{"id":8054,"date":"2014-11-17T12:03:00","date_gmt":"2014-11-17T11:03:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/burkina-faso-les-raisons-d-un8054\/"},"modified":"2014-11-17T12:03:00","modified_gmt":"2014-11-17T11:03:00","slug":"burkina-faso-les-raisons-d-un8054","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=8054","title":{"rendered":"Les raisons du printemps burkinab\u00e8"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Une vingtaine de pays africains subit le r\u00e8gne de pr\u00e9sidents inamovibles. Le peuple burkinab\u00e8 est le premier \u00e0 obliger le sien \u00e0 quitter le pouvoir. Pourquoi ce petit pays-l\u00e0 avant les autres ? Et pourquoi maintenant, au bout de vingt-sept ans ? <\/p>\n<p>Trois jours auront suffi. Trois jours de manifestation pour mettre un terme \u00e0 vingt-sept ann\u00e9es de r\u00e8gne. Les Burkinab\u00e8s n\u2019ont pas support\u00e9 la tentative de leur pr\u00e9sident de modifier la Constitution qui l\u2019emp\u00eachait de briguer un cinqui\u00e8me mandat. Devant la col\u00e8re de la rue, Blaise Compaor\u00e9 a d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 se sauver en retirant son amendement, avant de se r\u00e9soudre \u00e0 d\u00e9missionner. <\/p>\n<p>D\u00e9sign\u00e9 comme chef de r\u00e9gime int\u00e9rimaire par l&#8217;arm\u00e9e, le lieutenant-colonel Isaac Zida a conclu un accord mercredi avec l\u2019opposition, la soci\u00e9t\u00e9 civile, ainsi que les chefs traditionnels et religieux pour <em>\u00ab la formation d\u2019un gouvernement de transition pour une p\u00e9riode d\u2019un an \u00bb<\/em> et <em>\u00ab l\u2019organisation d\u2019\u00e9lections pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives d\u2019ici novembre 2015 \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p><strong><em>Les espoirs d\u00e9\u00e7us de la d\u00e9mocratisation<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Si la vigilance reste donc de mise, la fuite de Compaor\u00e9 repr\u00e9sente en tout cas un \u00e9v\u00e9nement majeur dans l\u2019histoire africaine : c\u2019est la premi\u00e8re fois qu&#8217;un chef d&#8217;\u00c9tat est oblig\u00e9 de quitter le pouvoir sous la pression populaire apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de trafiquer la Constitution. Or ce n\u2019est pas un hasard si les Burkinab\u00e8s sont les premiers \u00e0 arracher cette victoire de la souverainet\u00e9 populaire. <\/p>\n<p>Longtemps, les Burkinab\u00e8s ont pu croire que le r\u00e9gime permettrait l\u2019alternance. Lors du sommet franco-africain de La Baule de 1990, Fran\u00e7ois Mitterrand fait comprendre que l\u2019aide au d\u00e9veloppement serait d\u00e9sormais conditionn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratisation des r\u00e9gimes. Au Burkina Faso, le gouvernement militaire issu du coup d\u2019\u00c9tat de 1987 c\u00e8de donc la place \u00e0 une Quatri\u00e8me r\u00e9publique dot\u00e9e d\u2019une nouvelle constitution, instaurant le multipartisme et l\u2019\u00e9lection au suffrage universel.<\/p>\n<p>Mais la population d\u00e9chante vite. <em>\u00ab Ce qui se met alors en place est ce que Mathieu Hilgers appelle un r\u00e9gime semi-autoritaire, c\u2019est \u00e0 dire qui respecte les proc\u00e9dures et les formes institutionnelles de la d\u00e9mocratie, mais o\u00f9 tout est politiquement verrouill\u00e9 par le parti au pouvoir \u00bb<\/em>, explique Peter Hochet, directeur scientifique du Laboratoire citoyennet\u00e9s \u00e0 Ouagadougou. En 1997, Compaor\u00e9 fait supprimer l\u2019article 37 stipulant que le mandat pr\u00e9sidentiel est renouvelable une seule fois. Mais l\u2019opposition, atomis\u00e9e en plus de soixante-dix partis, est incapable de r\u00e9agir. <\/p>\n<p><strong><em>Le ras-le-bol de la \u00ab clique Compaor\u00e9 \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Un an plus tard, l\u2019assassinat du journaliste Norbert Zongo provoque une ambiance quasi insurrectionnelle dans le pays. Pour calmer les esprits, le gouvernement accepte en l\u2019an 2000 de r\u00e9introduire l\u2019article 37\u2026 tout en arguant de son caract\u00e8re non r\u00e9troactif pour une nouvelle candidature de Compaor\u00e9 en 2005 et en 2010. Ce dernier <em>\u00ab est sorti affaibli de l\u2019affaire Zongo. Beaucoup de Burkinab\u00e8s ont regrett\u00e9 de ne pas avoir profit\u00e9 de cette crise pour l\u2019\u00e9carter et restaurer la d\u00e9mocratie, et ils se sont jur\u00e9s de ne pas laisser passer la prochaine occasion,<\/em> poursuit Peter Hochet. <em>Entre-temps, le nombre de moins de vingt-cinq ans a explos\u00e9 et repr\u00e9sente 60% de la population. Un rapport de force interg\u00e9n\u00e9rationnel s\u2019installe entre des jeunes qui n\u2019ont connu que le r\u00e9gime Compaor\u00e9 et les anciens arriv\u00e9s au pouvoir avec Blaise ainsi que leurs alli\u00e9s. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>La jeunesse urbaine \u00e9branle ainsi le r\u00e9gime en 2011 avec une vague de mutineries et de grandes manifestations \u00e9tudiantes. Force motrice des mouvements sociaux, elle ne supporte plus l\u2019inamovible \u201cclique Compaor\u00e9\u201d, cette bourgeoisie d\u2019\u00c9tat extr\u00eamement fortun\u00e9e qui monopolise depuis pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies ans tous les postes de direction \u00e9conomique, politique et militaire. <\/p>\n<p>L\u2019examen du projet de loi sur l\u2019article 37 en octobre sera la goutte de trop, \u201cl\u2019occasion\u201d \u00e0 ne pas rater. Et cette fois, l\u2019opposition, les intellectuels et les mouvements citoyens sont suffisamment structur\u00e9s pour mener le d\u00e9bat national et mobiliser la population. Leurs appels \u00e0 la manifestation et \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance civile seront entendus et massivement suivis.<\/p>\n<p><strong><em>Une opposition renforc\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Certes, les partis de l\u2019opposition sont principalement dirig\u00e9s par des lib\u00e9raux ayant travaill\u00e9 pour Blaise Compaor\u00e9. Rassembl\u00e9s derri\u00e8re l\u2019Union pour le peuple de Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 \u2013 un ancien ministre des Finances de Blaise Compaor\u00e9, qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident Afrique et Moyen-Orient aupr\u00e8s de la direction g\u00e9n\u00e9rale d\u2019Areva \u2013, ils ont n\u00e9anmoins le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre assez organis\u00e9s pour r\u00e9ussir depuis juin 2013 \u00e0 mobiliser avec succ\u00e8s la population, rassemblant plusieurs fois des dizaines de milliers de personnes. <\/p>\n<p>La mobilisation a aussi \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par des mouvements issus de la soci\u00e9t\u00e9 civile, comme par exemple le Balai citoyen, une association cr\u00e9\u00e9e il y a un an par des musiciens engag\u00e9s, qui avaient subi des menaces pour avoir \u00e9crit des chansons en hommage \u00e0 Thomas Sankara. <\/p>\n<p>Mais que reste-t-il vraiment de l\u2019h\u00e9ritage politique de l\u2019ic\u00f4ne panafricaine et tiersmondiste? Arriv\u00e9 au pouvoir en 1983, Thomas Sankara avait men\u00e9 avec succ\u00e8s son pays sur une voie r\u00e9volutionnaire et anti-imp\u00e9rialiste avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 en 1986 lors du putsch qui a amen\u00e9 son ancien ami Blaise Compaor\u00e9 au pouvoir. Il avait d\u00e9velopp\u00e9 une critique \u00e9loquente du n\u00e9ocolonialisme : <em>\u00ab Ces aides alimentaires<\/em> (&#8230;)<em> qui installent dans nos esprits <\/em> (&#8230;) <em>ces r\u00e9flexes de mendiant, d\u2019assist\u00e9, nous n\u2019en voulons vraiment plus ! Il faut produire, produire plus parce qu\u2019il est normal que celui qui vous donne \u00e0 manger vous dicte \u00e9galement ses volont\u00e9s \u00bb<\/em>, disait celui qui avait refus\u00e9 de signer des pr\u00eats avec le FMI. <\/p>\n<p><strong><em>Le legs crucial de Sankara<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p>La dette \u00e9tait en effet pour Sankara un moyen de <em>\u00ab reconqu\u00eate savamment organis\u00e9e de l\u2019Afrique, pour que sa croissance et son d\u00e9veloppement ob\u00e9issent \u00e0 des paliers, \u00e0 des normes qui nous sont totalement \u00e9trangers \u00bb. <\/em> Mais en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019h\u00e9ritage politique du leader mythique n\u2019est pas l\u00e0. <\/p>\n<p><em>\u00ab Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations de l\u2019opposition se souviennent \u00e0 peine de sa conception du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social, <\/em> explique Peter Hochet.<em> Ce qu\u2019ils lui doivent, c\u2019est l\u2019existence et l\u2019unit\u00e9 d\u2019un peuple burkinab\u00e8. Sankara a ancr\u00e9 tr\u00e8s profond\u00e9ment l\u2019id\u00e9e de nation et de patrie. Par cons\u00e9quent, contrairement \u00e0 d\u2019autres pays d\u2019Afrique, la sc\u00e8ne politique burkinab\u00e8 n\u2019est pas du tout divis\u00e9e selon des lignes ethniques, r\u00e9gionales ni m\u00eame religieuses. D\u2019autant plus que Blaise Compaor\u00e9 a aussi port\u00e9 une attention particuli\u00e8re \u00e0 ne pas faire le jeu de ce type de divisions. C\u2019est ce qui a permis au peuple de faire masse, au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat national, contre le r\u00e9gime, mais aussi de garantir une certaine unit\u00e9 de l&#8217;arm\u00e9e, dont le plus grande partie \u00e9tait clairement du c\u00f4t\u00e9 du peuple, et qui a bien voulu se laisser d\u00e9border \u00bb. <\/em> <\/p>\n<p>Bon nombre de peuples africains, en Guin\u00e9e, au Cameroun, au Congo, au Burundi, au B\u00e9nin, \u00e0 Djibouti ou encore au Rwanda, r\u00eavent sans nul doute de suivre l\u2019exemple burkinab\u00e8 et d\u2019emp\u00eacher leurs pr\u00e9sidents de se livrer \u00e0 des \u00e9ni\u00e8mes r\u00e9\u00e9critures constitutionnelles. Il n\u2019est pas certain toutefois que les constructions politiques nationales soient suffisamment abouties pour surmonter les clivages identitaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une vingtaine de pays africains subit le r\u00e8gne de pr\u00e9sidents inamovibles. 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Et pourquoi maintenant, au bout de vingt-sept ans ? <\/p>\n","protected":false},"author":1098,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[303],"class_list":["post-8054","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-afrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8054","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1098"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8054"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8054\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8054"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8054"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8054"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}