<p>Mais l\u2019option plus r\u00e9volutionnaire persiste, de fa\u00e7on s\u00e9par\u00e9e. L\u2019entre-deux-guerres installe alors l\u2019existence de deux branches s\u00e9par\u00e9es de l\u2019ancienne CGT, dont l\u2019une (qui prend le nom de CGT <em>\u00ab\u202funitaire\u202f\u00bb<\/em>) est li\u00e9e au Parti communiste et l\u2019autre (la CGT <em>\u00ab\u202fconf\u00e9d\u00e9r\u00e9e\u202f\u00bb<\/em>) se rapproche de la SFIO &#8220;maintenue&#8221; de L\u00e9on Blum. Au d\u00e9part, la branche &#8220;r\u00e9formiste&#8221; s\u2019av\u00e8re majoritaire dans le monde du travail. Quand la CGT se r\u00e9unifie en 1935, dans la foul\u00e9e du Rassemblement populaire, les &#8220;conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s&#8221; de L\u00e9on Jouhaux dominent les &#8220;unitaires&#8221; de Beno\u00eet Frachon. Mais la dynamique est d\u00e9j\u00e0 du c\u00f4t\u00e9 des seconds, mieux implant\u00e9s dans les branches expansives et modernes. La Seconde Guerre mondiale ne fait que sanctionner leur accession \u00e0 la majorit\u00e9 dans la plus grande centrale fran\u00e7aise du moment.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre et la nouvelle scission de 1947, qui voit na\u00eetre Force ouvri\u00e8re sous les auspices de la guerre froide et de &#8220;l\u2019aide&#8221; am\u00e9ricaine, la CGT pr\u00e9sente une double caract\u00e9ristique\u2009: elle est majoritaire dans le monde du travail, ce dont attestent les \u00e9lections professionnelles de l\u2019apr\u00e8s-guerre\u2009; si elle est formellement ind\u00e9pendante de tout parti (diff\u00e9rence avec les mod\u00e8les anglais et allemand), elle est domin\u00e9e par les militants communistes et ses orientations sont discut\u00e9es au sein m\u00eame de la direction communiste. La CGT incarne donc, pendant quelques d\u00e9cennies, un syndicalisme qui se d\u00e9finit comme \u00e9tant \u00e0 la fois &#8220;de classe et de masse&#8221; et qui est color\u00e9 par sa proximit\u00e9 avec un communisme oscillant lui-m\u00eame entre 20 et 25\u202f% jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Structurellement, le courant r\u00e9formiste de type nord-europ\u00e9en est longtemps minoritaire dans le syndicalisme fran\u00e7ais. Ce qui n\u2019exclut pas la persistance du r\u00eave \u00ab\u202ftravailliste\u202f\u00bb au sein de Force ouvri\u00e8re et de la SFIO, entre\u202f1947 et\u202f1960, puis la tentation d\u2019une symbiose entre la CFDT (issue de la tradition du syndicalisme chr\u00e9tien) et le &#8220;nouveau Parti socialiste&#8221; de Fran\u00e7ois Mitterrand. En 1974, les &#8220;Assises du socialisme&#8221; sont un moment important de cette tentative. Officiellement, elle \u00e9choue, les Assises se contentant de permettre l\u2019entr\u00e9e dans le Parti socialiste de la &#8220;seconde gauche&#8221;, autogestionnaire et proche de la CFDT, qu\u2019incarne alors le PSU de Michel Rocard.<\/p>\n<p><strong><em>Une nouvelle donne sociale<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, elles, sont marqu\u00e9es par un triple ph\u00e9nom\u00e8ne\u2009: l\u2019\u00e9rosion du &#8220;mouvement ouvrier&#8221; et l\u2019affaiblissement structurel g\u00e9n\u00e9ral du syndicalisme (ph\u00e9nom\u00e8ne largement europ\u00e9en)\u2009; le recul de la CGT (en adh\u00e9rents et en voix) et le r\u00e9\u00e9quilibrage du mouvement syndical, m\u00eame si la CGT conserve nettement la premi\u00e8re place aux \u00e9lections professionnelles\u2009; la d\u00e9sagr\u00e9gation des liens entre la CGT et le PCF, lui-m\u00eame en d\u00e9clin \u00e9lectoral continu. La force du communisme fran\u00e7ais tenait \u00e0 ce que le parti \u00e9tait au c\u0153ur d\u2019une galaxie incluant le syndicalisme, des associations actives et un r\u00e9seau municipal \u00e9largi. Paradoxalement, c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 du couple PCF-CGT que s\u2019est situ\u00e9 l\u2019\u00e9quivalent fonctionnel fran\u00e7ais des grandes social-d\u00e9mocraties \u00e0 l\u2019anglo-saxonne, mais dans une dynamique port\u00e9e vers la rupture sociale. La &#8220;galaxie&#8221; s\u2019est d\u00e9faite. Le syndicalisme incarn\u00e9 par la CGT en est \u00e0 la fois plus libre\u2026 et plus solitaire. La CGT r\u00e9siste mieux que le PCF\u2009; elle n\u2019en est pas moins affect\u00e9e par la r\u00e9traction. Sa place sociale est r\u00e9elle\u2009; elle est toutefois en jeu.<\/p>\n<p>Le dilemme du premier des syndicats fran\u00e7ais est de ce fait redoutable. Le syndicalisme fran\u00e7ais conf\u00e9d\u00e9ral est plus diversifi\u00e9 que jamais. Force ouvri\u00e8re incarne une voie particuli\u00e8re, combinant le pragmatisme d\u2019une organisation qui a fait longtemps de la n\u00e9gociation sa marque de fabrique et la radicalit\u00e9 quasi corporative d\u2019un discours centr\u00e9 sur la d\u00e9fense intransigeante des statuts anciens. Depuis son &#8220;recentrage&#8221; amorc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, la CFDT a pris la place nagu\u00e8re occup\u00e9e par Force ouvri\u00e8re d\u2019un syndicat de compromis, \u00e0 la recherche de consensus entre patronat et monde du travail, soucieux de &#8220;modernisation&#8221; et de &#8220;fluidit\u00e9&#8221;, tout autant que de protection du salariat. Quant \u00e0 la radicalit\u00e9 historique du monde syndical, elle est reprise par la mouvance originale de Sud-Solidaires, ouvertement inspir\u00e9e de la pente syndicaliste r\u00e9volutionnaire de la Charte d\u2019Amiens.<\/p>\n<p>Et la CGT\u2009? Elle incarne de fa\u00e7on forte la combativit\u00e9 et souvent la col\u00e8re. Pas une manifestation revendicative, pas une action d\u2019entreprise sans l\u2019omnipr\u00e9sence du sigle CGT. Mais la combativit\u00e9, m\u00eame sur le plan syndical ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir l\u2019utilit\u00e9, qui se situe toujours du c\u00f4t\u00e9 de la capacit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 am\u00e9liorer les choses. Quand la tendance historique \u00e9tait \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation de la classe et \u00e0 la concertation salariale, quand elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019expansion du &#8220;mouvement ouvrier&#8221;, cette capacit\u00e9 \u00e9tait relativement facile \u00e0 d\u00e9limiter. Elle l\u2019est beaucoup moins quand le temps est \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation, \u00e0 l\u2019\u00e9clatement des statuts et \u00e0 la dispersion g\u00e9ographique.<\/p>\n<p>La CGT sait, par tradition, que le dynamisme syndical tient \u00e0 la largeur du spectre que l\u2019on peut mobiliser. Elle sait donc qu\u2019une faiblesse du mouvement syndical fran\u00e7ais tient \u00e0 son \u00e9parpillement. Elle \u00e9nonce \u00e0 partir de l\u00e0 l\u2019exigence de ce qu\u2019elle appelle un <em>\u00ab\u202fsyndicalisme rassembl\u00e9\u202f\u00bb<\/em>. En cela, elle ne rompt pas avec la tradition ancienne d\u2019une CGT \u00e0 la fois tr\u00e8s identifi\u00e9e par ses r\u00e9f\u00e9rents &#8220;de classe&#8221; et capable de rassembler le monde du travail tr\u00e8s au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res mentales et doctrinales. Mais cette CGT agissait dans un environnement o\u00f9 la culture d\u2019une certaine &#8220;radicalit\u00e9&#8221; et en tout cas l\u2019univers mental de la &#8220;transformation sociale&#8221; \u00e9taient largement majoritaires \u00e0 gauche et dans l\u2019espace salarial, ancien et nouveau. <\/p>\n<p>Par ailleurs, la CGT a exp\u00e9riment\u00e9 les limites d\u2019un syndicalisme plus prompt \u00e0 dire &#8220;non&#8221; qu\u2019\u00e0 \u00e9noncer des propositions. La propension contestataire suffisait peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9finir une identit\u00e9 positive dans une phase de croissance \u00e9conomique et d\u2019\u00c9tat-providence\u2009: l\u2019affirmation pure d\u2019un rapport des forces permettait des transferts de richesse, de la production et des services vers le monde du salariat. Le bras de fer devient moins efficace dans un syst\u00e8me de matrice avant tout financi\u00e8re, o\u00f9 la redistribution g\u00e9n\u00e9rale se tarit en m\u00eame temps que la sph\u00e8re publique se r\u00e9tr\u00e9cit. Alors le probl\u00e8me politique de la r\u00e9gulation globale et du \u00ab\u202fsyst\u00e8me\u202f\u00bb prend une place de plus en plus d\u00e9terminante.<\/p>\n<p><strong><em>Au c\u0153ur des contradictions<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les difficult\u00e9s s\u2019\u00e9paississent et les questions se multiplient. Dans un monde du travail \u00e9clat\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un <em>\u00ab\u202fsyndicalisme rassembl\u00e9\u202f\u00bb<\/em> peut appara\u00eetre comme strat\u00e9gique. Mais, qu\u2019il y ait ou non pluralisme des organisations, le syndicalisme est historiquement polaris\u00e9 entre une culture revendicative plut\u00f4t port\u00e9e vers l\u2019int\u00e9gration dans le syst\u00e8me (sur le mod\u00e8le nord-europ\u00e9en) et une culture qui, sans n\u00e9gliger les compromis imm\u00e9diats, est plus attentive \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9formes structurelles capables d\u2019asseoir durablement des logiques de d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s humaines. Le <em>\u00ab\u202fsyndicalisme rassembl\u00e9\u202f\u00bb <\/em> efface-t-il cette polarit\u00e9\u2009? Assumer la part n\u00e9cessaire de &#8220;radicalit\u00e9&#8221; est-il incompatible avec le large pluralisme constitutif d\u2019une association professionnelle\u2009?<\/p>\n<p>De m\u00eame, le passage de la grande croissance keyn\u00e9sienne \u00e0 la crise syst\u00e9mique n\u2019invalide pas la part de protestation et de refus propre \u00e0 toute pratique syndicale (la capacit\u00e9 \u00e0 dire non au nom des int\u00e9r\u00eats de groupe). Mais on devine de plus en plus que la lourdeur des blocages oblige, davantage que dans le pass\u00e9, \u00e0 adosser le refus de ce qui est et l\u2019alternative des choix que l\u2019on juge possibles. De ce fait, le syndicalisme rassembl\u00e9 n\u2019est-il pas d\u2019autant plus efficace que l\u2019esprit d\u2019alternative y est plus majoritaire\u2009? D\u00e8s lors, comment penser, sur la dur\u00e9e et dans le m\u00eame mouvement, l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9licat de la quantit\u00e9 et de la qualit\u00e9, du nombre et de l\u2019esprit qui le met en mouvement\u2009?<\/p>\n<p>Enfin, la CGT a gagn\u00e9 en quelques ann\u00e9es son ind\u00e9pendance compl\u00e8te \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute formation politique, quelle qu\u2019elle soit. Toutefois, l\u2019ind\u00e9pendance formelle n\u2019a de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et de durabilit\u00e9 que si elle s\u2019appuie sur un projet syndical alternatif, compatible avec les attentes modernes du monde du travail et du hors-travail. Or, dans la complexit\u00e9 de la crise, ce projet ne vaut que s\u2019il touche \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Mais ce qui touche \u00e0 cette globalit\u00e9 rel\u00e8ve du politique\u2009: non pas &#8220;politique&#8221; au sens \u00e9troitement du &#8220;partisan&#8221;, mais politique au sens de la &#8220;cit\u00e9&#8221;, c\u2019est-\u00e0-dire du &#8220;bien commun&#8221; et de la &#8220;chose publique&#8221;. Le projet touche \u00e0 la politique\u2009; toute ambition de projet oblige \u00e0 ma\u00eetriser son rapport \u00e0 la politique, et \u00e0 le faire consciemment. <\/p>\n<p>La mission du syndicalisme est d\u2019exprimer la demande salariale, de la faire d\u00e9boucher par de l\u2019action collective, d\u2019en soutenir la possibilit\u00e9 par de la proposition. Le syndicat a sa fonction sociale, qui n\u2019est ni celle d\u2019un parti ni d\u2019une association. Comme tout syndicat, la CGT se doit donc d\u2019\u00eatre totalement ind\u00e9pendante. Cela signifie-t-il qu\u2019elle se d\u00e9sint\u00e9resse de l\u2019existence, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019un large mouvement citoyen, capable de produire et de porter un projet centr\u00e9 sur le d\u00e9veloppement soutenable des capacit\u00e9s humaines\u2009? Et si la responsabilit\u00e9 des structures politiques sp\u00e9cialis\u00e9es est d\u00e9cisive dans la dynamique d\u2019un tel mouvement, les syndicats et les associations peuvent-ils se contenter de d\u00e9l\u00e9guer aux partis la d\u00e9finition m\u00eame et la gestion dudit mouvement\u2009? <\/p>\n<p>En bref, ne conviendrait-il pas de d\u00e9limiter les contours d\u2019une articulation du social et du politique qui ne se r\u00e9duise pas au face-\u00e0-face de la subordination et de la s\u00e9paration\u2009? Mod\u00e8le travailliste, mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate et communiste, mod\u00e8le syndicaliste-r\u00e9volutionnaire\u2026 Les trois mod\u00e8les ne sont-ils pas \u00e9galement obsol\u00e8tes aujourd\u2019hui\u2009? Mais par quoi les remplacer\u2009?<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas aujourd\u2019hui d\u2019avenir soutenable du travail qui repose sur les logiques de l\u2019accumulation continue de la marchandise et sur la m\u00e9thode de son appropriation privative, sous forme de profit accumul\u00e9. S\u2019il est une mise en commun \u00e0 construire, elle repose sur cette ambition d\u2019alternative\u2009; s\u2019il est une &#8220;communaut\u00e9&#8221; \u00e0 penser, elle se fonde sur ce projet et sur lui seul. Toute autre &#8220;communaut\u00e9&#8221; est illusoire. Impossible, d\u00e8s lors, de contourner cette \u00e9vidence\u2009: un projet syndical cons\u00e9quent ne peut vivre que par de la rupture avec les logiques aujourd\u2019hui dominantes. Celles qu\u2019irriguent les circuits financiers, les milieux patronaux dominants et les c\u00e9nacles \u00e9troits de la &#8220;gouvernance&#8221;.<\/p>\n<p>Cr\u00e9er du mouvement revendicatif dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle n\u2019a rien de simple\u2009; cela suppose tout \u00e0 la fois d\u2019utiliser des formes traditionnelles (la gr\u00e8ve, la manifestation) et d\u2019inventer des formes nouvelles, collant aux formes contemporaines de la socialisation et de la communication interindividuelle. Peut-\u00eatre doit-on s\u2019ancrer alors dans une conviction\u2009: pour que ce mouvement cr\u00e9atif soit durable et pour qu\u2019il puisse gagner, aujourd\u2019hui comme demain, il faut plus que jamais raccorder le refus et la demande concr\u00e8te \u00e0 la vision claire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire et possible. La base de l\u2019ind\u00e9pendance, c\u2019est le projet\u2009; or il n\u2019est aujourd\u2019hui r\u00e9aliste que s\u2019il est alternatif.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8138 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/cgt-martelli-e04.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/cgt-martelli-e04-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"cgt-martelli.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nouveau secr\u00e9taire de la CGT Thierry Lepaon n\u2019est pas un homme prolixe. Quand il s\u2019exprime, ses mots n\u2019en ont que plus de poids. Il l\u2019a fait, sur un site d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. D\u00e9cryptage des enjeux c\u00e9g\u00e9tistes\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":21045,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[342,315],"class_list":["post-8138","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-cgt","tag-syndicats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8138"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8138\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/21045"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}