{"id":8104,"date":"2014-12-01T01:49:19","date_gmt":"2014-12-01T00:49:19","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-y-aura-t-il-un-socialisme-apres\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:18","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:18","slug":"article-y-aura-t-il-un-socialisme-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8104","title":{"rendered":"Y aura-t-il un socialisme apr\u00e8s No\u00ebl ? [1\/3]"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le socialisme fran\u00e7ais est entr\u00e9 dans sa quatri\u00e8me grande inflexion depuis l&#8217;unification de 1905. Mais la port\u00e9e de celle-ci pourrait in\u00e9dite : elle met fin \u00e0 une exception fran\u00e7aise de trente ans et \u00e0 une tr\u00e8s longue phase du socialisme fran\u00e7ais et europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Depuis 1982-1983, les socialistes ont int\u00e9gr\u00e9 le grand retour du lib\u00e9ralisme et le d\u00e9clin de l\u2019\u00c9tat-providence dans leur conception de la gestion du pouvoir. Mais jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, ils n\u2019ont pas pouss\u00e9 jusqu\u2019au bout les cons\u00e9quences de ce choix, ni dans leur doctrine ni dans leur organisation. <\/p>\n<p><strong><em>La fin d\u2019une &#8220;exception&#8221;<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En 1999-2000, le premier ministre Lionel Jospin se d\u00e9marquait encore ouvertement de la &#8220;troisi\u00e8me voie&#8221; de son homologue travailliste Tony Blair. Et dans les scrutins internes au parti, les tenants assum\u00e9s du &#8220;social-lib\u00e9ralisme&#8221; \u00e0 l\u2019anglaise ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s minoritaires, \u00e0 l\u2019image du malheureux candidat aux primaires socialistes de 2011, Manuel Valls. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2012, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 est rest\u00e9e le ma\u00eetre-mot du socialisme fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Tout bascule \u00e0 partir de l\u00e0. D\u00e8s novembre 2012, Fran\u00e7ois Hollande a fait le choix d\u2019une coh\u00e9rence assum\u00e9e, qu\u2019il a d\u2019abord concentr\u00e9e dans la formule du <em>\u00ab socialisme de l\u2019offre \u00bb.<\/em> En nommant Manuel Valls \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, il a franchi un pas suppl\u00e9mentaire au printemps de 2014. Le socialisme fran\u00e7ais se situe d\u00e9sormais au-del\u00e0 m\u00eame du &#8220;blairisme&#8221; britannique, tr\u00e8s pr\u00e8s du &#8220;renzisme&#8221; italien. Le &#8220;social-lib\u00e9ralisme&#8221; de Tony Blair se fixait pour objectif de rapprocher la social-d\u00e9mocratie du d\u00e9mocratisme am\u00e9ricain ; Matteo Renzi r\u00e9alise cette ambition en ent\u00e9rinant la fin du clivage gauche-droite. <\/p>\n<p>\u00c0 bien des \u00e9gards, le &#8220;social-lib\u00e9ralisme&#8221; lui-m\u00eame est d\u00e9pass\u00e9. La social-d\u00e9mocratie se fixait, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre capitaliste accept\u00e9, l\u2019objectif d\u2019assurer une certaine repr\u00e9sentation du mouvement ouvrier jusqu\u2019au niveau de l\u2019\u00c9tat et d\u2019obtenir, sinon l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, du moins l\u2019att\u00e9nuation des in\u00e9galit\u00e9s. Le nouveau d\u00e9mocratisme, lui, pr\u00e9f\u00e8re s\u2019ancrer dans le double horizon de la gouvernance et de la comp\u00e9titivit\u00e9. L\u2019alternance au pouvoir pourrait ainsi durablement se faire entre deux tendances du lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Le nouveau &#8220;d\u00e9mocratisme&#8221; repose, en France comme en Italie, sur le passage d\u2019un paradigme &#8220;social&#8221; (le clivage de la droite et de la gauche autour du th\u00e8me de l\u2019\u00e9galit\u00e9) \u00e0 un paradigme &#8220;culturel&#8221; qui n\u2019opposerait plus la droite et la gauche mais deux conceptions du lib\u00e9ralisme. Le lib\u00e9ralisme &#8220;culturel&#8221; (l\u2019autorit\u00e9, les m\u0153urs) deviendrait le principal marqueur de distinction dans l\u2019espace politique. Dans ce qui a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce jour l\u2019espace politique de la gauche, le dilemme ne porterait plus sur l\u2019opposition de la rupture et de l\u2019accommodement, mais sur l\u2019antagonisme du conservatisme (la fixation sur les &#8220;privil\u00e8ges&#8221;) et de la modernit\u00e9 (l\u2019acceptation de la &#8220;flexibilit\u00e9&#8221;).<\/p>\n<p><strong><em>La fin du socialisme ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les mois \u00e0 venir vont d\u00e9cider de ce qui se passera \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du PS. L\u2019inflexion venue des sommets de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas sans provoquer de vives r\u00e9actions internes. Depuis avril dernier, la &#8220;fronde&#8221; a gagn\u00e9 le groupe parlementaire socialiste \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, provoquant la constitution d\u2019un noyau de quelque 35 d\u00e9put\u00e9s qui contestent par leur vote la politique du gouvernement Valls. Depuis, la fronde a d\u00e9bord\u00e9 les rivages de l\u2019Assembl\u00e9e. \u00c0 l\u2019opposition classique de l\u2019aile gauche (Un monde d\u2019avance de Beno\u00eet Hamon, Henri Emmanuelli ; Maintenant la gauche d\u2019Emmanuel Maurel, Marie-No\u00eblle Lienemann, G\u00e9rard Filoche) s\u2019ajoutent maintenant des proches de Martine Aubry (Christian Paul, Jean-Marc Germain), des membres de la Gauche populaire (Laurent Baumel) ou des anciens fabiusiens (Daniel Goldberg). Plus r\u00e9cemment, en octobre, la maire de Lille a fait un pas substantiel en direction de cette nouvelle opposition interne, en se d\u00e9marquant ouvertement du <em>\u00ab socialisme de l\u2019offre \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Tout n\u2019est donc pas absolument jou\u00e9. Mais on peut noter que l\u2019inflexion &#8220;renziste&#8221; prend appui sur une modification radicale du parti lui-m\u00eame. Dans son ancrage social et dans la globalit\u00e9 de ses pratiques, le socialisme fran\u00e7ais ne correspond plus au mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate ancien. Ses adh\u00e9rents n\u2019ont plus le m\u00eame rapport au mouvement syndical et associatif et ils sont engag\u00e9s dans des pratiques militantes moins denses et plus individualis\u00e9es, rythm\u00e9es par les consultations internes organis\u00e9es par le sommet du parti. Les membres du parti ont vieilli, leur recrutement est <em>\u00ab endogame, familial et local \u00bb,<\/em> pour reprendre l\u2019expression du politologue R\u00e9mi Lefebvre, et l\u2019encadrement partisan est de plus en plus professionnalis\u00e9, domin\u00e9 par les \u00e9lus, les assistants de cabinets et les cadres de la fonction territoriale. En bref, ni dans l\u2019organisation ni dans l\u2019\u00e9lectorat, le PS n\u2019est plus ce &#8220;parti du salariat&#8221; qu\u2019il semblait \u00eatre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Dans un contexte d\u2019incertitude extr\u00eame, li\u00e9 \u00e0 une double crise, \u00e9conomico-sociale et politique, on a donc du mal \u00e0 imaginer un basculement de majorit\u00e9 et un retour \u00e0 la social-d\u00e9mocratie classique du PS dans son entier. Dans l\u2019imm\u00e9diat, si une scission a lieu, on peut ainsi faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle aura du mal \u00e0 \u00eatre majoritaire. Les d\u00e9parts peuvent se multiplier ; le plus vraisemblable est qu\u2019ils n\u2019emp\u00eacheront pas la mue lib\u00e9rale d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 son terme. Les propos r\u00e9cents de Jean-Christophe Cambad\u00e9lis sur Bad-Godesberg sont en ce sens parfaitement \u00e9clairants. En 1959, la social-d\u00e9mocratie allemande r\u00e9unie en congr\u00e8s dans cette ville de Westphalie d\u00e9cida d\u2019accepter l\u2019existence d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 et renon\u00e7a aux nationalisations. Le geste fut interpr\u00e9t\u00e9 pour longtemps comme un adieu \u00e0 la tradition marxisante de la social-d\u00e9mocratie. En France, la forte pr\u00e9gnance de l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire et le poids du PCF ont longtemps fait un tabou de la r\u00e9f\u00e9rence au grand congr\u00e8s de la social-d\u00e9mocratie allemande. Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui, mais l\u2019image de Bad-Godesberg a-t-elle encore du sens ? <\/p>\n<p><strong><em>Adieu \u00e0 la gauche ?<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>M\u00eame dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 accept\u00e9e, la logique du congr\u00e8s rh\u00e9nan conservait la volont\u00e9 de redistribution et de r\u00e9gulation qui caract\u00e9risait la social-d\u00e9mocratie. L\u2019adh\u00e9sion contemporaine \u00e0 la m\u00e9thode d\u00e9mocrate dilue cette volont\u00e9 elle-m\u00eame. S\u2019il fallait trouver une r\u00e9f\u00e9rence fondatrice \u00e0 la d\u00e9marche officielle actuelle, il faudrait la chercher plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du manifeste Blair-Schr\u00f6der de 1999. En pratique et en pens\u00e9e, le mod\u00e8le propos\u00e9 par Valls et Renzi parach\u00e8ve le d\u00e9clin du social-d\u00e9mocratisme officiel et referme la page d\u2019une histoire de deux si\u00e8cles. Intellectuellement, le <em>\u00ab r\u00e9visionnisme \u00bb<\/em> d\u2019Eduard Bernstein s\u2019efface devant lib\u00e9ralisme de Thomas Jefferson. Willy Brandt et Olof Palme ont d\u00e9sormais leur place au grand mus\u00e9e du socialisme. Apr\u00e8s le moderniste Jacques Delors et le social-lib\u00e9ral Dominique Strauss-Kahn, le lib\u00e9ral Emmanuel Macron\u2026 <\/p>\n<p>Mais en ent\u00e9rinant ce changement radical de paradigme, les responsables socialistes amorcent une rupture qui, au-del\u00e0 du socialisme, affecte la polarisation constitutive de la vie politique fran\u00e7aise. Depuis plus de deux si\u00e8cles, la gauche est structur\u00e9e autour de l\u2019axe majeur de l\u2019\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t, pour reprendre l\u2019expression du philosophe \u00c9tienne Balibar, autour de <em>\u00ab l\u2019\u00e9galibert\u00e9 \u00bb<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire le couple indissociable de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la libert\u00e9. Or le projet de l\u2019ex\u00e9cutif abandonne ce pivot : la &#8220;demande&#8221; s\u2019accommode de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ; &#8220;l\u2019offre&#8221; ne repose que sur la comp\u00e9titivit\u00e9. Ce faisant, le n\u00e9o-d\u00e9mocratisme fran\u00e7ais court le risque pr\u00e9visible d\u2019une mont\u00e9e des d\u00e9r\u00e8glements politiques, d\u2019une translation accentu\u00e9e des repr\u00e9sentations du &#8220;social&#8221; vers un culturel de plus en plus &#8220;racialis\u00e9&#8221; et d\u2019un glissement continu du m\u00e9contentement social, non vers la combativit\u00e9 mais vers le ressentiment. La coexistence instable des &#8220;communaut\u00e9s&#8221; et l\u2019ordre \u2013 seul capable de r\u00e9guler la nouvelle jungle sociale \u2013 devenant les principes structurants de la politique, la porte est ouverte au t\u00eate-\u00e0-t\u00eate d\u2019un centrisme &#8220;raisonnable&#8221; et d\u2019un &#8220;populisme&#8221; de droite r\u00e9ceptacle de tous les ressentiments.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019\u00e9tant plus au c\u0153ur de la conflictualit\u00e9 sociale, la polarit\u00e9 de la gauche et de la droite perd de son ressort. Ce faisant, c\u2019est la capacit\u00e9 politique d\u2019unification des cat\u00e9gories populaires qui s\u2019\u00e9rode.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli\/article\/y-aura-t-il-un-socialisme-apres-8119?\">Y aura-t-il un socialisme apr\u00e8s No\u00ebl ?<\/a> [2\/3]<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli\/article\/y-aura-t-il-un-socialisme-apres-8127\">Y aura-t-il un socialisme apr\u00e8s No\u00ebl ?<\/a> [3\/3]<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8104 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/ps-noel-1-8ea.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/ps-noel-1-8ea-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ps-noel-1.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le socialisme fran\u00e7ais est entr\u00e9 dans sa quatri\u00e8me grande inflexion depuis l&#8217;unification de 1905. 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