{"id":8103,"date":"2014-12-02T16:48:18","date_gmt":"2014-12-02T15:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-eric-fassin-les-briseurs-de-tabous\/"},"modified":"2023-06-23T23:18:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:18:17","slug":"article-eric-fassin-les-briseurs-de-tabous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8103","title":{"rendered":"\u00c9ric Fassin : \u00ab Les &#8220;briseurs de tabous&#8221; sont les intellectuels organiques du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Eric Zemmour est embl\u00e9matique de ces personnalit\u00e9s qui, aujourd\u2019hui, pr\u00e9tendent critiquer la &#8220;pens\u00e9e unique&#8221;. Pour le sociologue \u00c9ric Fassin, ces nouvelles &#8220;transgressions&#8221; s&#8217;alimentent au sens commun r\u00e9actionnaire et viennent nourrir le racisme contemporain.<\/p>\n<p>\u00c9ric Fassin est professeur de sociologie au sein des d\u00e9partements de science politique et d\u2019\u00e9tudes de genre \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris 8. Il revient pour <em>Regards<\/em> sur la fascination exerc\u00e9e \u2013 y compris sur une partie de la gauche \u2013 par les intellectuels ou provocateurs m\u00e9diatiques qui se pr\u00e9sentent comme des iconoclastes.<\/p>\n<p><strong>Regards. Un certain nombre de personnalit\u00e9s intellectuelles et m\u00e9diatiques se pr\u00e9sentent, \u00e0 l\u2019image d\u2019\u00c9ric Zemmour, comme des briseurs de tabou. Que recouvre une telle rh\u00e9torique ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9ric Fassin. <em>\u00ab Briser un tabou \u00bb<\/em>, aujourd\u2019hui, c\u2019est une posture de droite. <em>\u00ab Et si on r\u00e9habilitait Vichy ? \u00bb<\/em>, sugg\u00e8re joyeusement Zemmour. On songe aux remarques de Sollers, mis en sc\u00e8ne dans Les particules \u00e9l\u00e9mentaires de Houellebecq. S\u2019adressant \u00e0 l\u2019\u00e9crivain qui lui soumet un manuscrit, il lui dit : <em>\u00ab Vous \u00eates r\u00e9actionnaire, c\u2019est bien. Tous les grands \u00e9crivains sont r\u00e9actionnaires. \u00bb<\/em> Et ajoute : <em>\u00ab Vous \u00eates authentiquement raciste, \u00e7a se sent, \u00e7a vous porte, c\u2019est bien. \u00bb <\/em> Si vous proposez de supprimer le CDI, on saluera votre audace, mais si vous appelez \u00e0 le g\u00e9n\u00e9raliser, on vous traitera de d\u00e9magogue. Lancez la conversation sur le racisme anti-blanc, on s\u2019extasiera devant votre courage. Parlez d\u2019islamophobie, on vous ostracisera. Aujourd\u2019hui, le sexisme ordinaire pr\u00e9tend briser les tabous f\u00e9ministes, tandis que la x\u00e9nophobie la plus banale affirme rompre avec la doxa <em>\u00ab immigrationniste \u00bb<\/em>. Pourtant, accro\u00eetre l\u2019immigration, voil\u00e0 qui briserait vraiment un tabou aujourd\u2019hui. La preuve ? Personne ne le propose. En revanche, ceux qui d\u00e9noncent l\u2019assistanat ou l\u2019antiracisme, pr\u00e9tendent briser un tabou, alors qu\u2019ils ne font que r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019on entend de plus en plus. <\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Le sens commun de droite se paie le luxe de la posture transgressive \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Leurs transgressions sont donc aussi fictives que le \u00ab politiquement correct \u00bb qu&#8217;ils d\u00e9noncent ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ils se contentent de dire tout haut\u2026 ce que beaucoup disent d\u00e9j\u00e0 tout haut ! C\u2019est le paradoxe actuel : le sens commun de droite se paie le luxe de la posture transgressive\u2026 Par exemple, il suffit d\u2019\u00e9crire n\u2019importe quoi contre \u00ab la-th\u00e9orie-du-genre \u00bb pour se vanter de subvertir la <em>\u00ab pens\u00e9e unique \u00bb.<\/em> Mais si vous \u00e9voquez la GPA, on vous traitera d\u2019irresponsable qui aurait perdu le sens commun. C\u2019est bien le signe d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie id\u00e9ologique de la droite. On veut nous faire croire que ce serait r\u00e9sister au <em>\u00ab politiquement correct \u00bb<\/em> que de dire des horreurs contre les femmes et les homosexuels, les musulmans et les Noirs. Or c\u2019est toute la contradiction inh\u00e9rente \u00e0 ce discours : on vilipende la posture victimaire des minorit\u00e9s et l\u2019on pr\u00e9sente ensuite l\u2019homme blanc h\u00e9t\u00e9rosexuel comme la victime de la tyrannie des minorit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Jean-Loup Amselle parle de <em>\u00ab nouveaux rouges-bruns \u00bb<\/em> dans son dernier livre. Peut-on mettre dans la m\u00eame cat\u00e9gorie Zemmour, Guilluy, Dieudonn\u00e9, Mich\u00e9a et Finkielkraut ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le travail intellectuel de comparaison est double : dans un premier temps, il consiste \u00e0 montrer les liens qui peuvent exister entre des discours diff\u00e9rents, dans un second temps, il implique de les distinguer pour restituer les choses dans toute leur complexit\u00e9. Je suppose que tous refuseraient le terme &#8220;brun&#8221; ; mais certains r\u00e9cuseraient sans nul doute le label &#8220;rouge&#8221;. D\u2019autres non (peut-\u00eatre). Ne conviendrait-il pas plut\u00f4t, au moins pour certains, de dire &#8220;ni droite, ni gauche&#8221; ? Tous ces auteurs seraient sans doute d\u2019accord pour d\u00e9noncer le lib\u00e9ralisme culturel (suppos\u00e9) de la gauche, mais l\u2019invocation de la <em>\u00ab France p\u00e9riph\u00e9rique \u00bb<\/em> par Guilluy n\u2019a gu\u00e8re d\u2019\u00e9cho chez Finkielkraut. Quant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 nationale (ou sa variante, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 culturelle ch\u00e8re \u00e0 Laurent Bouvet), on ne la trouve sans doute pas chez Dieudonn\u00e9\u2026 Zemmour et Finkielkraut partagent une m\u00eame admiration pour Renaud Camus, mais le premier a pour Alain Soral une indulgence que ne partage pas le second. <\/p>\n<p><strong>Ont-ils malgr\u00e9 tout des points communs ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas forc\u00e9ment de d\u00e9nominateur commun. En revanche, on pourrait dire qu\u2019il y a entre eux un <em>\u00ab air de famille \u00bb<\/em> (au sens du philosophe Wittgenstein) : ils se ressemblent par certains traits, et diff\u00e8rent par d\u2019autres. Mais ce sont tous des &#8220;m\u00e9contemporains&#8221; : ils d\u00e9noncent l\u2019air du temps, quitte \u00e0 lui adresser des griefs diff\u00e9rents. En tout cas, cette d\u00e9testation de la modernit\u00e9, par exemple chez Mich\u00e9a, s\u2019accompagne d\u2019une forme de ressentiment qui est le moteur de cette r\u00e9action \u2013 au sens fort, puisqu\u2019on peut parler, chez beaucoup d\u2019entre eux, d\u2019une sensibilit\u00e9 contre-r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Le Front national l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 : le racisme n\u2019a pas besoin du mot race, il peut tr\u00e8s bien s\u2019exprimer en termes de culture \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le joue la notion de culture dans cette rh\u00e9torique des briseurs de tabous, et comment vient-elle alimenter la grande machine qui consiste \u00e0 poser l&#8217;immigration comme probl\u00e8me ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1980, dire que <em>\u00ab l\u2019immigration est un probl\u00e8me \u00bb <\/em> est le lieu commun politique par excellence ! Ce discours de droite a \u00e9t\u00e9 repris par la gauche. Du coup, il n\u2019appara\u00eet plus d\u00e9sormais comme politique, il s\u2019impose comme une \u00e9vidence. En m\u00eame temps, il s\u2019applique indiff\u00e9remment aux immigr\u00e9s et \u00e0 leurs enfants, voire \u00e0 leurs petits-enfants : \u00e0 tous, on demande de s\u2019int\u00e9grer. Ainsi, la racialisation de la nation s\u2019exprime en termes r\u00e9publicains. Autrement dit, le culturalisme s\u2019habille d\u2019universalisme. Car, le Front national l\u2019a d\u00e9montr\u00e9, le racisme n\u2019a pas besoin du mot race, il peut tr\u00e8s bien s\u2019exprimer en termes de culture et la culture, c\u2019est ce qui d\u00e9finit \u00e0 la fois <em>\u00ab eux \u00bb<\/em> et <em>\u00ab nous \u00bb<\/em> \u2013 et donc la fronti\u00e8re cens\u00e9e d\u00e9partager, non seulement les Fran\u00e7ais des \u00e9trangers, mais les &#8220;Franco-fran\u00e7ais&#8221; des &#8220;Fran\u00e7ais de papier&#8221;\u2026 Le tabou, ce serait donc, \u00e0 en croire ces figures intellectuelles, l\u2019identit\u00e9 nationale. C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Finkielkraut, devenu Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019un an : <em>\u00ab Je suis \u00e9videmment fran\u00e7ais mais je ne suis pas tout \u00e0 fait fran\u00e7ais, bien que n\u00e9 en France, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un Fran\u00e7ais qu\u2019on n\u2019ose plus dire \u201cde souche\u201d. \u00bb<\/em> C\u2019est la revanche des antidreyfusards : l\u2019origine l\u2019emporte sur le contrat. Mais il y a un renversement par rapport \u00e0 l\u2019affaire Dreyfus : aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019instar du Front national, cette rh\u00e9torique de la <em>\u00ab souche \u00bb<\/em> se veut r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;usage de la notion de culture conduit-il automatiquement au passage de la gauche, voire de l&#8217;extr\u00eame gauche, vers la droite dure ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant qu\u2019on ne parle plus gu\u00e8re de culture de classe\u2026 Relisez pourtant <em>La Distinction<\/em>, de Pierre Bourdieu : en 1979, le sociologue ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019aux diff\u00e9rences de classe, dont les go\u00fbts et les pratiques culturelles sont le r\u00e9v\u00e9lateur. Pas un mot sur l\u2019immigration. Mais aujourd\u2019hui, la culture est r\u00e9duite \u00e0 l\u2019origine. La culture r\u00e9publicaine ne conna\u00eet pas la classe, elle se veut nationale. Par exemple, quand le sociologue Hugues L<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/acces-payant\/archives-web\/l-origine-culturelle-peut-elle,4578\">agrange parle du <em>\u00ab d\u00e9ni des cultures \u00bb<\/em>, c\u2019est bien d\u2019immigration qu\u2019il s\u2019agit (lire &#8220;L\u2019origine culturelle peut-elle expliquer la d\u00e9linquance ?&#8221;<\/a>). Les Guilluy ou Bouvet, en retour, parlent de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 culturelle des Fran\u00e7ais, dont on imagine bien qu\u2019ils ne seraient pas issus de l\u2019immigration \u2013 autrement dit, qu\u2019ils seraient blancs. La culture, c\u2019est donc bien un euph\u00e9misme pour invoquer la race ! (lire aussi <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/la-gauche-dans-le-piege-de-guilly,8073\">&#8220;La gauche dans le pi\u00e8ge de Guilluy&#8221;<\/a>).<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab Les femmes sont des femmes, les Fran\u00e7ais sont des Fran\u00e7ais et les musulmans sont des musulmans : la tautologie est la figure pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de cette rh\u00e9torique droiti\u00e8re \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Le sociologue Hugues Lagrange avait fait le lien entre immigration et d\u00e9linquance et \u00e9tait pass\u00e9 au JT de France 2 au moment de la sortie de son premier livre. Le film de John-Paul Lepers (lire <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/laurent-mucchielli-le-discours\">l&#8217;interview de Laurent Mucchielli<\/a>) montre, \u00e0 partir de comparaisons entre plusieurs villes, que l\u2019hypoth\u00e8se ne se v\u00e9rifie pas.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019avais moi-m\u00eame \u00e9crit sur la l\u00e9gitimation, entre politiques, sociologues et journalistes, du rapprochement entre \u00ab immigration et d\u00e9linquance \u00bb[[\u00c9ric Fassin <em>&#8220;Immigration et d\u00e9linquance&#8221; : La construction d\u2019un probl\u00e8me entre politique, journalisme et sociologie<\/em>, Cit\u00e9s, 46, p. 67-83, juin 2011.]]. Mais c\u2019est difficile \u00e0 faire entendre \u2013 en particulier dans les m\u00e9dias. Aucun ne s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9construction sociologique. Je me r\u00e9jouis que France 2 corrige le tir aujourd\u2019hui, je regrette toutefois qu\u2019il ait fallu quatre ans. Il est plus facile d\u2019attirer l\u2019attention en disant des \u00e9normit\u00e9s scandaleuses qu\u2019en \u00e9non\u00e7ant des v\u00e9rit\u00e9s rassurantes. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019enjeu de &#8220;briser des tabous&#8221;. Pourquoi Zemmour est-il invit\u00e9 partout ? Parce qu\u2019il fera de l\u2019audimat. Et pourquoi le public se presse-t-il pour l\u2019\u00e9couter ou le regarder ? Parce qu\u2019on attend le moment o\u00f9 il dira des choses choquantes\u2026<\/p>\n<p><strong>Tout se passe comme s&#8217;il y avait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la science &#8220;militante&#8221; et de l\u2019autre la &#8220;vraie&#8221; science\u2026 L\u2019id\u00e9e de parler du r\u00e9el n&#8217;est-il pas devenu leur meilleur argument ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la force d\u2019Hugues Lagrange : tableaux \u00e0 l\u2019appui, un sociologue pr\u00e9tendait fonder empiriquement le sens commun m\u00e9diatique ! Mieux : qu\u2019il soit de gauche semblait prouver que son livre \u00e9tait &#8220;objectif&#8221;, et donc scientifiquement valide : ne contredisait-il pas les id\u00e9es les mieux \u00e9tablies dans son camp ? Il n\u2019aurait pas eu un tel succ\u00e8s s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 de droite. Mais il y a peu d\u2019universitaires dans la liste que vous proposez. Parmi ceux qui opposent la <em>\u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb<\/em> aux intellectuels de gauche, accus\u00e9s d\u2019\u00eatre des &#8220;bobos&#8221;, beaucoup n\u2019h\u00e9sitent pourtant pas \u00e0 se r\u00e9clamer de la science. C\u2019est ce qu\u2019on a vu contre \u00ab la-th\u00e9orie-du-genre \u00bb : en 2011, la Droite populaire confondait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment science et sens commun dans sa critique des manuels de SVT. D\u2019o\u00f9 le slogan de la Manif pour tous en 2012 : <em>\u00ab Pas d\u2019ovules dans les testicules ! \u00bb.<\/em> La &#8220;vraie science&#8221;, \u00e0 leurs yeux, c\u2019est donc ce qui confirme le bon sens. Les femmes sont des femmes, les Fran\u00e7ais sont des Fran\u00e7ais et les musulmans sont des musulmans : la tautologie est la figure pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de cette rh\u00e9torique droiti\u00e8re.<\/p>\n<p><em> <strong><em>\u00ab La politique n\u00e9olib\u00e9rale attise la x\u00e9nophobie populaire \u00e0 laquelle elle pr\u00e9tend r\u00e9pondre \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Quelle est la responsabilit\u00e9 des politiques dans la mont\u00e9e de cette nouvelle x\u00e9nophobie?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le racisme d\u2019\u00c9tat pr\u00e9tend r\u00e9pondre \u00e0 une demande de l\u2019opinion. Ainsi, c\u2019est au nom des <em>\u00ab riverains \u00bb <\/em> qu\u2019on pers\u00e9cute les Roms. En r\u00e9alit\u00e9, la x\u00e9nophobie d\u2019en haut joue un r\u00f4le d\u00e9cisif : aux citoyens, elle offre l\u2019identit\u00e9 culturelle pour compenser la d\u00e9saffiliation n\u00e9olib\u00e9rale. La politique ne se contente pas de refl\u00e9ter le peuple, elle le repr\u00e9sente, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle en propose des visions concurrentes. Or aujourd\u2019hui, le plus souvent, elle d\u00e9nie ce r\u00f4le de repr\u00e9sentation, comme si elle n\u2019\u00e9tait que l\u2019expression du peuple, son image fid\u00e8le : c\u2019est ce que j\u2019appelle <em>\u00ab populisme \u00bb<\/em> : rien \u00e0 voir avec le peuple, et tout avec la politique. De ce point de vue, si la repr\u00e9sentation politique n\u2019est qu\u2019un reflet de la r\u00e9alit\u00e9, on comprend qu\u2019il ne peut y en avoir qu\u2019une : pas d\u2019alternative d\u00e9mocratique entre diff\u00e9rentes versions. C\u2019est pour fonder cette image unitaire du peuple que la politique a besoin des discours sur la culture. Ainsi, la politique n\u00e9olib\u00e9rale attise la x\u00e9nophobie populaire \u00e0 laquelle elle pr\u00e9tend r\u00e9pondre. En m\u00eame temps, elle a besoin des discours sur l\u2019identit\u00e9 nationale et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 culturelle pour valider sa conception du peuple. En d\u00e9pit, ou \u00e0 cause, de leur haine de la modernit\u00e9, ces &#8220;briseurs de tabous&#8221; sont donc les intellectuels organiques du n\u00e9olib\u00e9ralisme.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-8103 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/fassin-interview-zemmour-257.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/fassin-interview-zemmour-257-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"fassin-interview-zemmour.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eric Zemmour est embl\u00e9matique de ces personnalit\u00e9s qui, aujourd\u2019hui, pr\u00e9tendent critiquer la &#8220;pens\u00e9e unique&#8221;. Pour le sociologue \u00c9ric Fassin, ces nouvelles &#8220;transgressions&#8221; s&#8217;alimentent au sens commun r\u00e9actionnaire et viennent nourrir le racisme contemporain.<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":20987,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[293,350],"class_list":["post-8103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-entretien","tag-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8103"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8103\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20987"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}